‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 78 sur 138 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Dans la séance du 15 nivôse an III, la Convention avait désigné Bréard, Marec et Chazal pour remplacer au (lomité de salut public Merlin (de Douai', Delmas et Fourcroy, membres sortants.

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lion et dire qu'il n*y avait plus de Commune sur laquelle on puisse rejeter les causes de la misère publique, que c'était à la Convention qu'il fallait s'en prendre. Les malveillants profitent de cet état de choses pour aggraver nos maux et propager nos inquiétudes, mais l'esprit public est toujours juste et met son espérance dans la surveillance de ses représentattls.

Les assemblées de sections ont été très peu nombreuses ; on ne s'y est occupé que de la présentation des candidats et des discussions auxquelles cette présentation a pu donner lieu.

Spectacles. — ... Au théâtre de la rue Favart, plusieurs artistes, jouant sans cocarde, ont été invités d'en mettre, ce qulls ont fait, excepté le citoyen Fay, qui s'est assez mal comporté

Commerce. — ... Du côté de Bercy, Launay et Brunel ont vu cinquante-neuf trains qui restent dans la glace, vu le prix exorbitant que les ouvriers exigent du marchand

On a dit à Losset que le citoyen San terre, frère du ci-devant général de Paris, avait chez lui cinquamte voies de bois.

OUivier et autres annoncent que le public est très mécontent de ce que, à la distribution du bois, au port Bernard, il n'y a pas un commissaire pour maintenir le bon ordre; ils ajoutent que le public murmure aussi contre l'Agence des subsistances, en disant qu'on aurait dû faire descendre le bois au port de Paris avant 4a gelée; que, si cette mesure eût été prise, le bois serait mieux cordé et les voitures moins chères; en effet, selon la distance, les voituriers exigent jusqu'à trente-six livres pour le transport d'une voie de bois.

RoucnAS jeune, Hornin.

{Arch. nat., F>«III, Seine, 15.)

16 NlYOSE AN III (5 JANVIER 1795).

Rapport du 17 nivôse.

Esprit public' Groupes et Cafés. — Après la séance de la Convention, les groupes s'occupaient du rapport de la Commission * ; les crimes affreux de Robespierre et ses complices ont dessillé les yeux

1. 11 s'agit du rapport que Courtois lut à la Convention, le 16 nivôse an III, au nom de la Commission chargée de l'examen des papiers de Robespierre.

367 RÉACTION THERMIDORIENNE [5 janvier 179o]

sur leur connexité avec les anciens membres du Comité de salut public. « Gomment, disait-on, des hommes qui avaient notre confiance ont-ils pu ainsi nous tromper ? Les monstres ont voulu se baigner dans notre sang avec les mots de liberté et d'égalité ; ils ressemblaient aux Espagnols, qui, lors de la conquête du Pérou, étranglaient les Péruviens, après les avoir baptisés, en leur disant : Reçois les palmes du martyre, »

Âncelle rapporte qu'au Café de Chartres, à huit heures du soir, les habitués étaient très échauffes ; l'un d'eux prit la parole et dit : « Il est temps que le peuple souverain connaisse ses droits, qu'il ne se laisse plus mener par les aristocrates^ les anarchistes, les royalistes, les intrigants, les malveillants, enfin les coquins qui ont fait périr tant de victimes. »

D'après le rapport de Bouillon, dans plusieurs endroits on cherche à persuader qu'on ne donne aucun secours aux indigents à qui la loi interdit de mendier ; qu'ils se présentent en vain aux Comités civils et de bienfaisance de leurs sections, qui, ne touchant rien pour ces objets, ne peuvent rien leur offrir.

L'opinion publique est très partagée sur la répartition des trois cent mille livres de secours aux savants artistes et gens de lettres ^ ; on trouvait mauvais qu'il fût accordé trois mille livres à des gens qui jouissaient déjà d'un revenu considérable, et notamment à Saint- Ange, qui avait écrit en faveur de l'aristocratie.

Commerce» — Dufresnoy a entendu que, dans des groupes, on n'ajoutait pas foi à l'annonce faite à la Convention par Boissy d'Anglas, sur les heureux eS^ets du rapport de la loi du maximum à Orléans ; on disait qu'il était impossible que les denrées baissassent de prix à Orléans, puisqu'elles étaient doublées de prix à Paris depuis le rapport de cette loi, et que c'était ainsi qu'on trompait la Convention sur les intérêts de la République.

