‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 17 sur 77 · LE SYLLABUS PROTESTANT · texte numérisé non relu

LE SYLLABUS PROTESTANT

Un autre pasteur, collègue, c'est-à-dire co-isolé de M. de Préssensé, nous atteste la foi et l'orthodoxie de son demi-frère. Il nous adresse [une pièce qui doit nous en fournir l'irrécusable preuve. C'est le Syllabus que « les églises évangéliques » appellent leur profession de foi. » M. de Préssensé a signé ce syllabus; donc le libre-pa^teur rédacteur du Journal des Débats est orthodoxe.

Nous n'avons point dit le contraire, et il n'y a ici qu'un malentendu. En parlant des orthodoxies pro testantes, envers lesquelles M. de Préssensé prend de fortes libertés, nous n'avons pas nié qu'il n'eût la sienne, laquelle, comme toutes les autres, peut varier infiniment sans, cesser d'être fidèle au principe même du protestantisme. En matière de croyance, cette religion, constituée sur l'adhésion corporelle, conserve jalousement la ressource du divorce et même de la polygamie. Il n'y a que cela qui rende la vie douce. Les catholiques disent : Cor unum et anima una; entre les protestants, au contraire, ce qui fait le lien, c'est la séparation.

Le principe développe ses conséquences à mesure

PARIS PENDANT LE «lÉGX.

que le protestantisme se décatholise et, par conséquent, se déchristianise. Les nouveaux évangéliques ont travaillé à l'élargir et n'ont pas mal réussi. Voilà sur quoi les anciens leur font la guerre. Ils reprochent aux anciens d'être encore catholiques," ils vont jusqu'à les traiter de cléricaux; les anciens leur disent qu'ils ne sont plus chrétiens, et l'on ne voit pas qu'ils en prennent grand souci. Mais enfin, puisqu'il faut toujours une orthodoxie, ils en ont établi une; et elle se résume en ce point, qu'il n'y a pas d'orthodoxie. Ils assurent ainsi l'unité de foi par un artifice très-ingénieux qui forme le premier article de learsyllabus. Cet article, très-logique au point de vue protestant, proclame que a toute l'Écriture de l'Ancien et du Nouveau Testament constitue l'unique et iNFAÎLUBLE règle de la foi et de la vie.» Or chacun étant légitime eii?i faillible interprète déboute l'Écriture, il s'ensuit qu il n'y a nulle raison pour que M. de Pressensé ne soit pas infaillible, et par conséquent orthodoxe, comme tout le monde. S'il parvenait à n'être pas protestant orthodoxe, il ferait un miracle. Jamais nous n'avons songé à l'accuser de cela.

Voici la pièce. Elle est connue, paaîs instructive. 11 se pourrait que le Journal des Débats ne l'eùl jamais méditée. Il ne sera pas fâché de relire ce syllabus, juré par son infaillible collaborateur, ennemi si déterminé du Syllabus et de l'infaillibilité du Pape .

Union des églises évangéliques de France.

PROFESSTON DE FOI.

iNous croyons que toute TEcriture de l'Ancien et du Nouveau Testament est inspirée de Dieu, et constitue ainsi Tunique et infaillible règle de la foi et de ia Fie.

Nous adorons un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, créateur des cieux et de la terre.

Le Père, dans son éternelle et infinie miséricorde^ lorsque nous étions entièrement perdus, pecr suite de la désobéissance d'Adam, et justement condamnés à cause de nos péchés, a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique.

Le Fils, « la parole qui était au commencement avec Dieu, » et qui était véritablement « Dieu au-dessus de toutes choses béni éternellement, * est devenu véritablement homme, « Dieu manifesté en chair, p Jé8U6-<!)hri6t est le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il nou^s a parfiBiitement rachetés de la condamnation étemelle par son sacrifice expiatoire, s'étant offert lui-même à Dieu pour nous comme une oblation et une victime d'agréable odeur. livré pour nos offenses, il est ressuscité pour notre justification. Il est monté au ciel et s'est assis ^ la droite de Dieu, où il intercède pour nous.

