SCÈNE III
ROBERT MACAIRE, M. GOGO
M. GOGO
C'est moi, monsieur! M. Gogo!... J'ai lu vos affiches annonçant l'émission des actions de la Société du Rossignol^ et je viens vous demander de m'en réserver quelques-unes.
ROBERT MACAIRE
Impossible» cher monsieur, impossible! Nous sommes débordés! Que voulez- vous? Les bonnes affaires sont rares !
La maison Robert Macaire et C* 269
M. GOGO
Ohî ça! je le saisf... J'ai déjà perdu beaucoup d'argent dans les divers placements que j'ai faits. Les mines de Bordenbock m'ont pris vingt mille francs, la Banque des pauvres dix mille ; les Docks de la charcuterie, trente mille, il est vrai que je n'avais pu prévoir les trichines^ en un mot^ je n'ai pas eu de chance ! il ne faut qu'une fois! et comme on dit : Qui ne risque rien n'a rien !
N'a rien ! Vous l'avez dit I — Vous avez, je le vois, une grande intelligence des affaires, monsieur Gogo!
M. GOGO
Intelligence! n'est pas le mot; mais on ne m'en fait pas accroire !
ROBERT MACAIRE
Ah ! si tous les actionnaires vous ressemblaient l Monsieur que je suis désolé de ne pouvoir vous délivrer les actions que vous me demandez, je n*en ai plus.... mais pas la moindre !
M. GOGO
Cependant je croyais ne pas arriver en retard. — Vos affiches sont posées d'hier.
ROBERT MACAIRE
Oui! mais les gros capitalistes sont venus,...
a^o Paris pantin
ils ont fait main basse! — Ah! je suis vraiment contrarié ! Cependant il y a peut être un moyen : si M. Bertrand de l'Aube est encore ici, je pourrai peut être le décider à vous en céder quelquesunes...
M GOGO
Ah ! monsieur I quelle reconnaissance!
Veuillez m'attendre quelques instants ! (A part.) Et allons donc! l'affaire est lancée ! (Il sort.)