DEUXIÈME TABLEAU
Chez Flanette
FLANETTE
Tu reviendras dimanche?
CREVINARD
Ça dépendra de notre travail; tu comprends, nous devons lire trois tableaux lundi, et nous sommes aujourd'hui jeudi. ,
FLANETTE
' Eh bien! vous êtes trois et vous avez trois jours devant vous.
CREVINARD
Oui, ma fille, mais ça ne se fait pas comme cela*
ï^LANETTE
'tiens! veux-tu que je dise^ tu ne feras rien sahs thoi t Je te connais, quand tu n'as pas toutes tes aises^ tu ne travailles pas. J'imi avec toi.
CREVENARD
C'est impossible, mon petit lapin !
FLANETTE
Alors^ c'est que vous méditez une partie sans moi.
CREVINARD
Je te dis que nous allons travailler à la campagne, pour n'être pas dérangés; làl es-tu contente? Rupignol va venir, interroge-le^ tu verras ce qu'il te dira.
flaKette Parbleu ! vous vous donner le mot^
CREVINARD
Ah ! c'est embêtant, à la fin ; j*ai dit non, et c'est tton I Fais le café, monte-nous des cigares et tais- toi.
FLANETTE^ pleurant.
J'ai... ai... ai... pas d' sucre I
CREVINARD
Tiens^ voilà vingt francs, va en chercher !
Flanette sort, RUPIGNOL, entrant.
Eh bien! qu'est-ce que je te disais?
CREVINARD
Qcoi?
Une collaboration 219
RUPIGNOL
Parbleu ! j'ai rencontré Flanette ; elle a les yeux rouges^ donc elle a pleuré; elle ne m'a pas dit bonjour^ donc elle est furieuse I
CREVINARD
Eh bien?
KUPIGNOL
Eh bien ! quoi ? rien, je m'en doutais I
CREVINARD
C'est pas ça, nous allons prendre notre café et ficher le camp*
RtJPIGNOL
C'est ça !
CREVINARD
Qu'est-ce que c'est que ces livres que tu as sous le bras?
Ah ! voici un roman d'Eugène Sue^ dans lequel il y a une scène de bal qui nous servira pour le troisième acte.
CREVINARD
Ah ! oui.
RUPIGNOL
Ceci, c'est Victor Hugo, un maître I
CREVINARD
Un grand maître !
RUPIGNOL
J'emporte aussi les Mariages de Paris yd^Edmonà About^ pour le cinquième tableau, et puis un tas de pièces de tous les théâtres de Paris ; ça peutservir !
CREVINARD
Eh bien I mon cher Rupignol, tu vas me faire le plaisir de laisser tout cela ici; nous n'avons pas besoin des autres pour faire aussi bien qu'eux. Et puis nous perdrions un temps précieux à consulter toutes ces paperasses.
RUPIGNOL
Comme tu voudras! Mais j'emporte toujours Victor Hugo^ je ne peux pas travailler sans cal
FLANETTEj entrant.
Voici le café et les cigares!
TROISIÈME TABLEAU
Auberge à Saint-Maur
Deux lits : l'un à droite, l'autre à gauche , une table sur laquelle il y a une assiette pleine de cigares, du café, une bouteille d'eau-de-vie, une main de papier, un encrier et une plume. 11 est minuit trois quarts, Rupignol et Crevinard travaillent en fumant.
RUPIGNOL
Qu'est-ce que nous faisons du colonel?
CREVINARD, bâillant.
Il est tué à Palestro parla cantinière des zouaves.
RUPIGNOL
Alors, il ne paraît que dans deux tableaux ?
CREVINARD
Qu'est-ce que ça fait? Passe moi du cognac.
RUPIGNOL
Non , j'ai trouvé mon moyen de l'utiliser. Voici : après l'assassinat de la femme de Pietro, le colonel
s'élance par la fenêtre, mais au même instant arrive Tape-à-mort. .
CREVINARD
Mais Tape-à-mort est blessé au tableau précédent. Enfin... va toujours.
RUPIGNOL
Arrive Tape-à^mort^(\\x\ s'écrie: A moi, les amis! Le colonel croit avoir affaire à un régiment de Français, il est seulj il se rend. On le fait prisonnier^ de sorte que nous pourrons nous en servir dans les tableaux suivants...
CREVINARD
Oui, mais qu'est-ce que nous en ferons? Il nous gêne.