Le Saint-Esprit, que le Fils a envoyé de la part du Père, régénère les rachetés a élus selon la prescience de Dieu; » il habite en eux, il les fait marcher dans l'intelligence de sa parole et dans la sanctification, sans laquelle nul ne verra le Seigneur. Tl est accordé à tous ceux qui le demandent. C'est par lui que Jésus- Christ dirige et gouverne l'Église, qui est son épouse et son corps.

Jésus-Christ appelle tout homme à la -repentance, sauvant pleinement, gratuitement et sans aucun mérite qui leur soit propre, tous ceux qui croient en son nom et qui s'approchent de Dieu par lui.

Nous attendons des cieux le Seigneur Jésus, qui doit revenir et nous introduire dans la glaire. Il ressuscitera les morts, jugera le inonde avec justice et rendra à chacnm sdon ses œuvres.

fil» l?km \^ÉHbA^ t± ^ÏÈ^É.

et dte fiteurs^ théftum de d!étaM;ftt¥M» rtmrès è^ Mtig^ (SA6mi^^ hoidiMeÉi^tit ËMtiMs. 0& dottâ^ 46!) étreitt^ te*, on poî^fe dès ôottpà, tms'emtiiéèms fe libét*&; on est traîné en esclavage, on envoie à \h teWe dH biiïsetfi> de^ adieux, ji^ {tardons, des meilèdictiotis am»i^ dn eatme ati ei^ ém ftàete^. Ois se téuddtf sttf respé^med, ^i «sf «d^<Mttd là, ô9t^fâ âon bi^ÉK fafUtttit oreilteî».

lift itittisott (ît3i»|Tiabit« ert k propriété d'tnae' lihté^ tïéûM qui ë, éoAïié à IMett et i te&it Piefr^ ^n fflè uttlqtie . Eilt Fft doôïié deux fefe : !a» preffiière' qttttrif il e^t partie la seconde qtt«û(ï îl est œoll de ses Mes*snf^ë àpi^s Castelfidafdo. £!ne était 1& ptésetiCe, titi cierge à la main, et lorsque sott ^er mfaiat eàt rettdte Tâtue, elle se mtt à genoux et bêûit Ôîett. Elle a ftiif ptacer sur là porte de s» maisdu uue ittédeine de la sainte Vierge ; c'est sa palissade coiittiô reînts. Nous d^ormons , confiants eu Fade de ft)i àe cette m-artjnre. Si Tolyas traverse fa palissade, c'est que Dieu aura ses raisons; Taete dé foi he sera pas perdn .

Eu attendant, puisqu'il convient de remplir sa tâche ' et que le journaliste n'est pas dispensé de faire son ar* ticle, même quand ou le bombarde, je dirai qndqtcesimes de mes pensées de bombarîé, la nuit. L'on m'excusera bien de ne pas lès mettre tout à fait en *ordre.

Jusqu'à présent bonibardé à la plume, je le suis donc maintenant à l'obus. Selon moi, ni l'un ni Tau^ tre ne font le plus grand honneur au bon sens et â la justice de Ferspèce humaine. Des deux côtés, les ar*-

PARIS PERDANT LE SIÈGE. Ïî9

gumeiits ont un air êe famîHe. Cependant l'obus cmpêcke mieux de dormir et de répondre.

G^mme j*ai savouré Timpuissanoe de répondre 5 la ptume de M. H«vîn, je savoure Timpuissance de rê|Jondre èTobus de M. de Bismark. M. Havin m'a impose sa statue de Vohaîre, résumé de beaucoup a-antres iB9ok«ees, symbole et annonce de beaucoup tte périls plus grands. 11 a fini par me procurer la visite de M. de Bismark, pour lequel il ne manquait l^s d'festime, et M. de BSsmark pourra m'imposer j ne sais quoi qui sera dur à digérer. En attendant, dérange mon somme, ce que le digne Havin et toui cequ*il y a d'havinites sur la terre n'obtenaient pas, sans excepter le pasteur Pressensé. Néanmoins, il existe dés consolations et même des compensations.

