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HOTEL-DE-VILLE

DEUXIÈME ÉDITION

PARIS

A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

Droits de reproduction et de traduction réservés.

INDEX ALPHABETIQUE

Fages.

Introduction i

Archives du département de la Seine 3

Bibliothèque de l’Arsenal 3

— polonaise 6

Boulevard Beaumarchais 1

Henri IV 2

Caserne de la Cité 12

— Lobau 21, 29

— Napoléon 21, 29

Chambre des Notaires 16

École Massillon ; 3

— Sophie-Germain 28

Église Notre-Dame (monument historique) 7

— Notre-Dame des Blancs-Manteaux !9

— Saint-Gervais-Saint-Protais (Mon. hist.) 20

— Saint-Louis-en-l’Ile 6

— Saint-Mer ri (Mon. hist.) 17

Saint-Paul (Mon. hist.) 22

Fontaine du Palmier 15

Hôpital Andral 28

Hôtel-Dieu. 12

Hôtel Bretonvilliers 5

— Lambert (Mon. hist.) 4

— Lamoignon 19

— Lavalette 3

— de Ninon de Lenclos *. 1

— de Sens 22

— de Sully (Mon. hist.) 23

— de Ville 20

Ile Saint-Louis 4

Lycée Charlemagne 28

Magasins de la ville de Paris 3

INDEX ALPHABETIQUE.

Pages.

Mairie du quatrième arrondissement 28

Maisons : rue François-Miron, n0# 68 (Mon. hist.), 76, S2... . 21

— de Jacques Cœur 19

Marché des Blancs-Manteaux 19

— aux fleurs 14

aux oiseaux 14

Mont de Piété 19

Monument de Barye 29

Musée des accidents 18

Passage Charlemagne 21

Place de la Bastille 2

— du ChAtelet 15

— des Vosges 24

Pont Marie (Mon. hist.) 4

— Saint-Louis 6

— Sully 4

Bue Bouturel 6

— Kami) uteau 18

— Saint-Antoine * 2

Square de lJlôtel-de-Viüe 21

Notre-Dame 6

— Saint-Jacques-la-Bouch *rie 16

Statue de Charlemagne 12

— d’Ktienne-Marcel 21

— de Louis XIII 26, 27

— de Pascal 16

de Théophraste Renaudot 13

Temple et cloître des Billettes (Mon. hist.) 20

— consistorial israélite, rue des Tournelles 27

Saiute-Marie 2

Théâtre Beaumarchais 1

Lyrique 15

Tour Saiut-Jacques-la-Boucherie (Mon. hist.) 16

Tribunal de commerce 13

Union des Arts libéraux 27

APPENDICE

Délimitation des quartiers de l’arrondissement. — Nomenclature historique des rues, passages, places, boulevards, etc. 33

INTRODUCTION

Ainsi que le premier arrondissement, le quatrième, si intimement lié à l’histoire de Paris, peut revendiquer une haute antiquité ; comme lui et auprès de lui, il apparaît dès que la ville commence à se créer sur la rive droite de la Seine ; il a une conformation à peu près semblable, mais un peu plus d’étendue, et le mur d’enceinte, qui commence pour l’un à la rue des Lavandières-Sainte-Opportune, finit pour l’autre à l’endroit où se trouve la rue de Brosse.

Dans ces quartiers, au milieu d’îlots formés par d’étroites ruelles, nous apercevons en germe déjà quelques-unes des grandes voies qui les traversent maintenant. Montant vers le nord, voici le chemin qui deviendra la rue Saint-Martin ; allant vers l’est, voici celui qui sera la rue Saint- Antoine; cette place du Marché, qui descend vers le fleuve, sera la place de Grève un jour.

Les premiers Mérovingiens firent, on le sait, leur capitale de Paris et, dès le temps de Ghildebert, une église placée sous l’invocation de saint Gervais s’élevait, hors des murs alors, à l’endroit même où nous voyons aujourd’hui le beau portail de Jacques de Brosse.