Loignier rapporte que, dans les halles, plusieurs femmes, dont les gains sont bornés, se lamentaient de ne pouvoir se procurer à moins de cinquante sols une malheureuse falourde, qui valait autrefois onze sols. OUivier et autres annoncent qu'à la Gare les marchands font retirer leur bois de Teau avec activité; la plupart du temps, ils vendent leur bois sans bons de section. Plusieurs citoyens ont pris des bûches pour frapper un marchand qui vendait son bois trop cher et servait des charretiers avant le public, qui était las d'attendre.

1. On trouvera le texte de ce décret (14 nivôse) et la liste des savants et artistes dans le Moniteur, réimpression, t. XXIII, p. 130.

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Une autre rixe a été occasionnée par un charretier qui, après avoir cordé trois voies de bois, voulait d^autorité se faire corder une quatrième ; la force armée a été requise par les inspecteurs, et Tordre a bientôt été rétabli. Pour économiser les six livres que les crocheteurs exigent pour monter le bois du bord de Teau au pavé, les citoyens se sont offerts à le faire eux-mêmes, mais ces ouvriers s'y sont opposés : le public est vexé de tous côtés

Murât et Desbourdelles disent qu'à la barrière des Gobelins, il y a un magasin considérable de marchandises de première nécessité. Le savon s'y vend 10 livres, et le sucre il livres la livre.

Dans différentes sections du faubourg Antoine, Vontschritz et Thion ont vu beaucoup du monde aux portes des bouchers. Le public murmurait de n'être pas servi à neuf heures et demie du matin, et d'être exposé pendant trois heures à un froid excessif. Il y avait à la Halle très peu de racines, légumes et fruits. . . la Halle à la viande était bien fournie ; il y avait beaucoup de cochons ; le beurre se vend 3 livres 15 sols la livre, et la viande 3â k 40 sols.

Le Roux, Fauconnier.

(Arch. nat., F* «III, Seine, 13.)

Journaux.

Vedelle du 20 nivôse : « Le grand froid qui, du 7 au 10, avait diminué sensiblement, ayant repris les jours suivants, avec une nouvelle force, voici les degrés observés parle citoyen Lalande: le 12,6°;le 13,9«;le U,llo; lcl5,8o; le 16, 9^ Le froid est extraordinaire ; en 1740, il n'allait qu'à 10<>, et le plus grand froid de l'hiver, par un milieu entre tous, est de 7® à Paris ; mais il a été jusqu'à 15" en 1709, 13 1/2 en 1776, et 17 en 1788, c'est-à-dire trois fois dans un siècle. » — Messager du soir du 17 nivôse : « Paris, iS nivôse. On annonce l'arrivée des ex-députés Isnard et Lanjuinais. Sans doute, ces illustres malheureux s'empresseront de satisfaire l'Impatience du public en publiant l'histoire de leurs infortunes. Exclus de la représentation nationale par des mesures de prudence auxquelles ils applaudiront peut-être les premiers, ils s'empresseront sans doute de profiter du décret qui proclame leur innocence, pour faire servir au bonheur du peuple les talents qui ont attiré la persécution sur leurs têtes. Le tyran dont la jalousie furieuse et l'ambition effrénée prononça l'arrêt de mort contre ces illustres proscrits a justifié par sa conduite atroce et sanguinaire les appréhensions qu'ils avaient eu le courage de manifester. Ces hommes si intéressants auraient été traités comme des bêtes fauves avant le 9 thermidor; aujourd'hui, c'est à qui les serrera dans ses bras. Que de réflexions n'offre pas à l'esprit humain un contraste aussi frappant ! »

369 RÉACTION THERMIDORIENNE [6 janvier 17951

Rapport du 18 nivôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Après la séance de la Convention^ les groupes des environs s*entretenaient sur les atrocités des complices de Robespierre, et de suite sur la disette des subsistances dans plusieurs départements. Naudet rapporte que des lettres de nos frères d*armes aux armées annoncent le triste état de dénué- ^ ment où ils se trouvent, sans habits, chemises, ni souliers ; Ton disait qu'il paraissait surprenant que les représentants du peuple aux armées passassent cela sous silence ; Ton annonçait ensuite avec douleur la perte du vaisseau le Républicain par trahison.

Teiel jeune rapporte que, parcourant les corridors de la Convention, les esprits paraissaient agités sur les diverses dénonciations qui se faisaient à la Convention ; plusieurs individus disaient que Ton voulait faire le procès à la Révolution, que les aristocrates levaient la tôte, mais que cela ne durerait pas longtemps ; d'autres les ont rappelés aux principes, et ont été traités de contre-révolutionnaires. Beaucoup de ces individus se répandent dans les groupes et nombre de femmes de ce genre qui fréquentent journellement les tribunes de la Convention.

