‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 47 sur 254 · L. MiLLY, Lessore · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Lessore

(Arch. nat., BB ^ 89, ot F ^ 3842.)

[aout-sept. 1798] DIIŒGTOIRE EXÉCUTIF 94

MGDLXX

Tableau analytique de la situation du département de la Seine pendant LE MOIS DE FRUCTIDOR ET LES CINQ JOURS COMPLÉMENTAIRES DE l'an YI, présenté au MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR PAR LE COMMISSAIRE DU POUVOIR EXÉCUTIF PRÈS l'aDMINISTRATION CENTRALE DUDIT DÉPARTEMENT.

Esprit public. — Quel doit être l'esprit public d'un grand peuple dans une crise terrible, clans un moment où son gouvernement combat pour assurer sa stabilité, pour poser à la liberté publique, à l'indépendance nationale des bases solides et impérissables? Qui consulterons-nous pour nous répondre? Des coteries de femmelettes qui croient gouverner un État en disant : « Cette création est bien, cette organisation est mal >3, suivant que telle lecture, que telles visites auront été favorables à leurs protégés? Des sociétés de faiseurs d'affaires qui, chaque partie du jour, mettent à l'encan l'État ou des portions de l'État? Des cafés où des motionnaires ridicules agglomèrent des badauds pour conquérir sur eux un souper? Non, un fonctionnaire doit s'isoler de ces tourbes impudentes et égoïstes; il doit s'élancer à une sphère où ne parviennent pas les cris de l'intérêt, mais où s'élèvent les vœux purs des bons citoyens ; et là quel spectacle a frappé ses regards à la fin de l'an Vl? J'ai vu du Nord au Midi, de l'Orient à l'Occident, du Caire à Rastadt, des Indes à Londres, la République française porter partout son cœur brûlant, son œil avide; ses inquiétudes, ses espérances, sa joie, sa vengeance planent sur l'univers. Géant immense, il est grand comme le monde, il l'embrasse, il le presse, il le salue ! Mais j'oublie que je n'ai à parler ici que d'une fraction de ce peuple que j'adore, de celui qui forme le département delà Seine, et cependant dans mes idées se confondent tous les éléments de la République. Je me restreins donc au tableau particulier du cercle confié à ma surveillance. — Je ne dois pas juger de l'esprit public par des faits particuliers, mais par l'ensemble ou le résultat de ces faits. L'ensemble et le résultat sont bons, s'ils concourent au triomphe du gouvernement, au maintien de la Constitution. Or, que peut demander, que peut vouloir le gouvernement que l'esprit public du déparlement de la Seine ne seconde et que ne couronne une prompte réussite? Gonsult(jns la masse de cette population immense, et nous verrons que le gouvernement peut tout ce qu'il croit nécessaire au salut de l'État ; que nos succès ont d'abord

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rapproché de lui tous ceux qui, ou par doute ou par un reste d'affection ancienne, ou par des préjugés fanatiques, ou par des intérêts toujours poignants, s'en étaient éloignés ; nous verrons que nos revers avaient même contribué à une réunion, sinon franche, mais politique et très certainement utile, nécessitée par les intérêts de chacun. Ainsi l'intérêt commun qui réunit au centre les intérêts divergents et la réflexion toute simple que, si le gouvernement éprouvait des secousses, nous serions précipités dans un abîme de malheurs, étaient les plus sûrs garants de la force tendant à soutenir l'État. Voilà le résultat des observations que m'a présentées la situation de l'esprit général. Et quelle meilleure preuve peut-on offrir de la bonté de l'esprit public? J'ai donc méprisé les alarmes de ces hommes minutieux qu'effrayaient quelques cris dont l'air seul est frappé et que l'air emporte et dissipe, tremblant que l'État ne s'écroule, parce que quelques clameurs importunes viennent fatiguer leurs oreilles timides et doucereuses. Sans doute, il ne faut pas dédaigner, il ne faut pas repousser les cris du pauvre, les plaintes de l'opprimé, les larmes de l'orphelin, mais ce sont là des faits particuliers auxquels le magistrat remédie sans baser sur eux ses aperçus d'administration. Je crois donc inutile de m'arrêter sur l'effet «les alarmes qu'avait d'abord fait naître la nouvelle du désastre de notre flotte. Sans doute on a été consterné, mais bientôt la douleur s'est exhalée en cris de vengeance ; le patriotisme, l'orgueil national ont bientôt resserré autour du gouvernement les cœurs et les bras. Je compte pour rien quelques anarchistes obscurs, agents infâmes du royalisme, qui ont eu l'audace de s'écrier : « Tant mieux ! La France sera perdue, elle le mérite. »

Fêtes nationales. — La fêle de la Vieillesse a été célébrée avec tout l'intérêt et le respect qu'inspire cette classede la société qui, après en avoir été l'appui par son courage, en devient le modèle par ses vertus. Cette fête, qui était à la fois la lôte de la Sagesse et de la Reconnaissance, portail la joie et ratlenilrisseinent dans tous les cœurs sensibles. Le 18 fructidor, en changeant le motif d'intérêt, n'a pas été moins bien senti. Les résultats heureux de cette grande journée ont prouvé combien étaient pures les intentions de ceux qui l'avaient osé ; on a frémi du souvenir des périls que courait l'État sans cette mesure énergique, et l'on s'est réjoui de son triomphe. La fêle du 1" vendémiaire appartient au compte prochain; seulement je dirai que cette fête, la plus belle qui ait encore été exécutée, tant par la riche imagination ipii la créée que par le coiiccjurs immense des spectateurs, a laissé à regretter des évolutions militaires que le peuple aime beaucoup. — Je compte sur le succès des fêtes décadaires. Les adminis-

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trations y donnent tous leurs soins. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelques fonctionnaires à qui cette institution déplaît, et surtout dans les campagnes ; ce n'est pas que ce ne soit un grand chagrin pour plusieurs de voir leurs chères églises devenir enfin les temples de la raison ; ce n'est pas que les sectateurs de différents cultes ne se plaignent qu'on leur en interdise l'exercice dans les églises pendant la célébration des fêles décadaires ; ce n'est pas enfin que beaucoup d'officiers municipaux ne regrettent de ne pouvoir plus se reposer le décadi, et ne fassent sonner très haut qu'ils ne sont point salariés. Malgré tous ces petits intérêts, l'impulsion est donnée, et la loi s'exécutera. L'administration centrale a adressé à ce sujet des instructions aux municipalités ; elle a mis une somme à leur disposition pour décorer patriotiquenient le temple décadaire ; elle a ordonné les mesures de police nécessaires relativement à l'exercice des cultes, et je crois pouvoir dire que cela ira bien.

Spectacles. — Le calme et la tranquillité régnent dans les différents théâtres ; mais les spectacles qu'on y donne n'offrent à l'esprit républicain-aucune occasion de se prononcer, de sorte qu'ils ne contribuent en rien à le soutenir, à entretenir ce feu sacré et à lui donner de l'éclat. Mais que le gouvernement établisse des prix pour les auteurs qui composeront dans l'année les meilleures pièces républicaines, qu'il ne laisse aucun effort sans récompense, qu'il encourage les théâtres qui auront donné le plus d'ouvrages civiques et où l'esprit républicain sera plus fortement prononcé, et bientôt tous les Français seront républicains, parce que, si les spectacles ne peuvent pas beaucoup sur les mœurs, ils peuvent beaucoup sur l'esprit national.

Jou7vinux. — L'apposition des scellés par ordre du Directeur sur les presses des journaux le Révélateur^ les Francs et le Bien Informé, suite des réflexions inconsidérées, des fausses nouvelles et des diatribes virulentes que les rédacteurs de ces journaux se permettaient depuis un mois d'une manière indécente contre le gouvernement, en a retenu plusieurs autres qui déjà s'écartaient des principes qui doivent guider une plume patriote. Cependant les Nouvelles de Paiis, le Papillon, le Courrier et le Postillon sont souvent répréhensibles et leurs intentions très suspectes. Je remarque avec plaisir que dans les cantons ruraux aucun de ces papiers publics n'a de crédit.

Associations politiques. — A l'entrée de l'hiver et dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, il serait dangereux de tolérer ou au moins de ne pas surveiller très exactement les réunions; celles qui existent ne sont que des coteries obscures, qui ne tiennent pas moins ouvert sur elles l'œil de la police.

