‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 13 sur 86 · A ROME, LE JOUR EE NOËL · texte numérisé non relu

A ROME, LE JOUR EE NOËL

Partout on me demande si j'ai des nouvelles de Biome. Non, hélas ! Néanmoins, il lae semble que j^en pourrais donner, et de très-«ÙM&. Véritable-

ment j'étais tout à l'heure à Rome, on plutôt j'y suis encore. J'ai quitté Paris ce (matin pour cesser un moment d'appartenir au monde qui relève de Bismark, de Gambetta etdeMottu. Toute la journée, j'ai couru Rome. J'ai vu tout ce qui se fait d'important, j'ai entendu tout ce qui se dit de sérieux, j'ai même entendu les pensées, j'ai même entrevu l'avenir, et je suis consolé. Les nouvelles sont bonnes, sont trèsbonnes. Dieu est là; Pie IX est là près de Dieu, interroge Dieu, obéit à Dieu, et Rome continue de remplir sa fonction dans le monde.

Sans doute^ Pie IX est prisonnier au sein de Rome, elle-même prisonnière ; mais Dieu n'étant pas prisonnier, cette prison de la Ville et du Pontife est absolument nulle. Peut-être que M. Pyàt, le terrible athée, ne comprend point. M. Pyat, comme tant d'autres mortels, ne comprend pas toujours tout. Quand il est prisonnier, lui, ou dans les concierge- , ries ou dans les blanchisseries^ quand sa phrase est prisonnière ou dans la bourbe de son encrier ou dans ^ les ténèbres de sa pensée ou dans les conseils de son cœur sujet aux venettes, cela fait quelque chose. L'homme ne sort pas^ la phrase ne retentit pas, Toccasion s'évade, les plans sont dérangés. Mais le Pape n'est jamais prisonnier de celte manière-là, et sa parole ne reste captive ni des ténèbres ni de la terreur, ni des murs de la prison, ni des murs du tombeau. Elle sort, elle retentit, elle est opportune, elle est persévérante, et ce qu'elle veut détruire est renversé, et ce qu'elle veut édifier s'élève. Ce n'estpas du tout la même chose que M. Pyat ou tout autre homme

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et le Pape. Si M. Pyat possédait pour deux liards de jugement cette seule différence le mènerait à la connaissance de Dieu.

Mais laissons ce galant homme, qui n'a pas deux liards de jugement, montrer au ciel son poing d'Ajax catarrheux, orné d'un trognon de plume.

Donc, à Rome, tout va bien.

Je suis parti soudain, quand l'aube allait naître; je suis arrivé quand Taube naissait. Cette rapidité de locomotion, antérieure àladécouverte de l'électricité, n'étonnera personne. Tout le paonde en jouit. Je suis de ceux qui reconnaissent ne l'avoir point inventée. M. Pyat et d'autres écrivains croient qu'ils se sont eux-mêmes fabriqués de la* sorte. Je me demande pourquoi, étant si ingénieux, ils n'ont pas su encore s'orner du don de penser juste et d'écrire poliment. Il y a bien des mystères !

Enfin, je suis à Rome, sur le Pincio, près de ma demeure, à Taube naissante, sous le ciel bleu, parmi les arbres verts. Au ciel restent quelques sereines étoiles ; les arbres gardent encore quelques grâces du dernier printemps, reçoivent déjà quelques caresses du printemps futur. Yoici, à droite, Monte-i\Jario ; à gauche, TEsquilin, riche de Sainte-Marie-Majeure; à mes pieds, le champ de Mars avec le panthéon d'Agrippa; un peu plus loin, le mausolée d*Adrien. Pour Je moment les Piémontais, j'allais dire les Prussiens, sont là.

Je tourne les yeux vers Sainte^ Marie dû Peuple ^ où fut enterré Néron , où Luther célébra sa dernière messe. Ah! Néron et Luther, vous faites, en ce mo- II. ' 4 ^

ment, une sortie, et la brume s'élève comme une famée de Tabîme ! Mais un premier rayon de soleil accourt du côté de Sainte-Marie-Majeure, traverse la brume qu'il change en poussière d'or et vient sourire sur le Vatican. Voici le jour, voici la splendeur, voici la croix resplendissante à tous les sommets ! On sonne partout la messe, et la montagne sacrée est réjouie des feux du soleil et du chant de la prière; les brumes montent en nuages d'encens. L'Église chante aujourd'hui l'accomplissement des paroles d'Isaïe, prophétisant le roi de paix. En ce temps, l'enfant jouera avec l'aspic et le basilic : a Ces bêtes ne nuiront point, (( elles ne tueront point sur toute ma montagne « sainte; non nocebunt, et non occident in universo « monte sancto meo. » Et je suis tranquille quanta Rome, sur les entreprises de Néron et sur celles de Luther. Non occident, non prœvalebunt, non nocebunt!

Il y a un an, à pareil jour^ à pareille heure, j'étais là. Je voyais ce beau soleil de Dieu dorer cette montagne de Dieu, ce véritable Sinaï d'où jaillirait bientôt une lumière pour le genre humain. Je me sentais alors moi-même au plein de mon soleil et de ma joie. J'étais heureux dans mon espoir, dans mon cœur, dans mon âme. Entouré de ce que Dieu m'a donné de plus cher, j'habitais FEden de mes yeux et de ma pensée. J'y venais contempler ce que je Verrais jamais de plus beau, jWais à raconter ce que le siècle présent laisserait de plus auguste et de meilleur, le pacifique avènement d'une vérftê immortelle. Cette vérité était contestée encore , mais je savais.

loémme les leonlestaals, ^e la eantestat^ion semt 'vaiflttue, etne s''éIè¥erait<qiie{>oiir9aiYre}e^riompke. iN<ya& esitetidions Ioëls une autre 'parole içui dissîrpast to«ite ailaTme : Le Smgnetxr mient pour muoiBr les wêtimns ;'^eus mitendrez sa vôix, et ia jàie sera dans vos co?wr5. Et j'avais aussi un egrsmde joie "de iaFranee, j'étais heureux encore comme citoyen. Il y a un an, à pareil jour, la France était la grande nation de ridée e* la grande tiatton de Tépée. A l'ombre de î^épée française, plantée sur le bord de la mer se tenait le€oûclie, et cela Suffisait. Ainsi la France protégeait cette éctesion ptolongée du Verbe qui s'acfeevait sous la voifte d'or du Vatican. Pauvre chère France ! tu disais* cette faction d'honneur, et «lie pesait à ton aveuglement. Néanmoins tu l'as faite. Tu ne i'es relevée que lorsque les cloches de Saint- Vitàtte (hxtetA mtméVAÏÏéluia de la définitiion. l>î«u te 's€îra recx)ïrtiaissaiit de l'hônmerot qu'il t'a imp^é, ettciore quetu îi'cfn vt)tilusses point.

H y a du changemieAt. J*eû tends la irt)ix éë Bôss\iiét rQiîél état, et X{wl état! La Fi'ânre a retiré son fatttitmïraire du bord de la mer. Elle avait besoin de 'Itiii/ disait-elle, pour prendre Berlin. L^ factionnaire, etieîF^,^st aujourd'hui â 'Berlin! Et le roi d'Italie etrt an fort Saint-Ange, et le roi d^e Prusse, son allié, 4 Versailles, où îl Wçoit la couronne éù César. Cette courotme ^t venue à son froût ^feaiïîée jusque-là par des flots de sang. Peut-être que, si le factionnaire français avait été laissé à €ivita-Ve«chi«i, le •flot de '«angeût pris «n 'entre cours et cfearrié ««rtre éhose de Paris à Berlin. Mais les howme« fournissent les

fleuves de sang et Dieu les dirige. Il leur fait porter ce qu'il veut, même lorsqu'il laisse les hommes y mettre ce qu'ils ont voulu. Où ira cette couronne ? Les vraies couronnes ni ne se prennent à Berlin, ni ne s'affermissent à Paris. C^e«t ici, au Latran, que se trouve et se perd la couronne.

