Voir plus haut, p
21 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [31 juillet 1798]
Rapport du bureau central du 14 thermidor.
. . . Journaux. — Quelque fondé que paraisse le Clairvoyant dans les reproches qu'il adresse aujourd'hui fréquemment au Journal des Francs, il laisse cependant entrevoir une sorte d'affectation qui ne fait point la justification de ses principes particuhers. A juger au surplus d'un article par lui critiqué d'un numéro du Journal des /ranc5 qui n'est point parvenu à l'administration, ce dernier s'exprime avec la plus grande indécence sur le compte des membres actuels du gouvernement batave ; il se permet à leur égard l'épithète de tyranneaux étayés seulement du sabre d'un bandit. — Il est à remarquer que plusieurs journaux, notamment de ceux dont les opinions ne sont pas connues comme patriotiques, tels que la Gazette diplomatique et le Courrier de Paris ', donneni, à l'article Philadelphie, le morceau suivant, dont l'objet est peut-être d'accorder des torts au gouvernement français envers celui des Etats-Unis. Comme cet article n'est pas conçu en termes très clairs, il a paru convenable de le donner ici : « La Chambre des représentants a adopté le bill qui autorise à prendre les corsaires français, mais il n'a passé qu'à une majorité de 50 contre 40. On lit dans nos papiers publics cette réponse du président à une adresse des jeunes gens de New- Brunswick : « Messieurs, je ne conçois point d'adresse qui dise plus « en moins de mots. J'entends le langage des Français dans le même « sens que vous demandez pardon des outrages et des insultes que « nous vous avons faites. Payez les déprédations que nous avons « commises sur votre commerce. Alors un homme qui prétend avoir « quelque influence emploiera son crédit à procurer une audience « à vos envoyés. Un jeune homme pourrait-il désirer de vivre dans « un pays assez avili pour souffrir un tel outrage? » — Des nouvelles données postérieurement de New-York par le Courrier de Paris tendent plus évidemment vers le même but. Les Annales de la République et VÉcho s'accordent pour dire que des Français dans une déroute ont fui Oglou contre qui ils combattaient pour aller rejoindre a d'autres émissaires chargés de nouvelles opérations en Turquie ».
1. Ces deux journaux manquent pour cette époque à la Bibliothèque nationale.
[3i JUILLET 1798]
DIRECTOIBE EXECUTIF
— Il est une anecdote indécente dans le Révélateur; elle consiste dans le détail des vertus d'une pommade, détail qui répugne aux amis des mœurs *. — 'L'Observateur français se plaît à dire que les insurgés d'Irlande ont exercé nombre de cruautés, — 11 n'est aucune observation à faire sur les autres journaux.
Cousin.
(Arch. nat., BB ^ 88, et F ^ 3841.)
JoURiNAUX.
Mercure français du dO fructidor : « Couplets chantés à la fête des artistes logés au Louvre et réunis spontanément le 13 thermidor, jour de l'arrivée des monuments d'Italie au Muséum contrai des Arts '.
Air uu Pas redoiihlé.
Salut aux guerriers généreux,
Vainqueurs de l'Italie, Dont le bras enrichit ces lieux.
Des trésors du génie.
Bronzes, marbres, tableaux, talents.
Tout parle de leur gloire :
Et chacun de ces monuments
Raconte une victoire.
L'éloquent vainqueur de Python,
Peu content du Saint-Père, Auprès du pape sans façon
Bâillait au Belvédère; Tant de cardinaux beaux esprits
Lui donnaient la migraine ; Pour guérir, il vint à Paris
Respirer l'air d'Athènes.
Quant à la mère des Amours,
Elle vient toute nue ; Et de cette absence d'atours
La raison est connue :
Pouvait-elle au souffle des vents
Dérober sa parure ?
Nos dames depuis si longtemps
Ont volé sa ceinture.
Je ne vois point parmi ces dieux
Mars, le dieu de la guerre ; De l'égalité l'orgueilleux
A redouté la terre.
Je devine de cet ingrat
Les jalouses alarmes :
Ce dieu ne serait qu'un soldat
Parmi nos frères d'armes.
Bonne et consolante Gérés,
Le pauvre te salue.
