‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 97 sur 150 · ROME ET PARIS · texte numérisé non relu

ROME ET PARIS

Il y a toujours une certaine concordance entre les destinées de Paris et les destinées de Rome. A toute mauvaise nouvelle qui vient des bords du Tibre, correspond quelque mauvaise nouvelle des bords de la Seine, et ceux qu'amuseraient les malbeurs de Home sont empêchés de se voir contents.

l'ne sorte de dérision perpétuelle insulte aux triomphes de la pensée moderne. Elle vient où elle voulait venir, et elle n'y est pas; elle saisit son idéal, et <*e n'est plus cela ; elle s'est promis de rire» et elle ne rit point. Garibaldi rentre rhumatisant et triste à Caprera ; Rochefort a encore soif ; l'aimable princesse Marguerite ne dort pas bien au Quirinal; Jules Favre soupire ; Crémieux a perdu son prestige ; le roi de Prusse, montant à cheval pour triompher dans Paris, porte en croupe un insolent lombago. Qui n'a sou lombago ? M. de Bismark lui-même, l'homme qui présentement traîne la plus grande queue de gloire humaine, sent quelque chose « qui ne va pas. » Il sent que ce n'est pas assez pour être heureux de fit ire le malheur d'autrui.

Nous voyons d'ici quantité de sages à qui Al. de

Bismark arrache cruellement un beau sujet de rire. Comme ils eussent trouvé drôle et piquante cette mascarade piémontaise exécutée à Rome, le jeudi feras deniier ! La croix insultée enplcinjourdansHuiur beaucoup plus qu'à Belleville, quel triomphe ! |>U ne s'était point fait encore avec cette splendeur. Mais voilà qu'en même temps M. de Bismark rédige et publie le programme de] sa marche triomphale dans* Paris. Après un si charmant jeudi gras, quel premier vendredi de carême!...

A vrai dire, la marche triomphale (e'eat le mot prussien) est déjà commencée. Elle a comment* aussitôt après la signature de l'armistice, par le défilé de nos canons qui ^rendaient en Prusse, m£m«* le canon desservi par M. Ilochefort. Seulement cette évasion s'opérait de nuit, à petit bruit, et le» violons ranimés dans nos théâtres rouverts, d'accord avec le beau talent des électeurs parisien?, couvraient «vite marche sourde. Mais M. «le Bismark le veut : il faut subir son aspect, il faut subir sa fanfare.

La saveur de la mascarade piémontaise eu est affaiblie

Hélas ! pauvre France! Et il faudra ensuite siirner la paix; et par-dessus le marché, il faudra écouter les bravaches qui, sans a>oir payé de leur personne « ( sans se proposer aucunement d'exposer leur !'»• au, déclameront contre la paix. Âpre» quoi ils accepteront la paix.

A Home, le roi vaincu a ouvert la fenêtre île sa pîÎMin. Par delà le Tibre, par delà les montagne» < l par delà les mers, il a jeté dans le monde entier U

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parole tranquille de sa conscience : Point de paix! Et il n'y aura ni traité, ni paix acceptée, ni trêve consentie. Mais, durant la suite des siècles, la majesté du visage de ce vaincu jettera l'ignominie vengeresse sur ces masques «t leur fera l'épouvantable privilège de ne point périr.

Quel temps ! quelles guerres ! quels vainqueurs ! et sauf ce grand immortel de Rome, quels vaincus ! Voilà rcssuscitée toute la brutalité païenne et barbare; voilà le vainqueur sans justice, sans lumière et sans miséricorde, se donnant le plaisir de dévorer et d'insulter la victime sans dignité !

Que laissent espérer au genre humain tombé sous le joug de la force, cette victoire sale et lâche du Subalpin, cette victoire sauvage et avare de l'Allemand et cette ignoble aptitude des peuples à devenir ou la ltfte dévorante on la béte dévorée ?

Mais après tout, c'est la perpétuelle scène du monde; elle n'est en ce moment que plus illuminée et plus retentissante de foudres. Les époques d'échéance out ce caractère encore miséricordieux- : les hommes y sont plus solennellement avertis de choisir, et suivant leur choix, ils sont suppliciés ou martyrs. Suppliciés pur le châtiment do la défaite ou parle leurre de la victoire, martyrs par leur constance dans l'amour d>.» la justice, et ceux-là seulement sont heureux, lis recueillent le baume des larmes qui auront leur consolation; parce qu'il» ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés*

Guillaume, Victor-Emmanuel, Pie IX! Ces trois noms font connaître le vrai prix des choses de ce

2ti TAUIS PEMlJtin LE SIÈGE.

monde ut la conscience humaine sait i honorer cl rc qui vivra.