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Instruction publique. — La surveillance active exercée sur les maisons d'éducation a obtenu le plus heureux résultat. Les écoles particulières secouent leurs vieux préjugés; leurs élèves font des progrès sensibles ; ils sont moins entachés de fanatisme, et il y a tout lieu d'espérer que bientôt les instituteurs marcheront d'un pas ferme dans les principes républicains. Les exercices publics qu'ils ont fait soutenir à leurs élèves, les distributions de prix qui en ont été la suite, ont annoncé que, du côté de l'instruction, beaucoup ne laissaient rien à désirer. Je ne dois pas passer sous silence la fête bien touchante de la distribution des prix aux élèves des écoles primaires du département. J'ai vu tous les spectateurs attendris des succès précoces d'enfants de quatre à cinq ans, déjà lancés dans la carrière républicaine, de leur joyeuse émulation, du zèle de leurs instituteurs, qui, malgré leur indigence, la nullité de leur rétribution, se livrent avec courage à une tâche difficile. Tenus seulement à enseigner gratuitement le quart de leurs élèves, il en est tels qui ont soixante élèves indigents sur quatre ou cinq payants. Leurs noms ont été offerts à la reconnaissance publique. Les jeunes filles ont eu une grande part aux succès des écoles primaires. Il est à remarquer que, lors de l'examen préliminaire fait par le jury, leur instruction a paru généralement plus soignée que celle des garçons. — Le goût de l'étude des sciences exactes, professées à Paris par les plus habiles maîtres de l'Kurope, est général parmi la jeunesse. L'École polytechnique, le Prytanée, les Écoles centrales, les maisons d'éducation particulières offrent à la patrie une foule d'élèves tout prêts à soutenir la gloire du génie et de l'artillerie française, et à rendre à notre marine celle qu'elle n'eût jamais dû perdre. Il en est de même du dessin, dont le goût est généralement répandu, dont l'étude devient une espèce de passion, et qui promet à nos manufactures les plus brillants succès. Les étrangers qui viennent en France sentent mieux que nous-mêmes notre supériorité à cet égard, et il est facile de prévoir les triomphes qu'elle garantit à la République, lorsque l'expérience aura perfectionné par ses leçons les talents précoces d'une si belle jeunesse. Il y a donc mauvaise humeur, s'il n'y a mauvaise foi, à dire que les dix années écoulées depuis le commencement de la Révolution sont perdues pour l'instruction publique. Si l'étude des belles-lettres a été interrompue, dans ces moments môme d'interruption la jeunesse a reçu une instruction négative beaucoup plus utile. Les événements de la Révolution l'ont accoutumée à méditer, lui ont formé le jugement, et cette grande école vaut bien les bancs du collège. La jeunesse française en a profité, et il n'est pas rare de trouver un jeune homme de quinze Tome V, 7

ans raisonner sur les principes de la politique beaucoup mieux que les vieux conseillers de la cour de Vienne.

Annuaire républicain. — Son triomphe est assuré. Déjàle dimanche expire à la porte des boutiques ouvertes, et chaque coup de marteau de forges hâte sa destruction. Mais par quelle fatalité le fanatisme échappe-t-il toujours aux attaques de la philosophie ? Après sept années de triomphe, la République voit encore les coryphées de la superstition s'asseoir effrontément à côté de son annuaire ! C'est déjà trop, selon moi, de permettre qu'on imprime en France le calendrier grégorien. Il devrait être saisi comme mesure abolie, comme l'on saisit et l'aune et la voie ; mais qu'on l'accole à l'annuaire de la République, qu'on y joigne toute la légende monastique, que ce monument de superstition vienne se placer sur le bureau des fonctionnaires publics, c'est une honte ! — Les prêtres savaient bien qu'en s'emparant de nos sens, de nos affections, de notre imagination, ils consolideraient leur empire ; ils savaient bien qu'en mettant chaque jour sous nos yeux un nouveau trait de dévouement pour leur puissance, ils attacheraient par le merveilleux et fixeraient les peuples à leurs genoux. Pourquoi donc, par un motif plus digne, ne nous emparerions-nous pas de leurs idées, quand elles peuvent être utiles à la chose publique? Pourquoi, effaçant le nom des saints et des martyrs, n'y substituerions-nous pas ceux des républicains., des bienfaiteurs de l'humanité? C'est dans cet almanach respectable que les pères choisiraient les prénoms de leurs enfants. Faut-il donc qu'une génération républicaine reçoive en naissant le cachet de la sottise? Cette idée n'était pas échappée à la Convention nationale, lorsqu'elle décréta notre annuaire. A la légende mystique elle avait substitué une nomenclature intéressante, puisée dans les productions les plus utiles de la nature et des arts ; mais un citoyen n'aime pas plus porter devant son nom celui de carotte, choux, artichaut, que ceux ({'Antoine, Loup, Roch, Cloud. Les noms des Caton, des Cicéron, des Mutins, des Horace, des Aristide, desSocrate, des Franklin, des Mirabeau, des Marceau, des Hoche, des Montesquieu, des Helvétius sont plus agréables à l'imagination et au sentiment. Pourquoi la République n'aurait-elle pas sa légende, ses fastes, où elle inscrirait avec honneur un grand homme à sa mort, de quelque nation qu'il fût?

Poids, mesures, calcul. — Les nouvelles mesures sont employées par les ouvriers, artistes, architectes; si les marchands ne les emploient pas toujours, quoique sévèrement surveillés, c'est que les citoyens auxquels ils ont affaire, ne connaissant point assez ces mesures, demandent les anciennes, craignant d'être trompés par l'usage des

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nouvelles. — Quant au calcul, il a du succès ; mais on voit avec étonnement que tout ce qui sort de la Trésorerie soit encore nombre en livres, sous et deniers. Il serait bien important, lorsqu'une loi est rendue, que les premières administrations donnassent l'exemple delà soumission, afin que le peuple ne puisse pas nous imputer d'agir comme les prêtres, qui disaient : « Faites ce que je dis, mais non ce que je fais, »

Mœurs. — Tl n'y en a plus ; il faut en créer de nouvelles. Faut-il un Dieu pour ce grand ouvrage ? Non, il faut seulement des institutions sages et républicaines. Le gouvernement peut tout à cet égard. Cependant, quand je dis qu'il n'y a plus de mœurs, je n'entends pas dire que le désordre moral soit à son comble, mais seulement que les principes sur lesquels étaient basées les mœurs de nos pères sont détruits, ce qui ne serait pas un mal, si sur-le-champ on donnait une nouvelle base à nos mœurs nationales. Si l'on tarde trop, elles s'anéantiront, et la morale particulière se pervertira. On a compté dans ce mois beaucoup de vols, douze suicides, cinq noyés, deux viols et deux assassinats. Les filles publiques, quoique moins impudentes, reparaissent en aussi grand nombre. Elles ne craignent ni la détention, ni la honte; le travail seul les épouvante; il faut donc les contraindre au travail. L'administration leur en prépare.

Cultes. — Dans les campagnes, le trône sacerdotal s'écroule chaque jour ; dans plusieurs communes, les prêtres ont vécu ; dans d'autres, on parvient à les museler; quelques-uns même se prêtent d'assez bonne grâce à porter leur office au décadi. A Paris, ils sont plus tenaces, plus obstinés, mais non plus puissants. On ne voit plus guère autour d'eux que des vieillards et des enfants; on déserte les églises pour les bals champêtres. Cependant il ne faut pas encore chanter victoire. Si l'on n'y prend garde, ils vont s'emparer de l'instruction de l'enfance et de la jeunesse. Tous se font instituteurs. Il est bien urgent de leur enlever cette proie, car enfin c'est laisser au tigre l'éducation de l'agneau. Une loi qui ordonnerait à tout instituteur d'être marié en chasserait beaucoup de ces fonctions sacrées ; ce serait une grande conquête pour la République. — Les assemblées des théophilanthropes sont moins suivies ; cependant il n'y a plus aujourd'hui une seule église à Paris où leur culte ne soit inauguré. Mais il n'annonce pas une existence durable. On entend avec plaisir les discours des théophilanthropes, dont la morale est toujours l'objet, et où ils ne mêlent aucune question politique. Parlons au peuple par image, par tableau ; comparons ses affections par la vue et le sentiment. Peu de paroles et beaucoup de spectacles, voilà ce qu'il faut pour l'attacher. L'artisan,

l'ouvrier, veut jouir sans application, sans réflexion profonde; l'attention fixe et continue de l'esprit le fatigue ; il veut être récréé. De simples discours l'endorment ; les théophîlanlhropes le savent, mais ils sont sans moyens pécuniaires.

Police. — Elle est active ; si les délits sont fréquents, la punition des délinquants suit de près la faute. De six incendies qui ont eu lieu pendant le mois, aucun n'a eu de suite, à l'exception d'un seul, qui a réduit une maison en cendres, et c'était dans une commune rurale où les secours ne peuvent qu'être tardifs. L'arrêté du Directoire exécutif du 21 fructidor an VI, qui oblige les commissaires de police à faire deux fois par décade des visites dans les maisons garnies, chez les aubergistes, et les administrations municipales deux fois par mois, effra3'e ces fonctionnaires ; ils objectent que sur certains arrondissements ces maisons sont trop nombreuses pour qu'il soit possible aux commissaires de police de les visiter toutes, et avec l'exactitude nécessaire, dans l'espace de temps accordé; que, n'ayant pas de secrétaire pour recevoir les plaintes qui pourraient arriver pendant leur absence, il peut résulter des inconvénients nombreux, si, étant en tournée, ils ne peuvent pas répondre aux citoyens qui viendront requérir leur ministère. La difficulté relative aux administrations municipales, c'est que les visites qu'elles font tous les mois dans les écoles ne leur permettent guère de faire celles dont il est question; que, ne recevant aucune rétribution, ils [sic] n'aiment point à faire ce qu'ils appellent des corvées qu'ils regardent du ressort de la police active, et non point de la police surveillante. Il faudra pourtant bien que cet arrêté s'exécute.

