‹ Paris PantinChapitre 94 sur 122 · PONSON DU TERRAIL · texte numérisé non relu

PONSON DU TERRAIL

Voici l'entrée des carrières d'Amérique. — Je suis le premier; personne ne m'a suivie personne ne m'a devancé. Quels feuilletons splendides vont sortir de cet amas de pierres! Rocambole^ tu seras content!... Entrons dans le gouffre! (il eatre dans la

carrière.)

AURÉLIEN SCHOLL, entrant.

Il m'a semblé voir Ponson du Terrail! — Erreur^ sans doute ! Et qu'importe, après tout. SchoU n'a rien à redouter de personne. Entrons dans ces cavernes, et allons apprendre le moyen de gagner beaucoup d'argent en faisant de mauvais romans !

(il entre dans la carrière.) ADRIEN MARX, revenant.

Pour le coup! je crois avoir vu quelque chose. C'est Ponson du Terrail et Aurélien Scholl,qui vont travailler d'après nature. Par Mercier et Rétif de la Bretonne, mes aïeux en indiscrétions, je vais les suivre. A moi^ mon courage, ma plume et ma lor*

gnette de Tolède! En route ! (il entre dan& la carrière.)

ADRIEN MARX, revenant.

Oti sont-ils?. . J'ai perdu leurs traces!... Mais je ne sais ce que j'éprouve... Est-ce l'air qui me man-^ que? j'ai comme des éblouissements... Chose bizarre^ il me semble que ces pierres s'animent et qu'un

roman étrange et mystérieux se forme dans ma tête.

(Pendant le rondeau suivant, un panorama de trois mètres de longueur se déroule et montre les différents motifs que le rondeau décrit.)

AïK de Saltarello,

Rocambote arrive dans l'ombre Pour obéir à son destin. . .

Des voleurs il compte le nombre.

Et leur dit : — Là suite à demain.

Et leur dit : — Mes amis je monte Dans cet horrible souterrain.

Songez que sur vous tous je compte, Ainsi donc ,,. La suite à demain.

Ainsi donc faites bonne garde, Veillez sur notre saint frusquin ; Mais je m*amuse à la moutarde, Au revoir ! — La suite à demain.

Passons à d'autres exercices :

Rojambole a ganté sa main, On sent qu'il va dorer ses vices Et qu'il va... La suite à demain.

Et qu'il va se battre, le drôle, Courageusement, le faquin l Mais le fer touche son épaule, 11 tombe. . . La suite à demain.

Pendant ce temps, au clair de lune, Les ennemis, venus soudain, S'emparent de la belle brune, Quand voici. . . La suite à demain.

Les indiscrétions parisiennes 257

Quand voici ]*ardent Rocambole Qui terrasse chaque assassin.

La belle brune en devient folle/ Et lui ! lui!. .. Z.â suite à demain.

Et lui !. .. Pris d*un dégoût immense, Au bord d'un lugubre ravin, Pour finir le roman^ s^élance.

Mais alors. . , La suite à demain.

Mais alors, étrange hyperbole !

On Tattaquc et le tue enfin !

Et les exploita de Rocambole Enfin arrivent à leur fin!

M. PRUDHOMME

Assez! assez!... Je vous demande pardon si je m'en mêle, mais je trouve toutes ces choses-là complètement ridicules... Qu'est-ce que tout cela nous fait?... Les journaux? pourvu qu'ils soient intéressants et amusants, qu'importe qu'ils soient rédigés par tel ou tel^ et que monsieur X se batte avec monsieur Z, et que M^Ponson du Terrail et M. Schoîl fassent des romans sans queue ni tête...

MARX

Alors que feriez- vous, monsieur Prudhomme ?

M. PRUDHOMME

Ce que je ferais? Je ferais ce que je vais faire!... Mesdames et Messieurs , je sollicite votre indulgence pour un auteur^ qui ne pouvant parler

politique avec indépendance^ littérature avec autorité et morale avec gaieté, vous a raconté une foule de billevesées pour vous faire agréablement passer le temps. Et si vous vous êtes atnusés, il estime qu'il a réussi I (Il salue.)

Page 1