Vous, Minerve, chez le Français
Soyez la bienvenue. Bientôt si sa légèreté
Un tant soit peu vous blesse, Vous apprendrez que la gaîté
Est l'art de la sagesse.
Bien des gens, par air ou par goût,
Vantaient les neuf pucelles ; Ils avaient, disaient-ils, partout
Leurs faveurs éternelles.
Grâces à nos braves enfants.
Viennent ces immortelles ; Et nous verrons si leurs amants
Sont si bien avec elles.
1. Nous n'avons pas pu retrouver cette anecdote dans l'exemplaire fort incomplet de ce journal à la Bibl. nat., Le 2/902, in-4.
2. Ils ont envoyé des billets d'invitation à leurs collègues extérieurs, à la Société philotechnique, à celle des Amis des Arts ; la cour du palais fut illuminée à leurs frais; il y eut bal toute la nuit; et les soldats qui leur furent donnés pour garde y ont été admis. {Noie de l'oriyinal.)
23 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [!«' aolt 1798]
Honneur au buste de Biutus !
Et gloire à ce grand homme !
Je lui réponds que nos vertus
Valent celles de Rome.
Jamais traître sur nos remparts
N'a versé Tinfamie ; On vit toujours le sang des arts,
Fidèle à la patrie.
Par le citoyen Joseph Lavallke, membre de la Société philotechnique et de celle des sciences, etc., demeurant au Palais national des sciences et des arts. »
Palrioie français du 16 thermidor : «On a donné le 13 du courant, au théâtre du Palais-Égalité, Variétés, ci-devant de la citoyenne Montansier, la première représentation des Tèles à la T'itiis, bluette patriotique en un acte ' . Parmi les couplets qui ont été redemandés en grand nombre, nous citerons le suivant. Il est chanté par un marin très brusque, qui a passé à Malte à l'instant de la conquête, et qui, depuis qu'il a débarqué, n'entend jjarler que de perruques et de coiflure. On lui demande des nouvelles de Ruonaparte ; il répond :
Air : On comptèrent les diamants.
Partout il se fait des chalands ;
La victoire lui sert d'enseigne ;
On est retajîé pour longtemps.
Quand il vous donne un coup de peigne.
S'il va toujours jiar-ci, par-là,
Rasant ce qu'il trouve à la ronde,
Vous verrez que ce garçon-là
Fera la barbe à tout le monde. »
Rapport du bureau central du 15 tiiermidok.
...Journaux. — Le journal les Nouvelles de Paris, le seul qui motive aujourd'hui une observation, ne prend pas la plus légère peine de dissimuler le mauvais esprit qui l'anime ; d'une part, il est constant à copier toutes les feuilles ministérielles de Londres qui peuvent prêter aux plus insidieuses conjectures ; de l'autre, il a grand soin de faire des forces de l'Empire et de ses préparatifs militaires une énu-
1. Voir plus loin, p. 20, le rapport du lU thermidor et la note.
[2 AOUT 1798] DIRECTOIHE EXECUTIF 24
mération qui tend à le faire croire 1res formidable, et à élever d'autres conjectures en sa faveur. Il paraît que ce n'est plus dans la lettre, mais simplement dans l'esprit de sa rédaction que ce journal, continuateur évident du Nouvelliste politique, nuit et peut-être a le projet déterminé de nuire à l'opinion. — On doit cependant encore blâmer aujourd'hui la réflexion que fait le Surveillant sur la répugnance qu'il trouve dans le Corps législatif à s'occuper des contributions, parce que c'est la partie la moins populaire de ses fonctions.
Cousin.
(Arch. nat., BB' 88, et F' 3841.)
Journaux.
Clef du Cabinrt du 15 Ihermidor : a Paris, ii thermidor Nous avons
rendu plus d'une fois hommage au zèle et à rintelligence de cette commission des inspecteurs du Conseil des Anciens, qui fait des Tuileries un si beau jardin. Mais ces représentants, amis du peuple, ont-ils fait attention que chaque pied d'arbre y devient un cloaque dégoûtant? que les murs du côté de l'eau, surtout l'angle voisin de la statue de Jean-Jacques, sont encombrés d'ordures, et qu'il ne sera bientôt plus possible d'y jouir de la promenade sans s'exposer à être incommodé par la plus dangereuse infection ? Au nom des citoyens qui fréquentent habituellement ce superbe jardin, au nom des enfants qui vont l'égayer de leurs jeux intéressants, au nom des mères qui y allaitent leurs tendres nourrissons, nous prions les inspecteurs du palais des Anciens de prendre à cet égard les mesures qu'ils jugeront convenables ; il serait cruel de trouver une maladie grave où l'on allait chercher un plaisir innocent, ...»