Force armée. — Garde nationale : peu de tenue, peu d'ordre. Gendarmerie : zèle et courage. Gardes-champêtres et communaux : service fidèle et exact.

Approvisionnements et subsistances. — Abondantes en tout genre, et cependant assez chères par les raisons que j'ai dites dans mon précédent compte. La récolte en vins est très abondante ; près de quinze pièces par arpent. La pièce se vend environ 45 francs.

Commerce et industrie. — Les grandes entreprises commerciales sont rares. Peu de personnes se rendent à la Bourse, où il ne se fait que très peu d'affaires ; mais en revanche il s'en fait beaucoup au Jardin-Égalité, où s'assemblent une foule d'agioteurs et agents de change de fraîche date, tous déboutés et criant comme à la Bourse les effets, établissant un cours, faisant de nombreuses aflaires, et, lorsqu'elles sont mauvaises, s'émiçirant, c'est-à-dire changeant d'asile pour quelque temps. Le seul remède à ce tripotage honteux serait de

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réorganiser la Bourse et de chasser les banquiers frauduleux. Il est encore un abus qui devient fatal à un grand nombre de citoyens, et qui préjudicie aux intérêts de l'État : je veux parler du colportage et du grand nombre d'étalages mobiles. Cette industrie ambulante tue l'industrie sédentaire. Ces marchands, n'ayant qu'une mince patente, qu'un très petit loyer, peu de contributions, vendent à bas prix et s'emparent de tous les acheteurs. Qu'en résulte-t-il ? Le détaillant en boutique, ne pouvant alors soutenir son commerce, puisque le commerce ne se soutient que par la vente, ne peut faire honneur à ses engagements. Voilà pour lui ; voici pour l'État : il ne peut payer ni sa patente, ni ses contributions mobilières, ni son loj'er. Ne recevant pas de loyer, le propriétaire ne peut payer sa contribution foncière. Cette progression de non payement est plus nuisible à l'Etat qu'elle ne le paraît d'abord. Sans doute il faut faciliter au pauvre, comme au plus aisé, les moyens de soutenir sa famille ; mais, en les protégeant de cette manière, ne remet-on pas les autres à leurs places, et bientôt ne verra-t-on pas tour à tour l'étalage mobile prendre boutique et la boutique retourner à l'étalage ? Le gouvernement doit aux citoyens une protection proportionnée aux charges qu'ils lui payent ; il doit donc favoriser, encourager l'industrie, mais non pas en tuant une industrie plus profitable aux particuliers, au plus grand nombre et au trésor public. 11 doit favoriser les établissements solides, et non point récompenser ceux qui trouvent plus de profit à n'en point former.

Je ne puis taire l'insouciance qui a eu lieu pour la nomination des juges du tribunal de commerce. Les assemblées primaires, pour le choix des électeurs qui devaient concourir à cette nomination, se sont formées très difficilement. Cette paresse est inexcusable, surtout si l'on fait attention au commerce actuel, au brigandage qui y règne et à la nécessité pour le réprimer d'avoir des juges fermes et intègres. Les faillites se multiplient par imprévoyance, par instabilité, par friponnerie.

Epidémies, Epizootie. — L'épizootie est totalement cessée. Quelques citoyens semblent en craindre le retour par le grand nombre de vacheries qui se multiplient dans Paris, mais c'est à tort sans doute. Le désir de donnera tous les citoyens la facilité de vivre dans des temps de gêne et de tirer un produit facile pour leur existence a fait tolérer cet abus. Si cependant la salubrité publique y est intéressée, si les particuliers avoisinant ces étables en éprouvaient quelques désagréments notables, il faudrait se déterminer à rappeler les règlements de défense. Mais ce peut être une question utile à examiner que celle

de savoir si les exhalaisons produites par les vacheries sont nuisibles à la santé. Beaucoup diront que non.

Voierie. Grandes routes. — L'illumination se soutient; Tenlèvement des boues, un peu en souffrance, se fait cependant avec tout le zèle qui dépend de l'entrepreneur, qui, n'étant pas payé, a beaucoup de peine à engager ses sous-traitants à un service exact. — Les grandes routes se réparent avec soin; mais les chemins vicinaux, qui sont aux frais des communes, sont en mauvais état. Le droit de passe se perçoit sans difficulté. S'il y a des plaintes à porter, c'est uniquement contre l'infidélité des receveurs. L'administration centrale en fait prompte justice.

Hospices. — Les hospices du département de la Seine ne se soutiennent que par les fonds que leur accorde le gouvernement. Personne ne connaît mieux que le ministre de l'intérieur leur situation iinancière, qui n'est rien moins qu'heureuse. Sans doute le Corps législatif ne tardera pas à assurer le sort de ces établissements, et, tant que les choses seront comme elles sont, il sera absolument impossible de songer à aucune réforme, à aucune amélioration. Je crois même que le mode actuel d'administration des hospices est vicieux •,. au lieu d'une commission administrative, je préférerais une régie intéressée, composée non seulement d'hommes probes, mais expérimentés dans ce genre de service, que leur propre intérêt stimulerait à faire toutes les économies utiles, et que la surveillance des autorités constituées empêcherait de faire des économies nuisibles. — Le droit sur les spectacles et les jeux, dont portion appartient aux hospices, portion aux secours à domicile, a produit pendant fructidor et les jours complémentaires 32,789 francs.

Prisons. — Point d'évasions. Le nombre des détenus était au troisième jour complémentaire de deux mille quatre cent quatre-vingtcinq. Les prostituées détenues vont être incessamment transférées au dépôt de Franciade,où l'on fait des dispositions pour les recevoir.

Revenus publics. — La contribution foncière de l'an V est à peu près soldée; celle de l'an VI marche, mais plus lentement. Le taux excessif de la contribution mobilière et l'inégalité de sa répartition ont beaucoup nui au recouvrement. La loi sur les dégrèvements va le rendre plus facile ; cependant, un très grand nombre de contribuables veulent attendre la loi qui doit rendre les bons de rente admissibles à toute main, projet qui a été annoncé au Corps législatif. L'administration centrale use contre les percepteurs d'une sévérité que la trop longue indulgence de ses prédécesseurs rend nécessaire. Envoi d'escortes de gendarmerie, privation de remises, dénonciation

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aux juges de paix, tous les moyens autorisés par la loi sont mis en œuvre. L'inspecteur fait de fréquentes tournées, dont les résultats sont très utiles : percepteurs, administrations, commissaires, chacun se tient sur ses gardes. A la prochaine adjudication des rôles, ce serait une mesure utile que d'en exclure les percepteurs qui n'auraient pas encore soldé tous les rôles dont ils sont chargés. — Du l®"" fructidor au dernier jour complémentaire, il a été recouvré sur les contributions directes 1,673,500 francs. Le droit de passe a produit, du l^"" fructidor au 15 du même mois, 58,296 fr. 73 centimes. La vente des domaines nationaux s'est montée à 43,679,250 francs. — L'administration a fait dans cette partie quelques réformes économiques. Elle a réduit le nombre de ses commissaires au triage des papiers des émigrés ; elle a réduit davantage encore ceux chargés des inventaires du mobilier. Elle a expulsé de ses bureaux quelques employés peu délicats, qui pouvaient la compromettre.

Concours des fonctionnaires publics. — La commission des hospices paraît supporter avec regret la surveillance du Bureau central. Celui-ci n'obtient d'elle qu'avec peine les renseignements qu'il demande sur les objets les plus importants. — Le Bureau central mérite peu la confiance du gouvernement. Je répète que dans une occasion difficile il ne faudrait pas y compter; je ne crois point au patriotisme de la majorité de ses membres. — La commission des contributions est patriote et zélée ; mais ses bureaux ont quelquefois les formes un peu dures et elle ne respecte pas toujours la hiérarchie des pouvoirs. — Les administrations municipales de Paris sont en général bien composées. Celles qui pouvaient donner de l'inquiétude au gouvernement par leur conduite, lors des élections dernières, méritent d'être surveillées ; mais la certitude qu'elles ont de cette surveillance les contient dans le devoir. — Celles des cantons ruraux sont en général un peu plus molles. Quelques exemples de sévérité, employés à propos, les aiguillonnent; elles sont dans une bonne ligne.

— Les commissaires de police et officiers de paix font leur service aussi bien qu'on peut l'attendre de fonctionnaires en proie à tous les besoins. Ceci s'applique aux employés de toutes les administrations.