RUPIGNOL
S'il nous gêne, il sera toujours temps de le faire tuer.
UN COQ, au dehors.
Cocorico.
CREVINARD
Tiens un coq! Comme c'est bien la campagne!
RUPIGNOL
Tu sais, j'aime ça, ça a un cachet agreste très-chique ; je vais ouvrir la fenêtre.
Une collaboration 22S
CREVINARO
Quel bon air! comme tout cela est calme I Je vivrais bien ici.
RUPJGNOL
Vois-tu là-bas, dans les arbres, cette petite ligne blanche qui reluit? C'est la Marne, une petite rivière très-accidentée; nous nous y promènerons demain matin, avant déjeuner.
CREVINARD
Oh! pas de flâne, surtout!
RUPIGNOL
Non I mais quand je suis à la campagne, il faut toujours que je me promène avant le déjeuner; je ne peux pas travailler sans ça !
CREVINARD
Voyons! revenons au colonel, qu'est-ce que nous décidons?
RUPIGNOL
Veux-tu que je te dise ? Retranchons-le, il fait longueur.
CREVINARD
Non ! j'y tiens.
RUPRîNOL
Cependant, mon cher, il faut être logique. Ce personnage-là me semble totalement inutile. Pen-
dant trois tableaux il est tout seul au milieu des Français, et personne ne le voit : ça n'est pas naturel! Ensuite, oti est son régiment? Comment est-il là? Pourquoi y est-il? A quoi sert-il dans Faction?
CRKVINARD
Tout ça, ça ne fait rien^ l'important est qu'il intéresse. Et puis, sans lui, la scène trois du deuxième tableau est impossible.
RUPIGNOL
On rotera.
CREVINARD
Non, j'y tiens I Du reste, je t'ai bien laissé ton sergent de zouaves, tu peux bien me laisser mon • colonel autrichien.
RUPIGNOL, vexé.
Tout ce que tu voudras I
(il va se jeter sur le lit de droite ) CREVINARD
Tu ne travailles plus?
RUPIGNOL
Si, mais je me jette un peu sur le lit, je suis fatigué d*étre assis.
Une collaboration 2 25
CREVINARD, se jetant aussi sur son lit.
Ainsi, nous avons les trois premiers bien établis et un grand effet dans chaque tableau. Tu dors?
RUPIGNOL
Non, va toujours! Un grand effet!...
(Il baille.)
CREVINARD
La scène de la vicomtesse au premier, la scène comî(^e au second, et le duel au troisième, n'est-ce pas?
RUPIGNOL
Ah !... oui... ah!
(Il bâille.)
CREVINARD
Oti mettra-t-on le ballet?
RUPIGNOL
Derrière la porte !
CREVINARD
Ah! voyons, causons sérieusement.
RUPIGNOL, se déshabillant.
Mon cher, je tombe de sommeil, nous travaillerons mieux demain matin, couchons-nous. D'abord, moi, il faut que je dorme. Je ne peux pas travailler sans ça I
CREVINARD
Soit ! Je te réveillerai.
(Ils se couchent.) LE COQ, au dehors.
Cocorico !
(Le jour paraît.)
QUATRIÈME TABLEAU
Six semaines après. — La chambre de Crevinard à Paris. —
Intérieur de garçon.
CREVINARD
J'ai refait les six premiers tableaux. — OU en es-tu ?
J'attends. J'arriverai en même temps que toi, sois tranquille! On nous coupera tout cela, j*en suis convaincu; tu fais une besogne inutile.
CREVINARD
Ça m'est égal î
RUPIGNOL
Voyons ! lis-moi le trois.
CREVINARD, lisant.
a Scène première. — Le colonel, Margarita, essuyant la vaisselle. — Le colonel : Bonjour, ma belle enfant! — Margarita : Bonjour, colonel. —
CREVINARD
Soit ! Je te réveillerai.
(Ils se couchent.) LE COQ, au dehors.
Cocorico î
(Le jour paraît.)
QUATRIÈME TABLEAU
Six semaines après. — La chambre de Crevinard à Paris. —
Intérieur de garçon.
CREVINARD
J'ai refait les six premiers tableaux. — Oli en es-tu ?
RUPIGNOL
J'attends. J'arriverai en même temps que toi, sois tranquille! On nous coupera tout cela^ j*en suis convaincu; tu fais une besogne inutile.
