‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 26 sur 86 · II · texte numérisé non relu

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même; un effort unanime^ ordonné, persévérant. Il faut quelque chose que ranarehie ne peut produire, que la dictature ne peut imposer.. L' anarchie a. usé aussi la dictature, elle en a ruiné rélément. Noas ue trouverons plus de dictateur qui ne devienne vite un faquin. Il j a viogt ans, uzl6 illusion là-dessus pouvait être encore possible. L'Empire et ia République ne la permettent plus. Rien ne peut sauver le pays ' que le pays lui-même, appelé à nue activité régulière et universelle. Sur certains rivages^ la mer senle peut se donner une digue assez piuissante; elle faii cet ouvrage, s'il se trouve une tète qui étudie le mcm* vement des flots et leur livre les blocs à entasser. H manque en France une intelligenoe platôt qu'uiM main, un lien plutôt qu'un pouroîr, une probilé pla* tôt qu'une force. C'est le contraire de la dictature, et ce serait la constitution de la République. Si nous Le voulons, nous avons l'homme et le peuple et les a«« pirations et les souvenirs. La Providence bmmis a ré^ serve et préparé tout ce qui est nécessaire à cette lé* novation.

Si la monarchie se pourra reconstituer un joinr* soit dans la pureté de la conoeptien chrétiesine, sxûi dans la corruption chrétienne^ soit dans la cocni^ tion païenne où elle était tombée, IMeu 1b sait. Les apparences sont qu'en bien il y aura miettK^ cfa'eii mal il y aura pire, Â mon avis, la questioaest entre Pierre^ juge et piasteur universel deS' nations, ou pour mieux dire des familles chrétieniitts, et Gésar^ maître unique du bétail humain ; car, par une voi^ ou par une autre, rien n'empêchera le momie d'aUer

à Tunité, et la terre sera un bercail ou sera un bagne. Mais ceci demeure voilé. Dieu se réserve pour un temps la coauiaissanoe des voies qu'il ouvre au choix âe la liberté hiuoaine.

Au milieu des ténèbres, Dieu jette les fondements de toutes choses, eomme si sa miséricorde voulait ôter à la liberté humaine le Ëuneste pouvoir de trop contrarier ses plans. Quelques-uns pouvaient prévoir qu'en répoAsie à l'orgueil de ce <i sààde de lumière >» sî assuré de prendre un élan infini dans le progrès. Dieu donnerait, que l'on pardonne TexpressioB, un tour de ckf et éteindrait le gaz, pour travailler lui-même et ouvrir une route ow le m^nde n'aurai! pas eu l'intention de se jporter.

Humainenvent, c^était invraisemblable. Voilà néan- »ioi<RS qui est fait avec cette puissance et cette logique suprêmes qui font soudain aboutir au même point les efiforts les pkis contradictoires de la passion, -du caprice et de la sagesse dtes hommes dans tout l'oïbe de l'univers. La nouvelle foute s'ouvre inopinément sous le bélier des cataractes, au bruit des tonnerres, vaste, profonde et inconnue. Un monde finît, un monde commence, et cette fin est une suite, et eeite suite, à certains égards, est un recommencemefit. La foule franchit ce seuil posé depuis toujours, ouvert seulement aujourd'hui. Elle entre, incpiiète, pèW-mêle, poussée paruneloarce qu'elle ignore, sans «e connaître ni se désigner un guide, s^ans savoir où «Ue va. Avant qu*îl se forme là dedans des princes, il se passera du temps. L'on dirait plutôt quels

princes y devront disparaître et quelles couronnes achèveront d'y sombrer.

Cette foule qui n'a point de chef élu, qui n'en gardera point qui existe, et qui probablement n'en élira point qui dure; cette foule grossissante et qui grossira jusqu'à ce qu'elle ait pris les dimensions du genre humain ; cette foule qui a l'instinct confus de devenir un troupeau, c'est la Démocratie et elle va ^u baptême. Elle n'a pas vu finir sa nuit, ni sa course, ni ses combats ; elle n'a pas laissé tomber dans les abîmes tout le périlleux bagage qu'elle rêve encore de conserver. Mais un jour, sur la montagne, apparaîtra le pasteur. •

Il ne sera pas élu, il sera reconnu. Ce ne sera pas un empereur d'Allemagne ni un chef secret de la société souterraine : ce sera Moïse, et il donnera la loi; ce sera Pierre, et il donnera l'amoiu:; ce sera Jésus-Christ, et il donnera la liberté. Les empereurs, les conquérants, les chefs de secte n'auront fait que rompre les barrières qui empêchaient la formation nouvelle de l'humanité et qui la retenaient savamment par groupes hostiles dans les entraves de la vieille erreur.

Ainsi se trouveront remplis tant de pressentiments obscurs de ce siècle, qui appellent par tant de voix discordantes un renouvellement de toutes choses et leur consommation dans l'imité. Prophéties de Balaam, faites pour tromper ceux qui les disent et ceux qui les écoutent, où tout est faux et où tout se trouvera vrai ! Ils croyaient et ils annonçaient la gloire du règne de Pharaon, et ils ont tout préparé pour un

exode immense et incomparable, dont le terme ne peut être que la ruine de Pharaon et l'agrandissement du peuple de Dieu affranchi des idoles.