— L'administration centrale est dévouée à la Constitution de l'an III et au gouvernement. Tous ses membres n'ont pas également de lumières, mais ils tâchent d'y suppléer par le zèle, et il règne entre eux un heureux accord.

DUPIN

(Arch. nat., F ' ■= m, Seine, 19.)

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MCDLXXI

Compte kendu par les administrateurs du département de la Seine ' de leur gestion depuis le 27 floréal an vi jusqu'au l*' vendémiaire

AN VII, EN EXÉCUTION DE l'ARTICLE 200 DE LA CONSTITUTION.

...Police. Sûreté pufjlique et individuelle. — La tranquillité publique a été maintenue, les personnes et les propriétés respectées ; fort peu de grands crimes : les vols et les accidents beaucoup plus rares qu'en Tan V. Plusieurs ateliers ont été découverts où l'on altérait les monnaies ; des fabricateurs de faux certificats de résidence et fausse carte de sûreté ont été traduits devant les tribunaux. Les visites domiciliaires, autorisées par la loi du 18 messidor, ont donné lieu à l'arrestation d'un grand nombre d'individus ou prévenus d'émigration, ou prêtres insoumis, ou fuyards de la première réquisition, ou enfin dont les papiers n'élaient pas en règle. La surveillance de la police eût encore eu de plus grands résultats, si la détresse où se trouvaient ses agents pur le non-payement de leurs salaires eût permis d'activer davantage leur zèle et de juger plus sévèrement leurs efforts. A notre installation, ils étaient arriérés de six mois. Les modiques fonds mis à notre disposition pour l'acquit des dépenses locales n'ont pas même suffi à soutenir l'arriéré dans cet état, déjà trop affligeant : il s'est accru tous les jours. L'esprit public, en dépit des libellistes, est resté bon et porté h l'exécution des lois. Plusieurs journaux ont cherché à le corrompre ; la loi renouvelée le 18 fructidor ' a réprimé leur audace. Presque toutes les associations politiques se sont dissoutes. Les mœurs, également purifiées des vices de la superstition, ont eu à lutter contre la passion du jeu, trop encouragée, et qui a produit plusieurs suicides, contre le libertinage auquel nous avons opposé la seule peine qu'il redoute, celle du travail, en faisant, dans le dépôt de mendicité de Franciade, les dispositions nécessaires pour y occuper à des travaux utiles les femmes débauchées reprises à la police correctionnelle. La population s'est accrue sensiblement. L'union des familles a paru dans la diminution

1. Ces administrateurs étaient alors : Faubert, Sauzay, Trévilliers, Picard, Gastrez.

2. Ce n'est pas le 18 fructidor, mais le 9 fructidor an VI, (|u"une loi avait prorogé pour un an le droit donné au gouvernement, par la loi du 19 fructidor an V, de prohiber les journaux.

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des divorces. Nous avons fait tous nos efforts pour éloigner de ce département tous les agents corrupteurs de l'étranger. Quelques municipalités nous ayant paru donner trop légèrement leur avis sur les demandes en résidence, nous avons assujetti leur travail à des formes plus sévères. — Il s'était introduit des abus dans la délivrance des passeports, et surtout de duplicata de passeports prétendus égarés ; nous les avons réprimés. Pour faciliter aux administrations municipales la confection des tableaux de population, prescrits par la loi du 10 vendémiaire an IV, nous avons pris un arrêté basé sur plusieurs dispositions de la loi du 19 juillet 1791 (v. s.) ; mais, attendu son importance, nous l'avons soumis au ministre de la police générale avant d'ordonner son exécution. Nous n'avons pas donné moins de soins à la salubrité publique. Plusieurs établissements de brasseries, fonderies de suif, et placés dans l'intérieur de Paris, ayant excité des inquiétudes et des réclamations, nous les avons fait visiter par des gens de l'art ; et ceux reconnus nuisibles ont été transférés dans les lieux où leur stationnement ne présentait aucun inconvénient. Enfin, nous avons examiné et approuvé plus de vingt délibérations du Bureau central, contenant rappel des anciens règlements de police concernant la vente des fourrages, celle des ports, la navigation, le bachotage, les bacs, les bains sur rivière, le nettoiement des rues, le port d'armes prohibées, les bateleurs, les chiens errants, etc. Enfin, bien convaincus que le peuple ne peut être véritablement heureux que par la pratique des vertus républicaines, vertus dont ses magistrats lui doivent l'exemple, nous avons écarté des fonctions municipales, en usant du droit que nous donnait l'article cxciv de la Constitution, quelques citoyens qui, par une conduite peu morale, ou par des opinions politiques peu conformes à la Constitution de l'an III, pouvaient égarer le peuple, perpétuer les préjugés de l'ancienne servitude, ou offrir à l'étranger des ferments de trouble '.

Force année. — Le service de la garde nationale sédentaire, sans être aussi exact et aussi régulier qu'on pouvait le désirer, a pourtant concouru puissamment au maintien de la tranquillité publique. Toutes les nuits, deux mille six cents citoyens ont été sous les armes, et trois cents patrouilles ont parcouru en tous sens la commune de

1. L'article CXCIV de la Constitution de Fan III autorisait les administrations de département à suspendre les membres des administrations municipales, qui auraient « contrevenu aux lois ou aux ordres des autorités supérieures ». Il n'autorisait nullement cette suspension pour une « conduite peu morale » ou pour « des opinions politiques ».

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Paris; mais il ne faut pas perdre de vue qu'au l»"" vendémiaire an VII, les traitements des adjudants et tambours étaient arriérés de tout l'an Al. N'ayant aucun fonds que nous puissions appliquer à cette dépense, nous avons proposé au ministre de la police un projet d'organisation qui avait pour objet : l** de trouver dans la chose même et sur les frais de remplacement de quoi payer les traitements des adjudants et tambours, et les menues dépenses des corps de garde ; 2° de rendre le service moins onéreux aux citoyens en en diminuant la fréquence ; 3° de n'admettre au service de remplacement que des citoyens agréés par leur municipalité pour leur moralité et leur civisme, et par l'État-Major pour leur tenue militaire. — Le service de la gendarmerie nationale a été très satisfaisant. Nous n'avons que des éloges à donner aux citoyens de tous grades qui composent ce corps. "— Les troupes de ligne stationnées dans le département de la Seine n'ont pas démenti la réputation de civisme, de courage et de discipline que leur avaient acquise tant de glorieux combats. Après avoir triomphé des ennemis du dehors, elles ont été, dans l'intérieur, la terreur des factieux. Nous nous sommes souvent concertés avec le général en chef de la 17^ division, le commandant de la place et leurs états-majors, et nous avons constamment trouvé dans ces braves officiers un zèle ardent pour le maintien de la Constitution et la garantie des personnes et des propriétés. De notre côté, nous avons pris toutes les mesures qui dépendaient de nous pour le complètement des armées, en faisant exécuter les lois relatives aux déserteurs et réquisitionnaires. Six cent vingt et un ont été arrêtés et conduits au dépôt militaire. — La surveillance des gardes-champêtres s'est montrée active et utile.

Subsistances. — Les subsistances ont été abondantes, saines et à bas prix. Les habitants de Paris ont vu réaliser le vœu qu'ils formaient vainement sous l'ancien régime : le pain à 8 sous ', le vin à 8 sous, la viande à 8 sous. Chaque jour le Bureau central nous a adressé le tableau des arrivages et des ventes. Le résumé en est cijoint, et présente un aperçu de la consommation de cette grande commune -. Nos prédécesseurs avaient posé les fondements d'une Société d'agriculture. Elle a tenu sa première séance le 24 prairial an VI, dans la maison du Département. Le patriotisme et les talents des citoyens qui la composent assurent au département de la Seine tous les avantages qui peuvent résulter d'un établissement de

1. Sic. Peut-être est-ce une faute d'impression de l'iuiprimé original, et faut-il lire 3 sous, à inoins qu'il ne s'agisse du pain de 3 livres.