Cet insondable fonds de bêtise qui constitue la richesse du sol havinien, je le vois apparaître sur le sol bismarkien. L'instinct de M. Havin ne le trompait pas. Il avait flairé son Bismark. M. de Bismark, les mains pleines de tonnerref», n'est pourtant qu'un ha vinite. C'est la consolation.

Après tout, qu'est-ce que ceîa fait que M. de Bismark écrase Paris, orné de la statue de Voltaire par M. Havin? Et qu'est-ce que cela fait aussi qtfi: m'empêche de répondre en me jetant sur le dos les raines de Paris? Je n'ai pas besoin de répondre pourêtre plus fort que M. de Bismark. Je suis avec la conscience humaine, qui répondra pour moi. Les tonnerres de M. de Bismark n'écraseront pas la conscience humaine. Ils la réveilleront au contraire, et M. de Bismark sera écrasé.

Que M. de Bismark soit écrasé par la conscience humaine, ce né serait pas la compensation. Certainement il se moque de la conscience humaine. Cette qualité est nécessaire à son personnage, comme son personnage à la civilisation où il apparaît. L'avantage de ne tenir aucun compte du jugement do Dieu procure l'avantage de se rire absolument du jugement de la postérité. C'est ce qui permet aux grands hommes de cette sorte une telle exécution des grands desseins qu'ils peuvent concevoir. Avec cela on bombarde tranquillement une ville, afin de procéder ensuite avec méthode et sécurité à la destruction d'un peuple. Et c'est ce qui me permet, à moi, d'exprimer tranquillement la conviction où je suis que M. de Bismark est d'ailleurs une franche brute , comme au surplus beaucoup de personnages bien notés dans l'histoire, entre lesquels la plupart des conquérants.

Je ne crois pas téméraire de considérer à peu près tout conquérant comme une bête à deux jambes, qui enfourche une bête à quatre pattes ; et ces deux bêtes n'en font plus qu^une pendant un certain nombre d'années qui lui sont données et qu'elle ne connaît pas. Il est donné à la bête d'aller devant elle à droite et à gauche, farouche, inquiète, dévorée d'orgueil, de dépit , même de terreur, pataugeant dans le sang humain , à la recherche d'une certaine pro vende qu'elle ne trouve jamais. Après quoi elle tombe et crève, et va pourrir.

Mieux vaut goujat debout...

Et puis accoureut les bêtes d'encre : poètes , penseurs, historiens, qui disent là-dessms ce qui vient de leur fonds, généralement frivole, ou ce qu'on leur commande^ ou ce qu'ils trouvent de meilleur débit sur le marché Havin, populeux, et amateur do bêles rares et terribles. Ainsi Napoléon I" fit sa fortune posthume, qui ne l'empêche pas de faire banqueroute dans son tombeau redoré. Grâce à la bête d'encre, l'immense brute populaire caresse les conquérants. Elle admire en eux plusieurs de ses qualités : ils bousculent, ils détruisent, ils pillent, ils étalent leur force, et ils en abusent. Ils foulent aux pieds particulièrement la force morale. Un conquérant, cela traite de si haut tout droit, tout titre, toute justice, toute majesté ! Cela passe d'un pied si dédaigneux sur les barrières, sur les trônes, sur les autels! Et il faut à un conquérant tant de laquais de toutes sortes ! Les conquérants font les beaux triomphes de la démocratie. Et enfin la brute populaire a un goût pour être dévorée.

La vérité est que la bête qui a cherché sa provende idéale et qui ne l'a pas trouvée a fait un travail de Dieu. Elle a défriché et labouré. Elle a exercé des justices, opéré des châtiments, relevé des vertus; elle a enfin réveillé la conscience humaine. C'est le grand ouvrage, le grand travail de Dieu nécessité parle travail contraire de la liberté humaine.