Rapport du bureau central du 16 tuermidor.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — On ne peut appeler indifférence la situation actuelle des esprits ; ce n'est que faute de conjectures extraordinaires qu'ils ont gardé une sorte de calme, mais ce n'est point celui de l'apathie. Quelques entretiens l'ont prouvé. La discussion qui a eu lieu au Corps législatif sur les moyens de rendre au décadi le caractère civil de repos qui lui appartient seul ' a donné
1. Le 6 tliernùth.r an VI, le Conseil des Cinq-Cents avait pris une résolution pourfendre obligatoire la célébration du décadi. Le 12 thermidor, il discute un
25 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 août 1798]
lieu à beaucoup de réflexions que le patriotisme seul suggérait. En un mot, il n'existe, dans la très grande majorité du public, d'autre sujet de mécontentement que celui qui émane de la difficulté des ressources, d'une rareté plus grande de numéraire et du relard plus sensible dans les payements de la Trésorerie. On doit dire au surplus que, dans toutes les classes de la société, le besoin de l'ordre est plus que jamais senti, et que, dans toutes les circonstances, ce qui paraît tendre à le troubler est bientôt suivi de fortes improbations, en sorte que le bon esprit du citoyen est tel aujourd'hui qu'il veille lui-même, pour ainsi dire, au maintien de sa tranquillité politique. — On regrette d'avoir toujours à faire le lot de la malveillance, qui cependant n'a osé prendre que peu d'essor dans les premiers jours de cette décade. Il eût été précieux de saisir et de livrer à toute la rigueur des lois l'ennemi de la République qui s'est plu à répandre un écrit que l'on croirait composé quelques jours avant le 18 fructidor et ayant pour titre : Vous n aurez pas la paix. On a encore à gémir sur la licence de quelques pamphlétaires, qui, sous un titre à double entente, auquel les crieurs prêtent encore un accent perfide, répandent l'alarme parmi les citoyens, tantôt en annonçant les nouvelles mensongères de quelque mesure de police, tantôt en supposant une réponse des jeunes gens au rapport du représentant Jourdan sur la conscription militaire '. Telle est, au surplus, la force de l'opinion aujourd'hui, que ces mensonges, le plus souvent l'image de la cupidité, répandent tout au plus le soir de légères inquiétudes, que dissipe le matin qui le suit. — Cette commune, en un mot, sous le point de vue politique, présente l'image du calme le plus satisfaisant.
Culte. — Le culte, dans chaque manière de l'exercer, a été pratiqué avec beaucoup de décence ; il fait en général moins de sensation ; mais, si l'affluence est moins sensible depuis quelque temps dans les tem.ples catboliques, elle n'est pas moins remarquable sur la voie publique les jours correspondant au dimanche, qu'une certaine classe de peuple consacre opiniâtrement au repos sans aucun motif de religion.
Spectacles. — Avec regret on remarque toujours une disette complète de ces productions qui, sur la scène, honoreraient à la fois le patriotisme et le goût ; celles qui paraissent depuis quelque temps
projet de résolution de Bonnaire tendant à coordonner les jours de repos avec le calendrier républicain, et elle l'adopte le \1. Ces deux résolutions furent transformées en loi par le Conseil des Anciens, la première le 13 fructidor, la seconde le n thermidor.