Il se peut que l'excès de nos afflictions et de notre décadence actuelle produise en moi cet excès et cette fièvre d'espérance qui semble rendre l'abondance de la vie aux malades désespérés. En écrivant, j'entends d'une oreille le clairon ennemi victorieux sur nos murailles, de Tautre, ce que dit la sédition dans la ville captive. 3ur les gémissements de Jérusalem vaincue, j'entends dominer les chansons lascives de Ninive et les blasphèmes de Babylone. Je me souviens de l'orgueil de Rome, de l'endurcissement de son sénat refusant le baptême. Les barbares avaient déjà crevé les murs, et le sénat s'occupait encore d'assurer la continuation des fêtes et le maintien des dieux. Je me souviens de Byzance et de ses docteurs qui criaient : Plutôt le croissant! Hier, quand la capitulation se lisait au Journal officiel^ devenu notre pilori, on lisait aussi des affiches de spectacle, et les comédiens français^ à Theure même où l'ennemi entrait dans les forts, amusaient un public prisonnier. Ils représentaient les Jeux de F Amour et du Hasard. Je sais cela, et je voudrais ne le point savoir. Mais je sais aussi que la prière n'est pas éteinte dans la France, ni même dans Paris, et je ne peux pas croire ni de la France qu'elle veuille périr, ni de Dieu qu'il veuille l'abandonner. Une voix me crie que cette nation, incomparablement humiliée au milieu de l'abaissement moral du monde, marchera en avant de tous les peuples vers le meilleur avenir du genre humain,

182 PAMS MSNDANT UL BIÉGS.

et <9U6, comme elle fiit la i^remière monarchie chré^ tienne, «lie sera ausfii, <le rang et de date, la premièii^ des nouvelles républiques baptisées.

•Que les révolutionnairee ae âe hâtent point de me croire converti • Je suis contre eux ooniHie je Tai été toujours. Dkanfi Tordre dee idées, je n'ai pour eux qu'un mépris absolu, ie les regarde comme des san« va^s^ simplement susoepitibles d'éducation, respecttables en ce seul point qu'ils softt hommes et qu lis ont uite âme immortelle. Ma république et la leur ne sont nullement la même chose et «e s'enteawiraient immé* diatement sur rien. Immédiateweat, notre république ne pourrait que les contenir., la leur ne pourrait que nous tuer. La n Atue sem établie contre la leur ^ la vain* cra ; sinon ils triompheront^ se dévoreront entre eux et achèveront de périr sous le bâton de César ou sous le piedde quelque peuple étranger ; car leur démence les séparera de Dieu et ils n'auront plusl'Ëucharistïe. Fims Franciœl La France séparée du Christ sera plus effacée que la Pologne et Tlrlande. Ce ne sera pas seulement la fin, ce sera la mort ; et le chien maigre et le chacal qui ont habité les ruines de Babylone viendront hurler dans les cavernes qui seront le reste de Paris.

Mais Dieu a fait les nations guérissables. La France guérira, et la République sera son instrument. Cette république sera implantée par le clergé et par les restes les plus intelligents du parti monarchique ;.

PAHI6 PENDANT U SI^QC. 183

par elle les révolutixmiiaire» auxroiémes deviendront républicainB. Les uns le seront à cause de leur droiture naturelle, qui Lecur fera reconnaître et accepter la réalité saisîssable de Tordre qu^ils chercheut dans kl région des chimères ; les autres le seront die loree, •a atteiMlant l'inaintudeet réducaiion. LaRépulidique aura des lois qu'ils devront respecter. Ce caveçon maîtrisera leur orgueil.

Ceci arrivera, parce que le canon prussien a tué le luxe probablement pour longtemps, et la centralisation, es^érons-le, pour jamais. Il faut vivre de régisse, payer des dettes, relever des murailles, rester cfaez soi, s^appliquer à produire du blé, du fer et des bommees. Il faut répandre la vie sociale partout pour que la patrie soit gardée partout, et que partout elle enfante Le Ui&cessaire et proscrive le stérile et le périlleux. U ianij en un<inot, restituer la France à ellemêflûie^ et quelle n/d soit pas une seconde fois partout meurtrie et mourante pour avoir été frappée en un S6ul point. L'imique moyen d'obtenir ce résultat est de iVôssasciter la plus grande liberté possible des pdrovînces.

Le soi-disant gouvernement de la défense nationale, sans consulter la France, a décrété la Républiquie une « «et indivisible, » et le sieur Axago Fa éeritsur les murs avec la légende consacrée: Liberté, égalité, fraternité- C'était le cas d'ajouter :e//«mor// Le (wrivilége delà République «indivisible)) est d'être du premier coup in di visiblement atteinte, blessée au cœur, abattue par l'étranger, ou surprise par la dictature. Il faut faire une république qui résiste mieux

OU au canon Krupp, ou aux torrents qui descendent instantanément de Belleville, et qui enflent tous les ruisseaux de Paris au point de leur faire emporter l'indivisibilité, la République et le reste.

Que la République donc soit établie de façon à garantir, avant tout et après tout^ l'indivisibilité de la France.

J'oserai dire maintenant ce que Ton pourrait taire, non pas par un long travail et dans un long avenir, mais en quelques mots et en quelque sorte instantanément, pour réaliser la république de tout le monde.

Pour être plus court, plus clair et échapper à la tentation des développements, je formulerai en propositions aussi brèves que possible l'esquisse de la constitution d'une « république de tout le monde, » c'est-à-dire où chacun serait lié à chacun et aurait cependant son action, sa liberté et son autorité personnelle et collective. Je me contente d'établir comme notion générale que cette constitution rassemble les trois éléments que l'esprit révolutionnaire et antichrétien divise, désagrège et veut dissoudre.

Elle est démocratique à la base, monarchique au sommet, aristocratique partout, mais en un seul corps, sans division, sans solution de continuité, sans que l'on puisse dire où la démocratie finit, où l'aristocratie commence, où la monarchie s'isole.et devient une chose à part.

La révolution travaille à tout réduire en poussière que le moindre vent emporte, et qui ne peut recevoir quelque consistance momentanée qu à force d'y verser du sang. Or, ce sang lui-même fournit un ferment de haine et de division plus actif, sur lequel il faut enfin poser le poids permanent de la dictature ; et la dictature elle-même se dissout au contact de cette décomposition, et il n^ ^ plus qu'un détritus infect dans un tombeau crevé. Le néant vient perpétuellement dévorer la mort. La tranquille activité de la vie doit produire un résultat contraire. Elle prend la poussière, elle la fixe, elle en fait un sol qu'elle rend fécond et des blocs solides avec lesquels elle bâtit.