On pourrait, je crois, dire que le libre arbitre n'a point de souci qui le presse autant que celui d'endor-

.23 PARIS PENDANT LE SléèE.

iriîr la conscience dtt genre huouiiti, ni le de sqm ôias assidu' (Tae'céTui de la réveUler. Mais le libre arbitre de T&ômmeest SI resp,e(ïté de Dieu ^jue, psu; mô^menls, il l'emporte, et la CQnscieace de rhumattîlé tout eïïtîère se trouve ^çmffoiqnée tf un sommeil ibortel. EUe est là, couché^ ^miX pieds des endorineur^. Le cri du chef de TEglise^ le yeilleur éferuel, ce cri tendre et cfifrayé ije la réveïUe pas. Ou elle reste sourde, ou, dans son assoupissement brutal^ elle écarte le veiHeur et elle lui dit : Xia^sérmoi, taîs^ toi, va-t'en \ Havin excellait dans ce discours.

C'est alors épie I>ieu intervient. Il suscite la bÇte conquérante, il lui donne à réveiller !e monde : «Va, et fais ce que tu sais faire. Pour un temps que tu ne Gonnaitras pas, trayaille à ta façon, puisqu'ils ne veulent plus de la mienne. J*ai retiré mou prêtre comme ils l'ont voulu. Parle, toi, et sois leur pontife. Accomplis ce que tu as mérité de concevoir. »

La bête était prête, ses engins étaient prêts. Elle est lâchée. Nous aussi nous avions des engins de guerre et des villes fortes, et, sefon notre estime, des bonraies forts tout autant qu'il nous en fallait. En ui) instant, d'un bond, la bête est arrivée sur nous. De nos mains, nos engins ont passé dans les siennes, nos villes fortes se ^nt ouvertes , nos soldats se sont faits captifs. Qni en veut savoir le commencement, cela est écrit au livre du prophète Isaie, annonçant à Jérusalem le châtiment qu'elle recevra de Dieu par ^invasion des Assyriens.

Pkltin PBNDAÎÎT tE SBÊGE. l23

Malgré \t caractewïobïiqae de leur cqllaborateiu* Ftwsettisè, tnimstre au parfait évangile, les superfim t* "feft extra-fitis tfù Journal 'des Débats se sont f ttif n^4(ué9 <fe mùï, pour avoir comparé le roi. de PHidsè à SentmchériB ! Je pne IW. le pasteur de repifelÈKfipfe ces « l&iertîtis. i Oa*il repasse son laafe : en CCS jours, dfe bombar^mefti:, ç*esl une ÎKmne et lulÉrmètise îecture/et il îetir justifi^iia ma coi^paraispn.

Senamchérfli est enrôyë pour réveiller la çpnscience d'feraël endormi dans rorgueil^ dans Tim-f piété, dans !e luxe, dans Tavarice, dans la mollesse, cbins le IScfte çcrnDs^entement qu^l donne aux crimes de *es roîs (fevenus quasi prêtres des idoles. Il s agît précïsément d*opérer en Israël le fameux « relè vêmiMait moral » que W. de ï*ressensé reconnaît nécessaire et prêche avec tant d'efficace sûr les planches da la Porte-Sâtftf-Martin, où il remplace la Biche aux Bois. Purifier Israël, tel était le but divin de Texpéditioa d'Assxrr. Isaïe le dit en propres termes vingt fois. Certainement M. de Pressensé ne niera pas que ce ne soit aussi le but de l'expédition prussienne chez FIsraël moderne. H invoque le a relèvement; » donc il atteste fe rabaissement. Et nous voilà d^accord.

kxiiouma} d^ Débats, ils objecteront peut-être , car ils sont retoïs , qu^'Assur ( ou Sennachérrb ) ne sç préoccupait pas du tout de rekvcr Israël, et, tout au contraire, roulait le battre et Tabattre, et se grandir lui-même, et surtout piller là ville et le temple et le peuple ; ei% qu^autant s'en propose le roi de Priisse. C'est très-vrai. Assur est plein de superbe et d'inso-

lence. Il n'aspire qu'à ravager et à détruire les peuples, non pour un peu. C'est le vœu de son cœur. Ad conterendum erit cor ejus, et ad internedonem gentium non paucarum. Il se dit : Est-ce que je ne suis pas le plus grand prince de la terre? Est-ce que mes généraux ne sont pas autant de rois? Numquid non principes mei simulreges sunt ? Est-ce que je n'ai pas priis Calane et Charcamis, Arphad et Emath^ Samarie et Damas? Je m'agrandirai encore. J'ai pris beaucoup, je prendrai davantage. J'emporterai les trésors de Jérusalem , comme j'ai déjà emporté ceux de Damas et de Samarie. Qui m'empêchera? Numquid non sicut feci Samariœ sic fadam Jérusalem ?

