Prologue qui précédait la Revue de Vannée
Dans le Ministère d*Etat, Section de la littérature^ J'entrai, prenant un air béat, Et pénétrai dans la Censure ! Là j*aperçus de gï'ands cartons Remplis de phrases retranchées Rien du reste des Benoitons!
On connaît leurs mœurs relâchées Et Ton tolère ces mœurs-là.
Mais les allusions hostiles Qui peignent les guerres civiles
Et les abus, et cœtera
Toutes ces choses inciviles * Et qui déplaisent au pouvoir Se trouvaient dans ce carton noir !
— Et que fait-on de ces rognures, Dis-je à l'employé maladroit^ Qui me laissait mettre le doigt Dans ces arcanes des censures ?
— On les ficèle chaque mois Puis on les envoie en Belgique, Un pays oti la république Règne au pied du trône des rois !
Quelques fois dans les mascarades Au ministère^ aux ambassades^ Sous les manteaux vénitiens Nous retrouvons quelque rognure Des phrases que notre censure
.i2 Paris pantin
Retranche à nos Athéniens !
— Je les prends ! Je vais en Belgique!
Dis-je à ce naïf employé;
C'est un transport économique
Dont vous serez un jour payé.
Au lieu de passer la frontière,
J'ai, Messieurs^ pour votre agrément.
Mis la semaine tout entière
A compulser ce document
Et j*en ai fait une revue.
Messieurs, dites-moi sans façon, Lorsque -vous l'aurez entendue^ Si la censure avait raison !