2. C'est le tableau n» G, en annexe du rapport : nous ne le reproduisons pas.

107 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [mai-septembre 1798]

ce genre. — L'épizootie sur les vaches a cessé ses ravages. Nous avons pris des mesures pour l'assainissement des étables

A7inuai7^e. — La tranquillité et le bonheur publics tiennent de plus près qu'on ne pense au succès des institutions républicaines; elles seules peuvent faire oublier les anciens usages et les préjugés de servitude sur lesquels ils étaient tous établis ; elles seules peuvent terminer la Révolution, affermir les destinées glorieuses de la France régénérée, réunir toutes les opinions et tous les cœurs. L'Annuaire de la République est une de ces institutions heureuses, une de ces grandes conceptions qui ont immortalisé la Convention nationale. Avant la loi du 17 thermidor, les autorités constituées du département de la Seine, appuyées sur l'arrêté du Directoire exécutif du 14 germinal, étaient déjà parvenues à le faire observer assez généralement. Les spectacles s'y étaient conformés ; le dimanche n'était plus célébré par des danses et des divertissements publics. Nous nous occupions de coordonnera l'Annuaire les foires et marchés qui importent le plus à l'approvisionnement de Paris. Nous avions enjoint, par arrêté, à tous les agents, adjoints et officiers municipaux d'assister, eux et leur famille, aux fêtes nationales, de célébrer et faire célébrer, par leurs enfants et domestiques, les jours de repos républicains, de n'employer dans leurs affaires particulières que les nouvelles mesures, etc. La plupart de ces fonctionnaires n'avaient pas attendu notre arrêté pour offrir ce bon exemple. La loi du 17 thermidor nous a donné des moyens plus efficaces : ce que nous sollicitions du zèle des citoyens, elle leur en fait un devoir. Elle a été proclamée avec pompe par les administrations municipales, entendue avec plaisir, et, dès le lendemain, généralement exécutée. Nous avons aussi publié une adresse pour éclairer nos concitoyens sur l'impôt énorme que le calendrier grégorien prélevait sur leur industrie, par la fréquence de ses jours de repos.

Mesures. — Les nouvelles mesures ont été employées dans tous les actes émanés de notre administration; nous avons veillé à ce qu'elles le fussent également dans ceux des administrations municipales, et dans les mémoires des entrepreneurs et fournisseurs attachés à un service public quelconque. Nous avons demandé au ministre de l'intérieur de mettre à notre disposition une quantité suffisante de toutes les mesures nouvelles, afin d'en munir les municipalités et les commissaires de police, et de leur faciliter les moyens de constater les contraventions. Le stèi^e a remplacé la voie dans tous les chantiers . Nous voudrions pouvoir en dire autant de l'usage du mètre, qui doit remplacer celui de l'aune. Il est encore bien des marchands qui, par

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habitude ou mauvaise volonté, emploient cette dernière mesure, et bien des acheteurs qui la préfèrent, ignorant sans doute que, les étalons des mesures abolies n'existant plus, la police n'a plus aucun moyen de les vérifier; qu'ainsi le vendeur, s'il est de mauvaise foi, peut l'être impunément. Nous avons pensé que le meilleur moyen de propager l'usage des mesures nouvelles était d'en enseigner le calcul dans les écoles. Nous avons accueilli avec intérêt plusieurs ouvrages élémentaires qui nous ont été présentés comme pouvant atteindre à ce but; nous les avons soumis au jury d'instruction, pour être ensuite, s'il y a lieu, distribués aux instituteurs et institutrices

Police des cultes. — L'exercice des cultes, source malheureusement trop féconde de discordes et de haines, a été paisible; les temples peu fréquentés, les prêtres surveillés, quelques-uns arrêtés pour avoir refusé ou rétracté les serments prescrits par les lois. Le culte théophilanthropique a achevé de s'établir dans tous les temples de Paris. Dans les cantons ruraux, la plupart des prêtres catholiques ont eu le bon esprit de transporter leurs solennités au décadi. Ils s'étaient même retirés de plusieurs communes avant la loi sur les fêtes décadaires. — L'article 16 de la loi du 7 vendémiaire an IV, qui permet « les cérémonies qui ont lieu dans l'enceinte des maisons particulières, pourvu qu'entre les individus qui ont le même domicile, il n'y eût pas, à l'occasion des mêmes cérémonies, un rassemblement excédant dix personnes », était souvent mal interprété. Il est des maisons particulières qui contiennent plus de soixante ménages, dont les individus, s'appliquant collectivement la permission donnée par cet article, formaient des rassemblements de plus de deux cents personnes, sous prétextes de cérémonies religieuses. Nous avons arrêté cet abus, en expliquant aux municipalités que les individus occupant le même domicile, et composant le même ménage pouvaient seuls être admis dans les oratoires particuliers, avec dix personnes du dehors, y compris les ministres du culte; mais qu'on ne devait pas y admettre toutes les personnes qui, logées dans la même maison, ne sont pas du même ménage. Les municipalités ont tenu la main à ce que la loi fût exécutée dans ce sens.

Spectacles. — Enfin, si les besoins du peuple appellent la sollicitude de la police, elle ne doit pas non plus rester étrangère à ses amusements; il ne suffit pas que la décence règne, il faut encore que le patriotisme y préside; nous avons donc fait des spectacles l'objet de notre surveillance particulière. Nous avons renouvelé les défenses portées en l'arrêté du Directoire exécutif du 18 nivôse an IV de chanter des hymnes et chansons qui ne feraient point partie des pièces

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annoncées *. Nous avons recommandé aux entrepreneurs de faire jouer les airs chéris de la liberté et de la victoire, et fait supprimer le combat du taureau, jeu cruel, qui n'était propre qu'à émousser la sensibilité, mère de toutes les vertus républicaines

Travaux de la commune de Paris. ...Travaux et établissements sur rivière. — Depuis longtemps l'arche voûtée du quai de Gesvres était devenue un foyer d'infection, par les immondices que les bouchers des environs étaient dans l'usage d'y déposer, et en même temps le rassemblement des malveillants de tout genre qui s'y réfugiaient, soit pour se soustraire à la vigilance de la police, soit pour s'y livrer à une foule de désordres scandaleux. De concert avec le Bureau central, nous nous sommes empressés de faire cesser un pareil désordre, et de faire disparaître ce foj^er d'insalubrité. — Nous avons ordonné la réparation des diverses fermetures destinées dans l'origine à interdire l'accès de ces arches, et les clefs en ont été remises aux commissaires de police d'arrondissement et aux inspecteurs de la navigation, pour en faire usage au besoin. La défense résultant de ces dispositions, qui n'ont pu être exécutées que depuis le 4«'' vendémiaire, ne doit point faire partie de ce compte. — La même insalubrité existait depuis près de trente années, à l'occasion d'un ruisseau stagnant, qui, prenant à la ruelle de Rambouillet et venant se rendre à l'ancienne barrière de Bercy, se trouvait intercepté par l'exhaussement successif des terrains qui bordent le port au plâtre à la Râpée, où il prenait anciennement son cours pour se rendre à la rivière. Nous avons forcé le propriétaire de ce terrain à rétablir le canal du ruisseau, et désormais le public ni les habitants du quartier n'auront plus à se plaindre des amas d'eau et de boue, qui refluaient sur le pavé des rues de Charenton et de Bercy, à la rencontre des anciennes barrières de ce nom, et en rendaient le passage impraticable en toute saison. Nous avons autorisé quelques autres travaux accidentels sur les berges et bords de la rivière. Cette dépense s'est élevée à environ 1,000 francs

Hospices et secours. — Les hospices sont ouverts aux indigents valides, aux enfants et aux malades, et aux indigentes enceintes. Quand on compare la population de ces asiles du malheur avec l'insuffisance des fonds consacrés à leurs besoins ; quand on considère que le nombre des indigents a beaucoup augmenté depuis 1790 (vieux style) et que leurs revenus, qui à cette époque étaient de r),699,32o francs, sont réduits aujourd'hui à 1,261,015 francs; quand

l. Voir, t. 11, p. lioli.

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on s'aperçoit enfin que cette dernière somme, réunie aux fonds que la prévoyance et la sollicitude du gouvernement ont su, malgré les embarras des circonstances, procurer aux hospices, ne s'élève guère qu'aux deux tiers de l'ancien revenu de ces établissements, on peut se faire une idée des inquiétudes qu'ont dû avoir touteS les arlministrations chargées du régime des hôpitaux. C'est pour empêcher ce service de manquer que le Département s'est vu, au mois de messidor dernier, dans la nécessité d'autoriser la commission des hospices à employer aux dépenses journalières le produit de la vente des dix-huit millions de bons de deux tiers des rentes des hospices. Cette mesure était inévitable, urgente dans ce moment de crise; mais le Département ne l'a autorisée que sous la condition expresse de remplacer les 456,278 francs résultant de cette vente sio^ les premières économies possibles dans des temps plus heureux, et de faire le remploi de ce capital. Le Département n'a rien négligé pour améliorer le sort des indigents. Il a fait des visites dans les hospices; il a goûté les aliments. Mais il a reconnu avec douleur que la pénurie des fonds ne permettait pas de procurer aux indigents les petites douceurs dont ils jouissaient dans un temps où les revenus excédaient les dépenses. Il a reconnu qu'il y avait dans presque tous les hospices un trop grand nombre d'employés ; il aurait désiré des réformes ; mais, jusqu'à ce moment, il se trouve arrêté sur ces vues d'économie par l'impossibilité d'acquitter les traitements échus, qui forment une somme très considérable, cet article de dépense étant arriéré au l«r vendémiaire de plus de quinze mois, — Les biens des hospices ont été restitués dans un tel état de délabrement qu'on ne peut guère espérer de voir de quelques années les revenus de ces établissements s'accroître. Mais, aussitôt que les réparations et les reconstructions de leurs biens n'absorberont plus une partie de leurs produits annuels, ces produits seront susceptibles d'une augmentation ; du moins on est fondé à le croire par l'exemple de plusieurs maisons qui, à l'expiration de leurs baux, ont été louées à un prix plus avantageux que celui qui était stipulé dans ces baux. Mais c'est surtout en ne s'écartant pas pour ces locations de la voie d'adjudication, qu'on est sûr d'améliorer les biens des hospices, et d'en obtenir des revenus plus considérables. Convaincu de cette vérité, le Département est bien déterminé à n'adopter que cette voie, hors certains cas qui se présentent rarement, et où la justice et l'intérêt même des hospices sollicitent une exception. Il a donné une marque de l'inflexibilité à cet égard, en refusant d'approuver une délibération de la commission des hospices, qui avait pour objet de renouveler, autrement que par adjudication,