II INTRODUCTION

Sous la seconde race, au milieu des invasions, des famines et des épidémies qui ruinèrent la ville et décimèrent sa population, l'accroissement du quartier n'est pas appréciable, et tout fait supposer qu'il ne fut l’objet d’aucun embellissement.

Au temps des premiers Capétiens, les Normands avaient disparu, mais les routes qui avoisinaient la capitale étaient peu sûres. Les sires du Puiset, de Corbeil, de Montlhéry y détroussaient les voyageurs; les preneurs et les chevauc heurs du roi Philippe Ier frappaient les Parisiens de continuelles réquisitions, emportant vins, meubles, fourrages, etc., tout cela pour le service de la cour.

Néanmoins, ce roi Philippe a joué un rôle dans notre histoire municipale; il institua le premier prévôt de la ville. A ce prévôt, magistrat fiscal, judiciaire et militaire, furent attribuées les fonctions que remplissaient précédemment le comte ou le vicomte de Paris.

Le premier prévôt dont on a gardé le souvenir fut un nommé Étienne, qui ne dut pas, croyons-nous, mériter l’afTection de ses administrés.

Cupide et de mauvais conseil, il détermina, racontet-on, le roi Philippe à piller l’abbaye de Saint Germain des Prés qui, en or, argent et pierreries des reliquaires, renfermait un véritable trésor. Ün assure qu’Étienne, au moment de s'emparer d'une précieux croix que Childebert avait rapportée d’Espagne, lut tout à coup frappé de cécité et que Philippe, effrayé, renonça i\ ses projets de dévastation.

Si lourde que fut pour les Parisiens la présence d’un roi dans leurs murs, elle avait un prestige que chacun

INTRODUCTION

subissait; la ville, chère à ses habitants actifs, continuait à se peupler et tendait à s’embellir.

Au cours du règne de Louis VI, on bâtit le grand et le petit Châtelet, le premier sur la rive droite de la Seine, le second à l’extrémité méridionale du Petit-Pont.

Sous Louis VII, les quartiers que nous allons parcourir sont populeux; au-dessus d’une foule de toits aigus pressés les uns contre les autres, entre les forteresses dont nous venons de parler, apparaissent déjà tlôches et clochers. Dans la cité, autour de l’église Saint-Étienne qui sera bientôt notre cathédrale, se groupent Sainte-Geneviève des Ardents, Sainte-Croix, Saint-Denis du Pas, le monastère et l’église Saint-Éloi, Saint-Pierre aux Bœufs, la chapelle Saint-Agnan, etc. Dans la ville existent déjà, mais non telle que nous la voyons, l’église Saint-Merri que l’on appelle alors Saint - Médéric, Saint-Jacques la Boucherie, qui n’a point sa magnifique tour encore, la chapelle Saint-Bon, vieille à coup sûr, car le terrain s’était exhaussé autour d’elle et il fallait descendre quelques marches pour atteindre son sol, mais elle était toute fière de sa tour, qui n’avait guère que cent ans alors.

A cette époque, hors des murs, vers l’est, au-dessous du bourg Tibourg, après avoir passé les bâtiments où vont s’installer les hospitaliers de Saint-Gervais, nous voyons la ferme Saint-Éloi, près de l’église Saint-Paul, et au delà s’éparpillent les maisons d’un pe tit bourg dont les rues Beautreillis, Saint-Antoine, de Turenne, de Jarente et Sévigné représentent aujourd’hui à peu près les limites ; plus loin sont des champs cultivés, puis la campagne que traversent quelques chemins.

INTRODUCTION

L’enceinte de Philippe-Auguste agrandit sensiblement la ville et, la population s’accroissant, plusieurs chapelles furent érigées en paroisse ; entre autres nous citerons (la salle Saint-Jean de notre Hôtel de Ville en occupe la place) la chapelle de Saint-Jean en Grève, qui obtint ce titre vers l’an 121 2, non sans de longs débats avec le curé de Saint-Gervais. Précédemment déjà, en M83, le roi avait fait convertir en une chapelle, qui prit le nom de Sainte-Madeleine , la synagogue que les israélites possédaient depuis longtemps rue de la Juiverie, dans la Cité.