L'église de Noël à Ron^e, c'est Sainte-Marie-Majeure, la basilique de marbre blanc et d'or pur. On y vénère la crèche de Bethléem. J'y cours. Le peuple est prosterné devant le berceau où fut réenfanté le genre humain. Ce qui se trouve là n'est pas considérable ni par la quantité ni par la splendeur.

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre, , . '

Et la plupart sont pauvres et vieux. Assurément la foule aurait une autre importance , si les « hautes puissances allemandes » trouvaient le moyen de rouvrir le théâtre des Variétés à Paris et de faire jouer la Bçlle Hélène ou la Grande Duchesse. Là se rassemblerait soudain un peuple qui mérite d'être compté. MM. Simon, le grand Simon, né Suisse, et le petit Simon, fait Lockroy, tous deux ennemis de la superstition chrétienne, penseraient avoir gagné leur cause , s'ils voyaient ce ramas pauvre de Sainte- Marie-Majeure. Ils diraient : La superstition baisse, elle expire ; et le monde passe à Bonvalet, à Meillet et à Cadet.

Chose étrange ! et moi aussi je suis content ! Je songe aux bergers de Bethléem. Je me dis : Les pailvres ont été appelés, ils sont venus ; ils croient, ils

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prient, ils chantent Gloria in excelsis Deo ! et entre le basilic royal et l'aspic populaire, ils reçoivent la paix promise aux hommes de bonne volonté. Us ont la paix de leur âme pleine d'immortelle clarté et d'immortelle espérance, la paix de leur corps que la guerre n*a point chargé de fer et percé de coups, la paix de leur foyer que l'ennemi n*a point pillé ; et cet ennemi sera chassé bientôt sans qu'ils aient besoin de combattre autrement que par leur prière. La main de Moïse élevée vers Dieu et lui offrant cette prière suffira. Puisque l'aspic et le basilic demeurent en ce monde, il faut bien qu'on les voie quelque part. On lès voit ici comme partout, car il y a des jours d'échéance où la terre entière semble leur être donnée. Us la parcourent et elle paie. Mais à Rome, no7i prœvalebunt^ non nooebunt!

Je levai les yeux vers la voûte d'or. Cet or est le premier qui vint en Europe du Nouveau-Monde. L'Espagne le donna au Pape, le Pape le donna à Sainte-Marie-Majeure. Il faut l'avouer, en ce tempslà l'Espagne jetait un éclat qu'elle n'a plus ! Elle a marché dans le progrès philosophique; elle s'est finalement donnée à l'illustre Prim et à l'illustre Serrano, qui l'ont vendue à l'illustre fils de l'illustre Vittorio. Bonne affaire pour Serrano et pour Prim; voilà leurs traitements en sécurité. Et l'Espagne est en train de perdre ses dernières terres américaines. Possédant le duc d'Aoste, quel besoin a-t-elle du Nouveau-Monde? Le diable lui reprend le douaire qu'elle avait reçu du Christ.

Le plafond deSainte-Marie^Majeure atteste encore

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qwe l'Espagne fut une nation catholique, une généreuse et puissante nation. Il est la dernière trace de diadènte à son front de reine contaminée. Les Piémontais ne gratteront pas cet or. Dieu n'a pas permis que le basilic piémontais osât mener dans Rome la horde juive que le basilic et l'aspic prussiens traîneat avec eux afin de lui vendre nos dépouilles. Le Christ veut garder le plafond de Sainte- Marie-Majeure, peut-être afin de se souvenir de TEspagne. L'Espagne a encore des évêques. Au Concile, pas un n'a faibli, n'a erré un moment. Leur foi, leurvcrtu et leur majesté ont été admirées de toute l'Eiglise. Christ miséricordieux, prenez pitié aussi de TEspagne, abusée aussi du serpent et empoisonnée du fruit de la fausse science! Accomplissez roractei ro* main. Que sur l'Espagne aussi redescende dii ciel la sève qui fait le peuple nouveau ; que le serpent soit tué, que l'herbe qui donne le venin soit arrachée !'

Occidet et serpens, .et fallax herba vea^ni Occidet . , .

Dans Sainte-Marie-Majeure, j'ai reoueilll, coaumûécho de la messe deminuit^ cet enseignemeat poUn tique<: (<iLa grâce de Diea notre Sauveura apparu à a tous lea hommes pour nous apprendre à vivre. en;* <( ce monde avec tempérance^ justice et* piété;, .dâxiâi « l'attenté de la béatitude et de TavénemieAt glor. (( rieux da girand Dieu uotre> Sauv^eur JésMâ^-Ghrist; « afin de Bûufi raobeèen de toute iiakpiité, de nous, c purifier et de faire de nous un peuple ap|>iii9uéaui^\ ^ bonnes œuvres^ » C'est^ un programme! dà réput

PARIS? Pli;ilDA«T LE SIÈGE. 55

blique. Il a été tracé par saint Paul. Je ne crois pas que depuis saint Paul on en ait vu^e plus grand et de plus praticable*

Parce que j'étais eaclin à croire cela, je suis entré un matin, il y a trente-trois ans, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Je me suis mis à genoux dans la chapelle du SaintrSaerement, entre le tombeau du. saint pape Pie Y et le tombeau du grand présidjent^ de République- Sixte-Quint, et j'ai demandé à. Dieu, la grâce de dire ■ cela toute ma vie, suivant le conseil de saint Paul : Hoc loquere. Jusqu'à présent, mai prière a été exaucée* J'ai dit cela tous les jours , et j'ai gravement déplu à tbus les partis^.sans excepter le républicain. Pour avoir dit cela, j!ai été griffé par rénorme béte furieuse qui emprisonne ce beau génie qu'on appelle IMt. HUgo, et mordu, piqué, rongé, par quantité d'autres bêtes moins fortement outillées. Néanmoins je ciwis toujours cela, j'en* suis àià plus en plus persuadé par les bêtes qui. ne veulent pas Tentendre, et j'ai l'intention de le dire toujours.

C'est la faveur que j'implore par l'intercession de saint Justin' le philosophe , qui* demeurait près d'ici, dans le voi^nage des bains de Pudens. Lui aus&i il enseignait' cela. Mads comme il enseignait mieux et plus haut que moi^-etoomme il était plufi digne d'en* sëignet^, ilreneootra' une bête plus grosse : il rencontra la.bétie impécialet et fut mangé. Ainsi.soitril l'

Sur la place de Sainte-Marie-Majeure s'élève la plus élégante colonne de la ville, portant la statue de la sainte Yierge; EUeif ut érigée en mémoine et en

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action de grâces de la conversion de Henri IV, roi de France. Par celte Conversion, la France rentrait dans Tordre, dans la paix, dans la force, dans la gloire. Rome l'avait ardemment désirée, elle s'en réjouit à la face du monde. Ainsi le pape Adrien avait corn* posé des litanies pour demander à Dieu d'étendre la puissance de Charles, roi des Francs, et en avait ordonné la récitation dans l'Église universelle, parce que la puissance de Charles était une bénédiction pour le genre humain. Quand la France se délivrera de son erreur , quel chant d'allégresse s'élèvera de Rome et retentira sur la terre délivrée !