M. Jules Favre, ministre Je M. Tliti maladroit dans sou langage que M. Jut nisln: Je lui-même. Ku annonçant la su hostilités, il se donne mi air du dépo; Cela lui va liien! (.les cuistres du 4 seule pas nés seulement jiour nous ruiner el ■iiuer, mais encore pour uous rendre ri' le senuis ]>ar eux, jusque dans les allres jusqu'à la dernière scène de l'enterre!

il. nu dis.paraitrout-ils?

Pour lis conditions de la paix, elle lacliccs. La redoutable iiotitieatiuu uni l'heure, .Nous sommes convaincus que I rranec au trouvera plus fcruie que la v< sur. Depuis la capitulation do Paris, lt Fait. Ce n'eut pas le taux de l'amende riiumiliatiuu. L'humiliation a été de armes; vider l'escarcelle comptera uioili

Si notre sentiment ne nous trompe pa aimerait mieux ajouter qin Iqin-s uiUliu

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obtenir le rabais par de trop longues prières. Ce qu'elle ne peut exiger, il ne lui sied pas de l'implorer. Puisque les Allemands ont eu l'honneur de nous battre, il est juste qu'ils se régalent. Ils nous disent narquoisemenf, — car ils ont pour le moment plus d'esprit que nous, — que c'est pour notre bien qu'ils nous ruinent. Cela se pourrait, et nous l'espérons un peu. En attendant, payons-leur les leçons de politique, d'organisation et de guerre qu'ils nous ont données. Si nous en profitons, le prix ne saurait être ex n géré. Que leurs princes et généraux emportent un bon pourl>oire ! Dans les chansons grecques, le guerrier couché sur le champ de bataille s'adresse au vautour qui lui déchire la poitrine : « Mange, oiseau; c'est la chair d'un brave. Ton bec croîtra d'un empan. »

Puisse l'Assemblée nationale interdire le marchandage auquel se prépare l'essaim des mouches de club et de palais qui ont si vaillamment sonné la charge et conduit le combat! On sent poindre une sueur d'agr nie à la seule pensée des Marseillaises que vont entonner ces voix de Belleville et de Pantin. Pendant qu'elles chanteront, il arrivera quelque oukase de Prusse qui ordonnera qu'elles se taisent, et il faudra se taire.

Epargnons-nous cette intimation dernière. Puisque les hommes aux mains de qui nous sommes tombés n'ont su employer notre sang qu'à noyer nos poudres, puisque c'est fait, pourquoi jeter de mensongères forfanteries sur un désastre déjà suffisamment honteux?

A l'heure qu'il est, nous ne combattons plus conta* Fépée. Nous n'avons plus d'épée, et l'ennemi nous use par l'angoisse et par la raillerie. X'attendoB«pa* qu'il nous montre le fouet. Jetons-lui ce qu'il fait trop que nous ne pouvons défendre. Que les chiens aient la curée, que les vautours se portent de !enr proie; qu'ils s'en aillent pleins et ivres. Ils en uiii trop fait déjà pour que la vengeance ne soit pas certaine; mais la même raison qui la rend inévitable la rend impossible aujourd'hui.

Il faut attendre. Il faut mériter que Dieu nous refasse une tèt<* et des bras, et surtout un cœur digne de relever avec nous tant de justes causes qui vont être meurtries.

Aujourd'hui, nous ne pourrions qu'essayer d»donner une revanehe à M. Cîamhrtta.

Après tout, il y a deux Frances, et Tune d'elles porte la ressemblance de M. Oambetta. C'est crlle-là surtout qui est battue. L'honneur permet de souifrir qu'elle n'en revienne pas; c'est assez pour Vautre de payer l'amende, saus se vouera périr bn l'honneur de cette bor^nesse.

Bordeaux, |«* mari.

LES Pni'SSIF.NS DANS PARIS.

