JOUR COMPLÉMENTAIRE AN VI (19 SEPTEMBRE
Rapport du bureau central du 4° jour complémentaire*.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — 11 a été salisfaisant, du moins pour l'observateur, de découvrir, dans l'impression même que l'échec essuyé par notre flotte a faite sur tous les citoyens, la preuve de l'existence d'un véritable esprit public. Oui, dans les premiers moments, la consternation fut grande, et actuellement encore on en aperçoit les traces; mais cette catastrophe a mis en évidence tout l'intérêt que les cœurs recelaient pour la patrie. Il était, il est encore général, et, s'il faut compter les amis de la République par le nombre de ceux que ce revers affligeait, elle est désormais impérissable, quels que fussent les efforts de ceux qui tenteraient de la détruire. Cependant les esprits commencent à se relever de l'abattement où les avaient plongés ces désastreuses nouvelles; l'énergie nationale prend le dessus; on en conçoit d'autant plus d'espérances et d'autant plus d'ardeur de se dédommager un jour sur nos atroces ennemis. L'inhumanité et la bassesse des moyens qu'ils ont mis en usage pour assurer leur supériorité dans cette rencontre pénètrent d'une horreur profonde. Il n'est contre -eux qu'un cri de vengeance dans le public, et l'indignation est si forte que chacun, dans ses
1. Il n'y a rien pour notre sujet dans le rapport du 3= jour complémentaire.
89 DIRECTOIRE EXECUTIF [19 septembre 17981
conjectures particulières, semble mesurer avec dédain et avidité le détroit qui nous sépare de l'Angleterre. La haine que le gouvernement de ce pays inspire est à son comble. Ces heureuses dispositions n'ont pu aveugler sur celles bien opposées d'un petit nombre d'agitateurs secrets, qui cherchent à répandre sur les pouvoirs constitutionnels le poison du machiavélisme, à remplir de méfiance et de jalousie les différentes autorités, à les animer insensiblement l'une contre l'autre, à les isoler chacune dans un intérêt à part en leur faisant perdre l'unité d'action et de principes, seule capable de préserver la République des plus grands troubles, et à préparer ainsi l'anéantissement de la charte constitutionnelle. Voilà le plan de quelques ambitieux. Le nombre et l'attitude imposante des amis de l'ordre mettent seuls obstacle à leur audace et paralysent leurs projets anarchiques. C'est à cette situation satisfaisante des esprits que la tranquillité publique doit en partie son empire, que rien au surplus n'altère encore. — Le calme subsiste dans tous les arrondissements de cette commune; rien ne l'altère; les cafés présentent, quoique d'une manière peu frappante, les nuances d'opinion dont on vient de rendre compte; le royalisme, toujours fidèle à quelques-uns de ces lieux, y est toujours aussi peu circonspect; il a cependant dissimulé davantage ses sentiments sur les affaires politiques du dehors. — Point de groupes autres que ceux, peu considérables, de quelques obscurs et vils agioteurs qui se rassemblent, à nuit close, au bout de quelques allées du Jardin-Égalité.
Mœurs. — Le débordement des mœurs passe toute idée ; les détails les plus affligeants prouvent cette pénible véi'ité. L'iinpudicilé le dispute à l'immoralité. Les devoirs de la nature sont quelquefois euxmêmes violés scandaleusemimt. La débauche et l'escroquerie se prêtent un mutuel appui. La surveillance est plus active que jamais pour la répression du mal; souvent elle le découvre; mais cette hydre semble multiplier sa tête hideuse à mesure qu'on lui porte de plus grands coups. Il serait dur d'arrêter longtemps les yeux de l'autorité sur cette image cruelle.
Culte et temples. — Le culte n'a offert aucune particularité. On aperç(»it beaucoup moins de ferveur dans la pratique des exercices de piété. On remarque seulement qu'ils sont suivis principalement par des personnes d'âge, ou par des enfants très jeunes, les premières conduisant ordinairement ceux-ci dans les temples.
Spectacles. — Il y a eu peu d'enthousiasme en général pour la chose publique dans les spectacles, ou plutôt les pièces dramatiques fournissent à cet enthousiasme peu d'occasions de se manifester.
Cependant on a marqué, au Théâtre-Français de la République, par des applaudissements très prolongés tous les passages civiques diEpicharis et Néron ; il serait à désirer que l'esprit qui domine à ce théâtre fût le même partout. — Les autres n'ont donné lieu à aucune observation essentielle.
L, MiLLY, Lessore.
(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 3841 ».)
Rédacteur du 4"* jour complémentaire : « Marche et cérémonies observées le 3"" jour complémentaire à Vovverlure de l'exposition publique des produits de l'industrie française. A dix heures précises du matin, le ministre de l'intérieur s'est rendu à la maison du Champ-dc-Mars, et de là au lieu de l'exposition, par le milieu du cirque. Cette marche a été réglée ainsi qu'il suit : \° l'école des trompettes ; 2" un détachement de cavalerie ; 3" les deux premiers pelotons d'appariteurs ; 4° des tambours ; 5» musique militaire à pied ; G° un peloton d'infanterie ; !'> les hérauts ; 8" le régulateur de la fête ; 9° les artistes inscrits pour l'exposition ; 10^ le jury, composé des citoyens d'Arcet, membre de l'Institut national ; Molard, membre du Conservatoire des Arts et Métiers; Chaptal, membre de l'Institut national ; Vien, peintre, membre de l'Institut national ; Gillot-Laumont, membre du Conseil des mines; Duquesnoy, de la Société d'agriculture du département de la Seine ; Moitte, sculpteur, membre de l'Institut national; Ferdinand Berthoud, horloger, membre de l'Institut national ; Gallois, homme de lettres, à Auteuil, associé à l'Institut national ; 11° le Bureau central ; 12° le ministre de l'intérieur; 13° un peloton d'infanterie. Le ministre et le cortège ont fait le tour de l'enceinte consacrée à l'exposition ; et, comme le temple à l'industrie n'était point terminé, le ministre s'est placé sur le tertre du Champ-de-Mars; il y a prononcé un discours, à la suite duquel la musique a exécuté un air patriotique. [Suit ce discours, que nous ne donnons pas.] Le ministre et le cortège sont retournés à la maison du Champ-de-Mars, dans l'ordre précédemment observé. »
IVlCDLXVm