Paris vaut bien une messe I Si le Gascon a tenu ce propos, il a fait plus d'honneur à son esprit politique qu'à sa conscience de chrétien. Mais quel glorieux et immortel hommage il a rendu au Paris et à la France de ce temps-là! La France, alors, était une femme de bien qui voulait être mariée à l'Église et suivant sa condition, et non pas seulement à la mairie, à n'importe quel aventurier, par devant n'importe quel Mottu. Elle a changé de mœurs et de coutumes ; elle y a perdu. Le mariage civil ne lui réussit pas. Elle divorce souvent, ses époux sont de moins en moins présentables et ses enfants de plus en plus bâtards. Laisse là ton harem bavard d'histrions, de ribauds et d'eunuques, et refais-toi femme de bien, pécheresse ! Il est temps, si tu ne veux pas devenir le guéret le plus décrié de la terre , toi qui portais la vigne et le blé.

J'ai quitté Sainte-Marie-Majeurei et j'ai pris ma

course versSamte-Croix-en-Jénisalem. Dans ce beau désert qui réunit les trois basiliques de Sainte-Marie- Majeure, Sainte-Croix et Saint-Jean-de-Latran, rien ne dénote que le moindre changement politique se soit accompli. Le vaste espace est tranquille comme le ciel. Là et ici les choses sont à leur place connue. Par-dessus les murs des villas, toujours croulants, toujours debout, le cyprès et l'oranger regardent dans le chemin toujours solitaire; le soleil retrouve leur verdure sombre et, revient y sourire à l'heure accoutumée. Quel beau chemin pour écouter les paroles que l'Église , non moins fidèle à son ordre inébranlable, chanie le même jour, à la même heure! Dans TÉglise, à Rome surtout, une révolution passe entre deux versets d'un psaume, elle emporte un monde, le psaume n'est point interrompu, et toujours quelque verset ou quelque mot du psaume donne la lumière de l'événement. Ces paroles divines sont faites pour celui qui les écoute dans le moment qu'il les écoute ; elles illuminent tout, elles répondent à tout, elles répondent et elles illuminent toujours.

C'était l'heure de laudes , avant la messe de l'aurore. Les derniers psaumes proclament la puissance de Dieu sur toutes les créatures et invitent toutes les créatures à louer Dieu. En cheminant, je goûtais ces splendeurs maintenant dérobées à l'intelligence des peuples. Ils restent là comme ces arbres qui regardent le chemin solitaire. La poussière se soulève et couvre leur feuillage, la tempête les agite et souvent les brise. Mais le soleil n'a plus ses heures fidèles et ne leur apporte plus ses épanouissements.

S8 PJUUS PEHDAIVT LE SIÈGE.

N'y eut-il point de Dieu, l'incrédulité détruirait enccore le c6B£-d!(Buvre da la nature et le plus beau présent qu'elle* nous ait fait. L'impie pleurerait, s'il pouvait sonder un moment le fleuve de consolation et de poésie qui s'est détourné du pauvre cœur humain.

J'arrivai à Sainte-Croix-en-Jérusalem pour entendre l'introït de la messe de l'aurore et l'annonce du. soleil dâvin, dont le soleil matériel n'est que l'ombre : <( Luof fulgelnV hodie super nos^ la luimiëra tt brillera aujourd'hui sur nous; car le Seigneur «■ nous est né , et il sera appelé l'Admirable, Dieni^ t(i le Prince de la pair, le Père du siècle futur, dion* «f le règne n'aura point de fin. »

L'église de Sainte-Groix-en-Jérusalem garde les reliques de la Passion que soufiErit ce Roi éternel, né dtoS' une établfe et' dans une crèche, mort» sur une ctx>ix. Sic Beus diitxit mwtdvfm. Il prend toute soufea(»ce et toute servitude pour n0us= donner toute jme' et toute liberté ; il se cloue à la crois ptiur nous rendre des ailés.

30 décembre 1

A ROME, LE JOtR DE* NOËL.

Tout l'Évangile n'est que l'histoire delà bonne volonté de Dieu. La page que l'on chante, à la msesse dje

PAmS PEfVBANT £E SIÉGE^ 59

Taurore peut être appelée TÉvangiie des hommes de bonne volonté^ cens à qui lès milices eélestes ont annoncé la paix. Ils sont là, représentés pauf le» bergers accourant pour voir ce qu'ils oat déjà era sa? ia^ parole de TAnge. Les Pères' disent à oe sujet de ptofondes et sublimes choses, qui réfaten^t de haut^ do^> puis des siècles, la vile multitude des objections vuUgmres. L'impiété n'esii pas seulememk oâmmUie, suivant Tobservation de Joseph d-e Maisilre, naef veîl» leusement conQrmée en ce moment par (pciaiilité d'opérations administratives et politiques, elle est encore très-ignopan*e, et il le faut. Sans une énornie somme d'ignorance^ jamais on n'eikt pu mettireiIaAgref»^ dinerîe sm* point' de gloire qu'elle; occupe préBentement en ce paurre mottde, lequel a partioulièrenraot: perdu la science de la bonne voioiité. Il ne pratôiqnepas la bonne volonté, il ne l'a pas, il ne la disfierœ pas, et même il n'y croit pas-.

Les bergers, remarquent les Pères, étaient* bem^ mes do bonne- volonté, c'esthà^ire justes, caF'la'jo»* tice fait partie de la bonne' volonté. Ils étaieort justes^ car ils aceomplissadent fidièlement leur chavge, qui) était de veiller pour gardev leurs troupea4iix durant la nuit. La justice' veut' cpiele: berger veille aiincde défendre son troupeau. Or;, dit saint -Grégoire, il esè do la justice de Dieu que ceux qui veillent avec! solliciitude sur les troupeaux qui leur sont confiés s<Hen£ admis^^ de préféreoice. à contempler lest m/ysiëres les« plus sublimes; et tandis qu^ils veillentt religiif »$e^ ment, la grâce diArinO' répand sur eux des flo4s de Itirr mièore. Yoilà ce que- les princes ne savent plus'diD

tout, et ceux qui renversent les princes pour se mettre à leur place, Tignorent encore davantage s'il est possible. Croyez-vous que Napoléon III veillât religieusement sur son troupeau, et que ce soit le grand souci du roi de Prusse, à l'égard des troupeaux que les bergers de Bavière, de Wurtemberg et de Bade lui ont confiés, et à l'égard du sien même? C'est pourquoi les princes ne sont pas inondés des flots de la lumière divine ni admis à contempler les mystères de Dieu. C'est pourquoi aussi l'on voit en Europe, depuis plus d'un siècle, les renversements succéder aux renversements , et toute forme de couronne et de sceptre tomber vilainement, et toute figure de roi. n'être jamais loin d'une figure de traître ou d'une figure de sot. Je mets parmi les rois, comme il convient, les présidents, les dictateurs, les consuls, les duodécemvirs, qui se confient des troupeaux d'hommes sans avoir le moindre moyen ni la moindre bonne volonté de veiller religieusement à leur salut. Et comme ils ne sont pas justes, je ne trouve nullement injuste que leur usurpation pastorale ne leur procure pas la paix et ne leur assure pas la laine et la chair du troupeau. Sans doute, ils tondront le troupeau et ils le mangeront> mais la laine ne les vêtira point et la chair ne les nourrira point. De bon cœur j'adhère à l'aventure, encore que j'en doive souflfrir. Deux points me consolent : premièrement, j^ai fourni ma part dans les fautes publiques pour lesquelles je subis ma-part d'expiation; secondement, je conserve à l'abri de toute atteinte la part de paix due à ma partde bonne volonté.

fâris pendant le siège. 61

Par la grâce de Dieu, il reste dans le monde, pour le salut du monde, un pasteur et un roi de bonne volonté ; un pasteur et un roi qui veille religieusement. Il est ici. La grâce divine se répand sur lui en flots de lumière, et il ne perd point la paix. ^ J'ai mis ma paix dans ses mains, et elle est en sûreté comme la sienne. Même livré à l'iniquité victorieuse, il demeure en paix; même vaincu, il n'est point renversé, sa couronne ne tombe pas. Si quelque sacrilège ose y toucher, la conscience humaine proteste, car le genre humain lui-même se sent découronné, et Dieu dans le ciel s'émeut. Cet outrage li'est pas de ceux qu'il veut souffrir longtemps. La couronne sainte remonte d'elle-même au front sacré. L'attouchement sacrilège n'y a mis qu'un diamant de plus.