Donc, à l'heure qu'il est, les Prussiens sont dans

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Paris. Us passent sans l'Arc de Triomphe, ife descendent l'avenue des Champs-Elysées, ils traversent la place de la Révolution, où ils rencontrent le» statues de Strasbourg et de Metz; ils passent flous l'ombre de l'obélisque, — cet obélisque qui a vu Moïse! Us longent le jardin des Tuileries; les voici devant la Colonne, les voici devant l'Hôtel de Ville, les voici partout. Rien ne bouge. Suivant la barbarie du rite antique, le vainqueur a voulu fouler au pied le vaincu. Le vaincu n'est pas mort, mais il a l'immobilité de la mort. Que ce pied est lourd, et comment se fait-il que la terre ne tremble point? Que* ! l'Arc de Triomphe n'a pas croulé sur l'eaMini! Quoi ! Napoléon ne s'est point précipité àè sa spirale de victoires! Quoi! le vieil Arago n'était pas mourant sur le seuil de l'Hôtel de Ville! Quoi ! Rochetort «?t Gambetta et Floquet et Razoua... Rien!

Pas plus de Razoua*que de Trochu ; pas pins 4e Napoléon que d'autre chose! Et si quelque aumônier prussien, protestant ou catholique, veut entrer dans l'ambulance du directeur des postes Rampont ou dans celle du pharmacien Cadet, interdites aux prêtres, ni le directeur Rampent, ni le pharmacien Cadet ne feront de difficultés. Arrière le Dieu catholique : mais le Dieu prussien passe partout.

Et nunc erudimini, nations de ce siècle savant ! et sachez qu'un peuple nourri de philosophie n'a pas do ville sainte. Paris est violé et n'en veut pas mourir; et, comme Paris lui-même, le reste de la France «kn prend son parti. Ici, à Dordeaax, pendant que Paris a le pied du Prussien sur le ventre (on n'ose-

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rail dire le cœur), les théâtres et les cafés chantante vont leur train. Non, nous ne sommes pas seulemeut vaincus, nous sommes défaits, disjoints, épars.

Il y a quelque chose de moins dans l'organisai»français. Nous ne mourons pas du sang sorti de ne* veines, mais de celui que le poison philosophique j est venu décomposer. Un foyer s'est éteint et ces** de dévorer les principes de mort. Nous mourons plutôt suicides qu'assassinés.

Cependant une espérance demeure; il reste de> âmes qui ne consentiront pas à mourir. Elles connaissent le principe de vie ; elles y ramèneront cette nation malheureuse. Il faudra bien qu'enfin la France comprenne sa propre histoire, voie enfin le seul signe de sa splendeur passée que tant de tremblements de terre ont laissé debout.

Le passage des Prussiens dans Paris nous découronne de toute gloire humaine. Force matérielle et intellectuelle, gloire d'esprit, gloire de la pensée. gloire historique, tout cela n'est plus qu'un souveuir du passé affligé de honte. Quelle chose purement hu maine porte un nom qui par lui-même nous promette un avenir? Il n'y a pas plus d'avenir sur la colonne de Juillet que sur la colonne impériale, et le Versailles de Louis XIV a subi le même affront que le Paris de Napoléon III et d'Arago. La croix seule reste ; c'est elle seule (pie les outrages de notre histoire n'ont point abaissée et n'ont point rendue stérile. Nous avons vu rouler dans la défaite tout c» qui s'est détaché de la croix.

La croix, qui est le grand passé, est aussi le grand

avenir. Elle est l'honneur, elle est le bon sens, elle est Tordre, la discipline; elle est l'amour et l'intelligence du sacrifice ; elle est tout ce qui nous a manqué et tout ce qui nous manquera le plus et de plus en plus au monde.

La croix est encore avec nous. Si nous la voulons garder, soyons tranquilles : la Prusse ne nous l'emportera pas, et la France au tombeau n'est cependant qu'endormie.

Marthe, s' adressant au Maître, lui dit : Seigneur, si vous aviez été là, mon frère ne serait pas mort. Jésus répondit : Tu verras la puissance de Dieu : ton livre vivra.

Que ceux qui veulent espérer avec nous relisent cet Kvangile de la vie; qu'ils s'étudient à comprendre le commandement qui leur est fait d'ôter la pierre. Ils entendront Montât la voix qui fait obéir même la mort et l'oblige d'abandonner sa proie déjà entamée.

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Mi'iue «Lite.

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