La liberté républicaine, c'est l'aristocratie. Il n'y a de liberté républicaine que là où n'existe pas le prolétaire^ et où l'aristocrate, sans privilège politique de naissance, n'est devenu et ne demeure quelque chose que pour l'avoir mérité. L'aristocratie ne peut plus être un privilège personnel, elle est un grade que chacun peut acquérir et perdre ; mais ce grade temporaire et même éphémère doit être permanent pour les collectivités. On avise donc à créer des aristocraties collectives, toutes propriétaires et toutes agissantes, qui en même temps protègent, assistent et contiennent les individus. Ces aristocraties pacifiques, contentes à leur place dans la hiérarchie sacrée des indépendances, neutraliseront les aristocraties de nature et de situation qui voudraient entreprendre contre l'ordre public. Un homme intelligent et corrompu, un Catilina flatte la passion populaire, ourdit une conspiration, allume ime sédition

166 «ARIB nCNDANT fiK SlisOSU

et fait ou préprare Tempire. (Test le procédé moderne, comme ce fut le procédé ancien.

La graine d'empereur est semée par de6 chefs de populace , aristocrates révoltés eoi^re un ordre qui importune leur K^gueil et souvent leurs vices. Mirabeau a semé Bonaparte. L'aristocratie révolution* Baûne du premier «mpire et de la Bévolutioa a pris eUe-nvème la dictature et Ta exercée contre la dignité et la liberté du peuple, enfoui dans les usines^ daits rimpiété, dans le goût des jouissances les plus brutales et les plus trompeuses. .N<mis en recueillons maintenant les fruits.

Je crois volontiers à de grandes ignorances et à de nobles repentirs ; mais, depuis quarante ans, qui n'a pas préparé le succès des Allemands ! La révolution de 184â, œuvre plus indirecte d'une couche inférieure de la même aristocratie, a préparé lo second empire, dont on attendait mieux, il est vrai. £n réalité^ le second empire est devenu et n'a été que la plus basse, la plus frauduleuse et la plus périlleuse des dictatures révolutionnaires. La révolution de 1870 en est née comme un champignon d'une pourriture, par la main d'une aristocratie comme toujours, encore plus inférieure sans doute, mais néanmoins encore aristocratie. Car les Blanqui, les Flourens, les Pyat et les Sapia sont aristocrates en leur lieu.

H faut sortir de ce courant de mort, il faut en arracher le peuple. Ni César, ni Brutus, ni l'entremetteur qui les flatte, les sert et les trahit l'un et l'autre à son profit] Pour les réduire tous à l'impuissance.

il n'y a qu'un moyen , c'est de les désarmer du prolétariat; et pour leur ôter le prolétariat, il faut Tabo* lir en Yaristocratisant. La République doit faire de la France une nation entièrement patricienne en même temps qu'entièrement militaire, et où chacun possède son champ comme son fusil.

Voici maintenant les formules :

Henry de Boarbom étant le chef de la plus illustra famille française, soias laquelle la France s'est agrandie, consolidée, refaite; qui a le plus sincèrement essayé la pratique des lois politiques modernes ; qui a présidé à uos plus constantes fortunes militaires, qui nous a donné notamment la Lorraine, l'Alsace et l'Algérie ;

Ce prince étant à la fois le Français le plus innocent de nos malheurs, le plus éloigné de nos discordes, le plus noblement intéressé à en tarir la soiu*ce^ le moins homme de parti, celui autour de qui les opinions consôryatrices, le sentiment national et les espérances d'une grande réparation peuvent plus noblement se réunir^

Sa probité personnelle éclatante, sa modération, sa longue et silencieuse étude de nos besoins, la gravité de ses mœurs, la constance avec laquelle il a dédaigné de poursuivre une fortune politique moins précieuse à ses yeux que la pais de sa conscience et rhonneur de son nom, nous donnant d'ailleurs toute garantie :

Henry de Bourbon est prié d'accepter la régence du peuple français obligé de se constituer à nouveau*

Le Régent convoquera une assemblée nationale constituante, élue par le suffrage universel*

A cette assemblée il pourra ajouter, avec égal droit de vote, le nombre de membres qu'il jugera nécessaire, par lui choisis entre les citoyens français que les passions de parti auraient écartés, ou qui ne se seraient pas ofiferts au scrutin.

Les bases morales de la constitution seront la religion, la famille, la propriété, la liberté.

Les bases politiques seront le suflFrage universel, l'hérédité de la fonction suprême, la division du territoire en grandes agglomérations territoriales correspondant aux anciennes provinces.

Chaque province ou État s'administrera librement par ses élus, depuis la commune jusqu'à la subdivision départementale et jusqu'à la division provinciale ou État.

La province aura sa magistrature, son budget, sa milice, son université ou ses universités. Elle ne subira de contrôle que celui de l'assemblée générale, et sur les seuls points qui intéresseraient l'unité nationale.

PARIS l'ËM)ÂNT LE SIÈGE. i89

L'unité nationale sera maintenue par l'hérédité de la fonction suprême, présidentielle ou royale ; par la cour suprême de justice, par l'assemblée générale ou états-généraux, mais plus encore par la force dés choses ; car le caractère même de la France se porte à Tunité, et la loi ici doit contenir plutôt que pousser.

L'assemblée générale est élue par l'assemblée provinciale, et chaque province y envoie le même nombre de députés. En font partie de droit et par le' fait de leur fonction : l'archevêque, le chef de la milice, le magistrat principal de la province et les présidents de la cour suprême de justice. Tous ces fonctionnaires doivent d'ailleurs tenir quelque chose de l'élection ou directement ou par proposition.

Tout citoyen^ dans la province, est éligible à l'assemblée générale.