J*ai vu les grandes reliques, l'écriteau, les clous, les épines. Jésus-Christ a voulu naître et mourir sujet de César. Il a souffert cette servitude pour nous apprendre à rendre à César ce qui est dix à César, mais aussi pour nous affranchir et nous apprendre à aimer et à confesser la liberté. La liberté, c'est que César ne prenne pas ce qui est à Dieu. Car alors la * charte est violée, l'ordre est détruit et l'antique esclavage, à peine déguisé sous un nom nouveau^ vient punir et César lui-même et ce peuple apostat qui consent de rendre à César ce qui n'est dû qu'à Dieu. La vengeance divine multiplie les incarnations de César. Par d'infâmes chemins accourent des pieds sales qui montent sur le trône. Ils courbent ces têtes ingrates, ils y entassent les boues, les scandales et

les àontefiique le aang sa lave pas* O peuples avilis^ yeus ohercbearee deB épée& et vous ne trouverez que d06 pioigQatrd^. Vous tuerez l'empereur^ Texapire vestcfta. Le poignard ne fait peiat justiae,.le crime n'affcADchit pas. Le «sang versé par le poignard ni ne Uaaebit la robe des peuples ui n'empourpre la robe dearois. Il faut une épée juste, cette épée des guerr/is légitimes et saintes que Dieu, lorsqu'il veut armer son peuple» lui rordonue de forger du centre de la .ehftcrue ; et comme la cbarrue elle coupe les raciaes mauviaisesi^'et4 la place deTherbe vénéneuse. elle <faît lever lârbéaigme m«ye3té des moigaons.

Le poignard .des fMiïens ne tuait que l'empereur ; répée de jueiidQ» d* épée ^^brétienoei «eule, tournée contre les vices qui font Tesdave» a pu tuer l'empire. Et le JUSTE par excellence, mort sujet de César et vainqueur de César,, a voulu que Aome fût ornée des «rmeB'par lesquelles il a* conquis Tempire. Ici tdoiic Bont les épineB de sa couronne, les clous et Tinsctif tkmdesa croix : Jésus de Nazctrethyroides fhti/kymais en :lroi8 langues universelles et étemelles^ c'eslhàdipe, ll®i de tous, pour toujours.

Sur l'autel où Ton poseles grandes reliques, j'ai vu aussi 3a traverse de la croix du bon larron, seu/re- «nirdu premier -de la race bomaiDe qui fut lavé du • sang de :1a croix, et qui entra dans le ciel de Dieu. Avant Joseph, avant les Apôtres', avant .Marie, le larron vit la .gloire de Dieu. « Aujemxlihui il news esi né un ISauveur. £n yérité, aujour- '^'hui vous'seroz dams le eiel avec moi !.i> Ainsi furent proclamées au> ciel «t sur la tore la ^puissance du ce-

pentir de rbomme et robéiseanoe de la'mkérieorde de Dieu. Tels sont les langages et les tBuvres de Rome ; après tout, que m'importent les laogages^t les oeuvres éphémères de Berlin et de Paris ! Avec Taide de Rome, moi et ma iraee nous finirons par avoir raison de Paris et de Beriin. S'il faut la constance, Rome nous obtiendra la constance; s'il feint l'épée, Rome nous bénira l'épée, ât nous tuerons encore une fois Tempire.

Il y aura de dures journées. Elles seront longes autant quedures. Elles ont commenoé. Sur la plaee de Saint- Jea»-de*Latran^ entre le Triclinium de seifit Léon III et l'escalier du prétoire, à quelques j^s du sanctuaire des reliques de la Passioa, à la £ace du ciel et des montagnes, sur les marches de l'Eglise mère et maltresse de toutes les églises, là où Charl^^magne se mit ji genouz, j'ai rencontré le. soldat subalpin, devenu le soldat de l'Italie et le maitre.de Rome. Qu'il est fier, qu'il est smperbe ! Notre ipio^e François Majmarden a fait la (peinture, il y a iifiU^ siècles et demi :

A vûir l'orgueil de vos moustaches, Et Fombrage de ces panaches Qui volent sur votre cfhapeau.

Il sendile que, par tout Jn moode»

Les braves de la table ronde Ont marché isous votre drapeau.

0 amer spectacle 1

Le Journal des Débais luî-meHïe, qui a tafft désîité de le contempler, n'en efst pas coatent. H ya^atttotir

de Paris des échos prussiens de la victoire italienne qui le gênent et qui opèrent une perturbation dans ses, abonnements et dans ses pensées. Je n'y puis songer sans sourire, mais ce n*est pas ce qui me console. Oui vraiment, le spectacle est amer. Ce faquin empanaché, qui fume, qui se carre, qui se croit Je roi du monde, et qui ne s'abuse qu'un peu, c'est une déplaisante figure de César ! Le drôle se promène vainqueur sur le droit, sur la justice, sur l'amour, sur la majesté, sur la science, sur l'art, sur la paix, sur la raison, sur tout ce qu'il y a de beau, d'auguste et de doux parmi les hommes. Il est le triomphe arrogant du mensonge, de la trahison, de l'escroquerie en tous genres.

11 a escroqué la force, et la force lui a permis d'escroquer la victoire. Il a escroqué jusqu'à ses panaches et jusqu'à ses moustaches. Il est bête, et le voilà vainqueur. Et ce filou conquérant nous montre cependant du sang à ses bottes brutales, comme s'il avait eu l'honneur de les traîner sur le champ de bataille. Et à sa suite rampe une vieille conserve d'avocat qui se dit ambassadeur de France, et qui le flatte de ce sang, qui est le sang de nos âmes ! 0 justice vengeresse, l'épée, l'épée, rends-nous l'épée ! Avec l'épée nous déblaierons le chemin, et ensuite nous enverrons une escouade armée de fouets qui mettra dehors le César d'Italie.

Il y a quelques mois, le 6 mai de cette année, fête de l'Ascension,^ j'étais là sur cette place du Latran. Dans la joie du soleil romain, dans la joie de la paix universelle, Pie IX, entouré du Concile, du haut de

la loggia, é^andait la bénédiction apostolique sur la ville et sur Tunivers. Il avait en face de lui Sainte- Croix, le reliquaire de la Passion du Christ, et toute l'histoire du monde ; à ses côtés tous les pasteurs de l'Eglise ; à ses pieds des représentants de toute l'humanité. Cependant, la cérémonie faite, quand un peuple immense poussait des cris d'allégresse, soudain il changea de couleur et fondit en larmes. Avaitil vu tomber la dernière goutte dans la coupe des vengeances qu'attire le refus du don de Dieu? Avaitil vu paraître, sur la crête des montagnes sacrées, l'une et la plus ignoble des têtes de la bête de sang qui va parcourir la terre ?

