‹ Paris pendant la domination anglaise (1420-1436): documents extraits desChapitre 89 sur 98 · I. 23 juin · texte numérisé non relu

I. 23 juin

3l2 PARIS PENDANT LA [l43o, juiU.

Jehan Baptiste derrenierement passée ou environ, eulx estans k Paris, se transportèrent en Tostel de Jelian de Bourgogne, demou* rant à Paris à renseigne du Cornet, en la rue Saint-Manin, devant Saint-Merry, avec lequel ilz marchandèrent des tissus de soye dont s'entremet de vendre ledit de Bourgogne et, en marchandant iceulx, ledit Nicolas Say par temptacion de l'ennemi, au sceu dudit Richart, en print une pièce de deulx aulnes cramoisy du large d'un posse escaché^ lequel ledit Nicolas mist en sa manche et remporta furtivement sans le sceu dudit Jehan de Bourgogne, duquel ilz lui ont fait satisiaccion. Et depuis, environ quatre ou cinq jours après, se transportèrent en. la mercerie du palais, et ilec achetèrent deux ferreures d^argent quMlz paierent comptant. Et, ce fait, s'en alerent en Postel d'un marchant de tissuz de soye à Paris, dont ils ne scevent le nom, ne aussi de la rue ou il demeure, mais bien ilz asseneroient, et y demandèrent des tissuz à veoir, lequel marchant leur en monstra plusieurs et de plusieurs couleurs et, en ce faisant, furtivement et par temptacion de Pennemi icelui Nicolas Say, ainsi que ledit Richart Pamusoit, prist deux desdiz tissuz^ l'un de la largeur de trois dois de large ou environ, de couleur bleu, et l'autre de la largeur d'un posse escaché sur la couleur de vert perdu, et après disdrent audit marchant qu'ilz n'en acheteroient nulz et que il les leur faisoit trop, et ainsi se partirent dudit marchant. Et se transportèrent derechief et en icelle mesme heure en ladite mercerie du palais devers un mercier d^icele mercerie, non pas celui de qui ilz avoient achetté ladicte ferreure, mais un autre auquel ilz firent ferrer lesdiz tissuz desdictes ferreures, et ainsi qu'ilz les faisoient ferrer, le marchand desdiz tissuz hastivement les poursui et les trouva en ladicte mercerie, faisant ferrer yceulx tissuz comme dit est. Lequel marchant qui avoit un nostre sergent avec lui, mist la main ausdiz tissuz, disant qu'ilz estoient siens et les faisoit arrester; à quoy ledit Nicolas lui demanda qu^ilz valoient, et il les paieroit, lequel marchant les lui fist la somme de lvi s. t., laquele somme incontinant il lui paia et en est content. Et oultre, le vendredi ensuivant et derrenier jour de juing derrenierement passé, ilz se transportèrent par devers une femme ouvrière et marchande de tissuz de soye, de laquele ilz achetèrent certains

I. Cest-è-dire d* c un pouce aplati i. L'expression € pouce escaché i se lit chez Villon {Grand Testament, huitain CXI, vers 5}.

I43o, juill.] DOMINATION ANOLAISB. 3l3

tissuz de soye de plusieurs couleurs et longueurs pour la somme de XXX 1. 1. ou environ, lesquelz tissuz lesdiz supplians eurent et receurent. Et ce iait, avoient certaine monnoie de nobles d^or quMlz dirent que ilz bailleroient en gaige de ladicte somme, pour ce qu'ilz ne les vouloient pas changier, mais retourneroient brief pour payer la monnoie et prendre leursdiz nobles; mais pour et ou lieu d'iceulx nobles qu^ilz firent semblant de mettre en une bourse laquele ilz scelerent^ baillèrent une bourse en laquele ilz avoi[en]t seulement certains gectouers de cuivre et de plomb; et ce fait s'en partirent. Et il soit ainsi que le samedi ensuivant, premier jour de ce présent mois de juillet, lesdiz supplians, pour les cas dessusdiz furent prins et mis prisonniers es prisons dudit Chastellet de Paris, oti ilz sont detenuz en grant povreté et misère, et doublent que Ten ne vueille procéder contre eulx par voie rigoureuse ou autrement, ou vitupère et deshonneur de leur personnes si comme ilz dient, en nous humblement requérant que attendu que en tous autres cas ilz ont tousjours esté de bonne vie, renommée et de conversacion honneste, sans oncques mais avoir esté reprins, attains ne convaincuz d^autres vilains cas, blasmes ou reprouches, et que lesdiz tissuz ont esté restituez partout et tant que satisfacion en est faicte, et n'y a nul qui contre eulx s'en face partie, sinon justice, eu regard aussi à ce que continuelment depuis dix ans ença ou environ ilz ont servy ou fait des guerres feu nostre très chier seigneur et père, que Dieu absoille, et nous bien et loyaument, nous leur vueillions sur ce impartir icele nostre grâce et miséricorde. Pour quoy nous ces choses considérées

