‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 77 sur 77 · DISCOURS DE M. DE TROISÉTOILES · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. DE TROISÉTOILES

M. de Troisétoiles , honorable député, parle peu dans la Chambre ou ne parle pas. Ce n'est point faute d'idées ou de cœur, mais faute d'estime pour ses semblables, auxquels il espère ne pas ressembler parfaitement. Ayant étudié les Assemblées, il se persuade que les hommes n'y sont plus ce qu'on les voit ailleurs ; que les plus hardis y deviennent faibles, les plus pacifiques turbulents , les plus décidés irrésolus; que ceux qui aiment habituellement l'originalité n'acceptent là que le lieu commun; que la

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clarté les blesse à les faire crier; que la sincérité leor déchire les oreilles et les rend forieux; <fu*eii#ii, faisant partout une recherche particulière delà yérité, ils refusent absolument de la voir lorsqu'ils sont assis ensemble dans leur local à fabriquer les lois ! — Une fois là, dit-il, ces gens de bien n'ont de considération que pour la feinte et même pour la frauée ; ils estiment qu^on ne leur rend pas ce qui leur est dû si l'on ne cherche à les entortiller. Le plus naïf se pique de cette escrime^ le plus incapable de mentir méprise et redoute celui qui ne se donne pas un badi^on de fourberie. C'est le bel usage; on se perd en y manquant. On gagne une réputation d^excentrique , d'enfant terrible et, pour tout dire, de propre-àrien.

Et comme je sens que j'ai quelque chose à dire^ ajoute ce député, voilà pourquoi je ne parle pas.

Or, ces jours-ci, se trouvant seul de son espèce au milieu de plusieurs dames de sa famille, il les distribua en droite, gauche, extrême droite et extrême gauche ; il en mit deux ou trois au centre pour figurer la droite et la gauche modérées et fusionnées ; et il leur tint le discours suivant, qu^il compte ne pas prononcer dans la discussion de la proposition Rivet :

Messieurs^ Nous nous égaroBs fortement quand nous nous proposons^ les uns de faire une constitution, les autres de faire un homme. Suivant moi, la constitution n'est pas à faire par nous, et l'hoomie qui fera ou plutôt qui sera la constitution, est fait beaucoup mieux que nous ne le saurions faire. On ne fait pas

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»^umin« cela un homme, surtout celui qu'il nou9 faut €ft qéL nous xuenique. fi nous manque, messieurs, parce que not» le msuiquonsy et tout nous manque arec lui. Je ne développ^ni pas ce point, comtesté par quelques o{»mons, mais aduns par toutes les consciences.

Nous nous disons constituants. Je crois que nous le semmes bien un peu. Néanmoins il 7 a du louche. Si quelqu'un âsaît que nous sommes rectmstituainUy je serais tout à fait de son avis. La France est un grand corps destitué, et quelle destitution? Décapité 1 Les membres broyés, ne pouvant plus rien, risquant de n'être bientôt plus rien, nous ont choisi» dans un moment de grand malheur, c'est-à-dire de grande lumière, pour reconstituer ce corps toujours frémissant, mais, hélas! Qon plus agissant. V(Hlà de quoi, pour ma part, j'ai été changé.

A DBoiiE BT.AD CENTBE. ^^ Nous aussit C'est cela! (A gauche, rumeurs.^

M. D£ TROisÉTonjEs. — Eh bieu, messieurs, pour reconstîtner * un corps, il ne suffît pas de lui jeter un manteau sur les épaules, ni de lui mettre un papier dans la main, ou un sabre au côté, ni de prendre ce qu'il peut encore avoir d'ar* g&at dans la poche. Il faut lui donner une tète. (Â droite, ru^ meurs; égaticAïf, tumulte.)

VOIX DE l'extbême GAUCHE. ^ Jamais de tête ! L'ordre et la liberté par Yan-^tr-ckie !

VOIX AU CENTRE. — Pour constitucT, il fatut une constitution,

M. DE TROisÉTOiLEs. — Uno coustitulion n'est pas une tète, c'est un papier.

VOIX AB CENTRE. — Ou met la tête dans la constitution,

M. DE TROISÉTOILES. — La Constitution doit sortir de la tête et non pas la tête de la constitutian. Nous ne ferons rien d'une tête sur le papier. Qui voudrait dire ici que ses électeurs lui ont donné mandat de faire une constitution et lui en ont fourni le programme? Si un vote de l'Assemblée venait à déclarer ce cas inopiné, je propose un moyen d'abréger la besogne et de eùHStUuUormer immédiatement le pays. Tirons du grenier les constitutions votées depuis quatre-vingts ans, numérotons-les, jetons ces numéros dans le bonnet de police du eaporal de

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