Je n'ai fait que traverser la basilique. Sur les marches j'avais vu l'ennemi. A l'intérieur, rien qui sente la, ville conquise. S'il se trouve ici un Piémontais, il a déposé ses panaches, il est à genoux, il demande pardon de ses armes sacrilèges, il prie Dieu de n'en point imputer le crime à son âme, mais à ceux qui l'ont contraint, et il accepte d'avance le châtiment qui atteindra leur drapeau. Sous ce drapeau levé contre son Dieu et contre son père, il n'est plus soldat, il est esclave.

Les patrons du Latran sont saint Jean le précurseur et saint Jean l'évangéliste. <c II y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean, » et cet homme, montrant Jésus^ a dit : Voici f Agneau de Dieu, Il y eut un homme choisi de Dieu, qui s'appelait Jean, et cet homme a écrit : « Au commencement était le « Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était a Dieu... Il était la vraie lumière qui éclaire tout il. • 5

66 «àtlCS nSNBART LE SlÉ6fi.

« homme Tisnant en ce monde... Il a donné ^à ions c( ceux qui l'ont reçu le pouvoir ^'€*re faits enfants « de Dieu... Et le Verbe s* est fait chair ^ ^t il a habité «parmi nous. i& €'est l'évangile du jour. Tout à l^eure on va le chanter dans cette église des deux Jean, à cet autel cpie conronncnt les chefe des apôtres Pierre et Paul, en présence de la table oii l'Agneau de Dieu, Verbe fait chair, distribua sa chair et donna aux hommes de pouvoir être faits enfants de Dieu.

La race de Tlscariote, qui ne veut d'autre roi et d'autre Dieu que César, travaille à nous voler ces témoignages, à nous arracher ces vérités, à nous déshériter de cet empire. Elle croit qu'elle réussira parce que Dieu a permis que le genre humain devînt assez misérable pour voir dominer les Cavour, les Renan, les Bismark, les Napoléon, les Mottu! Ce qui étonne dans l'étude de l'humanité, ce n'est pas ic crime, c'est l'ineptie. Qu'il y ait des Pères de l'Eglise et des cacographes, et que les uns et les autres soient des hommes ; qu'après dix-huit siècles de lutte les Pères de l'Eglise semblent vaincus par les cacographes, et, chose non moins extraordinaire, qu'ils ne le soient pas, voilà un enchaînement de prodiges et un réseau de contradictions qui déroutent la pauvre raison humaine. 11 faut que le miracle vienne à son secours et l'empêche de se dissoudre totalement. Des fidèles de César et des fidèles du Christ, — et les uns et les autres sont des hommes !

Poiu: descendre au Colysée, j'ai pris par les hau-

FÂil^ FEISBAMT LE 81£G£. 76

teurs désertes du Celius, dont je voulais au moins en passant saluer les églises. Dans cette voie de campagne, on a mieux la saveur des jours renaissants, on aperçoit mieux que l'hiver va reculer. Prudence nous a laissé un hymne de Noël où il a bien décrit cette première annonce du renouveau : ce Déjà au € tronc aride de Tyeuse commencent à suer les lar- « mes odorantes de Tamôme; déjà des bruyères s'ex- <( halent les premiers parfums. C'est toi, Enfant dite vin, que saluent les éléments arides et aveugles ; « pour toi le roc fléchit, et l'herbe tendre a dompté fit l'âpre flanc de la pierre. »

Je suis entré à Saint-Etienne-le-Rond, dédié au premier martyr. J'ai jeté un coup d'oeil sur ses effrayantes peintures. Dans l'immense variété de ses tableaux, le peintre n'a pu épuiser ce que l'art des bourreaux, prêtres dô César, a inventé contre les fidèles du Christ. L'Eglise ne craint pas de montrer ce que César peut faire ; tout ce que César peut faire montre comment César est vaincu. Aujourd'hui le martyrologe romain fait mémoire des martyrs de Nicomédie. Ils étaient au nombre de plusieurs milliers dans leur église, au mépris d'un édit impérial, afin de célébrer une dernière fois la fête de Noël. Dioclé- ' tien donna l'ordre de fermer l'église et de la brûler avec ceux qui s'y trouvaient, n'exceptant que ceux qui voudraient ofirir l'eucens sur l'autel de Jupiter, dressé à la porte. L'un d'eux répondit : « Nous honorons le Christ comme le seul Dieu et le seul roi. » Aucun ne sortit, tous moururent; mais le Christ était

avec eux, aucun ne périt, et Dioclélien ne vit point mourir le Christ.

A Saint-Jean-et-Paul , autre église de martyrs, bâtie sur le Vivarium où l'on nourrissait les bêtes du cirque, j'ai vénéré le corps de saint Paul de la Croix, qui vécut tout le temps de Voltaire, faisant des miracles comme aux premiers siècles de l'Église. 11 multipliait les pains, guérissait les malades, ressuscitait les morts, et ses messagers franchissaient les torrents débordés. Il se mettait à genoux devant les pauvres à qui il faisait l'aumône et leur demandait de le bénir. La corruption n'a point atteint son corps embaumé par la pénitence. 11 est là, Ton voit àWécouvert son visage rayonnant de sérénité. 11 a fondé J'ordre florissant des Passionnistes, qui continue sa vie apostolique. Ils lui bâtissent dans leur église une chapelle, ou plutôt une autre église où sont prodigués l'or et les marbres précieux. Ainsi sa gloire marche du même pas que celle de son contemporain Voltaire. Seulement ses disciples sont autres. Il en a pris beaucoup à Voltaire, et ils deviennent autres. Ils portent les insignes de la Passion sur leur robe de bure, ils marchent pieds nus et ils sont éloquents. Le monument qu'ils lui élèvent coûtera plusieurs millions, quoique non préconisé par les journaux. On y travaille comme si l'ordre le plus parfait régnait dans le monde.

Sans m'arrêter ni au Colysée, ni aux églises du Forum, ni au palais des Césars, propriété de Napoléon III, ni au Capitole, près duquel demeure l'am-

bassade de Prusse, sur la roche Tarpéienne , ni au bas où l'ambassade d'Autriche est située et reçoit la direction de M. de Beust, j'ai traversé le pont Saint- Ange, gardé par les subalpins. Je vois cela, et je prie Dieu de regarder. Regardez, Seigneur, regardez bien ! Et entendez la prière de David qui retentissait hier aux matines de JNoël : (c Souvenez-vous de Top- « probre de vos serviteurs, de cet opprobre dont je « porte l'amertume en mon sein ; voyez les insultes « de la gentilité. Oui, Seigneur, vos propres enne- « mis vous reprochent vos retards ! »

Je ne me suis pas arrêté à la rédaction de la Civiltà cattolica^ place Scossa Cavalli. La Civiltà cattolica est-elle encore là, paraît-elle encore^ ses rédacteurs ne sont-ils pas dispersés? A Pai'is, nous n'en savons rien; la capitale de la civilisation a dit tant de choses à la civilisation, que la civilisation l'a mise au secret. A Rome, je n*ose le demander, de peur d'apprendre ce que je redoute. Probablement l'Italie n'a' plus de place pour cette feuille, où quelques hommes savants et bons disaient doucement, mais inébranlablement, toute vérité. 11 serait contre l'ordre actuel que les subalpins les eussent laissés libres. Un peuple qui dresse des statues à Galilée, doit nécessairement ])roscrire les mathénaaticiens et les astronomes qui décrivent le mouvement, la route et le but de l'erreur.

J'entre à Saint-Pierre. Tout disparaît. Qu'importe ce qu'il y a dehors et ce qui se passe dehors ? Ce qui se passe dehors aura tout à l'heure passé ; ce qu'il y a dehors n'est pas.