Tout Français est soldat et l'est toujours. C'est pourquoi aussi tout Français est électeur et éligible, et c'est pourquoi encore Imdépendance de l'État provincial est nécessaire. La nation tout entière devant être une armée, on ne peut exposer une pareille force à tomber dans les mains d'un parti de séditieux ou d*un prince conspirateur. Ce serait tenir la porte ou-

verte ou à la plus irrémédiable tyrannie ou à la plus irrémédiable anarchie. Il convient qu'un invincible élément de résistance se trouve toujours quelque part. Le lendemain du 4 septembre, il ne manquait pas de béats qui se réjouissaient de cette révolution faite sans un coup de fusil. Les coups de fusil sont venus néanmoins et du dedans et du dehors, et sans se faire attendre. Il nous faut un gouvernement que l'on ne puisse pas renverser et une constitution que Ton ne puisse pas changer « sans tirer un coup de fusil. »

On eBt élecleor à vii^-einq ans, éligible à^trcaite. Pour être électeur et éligible, il faut être chef de tamille. Le célibataire doit payer un cens, à moins d'exemption prévue par la loi.

vm

Le citoyen jouit de la liberté de tester.

Liberté d'association religieuse et civile.

L^Église est pleinement libre et investie de tontes

les latitudes du droii commua» Elle a le droit de posséder, d'acquérir^ d'héritcar ; elle a l'usage de sou droit particulier, de ses tribunaux intérieursv Elle jouit de la liberté d'association, de la liberté de la charité, de la liberté d'enseignement à tous les degrés. Elle a le droit de fonder des universités canoniques, une au moins par province. L'État ne se mêle en rien du gouvernement propre de l'Église.

Les propriétés de l'Eglise sont soumises aux charges communes, et elle devra, dans un temps et moyennant les dispositions transitoires nécessaires, subvenir aux dépenses du culte.

En raison du service public et gratuit qu'ils* font comme hospitaliers, instituteurs et chargés du cufte, et pour honorer la religion, les hommes engagés dans les ordres sacrés et liés par les vœux sont dispensés du service militaire. Ils en reprennent l'obligation lorsqu'ils rentrent dans la vie laïque, et sont alors privés de la plénitude du droit électoral, comme célibataires perpétuels.

Les corporations ouvrières existent de droit ; elles choisissent leurs officiers, font leurs règlements et exercent leur police intérieure.

xir

La commune et la corporation sont nécessairenveat propriétaires, et la loi les eblige d'^aroir, partie c»

fonds immobiliers, partie en rentes, au moins de quoi suffire à un établissement hospitalier, selon leur importance.

La fonction du chef de tout l'État est héréditaire, de mâle en mâle, par ordre- de primogéniture. Il nomme ses ministres, propose les lois à l'assemblée générale. Les arrêts de justice et les actes publics mentionnent sa magistrature, et les déclarations de guerre et les traités de paix sont signés de lui. La monnaie porte son effigie. r

Il convoque l'assemblée générale et nomme le président.

La France étant un pays chrétien, la constitution exige l'observation générale du dimanche, non pas tant à cause de l'utilité sociale si reconnue de cette institution que pour rendre hommage à Dieu qui nous l'a imposée.

La constitution étant votée l'Assemblée priera Henry de Bourbon d'accepter pour lui et ses descendants en ligne directe ou par adoption, la fonction de chef suprême de la France, ou plutôt des Francs^ en lui laissant le droit de choisir le titre de président

PARiS PENDANT LE SIEGE, 193

OU celui de roi et de se faire sacrer à Reims ou à Saint-Jean-de-Latran .

Elle lui laissera aussi le choix du drapeau, et il serait à souhaiter que ce ne fût ni le drapeau blanc, ni le drapeau tricolore, mais pour longtemps au moins le drapeau du deuil et de l'espérance, noir avec la croix de sang.

2 février.

A M. LE DIRECTEUR DU PaÙS-JoUmaL

Monsieur,

Je vous demande pardon, mais j'ai cru que vous aviez voulu « lancer » ma candidature, uni({uement pour essayer votre pouvoir sur l'opinion, en permettant qu'on lui proposât chez vous un nom si totalelaent impopulaire. On m'assure que vous le faites à bon dessein. J'ai alors le devoir, tout en vous remerciant, de dire que je n'y consens point.

Je n'ai jamais sollicité le mandat électoral, je ne pense pas que je le sollicite jamais; et dans aucun cas, je ne voudrais le solliciter ni l'accepter de Paris,

Je n'ai pas ce qu'il faut pour représenter Paris, et Paris n'a pas ce qu'il faut pour que je le représente. L'incompatibilité est absolue. Je ne désirerais me li. i3

l94 PAaiS PlCMDAliT L£ S1É6K.

voir ea possession de quelque force politique que pour l'employer à ruiner en tous sens Pinfluenee de Paris. Cette ville est à mes yeux le cancer de la France et le scandale du monde, une de ces Baby loues dont il est dit aux Livres Saints qu'il leur sera a redemandé tout le sang innocent quie&t versé sur la terre. » Je ne prétends pas qu'elle fasse constammeiit preuve de férocité. Il y a même des moments où elle a horreur du sang ; mais il n'y a pas de moments où elle ait horreur de fabriquer les poignards qui le répandent ni les poisons qui le corrompent.

Je trouve Paris fort exactement représenté par la députation mille fois légitime dont il â fait ou qu'il a laissé devenir le gouvernement si bien nommé « de la défense nationale. » Ce faisceau me donne Paris tel que je le connais depuis i830, avec toutes ses nuances perpétuellement variables sans aucun changement. Politique, philosophie, religion, morale, éloquence, littérature, talent administratif, valeur guerrière, loyauté, prévoyance et présence d'esprit dans le péril, « amour sacré de la patrie, » illustration^ considération, rien n'y manque, il n'y arien de trop. Même M. Bizoin, le lettré de Saint-Brieue, même MM. Crémieux et Garnier-Pagès sont là parfaitement à leur place. Ces trois majestés de la vieillesse parisienne vont très-bien avec les trois jeunes ardeurs de M. Gambetta, de M. Rochefort et de M. Ferry; et les trois maturités imposantes de MM. Pelle tan, Favre et Simon font un midi trèssortable aux souvenirs de ces beaux soirs ^taux promenés de ces jolis printemps.

