SCENE PREMIERE
M. PRUDHOHME, seul.
A soixante-huit ans, — c'est encore en bel âge! J'ai, — pour vivre en repos, — adopté ce village ;
Mon village 67
Terrevîeillel — un pays charmant ! — de tous aimé;
Le vin qu'on y récolte est surtout estimé. —
Mais je n'y vis pas seul ! et Gazette^ ma bonne,
Y soigne mes repas ainsi que ma personne.
Ah ! c'est une servante habile ! — mais parfois
Il faut, pour la tenir, lui donner sur les doigts.
Les avertissements ne la corrigent guère...
Elle est jeune^ c'est vrai ! — mais son humeur légère
M'a fait plus d*une fois, du jour au lendemain.
Lui mettre le marché, — comme on dit, — à la main !
Pourtant, j'en ai besoin; Gazette sait d'avance
Ce qu'on fait^ ce qu'on dit dans notre résidence ;
Les forfaits du voisin et ses ambitions
Elle m'en fait soudain les révélations.
Tenez, j'ai mon voisin Annexmann^ un brave homme,
Un Allemand, — têtu, — maistétu^ Dieu sait comme!
La rivière en un coin de sa propriété
Passe; — il n'a qu'un seul champ sis de l'autre côté.
Ce champ, — je le voulais! — Car enfin la rivière
Est, entre deux voisins, une honnête barrière; —
Jamais il ne voulut me céder ce terrain !
Bien plus, le vieux rusé vient de prendre un lopin
De terre à mon ami Danois qui crie à force.
Mais le proverbe dit : « Entre l'arbre et Técorce
Ne mettons pas le doigt! » — Danois en ce moment
Voit son champ recouvert de bétail allemand !
C'est Gaizette qui m'a raconté cette affaire.
Elle disait : — « Parlez! » — J'ai préféré me taire.
La voici ! — Qu'est-ce encore et d'oîi vient son émoi;^