m DIRECTOIRE EXÉCUTIF [mai-septembre 1798]

le bail passé au citoyen Thiébaut, d'une maison appartenant aux Incurables; et s'il fait céder quelquefois cette inflexibilité, ce n'est que devant des considérations de bien public et pour concilier l'intérêt des hospices avec la justice due aux locataires de ces établissements. Ce sont ces considérations qui l'ont déterminé à ratifier, par son arrêté du 6 messidor dernier, une délibération de la commission des hospices, tendante à faire renouveler au citoyen Guillot le bail d'une maison sise rue Montmartre, Ce qui a porté l'administration centrale à s'écarter un moment de la rigueur de ses principes, c'est que : 1° le citoyen Guillot a fait à cette maison beaucoup d'embellissements et des constructions qu'il a abandonnées aux hospices; 2» il a supporté une augmentation de loyers; 3° les grosses réparations faites à la maison en question l'ont forcé de fermer sa boutique pendant très longtemps, et il n'a demandé aucune indemnité ; 4° enfin, par suite de ces réparations, et par la négligence des ouvriers, e père du citoyen Guillot est mort d'une chute. Tous ces motifs méritaient une exception.

Filles-mères. — Quatre-vingt-huit filles-mères ont sollicité les secours que la loi leur accorde. — L'administration centrale n'a pas perdu de vue, dans la distribution de ces secours, le but moral et politique de la loi. Elle s'est pénétrée de cette vérité, que, s'ils eussent été accordés indistinctement à toutes les réclamations, ils seraient devenus une prime d'encouragement pour la débauche ; que le législateur, dans cet acte de bienfaisance, bien loin d'avoir eu l'intention de récompenser le vice, a voulu tenter de ramener à la vertu des citoyennes susceptibles d'y revenir, en remplissant les devoirs de mères ; assurer l'existence des fruits de leur erreur, en les encourageant à donner à ces innocentes victimes leurs soins, toujours plus empressés et plus efficaces que ceux d'une nourrice mercenaire, et, par cette sage prévoyance, rendre à la société une mère malheureuse, et lui conserver un enfant qui peut devenir un citoyen utile. L'administration a donc eu grand soin de n'accorder ces secours qu'aux filles-mères dont la conduite les en rendait dignes. Ils ont été délivrés à quatre-vingt-trois réclamantes, d'après les renseignements avantageux donnés sur leur compte. On les a refusés à cinq autres, à cause de leur, immoralité. L'administration s'étant même aperçue que quelques-unes d'entre elles présentaient, pour témoins de leur conduite, les compagnons de leur débauche, ou ne menaient une vie plus régulière que jusqu'au moment où elles avaient obtenu des secours, craignant que ces exemples n'éloignassent des liens du mariage les personnes qui préfèrent leur intérêt à l'honneur, s'est em-

[mai-septembre 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 112

pressée de proposer au ministre de l'intérieur des moyens de répression

Secours à domicile aux indigents. — La distribution des secours à domicile, confiée aux bureaux de bienfaisance, ne s'étant point faite sous la surveillance du Département, nous nous sommes bornés à faire tout ce qui dépendait de nous pour presser le recouvrement de la taxe qui y est affectée sur les produits des spectacles. A partir de

germinal, le montant de ce semestre est de 178,763 fr. 26 c.

celui du 1®"" semestre étant de 188,582 »

le total du produit de l'année est de 367,345'fr. 26 c.

Prisons. — Les prisons élevées pour le crime doivent, sous le rapport de l'humanité, attirer toute l'attention des magistrats du peuple; et, sous le rapport de la sûreté, exciter toute leur surveillance. — Dans les maisons d'arrêt, les prisonniers, n'étant frappés d'aucun jugement, ne sont point encore reconnus coupables ; et, à ce titre, ils sont dignes de la commisération de tout homme sensible. Dans les maisons de détention et de réclusion, les détenus subissent la peine de leurs délits. Assez malheureux déjà par la conviction de leurs crimes et par la peine à laquelle ils sont condamnés, ils méritent quelque compassion, et l'humanité veut qu'on veille à ce que leur situation ne soit pas rendue plus accablante qu'elle ne doit l'être par la nature de la peine prononcée contre eux. Pénétré de ces principes, le Département s'est fait un devoir de visiter les prisons, d'écouter les plaintes des détenus, d'examiner si elles étaient fondées, de prendre en considération celles qui lui paraissaient justes, et de rejeter celles qui ne l'étaient pas. Par son arrêté du 4 prairial an YI, il a augmenté d'un jour par décade la distribution de la viande aux détenus. Il a provoqué la surveillance du Bureau central et de la commission des hospices sur quelques-uns des aliments des prisonniers. Secondé par ces deux administrations, il a fait cesser les justes plaintes qui s'étaient fait entendre à cet égard. Chaque prisonnier reçoit, trois jours par décade, un demi-litre de bouillon gras, lo décagrammes de viande cuite et désossée, et 72 décagrammes de pain; et, les sept autres jours de la décarie, 72 décagrammes de pain, un demi-litre de bouillon, et une pareille quantité de légumes secs fi-icassés. — Les femmes qui allaitent leurs enfants dans les prisons reçoivent 96 décagrammes de pain blanc par jour. — Le Département s'est encore occupé des moyens de séparer dans les prisons les sexes, les âges et les genres de délit, de manière que l'individu accusé ou

113 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [mai-septembre 1798]

convaincu d'une légère faute ne soit pas confondu avec le criminel, et que celui que Tàge tendre encore rend susceptible de revenir à la vertu n'achève pas de se corrompre par les conseils et les exemples de l'homme perdu de crimes. Mais, l'exécution de ces mesures dépendant de la distribution des prisons, il en sera parlé à l'article des travaux relatifs à leur construction. — La sûreté des prisons consiste, principalement, dans la distribution et la construction de ces maisons. Mais il est aussi des mesures de précaution à prendre pour prévenir les ruses des prisonniers, toujours ingénieux pour briser leurs fers. Les gardiens font la visite des prisons, tous les matins et soirs, pour s'assurer si les détenus n'ont pas fait de tentatives pour s'échapper, en sciant les barreaux de fer ou en dégradant les murs. Il est établi aux portes de ces maisons, où il n'existe pas encore de parloirs à double grille, des fouilleuses qui vérifient si les femmes qui s'y rendent n'apportent point aux prisonniers des limes ou autres outils propres à faciliter leur évasion. Les gardiens remplissent cet ofiice auprès des hommes. — Le Département a pris, le G messidor an VI, un arrêté pour interdire, conformément à la loi, toute communication aux condamnés aux fers avec les personnes du dehors. — Un nouvel atelier a été construit à Lazare pour occuper un plus grand nombre de condamnés. Un seul des entrepreneurs des travaux de ces maisons était en retard pour le paiement des salaires des prisonniers. Le Département a autorisé la commission des hospices à le poursuivre. Le produit de ces travaux est employé suivant le vœu de la loi. — Le 5 messidor, le tableau des dépenses des prisons pour l'an V a été envoyé au ministre de l'intérieur. Ces dépenses se sont élevées, pendant cette année, à 850,000 francs, ce qui, à raison de 834,486 journées de prisonniers, a donné pour prix commun de la journée, 1 franc 1 cent. 8 m. — Le Département n'avait point attendu ce compte pour tâcher d'apporter de l'économie dans cette partie ; le 24 prairial, il avait réduit les employés des prisons au nombre nécessaire pour la sûreté de ces maisons. Il est entré dans les plus petits détails, et il est parvenu à faire des économies, qui se sont déjà fait sentir dans l'aperçu des dépenses des prisons pour l'an VII, envoyé au ministre de l'intérieur le 18 thermidor dernier, et calculé sur celles qui ont eu lieu en l'an VI. Cet aperçu n'offre pour l'an VU qu'une dépense de 776,198 francs, au lieu de celle de 850,000 francs qui s'est faite en l'an V. — Le Département n'a point encore reçu le compte

de l'exercice de l'an VI

Établissements d'instruction publique. — Notre zèle s'est porté sur cette partie essentielle de nos devoirs, avec d'autant plus d'intérêt, Tome V. 8

que nous ne pouvions méconnaître combien elle avait été en souffrance sous l'affreuse tyrannie de Robespierre. Si d'un côté l'anarchie avait fait de grands ravages, de l'autre le fanatisme, les préjugés, les vieilles routines avaient produit des désordres non moins dangereux pour la jeunesse. Nos fonctions ont été souvent pénibles. Quelques mesures de sévérité paraissent avoir opéré de bons effets ; nous espérons que ces exemples salutaires auront dessillé les yeux des instituteurs et des institutrices ; les uns et les autres sentiront enfin que, si l'obéissance aux lois est un devoir pour tous les citoyens, elle est plus spécialement commandée à ceux qui se destinent à former le cœur et l'esprit des jeunes républicains. Tous les encouragements qui dépendaient de nous ont été accordés : nous avons la satisfaction de voir qu'ils n'ont pas été infructueux, et que le nombre des élèves qui fréquentent les écoles publiques s'augmente journellement.