PAftiS FEKBÂNT LE SIÉGË. 195

Us ont ua peu pâli dans les fatigues de la suprême puiâsaaee. Paris, pour le moment, semble rebuté d'eux jusqu'au dégoût ; mais ce sont ses hommes. Pour moi, s'il était permis de s'accorder une vengeance^ même légitime, je les lui laisserais.

Je les enverrais tous à l'assemblée de Bordeaux, et j'y ajouterais, pour parfaire les 43, tous les appeijtdicets qu'ils se sont donnés, ou qui leur ont poussé par la vertu propre de leur sève : Dréo, Durier, Laurier, Lavertujon, Mottu, Cadet, Melliet, le vieil Etienne, le jeune Flourens, l'illustre Bonvalet, Greppo, s'il vit encore , enfin j'en mettrais 43. Je voudrais que la province pût voir et entendre tout ce qu'ils produisent, tout ce qulls déterrent, tout ce qu'ils sèment, et qu'à la tête de cette cohorte ils signassent glorieusement la capitulation qu^ils ont eu le talent de conclure avec la Prusse et d'imposer à la France.

Mais ma conscience ne me permettant pas une satisfaction qui, d'un autre côté, profanerait le suffrage universel, dont j'espère dans l'avenir un autre emploi, ne voulant pas non plus ajouter l'atrocité d'un tel comique aux mortelles douleurs que nous souffrons, je m'abstiens.

Je pourrais trouver à Paris quarante-trois hommes notoires delà nuance révolutionnaire la plus avancée ; j'irais mêmejusqu'à cinquante et au-delà. Il y a sur le pavéassez de maires, d'adjoints et de commissaires du 4 septembre ; il y a les rédactions du Combat et de la Pairie en danger^ le fonds inépuisable des clubs et des comités de défense, et Troubat, et Verlet, et cent

Ji;6 PARIS PE^DA^T le siège.

autres qui ont écrit, parlé, affiché : tous gens de passé et d'avenir parisien. Quarante-trois hommes d'un autre ordre, unis dans une pensée pratique de conservation, de reconstruction et de liberté, ils y sont sans doute ; mais je ne les connais pas, ils' ne se connaissent pas, Paris ne les connaît pas et ne les accepterait pas. C'est là que nous en sommes, et c'est là notre plus grand malheur, peut-être irrémédiable.

J'aurais au surplus beaucoup d'hésitation et de peine à leur conseiller d'accepter un mandat qui n'est au fond qu'un leurre. En réalité, la paix est faite par le gouvernement ; seulement, il répugne à la signer. Il a fait la paix comme il a fait la guerre. Pour l'une comme pour l'autre, il veut un couvercle. C'est le rôle que l'Assemblée doit remplir, et il a pris ses mesures pour cela. La paix couverte, il essaiera d'obtenir de l'Assemblée qu'elle couvre encore la guerre,c'est-à-dire qu'elle le conserve et laisse en ses mains le butin, j'allais dire le mouchoir, qu'il a fait le 4 septembre. Je n'y ai aucun intérêt, et je ne vois personne en France, hormis ses héritiers, qui puisse y gagner quelque chose.

11 y a toutes sortes de choses à dire contre rabstentiou ; mais comment agir lorsqu'on ne sait quel parti prendre, lorsqu'il faut en hâte, à l'aveugle, sans conseil, sans ressource, se résoudre à une action dont le résultat peut être désastreux ? Si toute la France, en cette occasion, savait s'abstenir, ce serait une trèsgrande action. // est trop tard! Hélas! c'est depuis longtemps, et ce sera longtemps le mot delà fin et le mot du commencement de toutes nos aventures.

Quant à moi, pour mon compte particulier, sans désapprouver ceux qui feront autrement, je m'abstiens. Même en province, je crois que je m'abstiendrais. A Paris, je n'hésite pas. Captif, je prends le bénéfice amer de ma captivité. Je me délivre de signer cette paix.

Je paierai , je porterai humblement mon titre de Français, dont j'étais trop fier, et je jette mon vote oisif à côté des faisceaux de nos soldats prisonniers. 0 larmes ! qui eût prédit que vous sortiriez de nos yeux quand nous avions encore du sang dans les veines? Ceux mêmes qui s'attendaient aux plus redoutables éclats de la colère divine n'auraient pas prévu que ce serait une telle dérision et ne l'auraient pas voulu croire !

4 février.

LE Mot dordre de m. rochefort.

M. Rochefort sut généralement plaire après la nuit du 31 octobre, à l'Hôtel de Ville, où le gouvernement et le peuple manquèrent également de tenue. C'est là qu'eut lieu ce grand négoce de gifûes et de coups de souliers, tandis que le vin des caves était incorrectement répandu sur les tapis et tentures des salons. Tapoté comme gouvernement par les Bellevillois de Flourens, tripoté comme peuple par les

198 PARfs PENDAirr LE siÉcne.

Bretons de Trochu, M. Rochefort quitta dn même eoup le double rôle qui lui valait double ration de taloches. Il se fit canonnier pour se tirer du bruit. Cette retraite fut louée. Elle parut le trait d'un loyal garçon d'esprit, résolu de ne pas se fourvoyer davantage en des ribotes où Ton finit par se fausser la conscience et qui finissent par vous casser les reins.

Mais les gens d'esprit ne sont pas exempts de la feiblesse commune ; et la faiblesse commune, en ce temps , est de ne pas savoir garder les bonnes positions. Voilà M. Rochefort qui reparaît comme laatemier, sans avoir pris le loisir de faire parler de Ini comme canonnier. Vraisemblablement, le tube d'oîe est son fait plutôt que le tube de bronze. Ce n'est pas crime. Seulement, pourquoi prendre cette façon militaire et s'amuser à jeter le Mot (Tordre y lorsqu'on se sent né pour couler le mot de passe?