Ainsi s'entretient en son cœur le grand Sennachérib. Il n'y a pas à dissimuler que ce discours sent très-fort son Prussien.

Mais il ne s'agit pas de ce que le conquérant se propose de faire par lui-même et pour lui-même. Cela n'importe que très-médiocrement , le foin que dévorera cette bête ! Il s'agit de ce qu'il fait pour le compte de Dieu.

Or, Isaïe a charge de le dire, afin que nous ne l'ignorions pas. Voici donc la mission d'Assur : « J'ai mis ma colère dans la main d'Assur. Je l'enverrai à im peuple qui m'a trahi et contre lequel je suis indigné, afin qu'il en remporte les dépouilles, qu'il le mette au, pillage et qu'il le foule aux pieds comme la boue des rues, quasi lutum platearum. » Tel est l'état d'une nation qui a besoin du relèvement moral. Car le relèvement moral est le but suprême de Dieu, qui ne châtie pas pour le plaisir de châtier.

nous le verrons tout à l'heure ; et c'est la compensation aux horreurs que nous devons subir. J'achève de justifier ma comparaison.

Dieu donne à Sennachérib les qualités militaires qui distinguent le Prussien. Il s'est bien outillé, il a bien étudié son plan de campagne et la route qu'il doit suivre. 11 sait par où il passera, quelles villes il prendra en passant, quelles autres il dédaignera. M. de Moltke n'aurait pas mieux tracé sa marche, et Israël Taurait connue longtemps à l'avance, s'il n'avait pas cru meilleur de dédaigner les avertissements divins. Assur est vigilant, ne se laisse pas surprendre, ne dort pas, ne dépose pas ses armes; il a soin du pied de ses chevaux et de la chaussure de ses soldats. Il accourt avec la promptitude des abeilles au sifflet du maître ; il est nombreux comme les sauterelles ; il envahit la Judée, il l'inonde; en un instant on le voit partout. Il est comme un moissonneur dans les blés, fauchant l'homme; il est comme un rasoir, et il rase tout ce malheureux peuple des pieds à la tête. Le voilà devant Jérusalem. Là il s'arrête. Il ne veut entrer que le lendemain, mais il ne doute pas d'entrer. Il étend la main vers la ville et le temple, et il dit : C'est à moi !

N'y a-t-il pas là de comparaison à faire? Hélas ! puisse seulement la comparaison se suivre jusqu'au bout ! En ce moment même, en ce moment de terreur, le prophète avertit le peuple fidèle de se rassurer, et leur dévoile tout le dessein de Dieu : Malheur à Assur ! Il ne sait pas qui l'envoie. La cognée se glorifie contre celui qui s'en sert; mais le Dominateur,

le Seigneur Dieu des Armées fera sécher de maigreur les forts d'Assyrie, et sous leur victoire, il se formera un feu qui les consumera. La lumière dlsraël sera le feu, et le Saint d'Israël sera la flamme qui- embrasera et dévorera en un jour les épâa^s d'Assur... çt le Liban tombera avec sa couromoie de hauts cèdres. . . Et Libanus cum excelsù cadeL

Cette prophétie dû châtiment est liée à la promesse du Rédempteur et de Textension de son xhga^p £lle annoncé en même temps le rétablissement de la jusr fîce en Israël, si toutefois Israël veut ouvrir les yeux. Les deux choses apparaissent mêlées dans la même vision. Si 0. de Pressensé sevaif lire la Biblç, il aurait des idées plus nettes sur le a relèvement moral. »

Je le prie d'écouter ce qui me console la xmit, lorsque j'entends siffler l'obus. Il saura ce qui me fait espérer que ni les Sennachérib, ni les Guillaume^ ni les Bismark, ni les Havin ne seront longtemps les dominateurs du monde, mais au contraire périront et seront emportés par les conséquences mêmes de leurs victoires d'un jour.

