‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 56 sur 77 · M. THIBBS BIEN MÉRITANT. — LE BAISER DE M. SIMON · texte numérisé non relu

M. THIBBS BIEN MÉRITANT. — LE BAISER DE M. SIMON

Si l'Assemblée avait dit : « M. Thiers a bien mérité V indulgence de la patrie, » ce serait moins banal, et nous acc{uiescerions plus volontiers. Car il est vrai que M. Thiers a repris Paris, mais il est vrai aussi qu'il Tavait perdu. L'Assemblée ne peut se faire illusion : en dépit de son vote unanime^ cette histoire est pleine de chapitres sur Lesquels on reviendra. Il sera reparlé de la précipitation du départ, «le la lenteur du retour, du dégât en ^to«t genre, etc. n y en a long !

La patrie, hélas! ne connaissant plus, et depuis longtemps, Tart de façonner des honmies forts et corrects^ on pouvait dire que M. Thiers, n'ayant pas peut-être tout perdu, a bien mérité l'indulgence de la patrie. Ne rien dire du tout valait mieux. La formule votée paraît excessive. Livrés à eux-mêmes, les propriétaires piles par l'obus conservateur n'au.. raient pas tressé la couronne qui va ombrager les lunettes du vainqueur de Paris. vainqueur I 4si un peu de poussière se répand sur vos firaldbBft feuilles de chêne, songez qu'il y en a pour plusieurs milliards de surplus dont, avec moins de hâte à détaler, vous auriez pu faire l'économie. Vous direz que nous

remplissons l'emploi de l'esclave attaché au char de triomphe? — Oui, et nous aurions de quoi parler ! A jeter tout sur le char, l'essieu craquerait.

Une inspiration de M. Jules Simon a tempéré le fond d'horreur de la fête. M. Jules Simon tire son mouchoir, essuie ses yeux, se précipite vers M. Thîers et l'embrasse. Kléber, après ks Pyramides : ce Général, vous êtes grand comme le monde! » Cela desserre. On voit moins ces remparts ébréchés, ces cadavres, cette poussière de milliards que les sueurs des pères de famille ne rattraperont jamais. On voit moins cette citadine roulant triomphalement à travers ce décombre, et dedans la citadine, cet homme d'État^ dans lequel il n'y a rien ! Vous nous soulagez, sensible Jules! Nous avions besoin de rire. On ne sait quoi traverse Tesprit qui rappelle drôlement le baiser de Julie, ès-bosquets de Ckrens.

Ce n'est qu'un moment. La situation reparaît et reprend son poids. On se remet à songer. On s'en veut de rire, on en veut à ce bouffi qui apporte à rire, là où pour sa part il apporta si largement à pleurer. Que vient faire ici M, Simon? Est-ce qu'il y aurait soois rocàe un 6ien mérité pour M, Simon, et pour M, Favre, et pour M. Picard, et pour tout le resie d« 4 septembre?

La dét^staîbîe charretée va-t-elle être remorqué e sur le chemin de Paris par la citadine triomphate ? Alors, réintégrons-y Gambetta, Crémieux etRizoin, et que Rochefort y regrimpe! Pour le coup, ce sera bien la tragédie à sa première apparition, le tombereau de Thespis chargé de personnages barbouillés

de lie ! La lie figurait le sang ; le sang ne manque pas et figurera la lie.

Ce cuistre de Rousseau disait à sa Julie : Reprends tes baisers, ils sont acres! C'était son beau style. Voltaire s'en moquait. En vérité pourtant le cuistre disait bien. Et vous, Simon, reprenez, reprenez vos baisers, ils sont acres! Et allez- vous-en, s'il vous plaît. Allez-vous-en bien vite ! Le scandale devient trop grand de vous voir encore où vous êtes. Il est trop grand même pour cette France si indignement tripotée, et tout finirait d'une trop mauvaise fin.

De Bordeaux, tout de suite après la constitution du ministère, M. Jules Favre écrivait à son cher Jules Ferry de ne se point troubler, que \q faisceau subsistait et ne serait point rompu. Ont-ils donc vraiment entrepris de nous faire voir encore cela après l'exécrable guerre, après l'exécrable paix,' après l'exécrable insurrection? et rien ne les pourra donc faire rentrer dans le puisard d'où ils ont surgi pour déchaîner sur nous tant de malheurs inouïs et d'ineffaçables hontes ? Ce serait donc certain ? Ils nous auraient donc làlés, toisés, pesés, et ils sauraient qu'il n'y a plus rien, qu'ils nous tiennentdans leurs mains, qu'ils nous dépassent de toute la tête, que nous devons les subir !

Maître J. Favre prend la France dans im pan de sa toge, la meneau combat, aux négociations, à la paix, en perd des morceaux, en casse d'autres, garde I3 re^te, et de ce reste fait ce qu'il veut. La France sera élevée par M . Jules Simon, administrée par M. Picard ; elle vivra dans le petit intérieur honnête de M. Jules Favre et aura toujours sous les yeux cet homme nu!

Elle ne peut trouver d'autres maîtres, M. Thiers l'a réglé ainsi.

Ratapoil, où es-tu, notre fierté finale et notre ultime splendeur?

Soleil évanoui derrière l'horizon !

25 mai.

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