Mais ceci est de bien peu d’importance à côté de ce qui se passe auprès.

Dès 11G3, Maurice de Sully, évêque de Paris, avait fait commencer la reconstruction de la cathédrale ; activement conduits, les travaux étaient assez avancés en 1182, pour que le légat du saint siège pût consacrer le grand autel. Vers 1235, et bien qu’on dût travailler à l’église pendant plus d’un siècle encore, elle présentait un ensemble à peu près complet.

Pendant ce même règne de Philippe-Auguste, le Petit- Pont fut reconstruit en pierre et les quatre grandes rues qui formaient ce que l’on appelait la croisée de Paris , furent pavées pour la première fois.

Ce pavage était composé de carreaux de grès d’un demi-pied d’épaisseur, longs et larges de 3 pieds et demi environ.

Mais le temps marche, la ville s’accroît; ce qui est aujourd’hui le quatrième arrondissement en est considéré comme la partie centrale. Le parlouer aux bourgeois, établi jadis près du grand Châtelet, quitte l’en-

INTRODUCTION

clos des Jacobins où il a séjourné quelque temps el, sous le règne de Jean le Bon, revient à son lieu d’origine.

Il y avait alors sur la place de Grève une maison qui, successivement, avait appartenu à la veuve de Philippe le Hulin, puis à Guy, dauphin du Viennois, et qui, pour cette raison, s’appelait officiellement la maison du Dauphin. Quant au peuple, qui aimait les dénominations simples, mais faisant image, il la nommait maison aux Piliers , à cause de la suite de gros piliers qui lui servaient de support.

Bien qu’il ait été habité par des princes, ce logis était fort simple, et les immeubles qui l’environnaient n’avaient guère à lui envier que ses deux tourelles.

Le 7 juillet 1357, les bourgeois de Paris achetèrent la maison du dauphin; ils la réparèrent, l’ornèrent de peintures, et en firent l’habitation du prévôt des marchands, le lieu d’assemblée des échevins, en réalité notre premier hôtel de ville.

Sous Charles V, le quartier devint en quelque sorte royal. Le souverain et sa famille vinrent habiter l’hotel Saint-Paul où, plus exactement, un groupe d'hôtels alors réunis, sans ordre ni symétrie, sous cette dénomination unique. Dans le même temps, le mur d’enceinte était réparé et exhaussé, les portes fortifiées ; les Carmes émigraient vers la place Maubert et cédaient leur modeste couvent aux Célestins ; ceux-ci, aidés par les prodigalités du roi et de la cour, agrandissaient les bâtiments et construisaient une magnifique église. A l’extrémité du quartier, le 22 avril 1369, Hugues Aubriot posait la première pierre de la Bastille ; en 1390,

INTRODUCTION

Pierre d’Orgemont commençait, vis-à vis de l’hôtel Saint Paul, la construction de l’hôtel des Tournelles, qui, dès 1417, devenait maison royale.

Dans ses vastes jardins erra mélancoliquement Charles VI au temps de sa démence ; dans l’une de ses chambres mourut Louis XII.

Le voyageur qui, au commencement du quinzième siècle, entrait à Paris par la porte Saint-Antoine, passait donc au pied de la sombre Bastille, puis il avait à la fois à sa gauche l’hôtel des Tournelles hérissé de tours, à sa droite les multiples constructions de l’hôtel Saint- Paul et devant lui une voie qui le menait aux environs de la maison commune et lui permettait de voir déjà Sainte-Catherine du Val des Écoliers, le couvent des Billettes, l’église Sainte-Croix de la Bretonnerie, et sur le quai, non loin du couvent des Célestins, celui de PAve-Maria. S’il voulait se transporter dans la cité pour aller à l’église Saint-Barthélemy ou à la cathédrale, le pont Notre-Dame, reconstruit en bois en 1413, s’ouvrait devant lui.