Le prophète s'adresse à ceux du peuple qui ont

gardé la foi, c'est-à-dire ce^ux en qui le « relèvement

moral » est déjà efifectué , parce qu'ils savent que la

justice de D ieu prononce le dernier mot des choses

humaines.

11 leur dit qui) Dieu les délivrera de leurs princes complices des larrons^ et qu'il Jes purifiera euxmêmes de leur écume. Aprè§ <{Uûi| il rétaklica leurs

PAHIS PENDANT LE SJiÉ«£* 127

juges, comme ils ont été d'abord, observateurs des lois divines et protecteurs des faibles. Alors leur nation sera appelée la cité du juste, la ville fidèle. SioH, rachetée par un jqste jugement , sera rétablie par la justice. Sion in judido redimetur^ et reducent emn injmtitia,

Telest roracle ; il est fidèle, et lest anons de M. de Bismai^k ne le fausseront pas et ne TaboIiroTit pas, pas plus que ne l'ont faussé et aboli les interprétations des sages, le» négations des politiques et les découvertes des savants. Il est dit de icras «es gensJà qu'ib périront^ qu'ils seront confondus par les idoles mêmes auxqudles ils ont sacrifié, que leur force sera ccMaime une étoupe sèche, et leur ouvrage comme une étincelle de feu, et que l'un et Tatitre s'embrasera sans qu'il y ait personne pour l'ét^eindre. Ayant en main le pouvoir, ils prépareront eux-mêmes lent perte par la scélératesse et la sottise de leurs actions.

Cela s'est vu, cela se reverra, et ce que M. de Bismark fait de plus certain , c'est qu'il déracine le pays qu'il compte élever au plus haut point de puissance et de gloire. Lui aussi, il a préparé l'étoupe ; lui aussi, il allume le feu ; lui non plus, il n'éteindra pas rincendie.

11 a. tort de compter pour rien les pleurs et le sang des enfants et des femmes* Ces obus qu'il lance sur les hôpitaux et sur les églises éclateront en Prusse. Pour ceux-là, on en peut répondre : la PrusSe fait

couler un sang qui sera redemandé sur la terre et au ciel.

L'obus suggère encore d'autres pensées, mais j'étais plus pressé d'exprimer celles-ci, parce qu'ils se disent entre eux, suivant leur vieille coutume, lorsqu'ils parlent de nous : UbiestDeus eorum? On il est, nous le savons bien, et ce qu'il fait, nous le savons aussi, et pourquoi ils sont venus, nous le savons encore, et ce dernier point les touche autant que nousmêmes : Deus regnare fadt hominem hypocritam propter peccata populi.

A cause des péchés du peuple, l'hypocrite a régné multipliant les péchés du peuple. A cause des péchés du peuple, l'hypocrite est venu portant dans ses mains une justice qui n'étaif point de lui et qui ne venait point de son cœur« A cause des péchés du peuple, l'hypocrite envoyé par la malédiction remportera la malédiction, et elle sera chez lui comme un feu qu'il ne pourra éteindre.

cx;vi

19 janvier.

Le gouvernement de la défense nationale vient d'adresser la proclamation suivante aux habitants de Paris :

Citoyens,

L'ennemi tue nos femmes et nos enfants; il nous bombarde jour et nuit; il couvre d'obus nos bôpitaux. Un cri :" Aux armes! est sorti 'de toutes les poitrines.

Ceux d'entre nous qui peuvent donner leur vie sur le champ de bataille marcheront à l'ennemi; ceux qui restent, jaloux de se montrçr dignes de l'héroïsme de leurs frères, accepteront au besoin les plus durs sacrifices comme un autre moyen de se dévouer pour la patrie.

Souffrir, et mourir s'il le faut, mais vaincre.

Vive la république !

Les membres du gouvernement,

JULES FAVRE, JDLES FERRY, JULES SIMON, EU- GÈNE PEIXETAN, ERNEST PICARD , GARNIER- PA6ÈS, EMMANUEL ARAGO.

Les minfstre$y

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