Oubliant qu'il fut membre d'un gouvernement occupé surtout de trouver le mot dépasse, M. Rochefort veut uniquement se souvenir d'avoir été militaire et canonnier durant une période où tant de besogne fut donnée aux autres militaires et aux autres canonniers. Il lance fièrement son mot d'ordre : Allons y enfants de la Patrie I Mais cette fanfare, étant tardive, devient triste.

Or, le mot d'ordre est de tuer tous les tyrans!. Hélas ! canonnier, les tyrans se tiennent derrière les murailles que votre canon n*a pas enfoncées. Avec quoi tuer les tyrans, quand les armes sont rendues ? Si vous parlez de les tuer à coups d'épin^e et de bec de plume, c'est ironique^ maïs inopportun ; si vous

PARI» PENDAÎIT LE SIÉGfi. 199

pariez de les tuer à coups de poignard, ce n'est pas sérieux; et si c'était sérieux, ce ne serait pas gentil.

M. Rochefort a desbesoins particuliers. Formé par la nature pour des œuvres absoluEnent faciles , il a pris un personnage lugubre qui l'oblige, comme feu Baudelaire, à « ruisseler d'inouïsme. » Certaineoient il ne s'y épargna pas. Il a Fair maintenant d'être la photographia de ses photographies, où il pose en fendeur d'hommes. Mais au fond, n'étant pas du métier, il manque ses effets.

Chez nous autres, benêts de cléricaux , tous les jours tombent de la lune, par un trou cpi'ils j ont pratiqué, de hardis libres-penseurs qui nou» demandent de les aider à rentrer dans la droite voie, en payant leurs dettes. Us attestent sur rhonneer qu'ayant une grenouille en garde, ils l'ont mangée, et que, s'ils ne peuvent la rendre, ils se brûleront la cervelle. L'expérience nous apprend que ces gairçonslà ne restituent jamais la grenouille et jamais n'attentent à leurs jours. Semblablement, nous sarons que ceux qui exhortent tout le monde à tuer les pais ne tuent jamais les rois.

Connu !

Il y a une école de tueurs de rois. JMazzini en est le chef; parmi les professeurs, M. Pyat se distingue, et M. Bugo s'est mis en bon rang. Aucun n a rien fait de sa main :; fous sont plus ou moins amnistiés. Les rois paraissent avoir assea trouvé leur compte à la mafHie bavarde de ces théoriciens personnellement inoflfensifs. Ils ont beaucoup plusexploité le régicide ^ue le régicide ne les a tombés.

Quant aux exécutants, ils ont paru peu rcconimandables. Ilarmodius, Aristogiton, Brutus, etc., font figure en grec et en latin; mais dans les temps modernes , quels gueux et quels pleutres ! On a trouvé là des sots, des drôles, des mélancoliques, des ivrognes, quantité de mouchards , beaucoup de galeux. Excepté sua Excellenza le comte Orsini^ nature de passable sous-préfet, régicide raté comme les autres, rien qui dépasse Tesprit et le moral nécessaires pour vendre des contre-marques et crier des journaux. Et c'est avec quoi M. Rochefort veut reconstituer l'empire de là vertu dans le genre humain!

S'il était l'ancien narquois du Figa?*o^ qui avait parfois une jolie pointe de bon sens, comme cela lui semblerait ce Français de la décadence, » d'ouvrir boutique pour faire tuer les rois : — Un tel, tueur de rois; deux sous le numéro. On reçoit des annonces qui se rattachent au métier de régicide.

A-t-il songé à la fondation d'un séminaire ? à une direction des études? à une pension de retraite pour les invalides ? à un code des punitions et des récompenses? Que fait-on du régicide qui a bu son poignard? A quels honneurs élève-t-on le régicide qui rapporte sa tête de tyran ?

A-t-il même défini le tyran? Dans l'état d'anarchie et d'ignorance où nous sommes, s'il se trouvait un imbécile de bonne volonté qui allât tuer comme tyran un monsieur qui imposerait, prélèverait, taillerait et rognerait exactement comme les tyrans, mais qui serait cependant déclaré libérateur, que ferait-on à cet imbécile? serait-il puni ou récompensé?

Donne-t-on aussi des consultations particulières? Fournit-on des poignards et procure-t-on des passeports et des frais de routciaux gens do bonne volonté ?

Un homme qui a été tiers, ou dixième, ou treizième de tyran, comme M. Rochefort, dans quelle proportion doit-on le luer? Faut-il le tuer treize fois, ou ne le tuer qu'au treizième ? Nous parions que notre frivole laïiternier n'a pas étudié ces questions importantes.

Supposé qu'un lecteur du Mot d ordre s'en allât demain aux avant-postes avec l'intention de tuer un ou plusieurs tyrans, et que, la chose étant mal prise, il nous en. coûtât quelques milliards de plus , M. Rochefort s'engage-t-il à faire les frais ?

Il est ruisselant (Tinouïsme, à la bonne heure ! Et il embellit Paris et laRépublique française d'une immortelle auréole, nous le voulons bien! Mais en somme, comme les Allemands sont des gens pleins de science et de gravité, qui méditent leurs desseins, qui savent ce qu'ils font et qui excellent à tirer parti de tout, c'est une chose un peu ennuyeuse de leur laisser voir que l'enfant et le joyau de Paris, notre lantemier, notre député, notre petit dernier, notre Rochefort enfin, ne fut qu'un canounier silencieux et n'est qu'un régicide futile.

Pendant qu'il ne tirait pas le canon , le terrible enfant n'a pas même réfléchi : et il croit qu'il suffit de faire un journal à tuer les rois pour que tout se remette en bon chemin dans le monde !

Quelle jolie figure cette troisième république nous fait faire parmi le genre humain !

302 PARIS PEKDAHT US SIɫB.

5 février.

Le iwtmaL officiel coatip.nt la proclamatioai suivante :

Français,

Paris a déposé les armes à la veille de monrir de faim.