Bouillon rapporte avoir entendu, dans un groupe près la Convention, plusieurs hommes et femmes déclamer contre les représentants du peuple et contre les marchands ; ces mêmes qui se disaient ouvriers, et dont on a diminué le salaire, persuadaient par leurs discours que la Convention ne s'occupait nullement de nous rendre heureux, et qu'à regard des marchands, c'étaient des cochons qu'il faudrait tuer, lorsqu'ils seraient engraissés, etc.

Leroy et Chatou rappellent qu'au sortir de la séance de la Convention ils entendirent une femme qui descendait pour aller au Jardin national déclamer ironiquement contre la représentation nationale, qu'elle se porta ensuite dans différents groupes pour y pérorer sur le même ton, et excita par ses propos l'approbation de plusieurs. personnes, qui appuyèrent ses réflexions, en disant que la Convention devrait s'occuper d'établir des travaux pour faire subsister au moins six mille personnes, qui mouraient de faim. Ces Tome I. 24

mécontentements ayant été excités par cette femme, les préposés à la police rapprochèrent et l'obligèrent à les suivre au Comité de sûreté générale, où ils la déposèrent; elle a déclaré qu'elle connaissait bien d'autres femmes, qui en disaient bien plus qu'elle ; elle a promis de les désigner.

Les réflexions des politiques sur la situation de la Vendée ne sont nullement rassurantes.

Commerce. — Chevalier, officier de paix, dit que le pain, chez plusieurs boulangers, ne se trouve pas cuit le matin, faute de bois nécessaire pour la cuisson

Murât et Moyron disent qu'à la Gare le bois se vend 35 livres, et que l'on exige 30 livres pour le transport; qu'au Port à l'Anglais il se vend 50 livres et 36 pour le transport.

Cavaignac, Launay et Brunel rapportent que plusieurs marchands de bois leur ont observé que l'on coupe les bois de Boulogne et de Yincennes à un pied et demi de la racine, ce qui empêchera le bois de pousser au printemps prochain, si l'on ne remédie à cet inconvénient ; qu'il serait très urgent pour l'intérêt de la République d'ordonner que ces bois soient coupés ras de terre.

Lefèvre et Moùgeat disent que le peuple murmure beaucoup des vexations exercées par les marchands de bois qui empêchent de casser et de séparer les glaces attachées aux bûches ; qu'il se plaint aussi de la cupidité des charretiers, qui exigent fô à 30 livres pour le transport d'une voie de bois.

Les mêmes disaient que, dans un cabaret, plusieurs citoyens disaient qu'il y aurait un coup sous quelques jours ; ils surveillent ces mêmes particuliers.

Bergeret, La Motte et autres rapportent que* le peuple est très irrité de la manière dont il est vexé partout ; il dit qu'il ne peut rien avoir sans donner des poignées d'assignats ; que celui qui paie la voie de bois 200 livres est certain de s'en procurer; que, ne pouvant donner cette somme, il se voyait contraint d'acheter â livres 10 sols une falourde qui ne contient que trois morceaux de bois.

Les mêmes ajoutent que, dans les places publiques, cafés et cabarets, on entend dire : « Au diable la République ! Nous manquons de tout ; il n'y a que celui qui est riche qui ne manque de rien. » L'on y voit faire le commerce d'argent ; surtout les brocanteurs se permettent de peser l'or et l'argent à la vue de tout le monde. Les marchands de toutes espèces ne craignent point de demander si c'est avec de l'or, de , l'argent ou du p.apier que vous prétendez payer. Le public dit qu'il est affreux de souffrir un pareil agiotage. On entend aussi

371 RÉACTION THERMIDORIENiNE [6 j.vxvier 179S]

partout, selon les mêmes inspecteurs, proférer publiquement les mots de Monsieur et de Madame. Ils disent que l'aristocratie lève plus que jamais une tète audacieuse, et nargue impunément les bons citoyens partout où ils se trouvent, en leur disant : « Ah ! Ah ! mes bougres, voilà votre tour bientôt arrivé, et nous verrons quand il en sera temps. y>

Suivant les mêmes, le peuple se plaint de voir sortir de Paris des voitures chargées de lingots d'or et d'argent; persuadé qu'ils sortent de la Monnaie, il dit que, si cela continue, il ne lui restera que du papier, avec lequel il ne pourra rien se procurer.