Je me prosterne sur la dalle de porphyre rouge apportée du Latran, où Charlemagne se mit à genoux. Quand nous verrons iin empereur à genoux sur cette dalle, il y aurst un empereur. Jusque-là il y aura des accidents voulus et mérités par la folie humaine, la plupart durs, mais néanmoins qui rentreront dans les desseins de Dieu et qui profiteront aux hommes de bonne volonté.

J*ai retrouvé la température de Saint-Pierre, les autels allumés, la messe aux autels. J'ai vu au loin la Confession : pas une lampe n'est éteinte. Le rayon de soleil touche le point qu'il touchait l'an passé à la même heure. Il sera à ce même point, à ]a même heure, l'an qui vient ; et dans cent ans le prêtre qui traverse ce rayon, se rendant à l'autel , traversera le rayon et se rendra au même autel, où le même sacrifice sera offert.

Dans Saint-Pierre on rencontre toujours quelqu'un. J'ai rencontré quelqu'un, quelqu'un de la maison. C'était un prêtre. Il achevait son action de grâces à l'autel de Saint-Léon le Grand, où il avait célébré la messe. Je lui ai demandé ce qu'il y avait de nouveau. Il m'a répondu : Il n'y a rien de nouveau, sinon que les rois de la terre se sont levés et se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. C'est pourquoi les nations ont frémi et les peuples ont médité des choses vaines. Mais : Puer natus est nobis ! Et cet enfant est le seul Dieu et le seul Roi.

PAAIS PE^'DANT I£ SIÈGE. 1i

30 décembre*

Les souffles mystérieux qui pàrcoureut les peuples «t qui les avertissent à l'approche des grands événements n'ont poiat manqué parmi les chrétiens. Dès longtemps, ces sortes de prophéties qu'on no peut ni accepter^ ni rejeter en entier , nous annonçaient Ae terribles catastrophes, et nous consolaient par la promesse d'un grand renouvellement.

Soit révélation véritable ^ soit par un effet naturel de cette espérance que la foi et la longue histoire de la miséricorde divine entretiennent inébranlablement «dans l'âme chrétienne, le trait général de ces pressentiments est celui-ci: Quand tout semblera perdu, alors tout sera sauvé.

Les catastrophes sont venues,, elles s'accroissent, et le moment où tout semblera perdu peut n'être pas éloigné. Il n'y a que le renouvellement , c'est-à-dire l'amélioration des âmes par le retour à la foi,, qui a*apparait guère. Encore qu'un regard attentif puisse le voir poindre au fond de plus d'ime âme,, il faut bien avouer qu'aucun signe public n'en est donné. Tout au contraire, rarement on vit l'impiété plus insolente , et la puissance publique ou plus efifronté -

ment ou plus^ lâchement complice de ses excès. II faut remonter assez haut dans notre histoire pour y trouver des Simon, dès Mottu , des Arago, des Bonvalet et le reste.

Malgré ces excès et plus encore ces lâchetés , qui font honte et qui font peur, nous gardons néanmoins notre espérance. Nous croyons que tout sera sauvé, bientôt peut-être, certainement plus tard. Nous le croyons entre le hurlement du canon prussien qui bombarde nos murailles et le barbouillage stupide •de l'histrionnerie révolutionnaire qui les salit. Entre cette figure de l'Antéchrist qui cherche à briser la gorte avec son canon, et cette valetaille de l'Antéchrist qui est ce qu'il faut pour nous pourrir par ses blasphèmes et nous dissoudre par ses lâchetés. Nous croyons à la miséricorde.

Quand tout paraîtra perdu tout sera sauvé, parce que la foi se réveillera, et la foi réveillera l'honneur et la raison. La foi, l'honneur et la raison, c'est la

France du Christ, la France immortelle.

Tenons. Tenons dans le combat, tenons dans la défaite, dans la ruine, dans la mort. Tenons en confessant la justice qui châtie et la miséricorde qui relève. Léguons à notre postérité cette miséricorde de Dieu, qui le force d'obéir au pécheur pénitent : nous ne tomberons pas à la fosse comme une poussière impure et stérile, mais comme un germe de résurrection.

La confession du pécheur vaut la prière du juste ; elle anéantit le blasphème. Si nous confessons la justice, nous pouvons mourir, la France vivra.

2 janvier 1871.

Paris célébrera demain la fête de sainte Geneviève, et ce ne sera, hélas ! qu'une fête privée , une fête intime à laquelle le peuple de Paris n'assistera pas. Ce n'est point que Geneviève soit inconnue de ce peuple ni qu'il l'ait oubliée , ni qu'il honore peu sa mémoire. Il ne viendra pas au seuil de la Sainte parce qu'il ignore comment et pourquoi elle est sa patronne, parce qu'il n'en est plus instruit, parce qu'il est devenu un peuple sans ancêtres, enfin parce qu'il n'a pas été appelé.

Ainsi depuis plus de trois mois ont passé toutes nos fêtes, dans un morne et stupide éloignement des sources de la consolation, de l'espérance et du secours.

Ce triste peuple, pressé d'ennemis, accablé d'angoisses, a espéré en toutes les choses de la terre, a vu en tout son espérance trompée , et il ne lui a pas été dit une fois de lever la tête vers le ciel ! Que voilà bien le peuple moderne, que le voilà bien dans le dénuement et dans l'abrutissement de sa sagesse ! Tu n'as plus tes histrions, tu n'as plus tes comptoirs, tu n'as plus ton abondance, tu n'as plus ta liberté : tu n'avais plus Dieu. Quelquesjours ont passé, l'ennemi est venu comme la foudre et t'a enveloppé d'un seul

74 PAms ps^DAiMi u: s^iÉe^

coup de filet. A présent il te reste l'orgueil de tes pierres, que tu ne peux manger, et l'orgueil de ton fer, qui s'use et qui ploie. Fais ce que tu pourras de tes pierres et de ton fer, et si tu n'en fais rien, c'est fini. Rabats sur tes yeux la dernière guenille qui te sert de manteau, désespère et meurs!

Le Journal des Débats^ qui est un sage, nous disait fièrement l'autre jour, avec un accent de triomphe a Ce n'est plus la théologie qui gouverne le monde. Il y a vraiment de quoi se vanter !

Si la miséricorde de Dieu ne l'emporte pas sur Tinsolence de la sottise humaine,. Paris finira donc comme dans une ambulance Mottu gouvernée par CadLet : cruellement etabjectement.

0 peuple des âges catholiques, quand une ville menacée déployait ses bannières, et, suivant pieusement la croix portée par ses prêtres, et par ses princes, faisait en procession le tour de ses remparts, alors chacun savait qu'après tout la mort est aussi la délivrance et la vie.

Attila entourait les murs ; une femme craignant Dieu, une humble fille des champs, par sa prière, protégeait la» cité, et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila. DumqtJLe una virgo prœliabatur^ stellœ. adversus Attilampugnaverunt.

Poésie évanouie, espéranees éteintes, peuple mort, s'il n'y restait une étincelle et un souffle de Dieu.

Samedi dernier, le peuple chrétien rassemblé dans ses églises, à la fin de cette année de ruines, a chanté le Te Deum^ grave comme Job , et diâwt comme lui

PAMS P8NDAKT h& S1ÉG£. 7S

en son cœur : ce De la main de IHeu je recevrai les bienSy de sa main aussi j^ai reçu les maux. Que le saint nom de Dieu soit béni ! »

Il nous reste cela. Sit nomen Domini bisnedictuh.

4 janvier.

LA UBRE-PENSÉE ET l'eMPIRE.

Premier article.

