L. MiLLY, Le Telliër
(Arch. nat., BB » 91.)
Journaux.
Ami des Lois du 28 vendémiaire : « Variétés. . . .Les fermiers de la maison Lazare, mettant à profit l'étendue de ce superbe local, viennent de former, au nord de cette commune, un établissement pour l'abatage des animaux destinés à l'approvisionnement des boucheries. Il serait à désirer que des établissements semblables se formassent aux autres extrémités de Paris, soit pour éviter la circulation, au milieu d'une grande ville, d'animaux qui y causent de l'effroi et souvent des malheurs, soit pour éloigner la fusion des suifs dont l'odeur est, pour une population nombreuse, le germe de beaucoup de maladies... » — Gazette de France du 28 vendémiaire : « ...Le citoyen Saint- Aubin, dans un article fait sur le projet de payer les rentiers en écus au lieu de les payer en bons, dit que promettre de payer les rentiers en écus, ou promettre de ne pas les payer, sont deux termes autant synonymes que jus-vert et vert-jus. » — Messager du 28 vendémiaire : « Paris, 27 vendémiaire. ...On assure à Paris que Bonaparte n'est parti si précipitamment et si secrètement d'Egypte que pour échapper à une sédition générale de son armée... »
MDCGCLII
Journaux.
Rédacteur du 2 brumaire : « Paris, le /^'' brumaire. ...L'expérience du vola tire d'aile n'a été autre chose que la chute perpendiculaire d'un prétendu physicien eiiharnaché d'ailes ' surmontées d'un parachute. Après qu'il a été
1. Il s'appelait F.-D.-J. Calais. On trouvera une lettre rectificative de lui dans le Rédacteur du 8 brumaire an VIII.
[septembre-octobre 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 766
hissé au moyen d'une poulie, au haut d'un poteau, un citoyen a coupé la corde qui suspendait ce physicien, et celui qui, comme un aigle, devait s'élancer dans l'immensité des airs, est tombé lourdement à terre, où il s'est fracassé le nez et les dents. » — Rédacteur du 3 brumaire : « Variétés. Une citoyenne qui a brillé sur l'un de nos premiers théâtres (la citoyenne Lange, femme Simon), et dont la beauté a fait du bruit, était convenue de 50 pièces de 24 livres pour son portrait. L'ouvrage achevé, elle n'en offrit que 23 ; le peintre, outragé de ce manque de foi, déchira le portrait de la dame et lui en fit passer la moitié. Il la peignit ensuite en Danaé, avec les défauts secrets qu'il avait eu occasion de connaître. Autour de cette Danaé, il mit une troupe de dindons, et son mari, en Jupiter, la lorgne avec une pièce d'or en main. On voit à côté un miroir, représentant la Fidélité, rompu en deux pièces, etc., etc. La foule a couru, le 30, au Muséum, satisfaire sa malignité en examinant et en commentant cette caricature. » — Ami. des Lois du 1<"" brumaire : (c Depuis l'arrivée de Bonaparte à Paris, des groupes de citoyens se forment journellement devant la maison de ce général, rue de la Victoire. L'artisan, l'invalide, le rentier, des citoyens de tout état, que le hasard a conduits ou que l'admiration a attirés, s'entretiennent du héros qui n'est plus séparé d'eux que par un mur et un escalier. Chacun fait part de ce qu'il sait de la vie de cet homme extraordinaire : le soldat blessé communique un trait d'héroïsme dont il a été témoin; l'artisan raconte un acte d'humanité qu'il a recueilli et qu'il n'oubliera jamais; le rentier exprime sa joie causée par l'espoir d'une prochaine paix dont le génie de Bonaparte lui est garant. Tous épient le moment de voir le grand homme dans le voisinage duquel ils se plaisent, et quand ils le voient, à sa sortie ou à son retour, ils disent spontanément: « Le voilà, celui qui a fait de si grandes choses! » Quelle différence entre ces réunions paisibles et les attroupements sinistres que la fureur formait il y a un mois aux issues du Conseil des Cinq-Cents ! Ces hommes, qui n'existent que par le crime et la destruction, appelaient les orages, criaient que la patrie était en danger, qu'il fallait en arracher la déclaration au Corps législatif, ne paraissent pas dans la rue de la Victoire : ce dernier mot sonne mal à leurs oreilles, et le nom du héros qui l'habite ne leur montre qu'une perspective insupportable de triomphes désolants... »
MDGGGLIII
Compte des opérations du bureau central du canton de Paris
POUR LE MOIS de VENDÉMIAIRE AN YIII *.
...Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Il n'a été fait, dans le cours de ce mois, aucune remarque satisfaisante, ou qui ait pu motiver un rapport relativement à l'opinion publique.
Journaux, — On a continuellement remarqué une grande séche-
1. Ce rapport est daté du 21 brumaire. On remarquera qu'il est signé des adtnùîislratcuis nommés après le coup d'État du 18 brumaire.