On lui avait dit : Tenez quelques semaines, et nous vous dé livrerons. Il a résisté cinq mois, et, malgré d'héroïques efforts, les départements n'ont pu le secourir.

Il s'est résigné aux privations les plus cruelles. Il a accepté la ruine, la maladie, l'épuisement. Pendant un mois les bombes Tont accablé, tuant ks femmes, les enfants. Dispuis plus de nu sonaines les quelques grammes de mauvais pain qu'on dietribue à chaque habitant suffisent à peine à l'empêcher de mourir.

Et quand, ainsi vaincue par la plus inexorable nécessité, la grande cité s'arrête pour ne pas condamner deux millicms de citoyens à la plus horrible catastrophe; quand, profitant de son reste de force, elle traite avec l'ennemi au lieu de subir tme reddition à merci, au dehors, on accuse le gouvernement de la défense nationale de coupable légèreté, on le dénonce, on le rejette.

Que la France nous juge, nous et ceux qui nous comblaient hier de témoignages d'amilié et de respect, et qui aujourd'hui nova insultent!

Nous ne relèverions pas leiu's attaques si le devoir ne nous commandait de tenir jusqu'à la dernière heure, d'une main ferme, le gouvernail que le peuple de Paris nous a confié au milieu de la tempête. Ce devoir, nous l'accomplirons.

Lorsqu'à la fin de janvier, nous nous sommes résignés à es-

' sayer de traiter, il était bien tard. Nous n'avions plus de farhie que pour dix jours, et ncnis savions que la dévastation du pays rendait le ravitaillement tout à fait incertain. Ceux qui se lèvent aujourd'hui contre nous ne connaîtront jamais les angoisses qui nous agitaient.

n fallait cependant les cacher, aborder renneafri avec résolution, paraître prêts à combattre et mimis de vivres.

Ce que nous voulions, le voici ;

Avant tout, n'usurper aucun droit. A la France-seule ap^vartient celui de disposer d'elle-même. Nous avons vouhi le hii réserver. Il a fallu de longues luttes pour obtenir la reconnaiBsance de sa souveraineté. Elle est le point le plus importait de notre traité.

Nous avons conservé à la garde nationale sa liberté et ses armes.

Si, malgré nos efforts, nous n'avons pu soustraire Tanoée et la garde mobile aux lois rigoureuses de la guerre,, au nMâns les avons-nous sauvées de la captivité en Allemagne et de l'internement dans un camp retranché, sous les fusils prussiens.

On nous reproche de n'avoir pas consulté la délégation de Bordeaux ! On oublie que nous étions enfermés dans un cercle de fer que nous ne pouvions briser.

On oublie, d'ailleurs, que chaque jour rendait plus probable la iemble catastrophe de la famine, et, cependant, noua avons disputé le terrain pied à, pied, pendant six jours, alors que la population de Paris ignorait et devait ignorer sa situation véntable, et qu'entraînée par ime généreuse ardeur elle demandait à combattre .

Nous avons donc cédé à une nécessité fatale.

Nous avons, pour la convocation de l'Assemblée, stipulé un armistice, aloirs que les armées qui pouvaient nous venir en aide étaient refoulées loin de nous»

Une se^e tenait eneose, nous le croyions du moins. La Prusse a ecdgé la reddition de Belfort. Nous l'avons refusée, et, par là même, pour protéger la place, nous avons pour quelques jours réservé la liberté d'acticni de son armée de secours. Mais, ce que nous ignorions,, il était trop tard. Coupé en deux: par Les armées aUemaades, Bourbaki, malgré so4i hé-

204 PARIS PËNliÂJNT LE SIEGE.

roïsme, ne pouvait plus résister, et, après l'acte de généreux désespoir auquel il s'abandonnait, sa troupe était forcée de passer la firontière.

La convention du 28 janvier n'a donc compromis aucun intérêt, et Paris seul a été sacrifié.

D ne murmure pas. Il rend hommage à la vaillance de ceux qui ont combattu loin de lui pour le secourir. 11 n'accuse pas même celui qui est aujourd'hui si injuste et si téméraire, M. le ministre de^ la guerre qui a arrêté le général Chanzy voulant marcher au secours de Paris, et lui a donné l'ordre de se retirer derrière la Mayenne.

Non! tout était inutile, et nous devions succomber. Mais notre honneur est debout, et nous ne souffrirons pas qu'on y touche.

Nous avons appelé la France à élire librement une Assemblée, qui, dans cette crise suprême, fera connaître sa volonté.

Nous ne reconnaissons à personne le droit de lui en imposer une, ni pour la paix ni pour la guerre.

Une nation attaquée par un ennemi puissant lutte jusqu'à la dernière extrémité; mais elle est toujours juge de l'heure à laquelle la résistance cesse d'être possible.

C'est ce que dira le pays consulté sur son sort.

Pour que son vœu s'impose à tous comme une loi respectée, il faut qu'il soit l'expression souveraine du libre suffrage de tous. Or, nous n'admettons pas qu'on puisse imposer à ce suffrage des restrictions arbitraires.

Nous avons combattu l'Empire et ses pratiques; nous n'entendons pas les recommencer en instituant des candidatures officielles par voie d'élimination.

Que de grandes fautes aient été commises, que de lourdes responsabilités en dérivent, rien n'est plus vrai ; mais le malheur de la patrie efface tout sous son niveau ; et, d'ailleurs, en nous rabaissant au rôle d'hommes de parti pour proscrire nos anciens adversaires, nous aurions la douleur et la honte de frapper ceux qui combattent et versent leur sang à nos côtés.

Se souvenir des dissensions passées quand l'ennemi foule notre sol ensanglanté, c'est rapetisser par ses rancunes la

grande œuvre de la délivrance de la patrie. Nous mettons les principes au-dessus de ces expédients.

Nous ne voulons pas que le premier décret de convocation de l'Assemblée républicaine en 1871 soit un acte de défiance contre les électeurs.