1. Ce rapport fut fait dans la séance du Conseil des Cinq-Cents du 2 thermidor an Yl. Il fut imprimé à part. Bibl. nat., Le 4;V21Go, in-8.
n'obtiennent que des demi-succès, et sont tout à fait étrangères à l'opinion. — On ne peut trouver qu'une bonne intention dans le fond d'une pièce qui se donne au théâtre de la citoyenne Montansier sous le titre de Têtes à la Titus ' ; l'objet de cette production est de persuader que les costumes ne font rien au personnel et qu'on peut sous des modes, même ridicules, cacher des qualités essentielles. — Il faut en quelque sorte s'applaudir de la chute d'une pièce donnée au Vaudeville sous le titre de Jacques le fataliste 2, dans laquelle en tout cas la morale avait plus à perdre qu'à gagner, s'il est vrai que le fatalisme et le matérialisme se donnent la main. — Dans Les Amis de Collège ^, remis au théâtre Feydeau, le professeur dit : « On se fait des rentes, et on vit tranquille le reste de ses jours. » Ce mot a été applaudi avec la plus outrageante malignité. — On regarde comme une espèce de scandale une pièce donnée au théâtre de la Cité, sous ie titre de Parc de Mousseaux *. C'est un tissu continuel des plus fortes flagorneries du citoyen Garnerin, qui s'y trouve modestement qualifié de grand homme. Ce physicien et sa compagne y figurent dans leur nom propre, et les prénominations de Monsieur et Madame y sont indécemment prodiguées.
Lessohe.
(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 3841.)
1. Bluette cil un acte, par Lombard de Langres. On y chantait, sur l'air du Vaudeville de la soirée oraf/euse :
Quand nous voyons toute la terre Quand une amitié fraternelle
Pleine de nos exploits nombreux, Devrait resserrer nos liens,
Entre nous faut-il être en guerre Pourquoi sur une bagatelle Pour moins que rien, pour des cheveux? Diviser tous les citoyens ?
Frondeurs, riez de ma tournure ; Un jeune homme dans sa parure
Moi, je me ris de vos quolibets; Parfois peut mettre de l'excès,
Ce n'est pas d'après une coifl'ure Mais que m'importe sa frisure,
Que l'on doit juger un Français. S'il porte le cœur d'un Français?
"Voir le Courrier des Spectacles des 14 et 15 thermidor an VI. Voir aussi plus haut, p. 23.
2. Comédie en un acte, jouée le 13 thermidor. Voir le Courrier des Spectacles du li.
3. Comédie en trois actes et en vers par Picard, reprise le 12 thermidor an VI.
4. Le Parc de Mousseaux ou le Voi/ar/e aérien, opéra comique en un acte par llapdé, joué pour la première fois le 15 thermidor an VI. On en trouvera un compte rendu dans le Courrier des Spectacles du IG.
DIRECTOIRE EXÉCUTIF [4 agit 1798]
MCDXXVIII
Rapport du bureau central du 17 thermidor.
. . .Journaux. — Fidèle à son système, le journal les Nouvelles de Paris suppose que l'ambassadeur français à Turin avait élé appelé dans la République cisalpine « pour ajouter ses lumières à celles que l'on voulait porter dans les mystères du dernier complot». On observe que celte phrase est trop ambiguë pour ne pas être dictée par un mauvais esprit. Les journaux ne nécessitent aucune remarque intéressante.
(Arch. nal., BB» 88, et F ' 3841.)
Séance du Directoire exécutif.
16 thermidor an V/.
Le ministre de la police générale rend compte, dans un rapport, des mesures qu'il a prises pour faire poursuivre, conformément aux lois, les auteurs d'un écrit séditieux ayant pour titre J)es Invalides mutilés en combattant pour la République au Corps législatif. Le Directoire, satisfait des mesures prises par le ministre, ordonne le classement de son rapport.
(Arch. nat., Registre des délibérations du Directoire. AF * m 12.
Journaux.
Journal du Soir des frères Chairjnieau du 16 thermidor : « . . .Le collège de l'Égalité, rue Jacques, à Paris, vient de recevoir de François (de Neufchâteau) le nom de Prytanée français. Le Prytanée, à Athènes, était un lieu où l'on élevait gratuitement les enfants des citoyens indigents qui avaient bien mérité de la patrie »
MCDXXIX
Rapport du bureau central du 18 thermidor.
. . .Journaux. — Il est toujours une coupable affectation dans les Nouvelles de Paris à ne donner que des extraits de feuilles minislé-
rielles de Londres, seul moyen, comme on le présume aisément, de tromper l'opinion sur les affaires d'Irlande. Effectivement, ce qu'on lit dans ces feuilles tend à faire croire de plus en plus que les Irlandais ont peu d'espoir de secouer le joug du gouvernement anglais. — Il y a dans les Nouvelles de Paris une égale affectation à énumérer les forces que l'Empereur met actuellement sur pied, manière indirecte d'éloigner les idées delà paix et de faire croire aux projets les plus hostiles. — Les autres feuilles périodiques ne donnent lieu à aucune observation importante.