Certes, tout cela était bien fait pour donner une haute idée de la ville ; mais si le voyageur se fût arrêté quelques instants sur la place Baudoyer et qu’il eût écouté les gloses des oisifs, qui, depuis un temps immémorial avaient coutume de s’y rencontrer, il eût certainement entendu force doléances et plaintes à propos de la lourdeur des impôts et tailles, à propos de la laideur et de l’incommodité de certaines rues et de certains logis, à propos de l’insalubrité de l’air vicié par les émanations des égouts non couverts alors, à propos du luxe des gens du roi, de l’orgueil des Cèles-

INTRODUCTION

lins, de l’andace des malfaiteurs, de l'insuffisance des gens d’armes commandés par le chevalier du guet, de la cherté des vivres, etc., etc.; doléances et plaintes communes pour la plupart à tous les temps et à tous les peuples, mais, avouons-le, généralement justifiées à Paris au quinzième siècle, alors que toutes les rues du quartier étaient à peu près semblables à ce qu’on peut voir encore de la rue de Venise entre les rues Saint-Martin et Quincampoix.

Si nous nous transportons maintenant au seizième siècle ou au commencement du dix-septième, nous constaterons dans le quartier de nombreuses modilications. Le palais des Tournelles et l’hôtel Saint- Paul, c\ peu près démolis, ont fait place à différentes voies publiques dont plusieurs sont encore existantes; l’Arsenal a été construit; le joli hôtel de Sens jette une tache blanche à l’extrémité est de la sombre rue de la Murtellerie. Les Jésuites, sous le nom de prêtres de la Mission , ont pris, en 1580, possession de l’hôtel d’Anville qui, de la rue Saint-Antoine, communique à la rue Saint-Paul ; en 1619, ils s'agrandissent de tout le terrain qu’occupe maintenant le collège Charlemagne, et quelques années plus tard, un jésuite lyonnais, nommé Marcel Ange, pose la première pierre de leur église, aujourd’hui paroisse Saint-Louis-Saint-Paul. Enfin, à la place de la maison aux Piliers, terminé depuis 1605 par les soins de François Miron et avec l’aide de du Cerceau, l’Hôtel de Ville, dont Dominique Boccardo, dit le Boccador , avait tracé le plan dès 1549, occupe tout un côté de la place de Grève.

Plus fécond encore pour l’arrondissement, le dix-sep-

vm

INTRODUCTION

tième siècle verra créer la place Royale, s'élever dans son voisinage un grand nombre d’opulents hôtels, construire tout son quartier nord-est et bâtir le couvent des filles de la Visitation dont il ne reste plus que l'église au coin de la rue Caslex. Peu après s’ouvriront les quais de Gesvres, de Bourbon, de Béthune et d’Anjou ; en meme temps, sur les terrains inhabités de Pile Notre-Dame, aux lieux où jusque-là paissaient les bestiaux, où l’on blanchissait les «toiles des bourgeois» , apparaît et se complète en quelques années, de 1615 à 16i7, un quartier neuf que le pont Marie met en communication avec la ville et que le pont de la Tournelle relie à l’Université : c’est file Saint-Louis. Enfin, dernier souvenir, en 1 045 s’installait au jeu de paume de la Croix noire, situé dans la partie de la rue de l'Ave -Maria qui s’appelait alors rue des Barrés, une troupe de comédiens qui portait le nom d'illustre Théâtre et avait pour directeur Molière. On assure que le grand comique a, en ce temps, habité une maison de la rue des Jardins-Saint-Paul.