A eux appartient la souveraineté; qu'ils l'exercent sans faiblesse, et la patrie pourra être sauvée.

Le gouvernement de la défense nationale repousse donc et annule au besoin le décret illégalement rendu par la délégation de Bordeaux, et il appelle tous les Français à voter, sans catégories, pour les représentants qui leur paraîtront les plus dignes de défendre la France.

Vive la République ! vive la France.

PariS; le 4 février 1871.

Les membres du gouverfiement, Général Trochc, Jules Favre, etc.

Ce serait une cruauté inutile de répondre à la partie personnelle de la proclamation du gouvernement. Le crime du faquin à qui il a livré la France et qu'il ' appelle a monsieur le ministre de la guerre, » le couvre mieux que ses doléances sur les ingratitudes humaines, et le défend même contre ses justifications. Il plaide, et il plaide mal. Mais comme il montre en même temps un certain sentiment de son devoir et une certaine résolution de le remplir, il ne s'agit pas pour lui de plaider ni pour nous de juger ; il s^agit pour lui de se défendre, et pour nous, hélas ! de le soutenir.

La destinée de ces hommes aura été de vivre du péril perpétuel et terrible où leur présomption nous a engagés, et où leur perpétuelle et terrible incapacité nous a maintenus. Et nous, malheureux peuple.

206 FABIS PENDANT UK &lÉti£.

tombés dans les rixes de ces séditieux aussi ipcapables de piété envers la patrie qu'envers Dieu, nous voilà disputés comme un vil butin, nous cherchant un maître, n'en trouvant pas, réduits à faire des vœux pour ceux qui veulent bien au moins nous laisser notre peau. La sauveronsr-nous, notre peau? C'est là la question.

Et Tennemi est là qui regarde î II songe qu'après tout il n'a pas entrepris une si grosse affaire , qu'il pourrait se décharger du poids de ses armes^ et qu'étant venu avec tant de canons, maintenait, pour emmener eu sécurité son butin, il n'a plus besoin que du fouet !

Donc, c( monsieur le ministre de la guerre, » citoyen Gambetta, fait bande à part. En vertu de l'élection d'un faubourg de Paris qui l'a fait député, il exclut de la vie civile quiconque est suspect de ne point penser comme lui ! Et ce trait de folie parait tout simple, et ne l'empêche pas d'avoir une armée. Au contraire !

Quantité d'honnêtes geas débitent avec une gravité parfaite quantité d'emphases sur le degré de sagesse, de liberté, de perfection, de splendeur où la société humaine a su s^élever, notamment en France; ils font sentir la nécessité de conserver précieusement le principe de séparation entre l'homme et Dieu, qu'ils regardent comme la source de tout bien : Séparonsnous de Dieu; par là seulement nous serons unis entre nous ! Tous les murs de Paris , à Thème qu'il est, dabaudent cette sentence. Il en est une autre qui vient de plus haut et qui se vérifie davantage. Tout

PARIS PEMDAJ4T h& SIÉG£. 207

homme qui se divise de Dieu se divise des hommes,

et tout ROYAUME DiVlSÉ PÉRIRA.

Il faut espérer néaumoins. La France ne veut pas cesser d'être, elle ne perdra pas universellement le âruit de ces leçons terribles. Le bon sens qui Téclaire auK moments suprêmes lui imposera Teffort nécessaire pour se sauver. L'effort est plus difficile à tent^ qu'à accomplir.

Dans ce flot d'ignominie qui se gonfle poiu: la submerger, il y a beaucoup d'écume. Qu'elle tienne ferme, qu'elle ne fuie pas : le flot se dissoudra au premier cboc, et peut-être avant le choc. Contre M- Gambetta, c'est encore assez de M. Favre et de M. Picard, pourvu qu'ils ne perdent pas le temps à verser des larmes et à nous célébrer leurs vertus.

On leur demande de faire tête à la sédition gambettine si elle se dresse dans Paris et de ne pas souffrir qu'elle en ouvre les portes avant Theure. Puisqu'ils ont en garde ce qui nous reste d'honneur et de vie, qu'au moins ils ne Tabandonnent pas.

Qu'ils ne se laissent rien arracher par le seul rugissement des tigres frelatés dont ils ont augmenté et eoibardi la foule. Ces tigres sont en même temps des punaises ; le balai peut suffire à les repousser assez loin. C'est tout ce qu'il faut maintenant. Ensuite la France avisera. Elle aura le droit d'être sévère; mais, mieux inspirée, elle sera clémente.

M. Gambetta a eu une idée excellente à reprendre contre lui ; seulement il en faut réserver l'exécution à la France.

Certainement le moyen de préparer et d'assurer

l'avenir serait, comme le demande un petit livre dont nous ne connaissons pas le titre , de faire peau neuve; et, pour faire peau neuve, il faudrait premièrement exclure de la vie politique un certain nombre d'honunes qui n'y peuvent plus apporter que de fâcheux personnages, de détestables habitudes et un exécrable esprit de conspiration.

Vu la profondeur et la généralité du mal , aucune autre punition ne devrait être infligée même aux plus coupables, même au citoyen Gambetta. Ils peuvent dire que ce n'est pas uniquement leur faute s'ils ont été sans crainte de Dieu et sans morale', que le fait était assez public, quïl fut assez autorisé, que même ils avaient besoin de ne pas craindre Dieu et d'être sans morale pour faire leur chemin. Donc, ni écha- &ud, ni exil, ni prison, ni amende. Amnistie du passé, exclusion de l'avenir.

Mais ceci ne peut se faire aujourd'hui, ne peut tomber sur des catégories et ne saurait être prononcé par un dictateur. C'est une mesure législative qui n'appartient qu'aux représentants du pays. Qu'on appelle donc d'abord le pays.

Que le gouvernement défende et maintienne d'abord ce droit. Il aura du moins sauvé quelque chose, et un peu d'honneur, contre toute attente, pourra décorer sa triste histoire.

6 février.

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