Yontschritz et Thion disent qu'au quartier Antoine il y avait beaucoup de monde à la porte des charcutiers, principalement à la section des Droits-de-l'Homme, où Ton s'est battu ; la force armée y est arrivée, et le calme a bientôt été rétabli.

Loctave et Plantin rapportent que la Halle aux légumes était peu approvisionnée; la Halle à la viande était bien fournie. •• La viande se vendait 30 à 40 sols la livre ; le beurre, 4 livres ; le fromage grand moule, 9 livres 10 sols.

RouGHAS jeune, Hornin.

(Arch. nat., F * « III, Seine, lo.)

Journaux.

Courrier républicain du 18 nivôse : « Du 17 nivôse. Les quatre députés dont la conduite est soumise à Texamen de la Commission des 21 viennent de faire paraître un mémoire en réponse à la dénonciation de Le Cointre. En jetant les yeux sur les premières lignes de cet écrit, on reconnaît la manie de tous les sophistes de tous les temps, de poser en fait ce qui est en question, d'établir des définitions pour ses adversaires, et d'oublier toujours celles dont les conséquences peuvent les écraser. <c Nous sommes patriotes, disent les «accusés : est-il possible qu'on nous accuse de faits indignes d'un patriote?» Quand on entend Collot dire : « Je suis patriote », il semble qu'on entend Collot, jouant la comédie, dire : « J'ai joué un héros ou un valet sur le « théâtre, donc je suis un héros ou un valet. » Nous analyserons cette défense, dont il ne sera pas difficile de démontrer le ridicule ou l'absurdité ^ » —> Abréviateur universel du 19 nivôse : « Paris, le 47 nivôse. Un luxe énorme, les concerts, le chanteur Garât et la belle citoyenne Gabarrus, femme Tallicn, voilà ce qui occupe ici, beaucoup plus que les subsistances et nos quatoi*ze

i. Cette réponse de Barère, Billaud-Varenne, Collot d'IIerbois et Vadier aux inculpations de Laurent Le Cointre a été réimprimée par nous dans la revue la dévolution françaisey t. XXXIV : elle est fort remarquable et intéressante. Le Courriel^ républicain en donna une analyse dérisoire dans son numéro du surlendemain 20 nivôse. Cf. le Républicain français du même jour, et le Journal de Perlel des 18 et 19 nivôse.

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armées, une classe de personnes des deux sexes, que le reste du public envie, tâche d'imiter, flatte ou dénigre, selon les passions et les circonstances. La belle Gabarrus a ses admirateurs, ses adorateurs, ses détracteurs et ses émules. Arrive-t-elle? on applaudit avec transport, comme si c'était sauver la République française que d'avoir une figure à la romaine ou à l'espagnole, une superbe peau, de beaux yeux, une démarche noble, un sourire où Tamabilité tempère la protection, un costume à la grecque et les bras nus. Quelques journaux ont multiplié les copies littérales du même portrait de Thérésia Gabarrus, portrait en plusieurs colonnes où Ton voit successivement Orphée, Eurydice, Duhem, Gambon, la nouvelle Antoinette des uns, la déesse des autres; Phydias, Praxitèle, Anacréon, TibuUe, Parny, ces mots de Virgile : Et vera incessu patuit dea ; la clémence liberticide et r honneur de Véchafaud des deux partis; la probité politique de Tallien, et V Amour de Bouchardon, mutilé dans le ci-devant parc de Trianon par un vandale... Quel goût 1 que d'esprit ! et quelles mœurs républicaines ! »

18 NIVOSE AN m (7 JANVIER 1795).

Rapport du 19 nivôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les conversations dans les cafés et dans les groupes ne présentent aucunes connaissances particulières; Ton a seulement remarqué que le décret qui oblige les émigrés de sortir sous deux décades du territoire français est le vœu général de tous les bons citoyens ^ .

L*on voit avec peine que quelques représentants du peuple se fassent journalistes et alimentent par la voie de leurs journaux les haines particulières.

Continuation des plaintes sur la cherté des subsistances.

Au café des Ganonniers, ci-devant Chartres, on déclame contre Marat, on élève Corday, et, suivant Gautier, Tun de nos préposés, les habitants dudit café se promettent de se porter sur la place de la Réunion avec des pioches et des outils pour y démolir le monu* ment qui lui est élevé.

Commerce, — ...Thion et Vontschritz ont entendu des femmes dire dans le quartier Antoine : « Si les Parisiens ne veulent pas que nous emportions du pain , ils iront chercher les légumes euxmêmes. »

Pipelard et autres annoncent qu'à la Gare on vend 35 livres la voie

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