Dans le même numéro du Journal des Débats , M. David, libre-penseur, ancien du Charivari^ me ti'ouve absurde, et M. de. Pressensé, libre-pasteur fameux, si je"suis bien renseigné, me déclare pernicieux, ils m'honorent de cette dépense de projectiles afin de prouver, en se contredisant un peu, que l'empire et la papauté sont décidément abolis par la raison moderne, et Dieu tout au moins très modifié. Le penseur parait croire qu'on a réglé le compte de Dieu , que Dieu est terminé comme le Pape et l'Empereur. Le pasteur est moins rond : Dieu ne serait pas formellement chassé , mais ce n'est plus le Dieu personnel et parlant d'autrefois; il se retire très-loin, et désormais se mêlera moins des affaires humaines. Au degré de perfection où elle est parvenue, l'humanité n'a plus besoin que de tribunes et de journaux ;

elle est son propre chef, elle sait sa propre lumière, elle atteindra toute seule et prochainement le comble de vertu et de gloire qu'elle s'est fixé. Penseur et pasteur sont d'accord sur ce point, sauf une nuance : selon le pasteur, Dieu le veut; selon le penseur, Dieu se le tient pour dit. Ainsi l'Empereur et le Pape se dissolvent. Dieu est effacé ou s'efface, et l'humanité n'a plus de maîtres.

A mon avis, ce n'est pas fait. Il y a le penseur, il y a le pasteur, voilà encore l'Empereur et le Pape ; il y a donc encore des maîtres. Moins modestes, M. David et M. de Pressensé en conviendraient. Ils diront sans doute que j'ai l'absurdité et la mauvaise foi de ne pas tenir compte de l'élimination de Dieu. Vu l'élimination de Dieu, le pasteur pouvant être penseur et le penseur pasteur, l'Empire et le Sacerdoce s'annulent par cette réunion, et l'inconvénient n'existe plus. Mais j'insiste. En s'éloignant. Dieu emporte le Pape, il n'emporte pas l'empereur. Voilà l'inconvénient. Le progrès n'est donc qu'un saut en arrière, qui nous rejette d'emblée au vieux César, pontife de lui-même, incrédule à Dieu, et à l'humanité. Délivrée de Dieu et du Pape, l'humanité n'en est que plus fouaillée et dévorée par l'empereur. Énorme inconvénient !

Il faut voir comment la conséquence découle des principes admis par le libre -penseur charivarique et par le libre-pasteur évangélique. Leur forme manque de netteté et d'honnêteté. Le penseur cite sans correction, le pasteur argumente sans discrétion. Il y a une certaine onction, un certain saindoux naturel

aux évangéliques, dont ils graissent tout ce qu'ils écrivent. En ma faveur, M. de Pressensé en a trop purgé sa prose, d'ailleurs louable. Mais je connais cette faiblesse habituelle de mes adversaires. Fussent-ils encore plus inexacts, plus emportés et plus incivils, et fussé-je moins accoutumé, je leur par donnerais à cause des avantages qu'ils me font.

Je commence par M. David.

J'ai expliqué dernièrement en quoi le principe du saint empire ou empire chrétien diffère du principe de l'empire païen et révolutionnaire que voulaient lui substituer les Gibelins. Partout le césarisme est la même chose, la même entreprise contre Dieu afin de s'emparer de l'homme. Le Christ a institué le pouvoir pour tout servir, en servant Dieu ; César se dresse pour élaguer Dieu et tout asservir. Là est la question politique du monde. Ou le prince obéit au droit inaliénable de Dieu, au droit divin de la société chrétienne défini par le pontife, ou le prince définit lui-même le droit, et alors le pontife et la société chrétienne obéissent au prince devenu en réalité seul peuple, seule loi, seul pontife, seul Dieu.

Tantôt un prétendu droit monarchique, fabriqué dans les bazoches, où toute tyrannie a ses arsenaux, le constitue unique représentant de Dieu, maître absolu dés hommes, possesseur universel des choses; tantôt un prétendu droit politique, de même origine bàzochienne, mais aciéré dans les casernes, et ensuite, pour la forme, passé au scrutin, le fait délégué unique et absolu de la souveraineté et de la divinité du peuple. Il s'appelle alors la « démocratie couron-

78 I^MS P£NlSJiNT LE SIÉ6E.

né«, » d SA conroime est ronde, suivaul l'expression des légistes de Louis XIY^ autant pour le moins que les autres, c'est-à-dire lui mel en main toutes pez^ somnes et toute propriété. Seloa les temps, il a la mort, il a Texil, il a le bon plaisir, il a, hélas ! la jus^ tioe, il a les plébiscites et les assemblées, il a Texclusion ou la collation des emplois et des grades, il confisiiue, il exproprie, il fait un coup d'État; bref, on n'est jamais embarrassé pour lui fournir le moyen de faire légalement tout ce qu'il veut. La question pour lui n'est que de se maintenir assez fort contre l'émeute ou assez vigilant contre le poignard, car comme il n'a pas gardé la crainte de Dieu, de même la crainte de Dieu ne le garde plus.

Les jurisconsultes de César païen disaient : Quidquid principi plaçait legis habet vigorem^ le bon plaisir du prince a force de loi. Le légiste gibelin et gallican dit : (c La souveraine liberté du roi consiste à ne reconnaître aucun supérieur, mais à se faire obéir sans crainte d'aucune censure romaine » (ecclésiastique). On voit l'identité des formules. C'est César et c'est aussi 89 et 93, et aussi Napoléon. Sur ce chemin on trouve Louis XIV et aussi Louis-Philippe, assisté de M. Dupin l'aîné, mort sénateur, et du Journal des Débats^ toujours académicien. En suivant ce chemin, j'en suis bien fâché pour tant de magnifiques; on arrive à Mottu et à notre ami Cadet. Lisez l'édit religieux de Cadet, délégué de Mottu, délégué du peuple : Quidquid principi placuit legis ha* bet vigorem !

Si la routine de l'impiété avait en général moins

PAOTS PENDANT lE SIÈGE. 79

ïûof du 'Sur notre bon sens, ceci snffiraît pour nous faire préférer les canons de l'Eglise au canon de César. Mais le canon de César protège et respecte (pas toujoxrrs) les cafés-diantants que les canons de l'Église ne recommandent pas.

Charlemagne n'avait ni demandé, ni pris, ni reçu la puissance dont Mottu investit Cadet, ni celle dont s*investit le roi de Prusse, même sur nos cafés-chantants. L'empereur selon la conception chrétienne ne se faisait pas lui-même, n** était pas fait parla violence, ne pouvait pas être fait par la fraude. Il était élu et sacré non comme maître, mais comme gardien. Il ne recevait que le glaive secondaire, n'en usait que sous l'inspection et avec la mission on la licence du glaive spirituel, pour maintenir, non pour conquérir. Il punissait les coupables, afin d'assurer le droit et la vie des bons et des croyants. Je cherche ce qu'il y a de monstrueux dans cette conception.

c( Que les bons se rassurent , que les méchants tremblent, » c'est le programme de tout pouvoir. Les ambitieux, les méchants, les coupables avérés, les incrédules et les impies de profession^ lorsqu'ils machinent l'établissement de leur puissance, prennent grand soin de se dire justes, bons et croyants. Le roi de Prusse colle partout cette affiche et célèbre sa justice dans les moindres billets qu'il écrit à sa reine. Louis-Philippe chantait cela comme la Marseillaise^ une main sur son cœur. La république de, 1848 se proclamait' « honnête, » Napoléon IH criait : Propriété, famille, religion ! et faisait rafle de suffrages. Le 4 septembre n*a parlé que d'ordre, de

paix, de purification, de sincérité, de bonne vie et mœurs.