Cousin.
Journaux.
Clef du Cabinet du 18 thern)idor : Paris, 17 thermidor. .. L'cx-conventionnel Massieu a écrit au journaliste dans la leuille duquel on l'avait guillotiné qu'il se portait très bien au ministère de la guerre, dont il est bibliothécaire, et qu'il n'avait pas songé du tout à se faire guillotiner »
Rapport du bureau central du 19 thermidor.
. . .Journaux. — Comme le mal n'est pas à présumer, mais qu'il est possible de le cacher avec perfidie sous les expressions les plus innocentes en apparence, on soumet à l'autorité la phrase suivante des Nouvelles de Paris, qui jugera si elle est sincère, ou si elle est ironique : « Ne devrait-on pas examiner si le traitement actuel des législateurs n'est pas au-dessous de leur grand caractère et de la dignité attachée à la représentation nationale? En général, il faut bien payer ce que l'on ne veut pas laisser revendre à d'autres. » Cette dernière phrase tend évidemment à dissiper toute espèce de doute sur l'intention du journaliste. — H y a une affectation qu'on peut appeler de parti dans le Clairvoyant et dans VËcho à lancer contre le Journal des Francs d'assez fortes personnalités. — Le Journal des domaines nationaux emploie les anciennes dénominations de calcul et de mesures agraires. Il vient de lui être écrit par l'administration. . .
Lessore.
(Arch. nat., BB « 88, et F '' 38-41.)
29 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [7 août 1798]
MCDXXXI
Rapport du bureau central du 21 tuermidor.
.. .Journaux. — Il n'est rien k remarquer dans les feuilles périodiques de ce jour, si ce n'est une sorte d'affectation avec laquelle le Journal des Francs présente le jour de la célébration de l'anniversaire du 14 juillet au Mans, comme un jour de fête pour l'aristocratie ; il attribue la détérioration de l'esprit public dans le département de la Sarthe à la suppression du Journal de la Sarthe. « J'ai compté, écrit celui qui donne au journaliste les détails de la fête, quinze coups de canon pour l'anniversaire du 14 juillet; pour le 9 thermidor, j'en ai compté cent huit. » Cet article, en un mot, est dans son entier une forte inculpation dirigée contre les premières autorités de la Sarthe. — Le Journal des Francs, le Journal des Campagnes et des Armées continuent à présenter les derniers événements de la République batave comme l'ouvrage du despotisme ; mais le Journal des Campagnes ajoute ce qui suit, comme post-scriptum d'une lettre écrite de La Haye : « On nous assure que le Directoire de la République française ne voit point cette révolution de si bon œil qu'on voudrait nous le faire croire; qu'il a surtout improuvé fortement les formes qu'on a employées pour faire la révolution du 24 prairial. » — Les autres
journaux ne donnent lieu à aucune observation
Cousin.
(Arch. nat., BB ^ 88, et F ^ 3841.)
Autre rapport du même jour.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Les opinions continuent à se tenir dans un grand calme et n'ont heureusement subi d'autre changement que celui d'une nouvelle amélioration ; en effet, les idées qui tendaient à éloigner toutes les probabilités pour la paix prennent aujourd'hui une direction contraire, quelles que soient les longueurs causées par les formalités qui accompagnent les négociations de Rastadt. On doute beaucoup même des dispositions pacifiques des puissances respectives ; sous ce même point de vue, on n'envisage pas avec moins d'intérêt la diplomatie de la République à l'égard de plusieurs autres États ; on considère le gouvernement
[7 AOLT 1798] DIIIECTOIUE EXÉCUTIF 30
comme actuellement médiateur entre la Ligurie et le Piémont; on le trouve évidemment sur la voie des rapprochements vis-à-vis des États-Unis d'Amérique, et cette dernière considération est surtout sentie dans la classe des négociants. — C'est avec un intérêt particulier que l'on est à l'affût des moindres nouvelles sur la flotte de Buonaparte, et on attache à ce qui peut constater quelques succès dans cette expédition une importance telle que, malgré les bruits favorables qui ont déjà couru, on serait décidé à ne croire que ce qui serait publié d'officiel à cet égard. Mais on doit dire qu'à la joie avec laquelle on accueillait ces bruits, il était impossible de ne pas reconnaître un véritable esprit public; car, si la malveillance s'empare des revers pour aggraver alors notre situation politique, le patriotisme en revanche profite de l'allégresse commune à l'arrivée ou même à la présomption d'une heureuse nouvelle; et, dans l'un ou l'autre cas, le parallèle d'un nombre des bons et des mauvais citoyens tourne à la honte de ces derniers et à la gloire de l'opinion. — Les seules plaintes que l'on ait entendues, et que l'on entend encore, sont causées par la rareté des payements de la Trésorerie et par leurs retards ; mais ces plaintes ont rarement d'autre caractère que celui du malaise personnel.