Si donnons en mandement par ces présentes au prevost de Paris

Donné à Paris, le xiii* jour de juillet Tan de grâce mil cccc et trente et de; nostre règne le huitiesme.

Ainsi signé : Par le roy, à la relacion du grant G>nseil,

J. MlLET.

x43o. 4 octobre. Paris.

Henri Vi donne au maréchal de risle-Adam 4,000 livres de revenu annuel assises sur les biens de Jacques d'Harcourt, Jean de la Chapelle, Alexandre le Boursier, Guillaume le Bouteiller, Henri de Marie, la dame de Crasse, Jean de la Ha]re dit Picquet, Jean de Villiers, Touillard de

3 14 PARU PENSANT LA [1427» OCt.

Popincouit, Florent Brund, Philippe d'Orgemont, RâTmoiid Ragiûer, le

Breton de la Bretonnerie, Robinet le Cordelier et Jean le Begant ; ces biens

étaient situés à Paris, Villers-le-Sec, Barcy, Dudl, le Plessis-Piquet,

Ezanville, Sarceiles, Méry-sur-Oise, Orsay, la Bretonnerie, Chennevièrës et

Villiers-le-Bel.

(JJ. 175, n» 332.) j

Henry, par la grâce de Die*%oy de France et d^ Angleterre, savoir faisons à tous presens et advenir que pour consideracion des louables, aggreables et notables services que nostre amé et féal Jehan de Villiers, chevalier, seigneur de l'Isle-Adam, mareschai de France *, nous a faiz es temps passez, fait encores un chascun jour tant à la garde et défense de nostre bonne ville de Paris comme autrement ou fait de noz guerres, et espérons que encores face ou temps advenir en maintes manières, et pour le recompenser aucunement des labeurs, peines, fraiz et despens qu^il a pour ce euz et supportez, et ad ce que d'ores en avant il ait mieulx de quoy honorablement vivre et soustenir son estât et continuer de bien en mieulx en nostredit service^ à icelui de PIsle-Adam par Padvis et deliberacion des gens de nostre grant conseil estans de présent par devers nous, avons donné, cédé, transporté et delaissié, donnons, cédons, transponons et délaissons par la teneur de ces présentes, pour lui et ses hoirs masles légitimes procréez et descendans de son corps en loyal mariage et direae ligne, quatre mil livres tournois de rente annuele et perpetuele à les prendre et avoir sur les terres, seigneuries, fiefs, cens, rentes, revenues, maisons, héritages, droiz et possessions, leurs appartenances et appendances quelzconques qui furent et appartindrent aux personnes cy après declairées et nommées : c^est assavoir à feu Jacques de Harcourt*, en son vivant chevalier, et à feu maistre Jehan de la Chapelle^ dont ledit seigneur de TIsle-Adam a autresfoiz eu don de nous soubz nostre scel de France. Item, sur un hostel assis en nostre bonne ville de Paris en la rue de la

1. Voyez plus haut, sous le n* CXLVI, d'autres lettres de don en fiaveor de ce personnage.

2. Jacques d'Harcourt, baron de Montgommery, sdgneur de Noyelles-€ur- Mer, capitaine de Rue et du Crotoy, tué en 1423 devant Parthenay (Anselme, Hiit» giénéai. de la maison de Francet t. V, p. iSj), Ce chevalier avait élé dans le Ponthieu, de 1420 à 1423, lé plus énergique défenseur de la cause dauphinoise.

Page 1