Nous avons fait remarquer au début de cet aperçu historique que, grâce à la présence du parloir aux bourgeois d’abord et de l’Hôtel de Ville ensuite, le quatrième arrondissement, centre parisien, berceau de notre municipalité, était un de ceux où les souvenirs se pressaient en plus grand nombre ; nous allons entrer maintenant dans ce dix-huitième siècle qui devait édifier un monde nouveau sur les débris de l’antique monarchie. Aux prévôts, aux échevins, dont quelquesuns furent des gens illustres et de haute valeur, vont succéder rapidement, maintenant, les maires de Paris,

INTRODUCTION

les membres de la Commune, les préfets, les conseillers municipaux et plusieurs gouvernements provisoires.

Arrêtons-nous donc un instant sur cette place de Grève, aujourd’hui place de l’Hôtel-de-Ville, qui depuis tant de siècles a été le lieu de rendez-vous des Parisiens aux jours de réclamations administratives autrefois, aux jours de commotions depuis cent ans.

Certes, au dix-huitième siècle, la place n’avait ni son étendue ni sa beauté actuelles. En vertu de lettres patentes du 22 avril 1769, elle fut déjà J’objet de certaines modifications qui l’agrandirent ; mais la gloire de l’avoir ornée, régularisée, faite enfin l’une des plus belles de Paris, appartient aux temps modernes.

Longtemps elle fut sombre et sinistre, cette place ; si elle s’étendait devant la maison commune, elle était aussi le lieu des exécutions publiques ; là se sont dressés bûchers, potences, roues, échafauds. Là fut brûlée vive, en 1318, une certaine Marguerite Perrette, accusée d’hérésie; là Ravaillac fut tenaillé et écartelé, la marquise de Brinvilliers fut décapitée et brûlée le 16 juillet 1676; là fut écartelé Damiens, le 28 mars 1757, on sait avec quel horrible raffinement de cruauté; là fut dressée pour la première fois la guillotine, le 24 avril 1792, à l’occasion de l’exécution d’un nommé Pelletier; là encore furent exécutés, le 21 septembre 1822, les quatre sergents de la Rochelle qui moururent en criant : Vive la liberté ! Ne nous appesantissons pas sur ces souvenirs et constatons, pour n’avoir plus à revenir sur ce sujet, qu’à partir du 20 janvier 1832 le rond-point de la barrière Saint-Jacques fut affecté

INTRODUCTION

aux exécutions publiques, et que le quatrième arrondissement cessa d’en être le témoin forcé.

Mais revenons au dix-huitième siècle ; nous aurons peu de chose à dire des modifications que l’arrondissement a subies à cette époque. Ici, comme ailleurs, quelques voies se sont créées, d’autres se sont élargies ou prolongées, des marchés se sont ouverts, l’éclairage s’est perfectionné, les fontaiues se sont multipliées, le (juai de la Cité, qui deviendra le marché aux Fleurs sous le premier Empire, a été construit.

Mais les événements se précipitent. En 1789, les trois cents électeurs qui ont été choisis par les soixante districts parisiens pour nommer les députés du tiers état s’emparent de l’Hôtel de Ville malgré M. de Flesselles, prévôt des marchands, et ses quatre échevins; ils nomment un comité de vingt-quatre membres qui prend le titre de Comité permanent de la sûreté publique , centralise le pouvoir, fait arrêter les suspects qui fuient et emmagasine dans une salle basse de l’Hôtel de Ville des poudres que le gouvernement envoyait à Kouen.

L’impulsion est ressentie, l’élan est donné ; tout pouvoir désormais aura à compter avec la maison commune.

Mais soudain, un jour de juillet 1789, une grande commotion, éclose dans le premier arrondissement, traverse violemment le quatrième; cette vieille Bastille, dont l’ombre menaçante couvre à certaines heures toute l’extrémité de la rue Saint-Antoine, est sur le point d’ètre attaquée et le pavé de sa rue frémit sous les pas de la foule qui se précipite vers la forteresse.