Culte. — Le culte en général a fait peu de sensation à l'extérieur des temples oîi il se pratique ; ceux-ci ont offert moins d'affluence que de coutume, et il ne s'y est rien dit ou fait qui mérite une remarque particulière. — On continue à faire disparaître tous les signes du fanatisme ou de la féodalité qui ont pu échapper à l'œil jusqu'à ce jour.
Spectacles. — Toujours même disette de sujets de patriotisme sur les différents théâtres. On n'y a vu que deux productions nouvelles : l'une au théâtre Molière, l'autre au théâtre Feydeau; la dénomination de <( Monsieur » n'y choque point l'oreille, mais elle n'est aucunement frappée de celle de citoyen. Il sera facile sans doute de reconnaître le soin avec lequel les auteurs chercheront à éviter les interpellations. — Il vient de paraître, au théâtre dit Sans-Prétention, sous le titre de La Vengeance inattendue ou le Triomphe de la vertu ', une pièce qui contient plus d'un passage répréhensible ; l'autorité comme la société y reçoivent des traits malins ; ce sont encore des brigands auxquels on fait dire que, « dans les grandes villes, le nombre des gens de leur profession est si grand que la surveillance ne peut s'étendre sur tous; c'est le plus fin qui attrape l'autre ». Manière adroite d'accuser l'au-
1. Je ne trouve rien à ce sujet dans le Courrier des Spectacles.
31 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [7 aoit 1798]
torité d'impuissance et d'encourager le crime. Ce qui suit, et qui est proféré par un valet emprisonné, ne mérite pas moins de blâme : « Tout gît dans l'imagination, dit ce valet. Prisonniers, bien des gens se croient libres et le sont moins que moi, qui suis dans les fers. » — Ces licences vont motiver des mesures particulières de répression de la part de l'administration.
(Arch. nat., F^ 38il.)
Journaux.
Clef du Cabinet du 21 lliermidof : " Pnnx, Le 20 thermidor. ...Il exislc au-dessus de la porte de la sacristie, dans la ci-devant église Saint-Leu, k Paris, des vitraux peints, sur lesquels on voit l'histoire de ï Annonciation. D'un côté, est la jeune vierge à genoux lisant ses heures ; de l'autre le beau Gabriel, et dans le coin de la chambre un i)etit pigeon, du bec duquel part un rayon pyramidal qui va droit à Toreille de Marie et dans lequel est un embryon bien formé. Ce tableau, nouvelle preuve du mauvais goût et de la ridicule superstition de nos pères, n'est que l'explication d'une jirose chantée dans les églises :
Gaude, virgo, mater Christi, Quœ per aurem concepisti.
