‹ Paris PantinChapitre 30 sur 122 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M. PRUDHOHME, seul.

A soixante-huit ans, — c'est encore en bel âge! J'ai, — pour vivre en repos, — adopté ce village ;

Mon village 67

Terrevîeillel — un pays charmant ! — de tous aimé;

Le vin qu'on y récolte est surtout estimé. —

Mais je n'y vis pas seul ! et Gazette^ ma bonne,

Y soigne mes repas ainsi que ma personne.

Ah ! c'est une servante habile ! — mais parfois

Il faut, pour la tenir, lui donner sur les doigts.

Les avertissements ne la corrigent guère...

Elle est jeune^ c'est vrai ! — mais son humeur légère

M'a fait plus d*une fois, du jour au lendemain.

Lui mettre le marché, — comme on dit, — à la main !

Pourtant, j'en ai besoin; Gazette sait d'avance

Ce qu'on fait^ ce qu'on dit dans notre résidence ;

Les forfaits du voisin et ses ambitions

Elle m'en fait soudain les révélations.

Tenez, j'ai mon voisin Annexmann^ un brave homme,

Un Allemand, — têtu, — maistétu^ Dieu sait comme!

La rivière en un coin de sa propriété

Passe; — il n'a qu'un seul champ sis de l'autre côté.

Ce champ, — je le voulais! — Car enfin la rivière

Est, entre deux voisins, une honnête barrière; —

Jamais il ne voulut me céder ce terrain !

Bien plus, le vieux rusé vient de prendre un lopin

De terre à mon ami Danois qui crie à force.

Mais le proverbe dit : « Entre l'arbre et Técorce

Ne mettons pas le doigt! » — Danois en ce moment

Voit son champ recouvert de bétail allemand !

C'est Gaizette qui m'a raconté cette affaire.

Elle disait : — « Parlez! » — J'ai préféré me taire.

La voici ! — Qu'est-ce encore et d'oîi vient son émoi;^

Page 1