‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 74 sur 254 · L. MiLLY, Cousin · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Cousin

(Arch. nat., BB » 89, et F^ 3842.)

MDIX

Rapport du bureau central du 7 brumaire*.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Quoiqu'il ne soit pas survenu de changement sensible dans la disposition des esprits, cependant on s'aperçoit de l'inquiétude que laisse l'état présent des négociations de Rastadt ; car les regards sont sans cesse tournés de ce côté. Malgré l'extrême désir où l'on est de voir la paix définitivement assurée, les appréhensions pour la guerre sont plus grandes, et les doutes s'accroissent sur la sincérité des intentions des plénipotentiaires étrangers, parce qu'on croit remarquer qu'ils font naître de nouvelles difficultés à résoudre, à mesure que la légation française en aplanit de son côté. Les ennemis jurés de la République ne laissent pas échapper cette occasion de présenter comme impossible toute heureuse issue des négociations ; mais ils adoptent aujourd'hui une tactique toute particulière, qui consiste à peindre comme chancelants,

1. Ce rapport est daté du 6 dans F' 3842 et du 7 dans BB» 89.

indécis, et même contraires aux intérêts de la République, les cabinets de ses plus fidèles alliés. Les royalistes en un mot, qui pullulent dans les cafés du centre de Paris, voient autant d'ennemis de la France dans toutes les puissances du Nord. Ils les supposent toutes coalisées, et se gardent bien d'appeler l'attention sur ce que leur politique respective offre de différent et même d'opposé. — Voilà le point de vue sous lequel les malveillants envisagent la situation des affaires. On considère, du moins, comme une preuve de l'impuissance à laquelle ils sont réduits le parti qu'ils prennent d'établir les plus fausses et les plus dangereuses conjectures sur la disposition des différentes cours, quand ils désespèrent de faire naître du trouble dans l'intérieur de la République. — L'établissement de la perception de l'octroi produit dans le public différentes sensations, et certains esprits que Ton égare ont paru sur ce point un peu agités. La classe la moins éclairée, plus par crainte d'un renchérissement qu'elle s'exagère à l'extrême, que par aucun autre motif, se livre à des murmures fréquents, et des agitateurs obscurs ne manquent pas de l'exciter à déclamer contre la mise en activité des barrières établies pour les recettes de ce droit, comme elles l'étaient déjà pour la perception du droit de passe. De là ce rapprochement toujours si perfide du régime républicain avec le régime de la royauté ; de là des regrets donnés au temps de la tyrannie et de la superstition. — Ce n'est pas ainsi que la masse éclairée autant que sage des citoyens de toutes les classes considère l'établissement de l'octroi, etles raisonnements victorieux dont elle appuie ses opinions à cet égard sont assez sentis et assez reconnus pour n'être point reproduits dans ce rapport. — Tels ont été les principaux sujets d'entretiens publics. Le calme à Textérieur a été parfait sur tous les points de cette commune.

Placards. — Il a paru, sur papier rouge et muni d'un timbre, un placard intitulé : «/^i'a/o^Me en^re /eA' trois rédacteurs du journal la Correspondance. » Chacun des rédacteurs convient qu'il n'a inséré à diverses époques telle ou telle nouvelle fausse que par condescendance pour l'un de ses collaborateurs. Ce placard est timbré et porte pour adresse typographique : de Vimprimerie de la Barre, rue Contrescarpe.

Culte. — Le culte est toujours un objet spécial de surveillance, mais il n'a offert, dans les premiers jours de cette décade, aucune particularité essentielle. Les temples n'ont que l'affluence ordinaire, et les exercices qui s'y pratiquent n'ont aucune émanation au dehors.

Spectacles. — On remarque avec douleur que les airs civiques sont toujours froidement accueillis dans la plupart des spectacles. — On

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remarque plus de dispositions à l'incivisme parmi les habitués du théâtre Favart ; des coryphées de royalisme donnent assez souvent des signaux d'applaudissements aux passages les plus simples, qu'ils veulent consacrer à de mauvaises applications. On s'en est aperçu décadi (jour qui coïncidait au ci-devant dimanche) dans Le Château de Montenero ^ ; quelqu'un demande à la suivante si Léon est à redouter. Elle répond : // est puissant, et la malveillance d'applaudir. Le 5 elle a encore marqué par des battements de mains répétés ce passage du tyran dans la même pièce : «Ily a longtemps que j'ai pesé la valeur d'un serment. «

Lessore, Cousin.

(Arch. nat., BB » 89, et F ' 3842.)

MDX

Séance du Directoire exécutif du 6 brumaire an VII.

Sur la proposition du ministre de la police générale, le Directoire autorise la levée des scellés apposés en vertu d'un de ses précédents arrêtés sur les presses servant à imprimer le ci-devant journal le Révélateur.

(Registre du Directoire exécutif, Arch. nat., AF * m, 13.)

Rapport du bureau central du 8 brumaire.

. . . Journaux. — On trouve dans quelques journaux une lettre du général Dupuy, commandant au Caire, mais elle reçoit des versions différentes. Par exemple on ne trouve que dans le Messager des relations extérieures, le Journal du Soir par Sablier, et les Annales de la République, la phrase suivante au sujet du combat d'Aboukir : « Les Anglais n'ont gardé qu'une centaine d'officiers, que nous ne regrettons

1. Léon ou le château de Montenero, drame en trois actes et en prose, mêlé d'ariettes, représenté sur le théâtre de lOpéra-Comique, ci-devant Italiens, le 24 vendémiaire an VII. Paroles du citoyen Hoffman, musique du citoyen Delayrac. Paris, an VII. in-8. Bibl. nat.. Yth. 10136.

pas, je t'assure. » L'autorité peut seule apprécier la bonne foi et surtout l'intention de ce peu de mots, qui peut-être ne se trouveraient point dans la lettre originale.

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