Écoles centrales. — L'organisation des Écoles centrales ne laisse rien à désirer relativement aux moyens d'instruction ; les professeurs les plus distingués dans les sciences et les arts, autant que par leur civisme, enseignent aux élèves de ces écoles les langues anciennes, non comme autrefois, où la durée entière de l'âge de l'adolescence suffisait à peine pour apprendre le latin, mais par les procédés adoptés pour l'étude des langues vivantes et dans le cours de deux années scolaires ; la morale, Fhistoire, la géographie, la législation, les mathématiques, la physique, la chimie, le dessin. — Que manquait-il à ces établissements ? Rien que d'être mieux connus du public. Pour y parvenir, nous avons cherché à donner la plus grande solennité à la distribution des prix à la fin de l'année scolaire. — Les représentants du peuple de la Commission des inspecteurs ont bien voulu mettre à notre disposition la salle qu'avait occupée le Conseil des Cinq-Cents, aux Tuileries, ainsi que la musique et la garde du Corps législatif. Les autorités constituées s'y sont réunies à notre invitation. Les élèves des trois écoles, leurs parents et amis remplissaient cette belle salle, d'où naguère les plus célèbres orateurs de la France faisaient retentir jusqu'aux extrémités du monde les accents de la plus mâle éloquence. C'est là qu'était placée la tribune de Mirabeau, de Thouret, de Vergniaud, et de tant d'autres illustres morts. C'est là enfin que les destinées de la République avaient été réglées, et que les défenseurs de la patrie avaient reçu le premier ordre d'aller établir sa puissance chez ces mêmes étrangers, qui avaient eu la témérité de nous provoquer aux combats. — Tant de souvenirs imposants donnaient à la solennité de la distribution des prix un appareil encourageant pour les professeurs des Écoles centrales; il était pour les

115 DIRECTOIRE EXECUTIF [mai-septembre 1798]

élèves un nouveau motif d'émulation ; il était aussi satisfaisant pour le public, et nous ne doutons pas que cette journée intéressante ne concoure très sensiblement aux succès de ces établissements. — Nous nous sommes occupés des moyens d'organiser la quatrième et la cinquième école centrale. Toutes les dispositions sont faites; les professeurs sont nommés, et nous n'attendons plus, pour les mettre en activité, que la loi nécessaire pour pouvoir disposer des deux maisons nationales où ces deux écoles seront placées.

Ecoles primautés. — Les écoles primaires ont été plus fréquentées dans le dernier semestre de l'an "VI que dans le premier. Ce commencement de succès doit être attribué à trois causes : l'arrêté du Directoire qui oblige les fonctionnaires publics et employés à envoyer leurs enfants à ces écoles; l'uniformité de principes que l'on s'efforce, par une surveillance active, d'établir dans toutes les maisons d'éducation sans distinction, soit primaires, soit particulières ; enfin le zèle des instituteurs et des institutrices des écoles nationales. — Dans les premiers jours de l'an VI, ces écoles étaient presque désertes; sur la fin de cette année, elles ont été fréquentées par un assez grand nombre d'élèves. Mais, on ne le dissimulera pas, la plupart de ces enfants y sont reçus gratuitement ; et, sans le zèle des instituteurs, que le Département a promis et se propose de récompenser, ces institutions républicaines seraient moins suivies. Pour cimenter irrévocablement leur succès, il conviendrait qu'elles fussent absolument gratuites, et que les instituteurs eussent un traitement fixe, ainsi que le Département l'a représenté. En attendant l'exécution salutaire de cette mesure, l'administration a dû s'attacher, et s'est effectivement appliquée à maintenir leur état d'amélioration, par l'usage des moyens qu'elle a entre les mains. — Elle a fait surveiller sévèrement les instituteurs et les institutrices des écoles particulières, et principalement ceux et celles dont les principes paraissaient être un peu équivoques. Trois instituteurs, autant d'institutrices, ont été destitués pour ne s'être point soumis aux lois, ainsi qu'aux arrêtés du Directoire exécutif, et pour avoir refusé de prêter le serment de haine à la royauté, à l'anarchie, et d'attachement à la République. C'est avec peine, sans doute, que l'administration centrale s'est vue dans la nécessité de punir ; mais, cette sévérité étant essentielle pour le maintien du gouvernement, elle est bien résolue de la déployer contre tous ceux qui s'écarteront de leurs devoirs. — Nous avons profité de la distribution des prix, qui s'est faite le o""" jour complémentaire, aux élèves des écoles primaires, pour donner de ces écoles et des instituteurs l'opinion qu'on devrait en avoir, et pour effacer, par une cérémonie aussi atten-

[mai-septembre 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 116

drissante que solennelle, la prévention dont on se plaisait à les envelopper. Celte cérémonie, on peut le dire, s'est faite avec pompe, dans la ci-devant église de l'Oratoire, rue Honoré, la salle où les élèves des Écoles centrales avaient reçu la récompense de leurs travaux ayant été disposée pour un autre usage. — Le public a été admis à l'Oratoire comme il l'avait été aux Tuileries. Le Département en a recueilli un témoignage universel de satisfaction, et il a été récompensé d'une manière bien flatteuse de ses soins, par le désir que les citoyens présents à cette distribution des prix ont généralement manifesté d'envoyer leurs enfants aux écoles primaires.

Pinjtanée finançais. — Il n'y a pas eu de places d'élèves vacantes au Prytanée français, depuis le l®"" germinal an YI au l»'" vendémiaire an VIL Nos fonctions, relativement à cet établissement précieux, se bornent à nommer à celles de ses places qui sont à la disposition du Département, et nous n'avons pu prononcer sur aucune des nombreuses demandes qui nous ont été faites.

Ecole vétérinaire d'Alfort. — II n'y a eu, à l'École vétérinaire d'Alfort, pendant le dernier semestre de l'an VI, qu'une place à la nomination du Département, vacante par la retraite du citoyen Perny. Ce citoyen a été remplacé par le citoyen Flandrin, le 26 fructidor an VI. — Cette école est, comme celle du Prytanée français, sous la surveillance immédiate du ministre de l'intérieur.

Fêtes publiques. — Toutes les fêtes républicaines se sont célébrées, dans l'étendue du département de la Seine, avec le zèle qu'on devait attendre du patriotisme des administrateurs municipaux. Les efforts de l'administration centrale ont été parfaitement secondés. Chaque fête a conservé le caractère qui lui était propre. Celle de la Jeunesse a été consacrée principalement à distribuer des récompenses aux élèves qui s'étaient le mieux conduits, et qui avaient fait le plus de progrès. Les meilleurs ménages ont été les objets les plus intéressants de celle des Époux. A la fête de la Vieillesse, des honneurs ont été rendus aux vieillards vertueux ; et à celle de la Reconnaissance, on a décerné des couronnes aux citoyens généreux et sensibles, qui s'étaient distingués par des actes d'héroïsme. Parmi ces actes il est en un qui mérite d'être publié. Le citoyen Londault, habitant du XW"* arrondissement, a exposé deux fois sa vie dans deux incendies, pour sauver des infortunés prêts à être dévorés par les flammes. Cet estimable citoyen a eu le bonheur de délivrer un jeune enfant et une femme avancée en âge. — Nous avons pensé que la fête de l'Agriculture ne devait pas être célébrée partiellement dans chaque canton : persuadés qu'on ne saurait trop honorer cet art utile, qui a pour compagnes la

117 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [22 septembre 1798 j

force, la valeur, la sobriété et toutes les vertus sociales, cet art qui nourrit les hommes, et qui le premier les a réunis et civilisés, nous avons centralisé celte fête, et lui avons donné toute la solennité qui lui convenait. Un long cortège, après avoir traversé une partie de la commune de Paris, s'est rendu aux Champs-Elysées sous un temple élevé à Cérès. Une musique champêtre s'est fait entendre à son arrivée. Des discours ont été prononcés en l'honneur de l'agriculture. Trois cultivateurs distingués par leurs talents et leurs vertus, les citoyens Petit, de Montreuil, Charlemagne, du Bourget, et Yvard, de Maisons, ont été couronnés, et ont reçu une médaille d'argent de la main du président, qui a terminé la cérémonie en traçant des sillons autour du temple, — Pour donner plus d'intérêt encore aux fêtes républicaines dans les cantons, et y attirer, par l'attrait du plaisir, un grand concours de citoyens, nous avons invité les municipalités rurales à établir des jeux, à distribuer des prix, et nous les avons autorisées à employer à cette destination une somme de oO francs pour chaque fête et par canton.