Enfin, il n'est pas jusqu'à l'ami Cadet qui n'écrive ces mots sur son noble front, déjà si pur. Cadet, sachant que je l'avais blâmé, m'a fait savoir qu'il ne doutait plus d'être dans la voie du vrai, du beau et du bon. Il avait donc délibéré d'y entrer, sans connaître parfaitement la route. Bref, c'est à qui prendra le programme du saint empire, moins la sainteté; et je pense que' le libre-pasteur et le libre-penseur n'en proposeraient point d'autre que de défendre les bons et même les croyants^ mot souligné par M. David. M. David et M. de Pressensé sont certainement croyants, chacun à sa manière» Comme Cadet, ils croient honnêtement à leur incrédulité, et ils veulent que l'espèce humaine en possède le bienfait.

Cependant cette conception de Tempire, où l'empereur reçoit une puissance si utile et en msme temps si limitée, M. David la trouve détestable et, qui plus est, ridicule. Détestable, il ne dit pas nettement pourquoi, mais on le devine : c'est parce que l'empereur est soumis à un supérieur ecclésiastique comme tous les chrétiens. Ridicule, c'est à cause de la iformule que M. Veuillot lui a donnée. Je crois pouvoir soutenir l'attaque sur ces deux points.

Quant à la supériorité ecclésiastique, elle est le besoin de l'humanité et l'œuvre spéciale de la société chrétienne, laquelle a l'honneur d'être créée de Dieu pour obéir à Dieu, et d'avoir ainsi Dieu même à son sommet. « Jésus-Christ seul Dieu et seul roi, » disaient les martyrs de Nicomédie à l'empereur Dioclé-

PARIS PENDANT LE SIÈGE. gj

tien. C'est ce qui empêche l'empereur Dioclétien et 1 empereur Satan de posséder la terre. Si l'empereur .ne relève pas du Pape, le Pape relève de l'empereur 1 empereur est pontife et Dieu. Dans l'histoire c'est un fait permanent. '

En tout temps, partout, les sociétés comme les in dividus ou obéissent à Dieu ou obéissent aux hom mes, c'est-à-dire à l'homme, à César. César monar que, César peuple. César populace. César assemblée comité, bureau. César fléliogabale. César Hobenstau^ fen. César CromweU, César Robespierre, César Marat César Cadet, il n'y a plus rien de bas où ne puisse rouler 1 espèce humaine détachée de Dieu. Muni de la force, César voyou est César tout comme César Octave et César Napoléon. H a la loi,- il a la justice. Il faut obéir à ce tyran, à ce monstre, à ce drôle ou recevoir aux pieds du prêtre la vigueur de l'éternelle rébellion qu impose le Christ. « Ne craignez pas ce qui ne peut tuer que le corps, craignez ce qui tue âme. » Pierre et Jean, flagellés pour avoir enfreint la loi qui leur défendait d'annoncer la divinité de Jésus supphcié, se dirent «t : Mieux vaut obéir à Dieu qu aux hommes » ! Nul autre moyen d'arracher l'âme du .monde à César.

Dans la foule des dieux païens, un seul était obéi c était César; et un seul était invoqué, c'était là mort. Toute nation qui se sépare du vrai Dieu, creuse sous ses pas ce vieil abîme et s'y engouffrera. Quand César seul donne la vie, on invoque la mort afin d être délivré de César et de l'horreur de vivre M. David et M. de Pressensé ne prouveront point le

S2 PARIS PEKIXkHT US SIÈGE.

contraire. La conscience humaine leur crierait : Pèr- Lbz ,po\ir vous ; nous autres, bous avons besoin de Dieu ! Et je leur fais oet faonneur de croire qu'ils finîr raient par imiter ces convives et ces chambellans de César qui se plongeaient dans les catacombes pour communier avec le Pape et se tirer à jamais des festins de l'empereur*

Telle était douic la conception de Tempire chrétien : lin bras armé de la justice, un vengeur du droit, «m protecteur de la vérité, disciple soumis de la TtérHé, un défenseur des croyanis cpii croisaient que Dieu seul est I^eu^ et que Jésus-*Christ, fils unique de IHeu, est le roi juste et étemel du monde. En réalité, point d'empereiu* et ri^i qui ressemblât à César, Le chef élu deTempire continuait de s'appeler emperetir et César, comme Rome eontinuait de s'appeler Rome ; ce n'était plus ni Rome ni César.

Quant à la formule ridicule de M. Veuillot, dont M. David^ ancien plaisantin du Charivari^ s'amuse tant, elle n'est pas ridicule et «elle n'est pas «de M, Veuillot. J'ai tiré cette formule, comme je l'ai dit, de l'acte même par le(fuel les Ëlecteurs et Rodolphe de Habsbourg, da^is la seconde moitié du treisième siècle, ont confirmé les donations ou plutôt les resti* tutioixs de Pépin et de Charlemagne. Ils ont alors défini les conditions de l'empire, le voulant ramener à son institution première d'où l'aqibâtioii des Hohenstaufen l'avait fait dévier. Afin de mieux ressaisir la tradition, ils empruntèrent eux-mêmes ie lanigage de la célèbre bulle Unamsaneéam, de Boniiace VIII, ce que M. David igvk^ns fkrofaaUemont. Il ignore *sems

doute au&&i que k huile Unam sanetam ne passe pas éoi tou4; pour uD/e pièée ridieale.

Mais ccneoBe ce langage peut paraître assez étrange et même extravagant dans la bouche d un journaliste -du dix-neuvième siècle, M. David, pincé d'un retour de l'esprit charîvarique, a imaginé de me l'attribuer. Il efface la date, les Electeurs, Rodolphe de Habsbourg et mes guillemets, et me prête, sans le savoir, le. style de la bulle Unam sanetam. C'est un peu manquer de respect pour la culture des lecteurs du Journal des Débats, mais c'est si drôle ! Suspendu à cette ficelle, l'ancien plaisantin pantine, plaisantine, fait valoir Fagilité de ses jambes et l'agrément de sa voix.

Ce que cela prouve, je l'ignore. M. David s'interrompt au milieu de ses pirouettes et conclut subitement que l'empire d'Allemagne ne se fera pas, ou ne durera pas longtemps, parce que « ce n'est plus la théologie qui gouverne le monde ! » Là-dessus, il tire sa révérence, c'est fini. Il passe à quelque relation des faits qui s'accomplissent présentement dans cet heureux monde que la théologie ne gouverne plus.

Avant d'écouter M. de Pressensé, je voudrais rendre une impression que me laisse l'article de M. David .et que j'emporte assez souvent de la lecture du Journal des Débats. Involontairement je fredonne une chaûson d'enfant qui me semble peindre à merveille ee genre de polémique. M. Louis Ratisbonne, qui est <ïe la maison, gibelin et père de famille, connaît certainement l'air de cette chanson, qui vaut mille fois

sa Divine Comédie et sa Comédie enfantine^ l'une et l'autre couronnées des Quarante. J'ose le prier de le chanter à ses collaborateurs, avec les gestes :

Comment font, font, font Les petites marionnettes?

Elles font, font, font Trois petits tours, et s'en vont.

Mais, ô vieux Bertins si graves, que dites-vous de ces ébats que l'on prend maintenant en vos graves Débats?

Du reste, il est certain que la théologie gouverne toujours le monde, et ce qui se passe en est la preuve. Seulement il y a théologie et théologie. M. David se rit des « visions théologiques qui hantent le cerveau de M. Veuillot. » Nous allons voir quelles lumières théologiques illuminent la tête de M. de Pressensé.

7 janvier.

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