CREVINARD
Ça m'est égal î
RUPIGNOL
Voyons ! lis-moi le trois.
CREVINARD, lisant.
tt Scène première. — Le colonel, Margarita, essuyant la vaisselle. — Le colonel : Bonjour, ma belle enfant! — Margarita : Bonjour, colonel. —
CREVINARD
Soit ! Je te réveillerai.
(Ils se couchent.) LE COQ, au dehors.
Cocorico î
(Le jour paraît.)
QUATRIÈME TABLEAU
Six semaines après. — La chambre de Crevinard à Paris.
Intérieur de garçon.
CREVINARD
J'ai refait les six premiers tableaux. — Où en es-tu ?
RUPIGNOL
J'attends. J'arriverai en même temps que toi, sois tranquille! On nous coupera tout cela, j'en suis convaincu; tu fais une besogne inutile.
CREVINARD
Ça m'est égal î
RUPIGNOL
Voyons ! lis-moi le trois.
CREVINARD, lisant.
«c Scène première. — Le colonel, Margarita, essuyant la vaisselle. — Le colonel : Bonjour, ma belle enfant! — Margarita ; Bonjour, colonel. —
CREVINARD
Soit ! Je te réveillerai.
(Ils se couchent.) LE COQ, au dehors.
Cocorico î
(Le jour paraît.)
QUATRIÈME TABLEAU
Six semaines après. — La chambre de Crevinard à Paris. —
Intérieur de garçon.
CREVINARD
J'ai refait les six premiers tableaux. — Où en es-tu ?
RUPIGNOL
J'attends. J'arriverai en même temps que toi, sois tranquille! On nous coupera tout cela, j'en suis convaincu; tu fais une besogne inutile.
CREVINARD
Ça m'est égal î
Voyons ! lis-moi le trois.
CREVINARD, lisant.
a Scène première. — Le colonel, Margarita, essuyant la vaisselle. — Le colonel ; Bonjour, ma belle enfant! — Margarita ; Bonjour, colonel. —
2î8 Paris pantin
Le colonel : La vicomtesse est-elle rentrée chez elle ? »
RUPIGNOL
Pardon, si je t'interromps, mais il me semble qu'en temps de guerre un colonel autrichien ne s'amuse pas à dire bonjour aux Italiennes. Les journaux nous ont assez entretenus de l'impolitesse de ces messieurs pour que nous leur donnions le caractère brutal qu'ils ont réellement.
CREVINARD
Cependant je suppose qu'un homrae^ Autrichien ou Français, met des formes en parlant -à une femme, surtout quand il a besoin d'elle; puis il lui fait la cour... Du reste, écoute la suite, je tiens au commencement.
RUPIGNOL
Et ma tirade, oti la mets-tu ?
CREVINARD
Je l'enlève, elle fait longueur.
Ah î par exemple, c'est trop fort!
CREVINARD, s'aiiimant.
Oui, c'est trop fort; jamais un sergent de zouaves ne dira une phrase comme celle-là :
« Vous me demandez qui je suis? Après avoir passé l'aurore de ma jeunesse dans les ténèbres de
Une collaboration 22Q
rignorancCj je sentis un beau jour, en sortant des bras d'une Laïs de carrefour, le serpent de l'ambition mordre mon cœur désabusé ; la voix du canon français labourant les sables africains, comme réclair déchire la nue orageuse^ eut un écho dans mon âme ! Je revêtis ce glorieux uniforme, dont la couleur est celle du sang, et livrai mon existence aux hasards de la guerre juste, noble et magnanime. La veille^ j'aurais pu mourir dans un drap d'hôpital ; aujourd'hui^ je ne veux pour linceul qu'un drapeau français sanglant et déchiré! Ma maîtresse^ c'est la France ! Je connais assez les femmes, Monsieur, pour savoir que si les^autres m'ont trompé, celle-là me sera toujours fidèle I »
RUPIGNOL
Eh bien?
CREVINARD
Eh bien! c'est trop long et trop littéraire!
RUPIGNOL, vexé.
Ah! que veux-tu. Je suis de ceux qui croient qu'on peut faire de la littérature à côté d'une bataille et des décors, et qu'on a trop longtemps parlé auvergnat au théâtre !
CREVINARD
Soit! mais je continuerai comme j'ai commencé.
CINQUIÈME TABLEAU
Un café