Fêtes décadaires. — Avant la fin de l'an VI, nous avions fait toutes les dispositions pour que la loi du 13 fructidor, sur la célébration du décadi, fût exécutée, à compter de l'an VH, d'une manière digne de son objet. Nous avions adressé des instructions aux municipalités, mis une somme à leur disposition pour décorer patriotiquement les temples décadaires, et pris les mesures de police nécessaires pour empêcher les cultes religieux de mêler leurs cérémonies particulières à la célébration de ces fêles

(Arch. nat., F ' -^ ni, Seine, 19. — Imprimé de 62 pages in-i», avec tableaux.)

MGDLXXII

1^^ VENDÉMIAIRE AN Vil (22 SEPTEMBRE 1798).

Journaux.

Rédacleuv du 3 vendémiaire : « Paris, le 2 vendémiaire. Jamais, depuis la célébration du 14 juillet 1790, on n'avait vu aux fêles publiques un concours aussi immense de citoyens de tout â""o et de tout sexe : la vaste l)laine du Ghamp-de->Iars jjouvait à peine contenir cette foule immense. Ainsi jamais on ne vit de fiUe plus brillante et un temps plus favorable. Cette journée avait été annoncée la veille par de nombreuses salves d'artillerie, un feu d'artifice et des tlammes brillantes placées sur les tours et les dômes qui ont éclairé l'atmosphère pendant toute la nuit. Les joutes,

les luttes et le banquet fraternel ont rempli la matinée. Les courses à pied, à cheval, de chars, l'enlèvement d'un aérostat, le spectacle d'un fort livré aux flammes, une illumination brillante dans la foire où sont exposés les produits des arts et manufactures françaises, des concerts et des danses ont agréablement varié les plaisirs de la soirée. La fête s'est continuée pendant cette belle soirée aux Champs-Elysées et aux Tuileries. Les illuminations étaient des plus brillantes dans ces deux jardins et devant le palais des Cinq- Cents, des Anciens, de l'Hôtel de la Marine et sur la place de la Révolution. Le corps de musique des deux Conseils a exécuté un concert militaire sur les galeries, en face des Tuileries. A neuf heures, un superbe feu d'artifice, placé sur les trois pavillons du Palais national, a agréablement terminé cette solennité ; les danses se sont prolongées avant dans la nuit aux Champs- Elysées'. » — Journal du Soir de Sablier du 22 vendémiaire : « La

3Iort de César a été jouée à Rome le premier jour de l'année républicaine. Ce qui a distingué surtout cette tragédie, représentée dans le lieu même où César succomba, c'est que le lieu était rétabli comme il était du temps de Brutus et de Cassius, et que la même statue de Pompée, au pied de laquelle César tomba, fut transportée exprès ce jour-là sur la scène du palais de Spada où elle se trouvait*. » — Patriote français du il vendémiaire : « Paris, le 40 vendémiaire. Il faudrait un volume pour rendre un compte fidèle de toutes les fêtes du 1'^'' vendémiaire, dont on nous envoie la description de tous les coins de la République. Nous regrettons de ne pouvoir satisfaire au désir de nos correspondants, en rap))elant tout ce que ces fêtes ont offert de plaisir et de pompe. Partout un véritable enthousiasme, un zèle digne des plus grands éloges de la part des diverses administrations et de nombreux artistes employés à retracer l'immense gloire de la grande nation. Rordeaux surtout, cette fille aînée de la République, s'est distinguée à cette heureuse époque, et Nantes, la fidèle, et Lille, la glorieuse, et Mâcon, Rayonne, Bourges, Douai, Arras, Nevers, Bergerac et son bourg républicain, Grenoble, Brest, Toulon, Vannes, Mayence, Caen, Orléans, Agen, Limoges, Angoulême. Enfin, il faudrait les citer presque toutes, ainsi qu'une multitude de petites communes, dont nous aimons à voir la touchante rivalité avec les grandes villes. Heureux présage, source de satisfaction pour l'ami sincère de la patrie, vous me procurez les plus délicieuses jouissances *. «

1. Le procès-verbal otTiciel de cette fête se trouve dans le numéro du Rédacteur du 4 vendémiaire, et dans le registre du Directoire (AF * m, 13, séance du l" vendémiaire).

2. L'Ami (les Lois du 11 vendémiaire donne un compte rendu plus détaillé de cette représentation. Il y en a aussi un dans le Moniteur du 18 vendémiaire.

3. Nous n'avons pas de rapport du Bureau central, à cette date du 1" vendémiaire an VIL — Notons en passant que, d'après YAlmanach du déparlemert de la Seine pour l'an VII (Bibl. nat., L» 30/420, in-12), les bureaux du Bureau central étaient alors organisés ainsi qu'il suit : Archives et dépôt, chef : Bcurlier ; Sûreté : Henry ; Surveillance : Dubos ; Salubrité : Alletz ; Prisons : Parisot ; Mœurs et opinion publique : Bouchesciclie ; Commerce et navif/ation : Chicon ; Comptabilité et liquidation : Mabille ; Nourrices : Lallemant ; Hospices civils et bienfaisance : Godefroy ; Ar/ent comptable pour l'administration des biens et de la recette des revenus upipartenant aux pauvres de la commune de Paris : Demousseaux ; Caisse du Bureau central, caissier: Armand.

119 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [24 septembre 1798]

MCDLXXIII

Séance du Directoire exécutif du 2 vendémiaire an YII.

Sur le rapport du ministre de ia police générale, le Directoire prohibe le journal le Clairvoyant et ordonne l'apposition des scellés sur les presses servant à l'imprimer,

{Registre du Directoire exécutif, Arch. nat., AF * m, 13.)

Journaux.

Moniteur du :3 vendémiaire : «.lui.ç. Jacob Dupont ouvrira, le 2 vendémiaire courant à midi précis, dans la ci-devant église de l'Oratoire, rue Honoré, un cours public et gratuit sur l'agriculture, le commerce et les arts suivants : art du tisserand, du fabricant on étotïes de laine, colon et soie ; du tanneur, du maçon, du charpentier et du couvreur ; du forgeron et du charron ; du

potier de terre et d'étain, de l'orfèvre du constructeur des navires

Sur les sciences suivantes : logique de Condillac, morale des éléments de philosophie de d'Alembert ; arithmétique, algèbre, géométrie, calcul différentiel et intégral, mécanique, hydrodynamique, astronomie. Ce cours sera termmé par des répétitions des professeurs de botanique, d'histoire naturelle, de chimie, de physique expérimentale, d'anatomie, au Jardin des Plantes. Jacob Dupont lira ensuite, avec les élèves, l'esquisse du tableau des progrès de l'esprit humain, par Condorcet, Il fera soutenir des exercices publics par les élèves qui se seront distingués par leur travail et la manière dont ils répéteront ses leçons. Ce cours est destiné à former les instituteurs publics. » — Le même numéro contient un article sur une pièce jouée au Vaudeville le l^"" jour complémentaire an VI : Il faut un État ou La Revue de Van XI, par Léger, Chazet et Buhan. ! Bibl. nat., Vth 88o2, in-8).

MCDLXXIV

Rapport du bureau central du 4 vendémuire *,

. . . Journaux. — Est-ce pour prouver que des fils de ci-devant rendent enfin hommage à nos institutions républicaines, ou pour

1. Dans BB ^, 87, ce rapport est classé par erreur parmi les rapports de Tan VI.

saisir une occasion de rappeler d'anciennes qualifications, que le Message?' et le Journal de Paris annoncent que le citoyen Lagrange, qui s'est blessé dans une chute à la course des chars, est fils du ci-devant marquis de La Grange? — La réticence que le Journal des Campagnes emploie dans ce qu'il dit des affaires d'Irlande ferait croire que les Français n'ont pas été aussi heureux dans ce pays que Tont annoncé jusqu'à ce jour les différents rapports. Il y a des détails à cet égard que la politique, dit-il, lui défend de publier. — L'esprit public pouvait avoir quelque chose à désirer dans le récit que fait le Phénix d'un trait de bienfaisance sous le titre de : Encore un Ambroise. On remarque surtout cette dernière réflexion, peu favorable à l'ordre actuel des choses : « Voilà de ces traits d'humanité qui consolent de vivre. » On voit qu'à la rigueur ce mot peut se rapporter à celle qui, suivant le récit, est secourue par un de ses anciens domestiques; mais il n'emporte pas moins avec lui quelque chose d'équivoque.

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