767 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [septembhe-octobre 1799]
resse dans les feuilles périodiques sur ce qui aurait pu entretenir dans les cœurs le feu de la liberté
Colporteurs de journaux. — Il a été donné ordre aux officiers de paix des l""", 2«, 3% 4% 7*= et 9" arrondissements d'arrêter tous les colporteurs qui, au mépris de la loi du o nivôse an V, annonceraient les journaux autrement que par leur titre; le Bureau central a rendu ces officiers responsables de l'exécution de l'ordre ci-dessus. Plusieurs d'entre eux s'étant plaints de ne trouver aucun secours pour arrêter les colporteurs, il a invité le commandant de la place à donner les ordres les plus sévères pour qu'il se trouve continuellement dans les corps de garde un nombre d'hommes suffisant pour seconder les opérations des agents du Bureau central. — La loi du 5 nivôse précitée étant journellement violée et les contraventions à cette loi demeurant presque toujours impunies, malgré les mesures prises par le Bureau central et la surveillance exercée par ses divers agents, le ministre de la police a demandé au Bureau central de lui faire connaître les causes, ces renseignements étant nécessaires au Directoire pour satisfaire à un message du Conseil des Cinq-Cents qui lui demandait compte de l'exécution de celte loi. — Le Bureau central a informé le ministre qu'il était presque toujours impossible de constater par témoins les contraventions à cette loi, parce que les citoyens qui auraient pu attester la contravention, comme l'exige la loi, s'éloignaient au même instant ou refusaient de signer le procés-verbal, ce qui empêchait la traduction des délinquants devant les tribunaux. — Le Bureau central a fait apposer les scellés sur les presses de plusieurs journalistes en vertu des ordres de l'autorité supérieure.
Ouvrages et pamphlets contre-révolutionnaires . — Il a été donné des ordres à l'effet de découvrir et arrêter les auteurs et distributeurs d'un grand nombre d'écrits contre-révolutionnaires ou excitant à la réaction. Quelques-uns ont été saisis.
Gravures. — Les officiers de paix ont été chargés de s'assurer si l'on ne distribuait pas, comme signe de ralliement, une gravure en forme de médaille, représentant Capet, son épouse et ses enfants, et de ne rien négliger pour découvrir les gravures et les marchands de cette gravure, les recherches à cet égard ont été infructueuses.
Etalages de livres et d'estampes les décadis. — L'administration municipale du 4« arrondissement avait, par une délibération, autorisé la vente avec étalage portatif, dans son arrondissement, des livres et estampes les décadis et jours de fêtes nationales; l'administration centrale, reconnaissant que cette délibération blessait la hiérarchie des pouvoirs, l'a annulé par un arrêté du 8 vendémiaire, qu'elle a
transmis au Bureau central avec invitation de consulter la loi du 17 thermidor an VI, et d'examiner s'il y aurait lieu à permettre pour le canton de Paris l'exposition des objets ci-dessus; le Bureau central va s'occuper de cet examen.
Contravention à la loi du il thermidor an VI. — Plusieurs contraventions à cette même loi du 17 thermidor ont été constatées et les procès-verbaux en ont été transmis aux commissaires du Directoire près les tribunaux de police. — Il a été adressé aux entrepreneurs des théâtres une circulaire par laquelle il leur est prescrit de baisser la toile à neuf heures précises dans les spectacles des boulevards et à neuf h. et demie dans l'intérieur de Paris. — Instruit que les musiciens de l'orchestre de l'Ambigu-Comique exécutaient avec insouciance les airs civiques, et qu'invités pour la fête de la Vieillesse ils ne s'y étaient pas trouvés et s'étaient permis de mauvaises plaisanteries le jour précédent, le Bureau central a invité les entrepreneurs du théâtre de l'Ambigu de donner des ordres à ses artistes à Tefifet d'exécuter les airs patriotiques avec la décence qui convient, et à lui envoyer l'état nominatif de ces musiciens. — Au théâtre de la Gaîlé, le 22 vendémiaire, des acteurs qui ne jouaient pas ce jour-là, en se plaignant de n'être pas payés, voulurent entrer au théâtre, malgré la défense du citoyen Rosny, entrepreneur. Le commissaire de police, témoin de cette rixe, fut obligé, attendu qu'ils causaient un attroupement, d'employer la force armée, qui les conduisit au corps de garde, où l'un des membres du Bureau central fit entendre raison sur l'objet de leur réclamation. Ils se retirèrent paisiblement. Us se rendirent ensuite^ ainsi que les entrepreneurs, au Bureau central, et, après des explications de part et d'autre, il fut convenu que ces artistes rentreraient au théâtre
Pjis, De Bois, DUBOS.
(Arch.nat., BB^, 91, et AFiv, 13:J9.)
MDCCCLIV
Rapport du bureau central du 2 brumaire.
...Mœurs et opinion publique. Colporteurs de journaux. — Les agents de la police s'étant plaints de ne trouver aucun secours pour arrêter les colporteurs de journaux surpris contrevenant à la loi
769 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 octobre 1799]
du 5 nivôse, le Bureau central a invité le commandant de la place à donner les ordres les plus sévères pour qu'il se trouve continuellement dans les corps de garde un nombre d'hommes suffisant pour seconder les opérations des agents de l'administration.
Journaux prohibés. — Conformément à une lettre du ministre delà police, le Bureau central a fait apposer les scellés sur les presses du journal le Défenseur des Droits dxi peuple^ qui s'imprimait rue Nicaise.
Etalages sur les boulevards le décadi. — Le commissaire de police de la division de Bondy a annoncé que, le 20 fructidor, il avait rencontré sur les boulevards beaucoup d'étalages de cannes, livres, pains d'épices et autres objets, qu'il avait voulu les faire disparaître, mais que les étalagistes lui avaient observé qu'ils étaient sans ouvrage, qu'ils avaient des enfants à nourrir; d'autres qu'ils vendaient leurs outils faute d'ouvrage, et en ajoutant que le public s'apitoyait sur leur sort; ce commissaire a observé que, pour arrêter cette contravention à la loi du 17 thermidor an VI, sur l'observation du décadi, il faudrait qu'il y eût sur les boulevards des vedettes et des inspecteurs de police, placés de distance en distance pour s'opposer à ces établissements. En conséquence de ce rapport, le Bureau central a chargé les officiers de paix du V arrondissement de prendre, de concert avec le même commissaire, des mesures propres à assurer l'exécution de la loi précitée.