VI INTRODUCTION
poir J'estimerais moins cruel de renoncer à la vie. Je ne peux croire que la France doive tout à l'heure manquer au monde. J'espère invinciblement que, soit par des grâces imméritées, je l'avoue, et inattendues, soit par de nouveaux malheurs dont nous ne voudrons plus perdre le fruit providentiel et qui seront des grâces encore, Dieu relèvera la France et la rendra à elle-même et au genre humain, menacé autrement d'une formidable nuit
Au moment où j'écris ces lignes, je me rappelle que nous touchons le premier anniversaire de l'entrée des Italiens dans Rome, conséquence immédiate du criminel abandon de la France. Depuis un an, le Pape, notre père et à la fois notre pupille, est dépossédé; et c'est aussi l'anniversaire de l'investissement de Paris par les Prussiens, encore aujourd'hui en possession de son rempart.
J'ai passé ma vie à considérer Paris et Rome, et je peux dire que ces deux villes ont fait ma destinée d'homme et d'écrivain. C'est la lassitude de Paris qui m'a poussé une première fois à Rome; c'est le souvenir et le contraste de Paris qui a éveillé mon âme, qui a créé en moi l'amour de Rome et qui m'a conduit des torpeurs troublées de l'ig*orance à la large et lumineuse vie de la
IMfiODCCTION. VII
foi. J'ai écrit un livre intitulé leParfwn de Rome, et un autre, rempli de prévisions sinistres, intitulé les Odeurs de Paris. t'ai ensuite, durant un dixième séjour à Ko nie, le plus long et le plus euchanté, raconté jour par jour l'histoire extérieure du Concile; puis tout de suite après, n'ayant eu que le temps de revenir, j'ai subi l'humiliant et sanglant spectacle de Paris assiégé. J'ai vu le siège de fer et le siège de feu ; et pendant ces horreurs, Rome, mon autre ville, ma patrie plus sainte, était captive. Mais dans Paris fermé, j'ignorais le malheur de Rome.
Mou esprit est frappé de ce même fléau qui sévit en même temps sur les bords de la Seine et sur les bords du Tibre, dans Babylone et dans Jérusalem. Rome souffre par la faule de Paris, et Paris paie en or, en funérailles et en affronts les souffrances de Rome. Il v a des concordances étonnantes et journalières entre les catastrophes de Rome et les catastrophes de Paris.
Tous les pas que la conspiration italienne fait contre Rome et dans Rome sont aussitôt marqués chez nous par une défaite. A mesure que l'Italie s'installe dans la \ille du Christ, la Prusse serre davantage Paris et accable de revers plus lourds et plus décisifs les vains efforts qui sout tentés |K>ur !e secourir ; et euliu, lorsque le roi excoin-