Aussi le poète La Monnoye, dans ses Noëls bourguignons, n'a pas manqué de citer Marie, concevant un petit garçon par l'oreille. (Noël 7, page 27, édition de 1720.] Le ministre de l'intérieur vient d'autoriser le transport do ce bizarre tableau au Musée des monuments français, comme une nouvelle preuve de la sottise de nos instituteurs et de la crédulité de nos ancêtres » — Patriote français du 22 thermidor : « Paris, 21 thermidor. ...Nous n'avions pas vu depuis longtemps célébrer la décade avec plus d'éclat qu'hier; c'était une véritable lete républicaine. Les danses, les spectacles, les promenades ont été très suivis. Nul atelier ouvert, presque tous les travaux suspendus, la loi enfin respectée par les citoyens que les habitudes encore plus que les opinions éloignaient de l'observation du nouveau calendrier. Ce jour est d'un bon augure, et prouve qu'il ne s'agit que de vouloir pour se soumettre sans contrainte à une institution dont chacun finira par sentir l'immense utilité, j)uisqu'au lieu de cinquante-deux dimanches et d'un nombre infini d'autres fêtes, qui enlevaient au travail et à l'industrie le tiers de l'année, il y aura moins de jours pour le repos ou la paresse, ce qui ne contribuera pas peu à multiplier nos ressources; car, qui crée les États florissants, sinon le travail ? Unissons-nous donc d'un commun accord avec le gouvernement, et ({u'enfin la volonté unanime et générale sanctionne les travaux de nos législateurs, afin qu'aucune des institutions monarchiques n'existe bientôt plus dans ce vaste État, dont la régénération complète doit servir un jour de modèle aux nations qui voudront, en évitant ses erreurs, profiter de l'exemple de ses vertus ;>
MCDXXXII
Compte décadaire des opérations du Bureau central DU canton de Paris, du H au 20 thermidor an vi.
. . . Prélèvernent au profit des pauvres sur la recette des spectacles. — L'administration municipale du Vn« arrondissement ayant annoncé que, le 13 thermidor dernier, la salle du théâtre de la rue Antoine était pleine, et que cependant il n'avait été présenté que 12 fr. 50 c. pour toute recette, ce qui faisait présumer une infidélilé de la part des entrepreneurs de ce théâtre au préjudice des pauvres, le Bureau central a invité cette municipalité à continuer sa surveillance sur les théâtres de son arrondissement et lui a annoncé qu'il s'occupait de mesures propres à réprimer cet abus.
Théâtre du Marais. — Il a donné acte de sa déclaration au citoyen Reygner ', qui a loué pour trois années ce théâtre du Marais, où il est dans l'intention de faire représenter tous les jours des pièces de théâtre.
Acte de vente des presses du journal le Républicain. — Le ministre de la police ayant demandé la représentation de l'acte de vente des presses servant à imprimer ci-devant le journal le Républicain, le Bureau central lui a répondu qu'un procès-verbal du commissaire de police constatait que le citoyen Camus, propriétaire de ce journal, avait refusé de dire à qui il avait vendu lesdites presses.
ÉoHt intitulé « Étrennes aux amis du 18 fructidor ». — D'après l'invitation de l'accusateur public du département de la Seine, de faire arrêter un écrit ayant pour titre : Étrennes aux amis du 48 fructidor, imprimé chez Huguelet, rue des Fossés-Saint-Jacques, n° 11, de société avec Doulac, ouvrier imprimeur, rue Dominique-Germain, n° 1033, le Bureau central a fait faire perquisition chez le citoyen Huguelet, mais cet écrit ne s'y est point trouvé.
Affiches sur papier blanc. — Plusieurs commissaires de police ont enlevé un grand nombre d'atriches sur papier blanc, en contravention à la loi, et en ont dressé procès-verbaux
Filles prostituées. — L'administration municipale du IV° arrondissement ayant transmis la pétition de plusieurs citoyens, tendante à
1. Voir t. IV, p. 790, la note 1, où il n'est question que de l'acteur Chénier comme directeur de ce thé.ltre.
33 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [10 aolt 1798]
rexpulsion des filles publiques qui habitaient la rue Jean-Denis, le Bureau central a fait arrêter plusieurs de ces filles.
Permis de modeler en cire le portrait de Sirugue refusé. — Si l'on doit avoir du jilaisir à contempler l'image d'un grani homme, d'un citoyen qui s'est rendu utile à son pays, le portrait d'un scélérat qui a été le fiéau de la société, et qu'erdin le glaive de la justice a frappé, ne peut qu'inspirer un sentiment d'horreur et ne doit jamais s'offrir nulle part, et encore moins devenir l'objet de spéculation. C'est pour ces motifs que le Bureau central a refusé au citoyen Marco la permission de modeler en cire le portrait de Sirugue, cet infâme assassin de sa maîtresse, qui a subi récemment la peine due à son crime '.