L écho des petites rues voisines répercute les cris poussés et le bruit des canons qui roulent, la foule des assaillants s’augmente à tout instant des habitants du quartier qui se joignent à elle. Le soir, la Bastille est prise; le quartier illumine. Louis XYI dit : « C’est une émeute » ; La Rochefoucauld-Liancourt lui répond : « Sire, c’est une révolution. »

C’était une révolution en effet, et le quatrième arrondissement devait être le témoin de ses premières scènes violentes. Dès le soir de la victoire, Flesselles, soupçonné de trahison, était tué d’un coup de pistolet sur la place de l’Il ôtel-de -Ville . La prévôté de Paris avait vécu; un maire allait désormais remplir les fonctions qui lui étaient attribuées. Ce maire fut Bailly, le président delà séance du jeu de paume.

Le 17 juillet, Louis XYI vint à l’Hôtel de Ville, et Bailly lui présenta la cocarde bleue et rouge qu’il attacha à son chapeau; sous une voûte d’épées entrelacées, le roi gravit l’escalier et se rendit dans la grande salle. Cette scène, M. Jean-Paul Laurens l’a magistralement rendue dans son tableau la Voûte d'acier, une des belles toiles du Salon des Champs-Elysées de 1891.

Il faudrait écrire ici toute l’histoire de la Révolution si l’on voulait rappeler les événements auxquels l’Hôtel de Ville a été mêlé ou seulement ceux dont il a été le théâtre, depuis la fête donnée à Louis XVI en 1791, quand il accepta la constitution, jusqu’à celle que l’on célébra trois ans plus tard en l’honneur de l’Être Suprême; depuis la journée du 10 août, où cent soixantedouze commissaires nommés par les sections s’installèrent à l’Hôtel de Ville et donnèrent le signal du mou-

vement, jusqu’à l'apothéose de La Fayette, jusqu’à la chute de Robespierre.

Ceci, on le comprend, dépasserait les limites de ce travail; nous allons donc entrer dans les temps modernes et rappeler, par ordre chronologique, les principaux faits qui se sont passés à l’Hôtel de Ville.

Sous le Consulat, la préfecture de la Seine s’établit à l’Hôtel de Ville, mais alors, et pendant toute la durée de l’Empire, le pouvoir municipal fut à peu près annulé, et toute initiative enlevée à ceux qui l’exerçaient; aussi ne trouvons-nous à signaler alors que de splendides fêtes données à diverses occasions : l’une en 1810, lors du mariage de Napoléon avec Marie-Louise; l’autre en 1811, lors de la naissance du roi de Rome.

11 en est de même encore sous la Restauration, tous les événements ont leur écho à l’Hôtel de Ville et sont célébrés par des réceptions brillantes. En 1814, on donne une fête à propos de la rentrée de Louis XVI11 ; en 1816, une autre à l’occasion du mariage du duc de Berry; en 1821, on danse en réjouissance de la naissance du duc de Bordeaux; en 1823, une autre fête est offerte au duc d’Angoulème, revenant d’Espagne ; en 1823, le sacre de Charles X est à son tour célébré par un grand bal.

Aux journées de 1830, les Suisses, commandés par le général Talon, défendirent énergiquement l’Hôtel de Ville. On construisait alors la passerelle de la Grève, un jeune homme tomba frappé d’une balle et jeta son nom à la foule ; ce jeune homme s’appelait Arcole, la passerelle devint le pont d’Arcole. Le lendemain, un gouvernement provisoire s’installait à lTIôtel de Ville;

INTRODUCTION

quelques jours après, le duc d’Orléans y recevait la couronne des mains de La Fayette et devenait roi des Français sous le nom de Louis-Philippe Ior.

Si Louis-Philippe ne fit pas pour la municipalité tout ce qu’il aurait pu politiquement faire, il se montra reconnaissant pour le monument où il avait été nommé roi.

En 1835, de grands travaux furent entrepris et Pédifice atteignit des proportions que l’on crut un moment en rapport avec les besoins toujours croissants de l’administration ; il fallut reconnaître qu’on s’était trompé et construire plus tard les deux annexes qui occupent le côté gauche de la place.

Le 24 février 1848, après dix-huit ans d’un règne troublé par de fréquentes émeutes (l’une d’elles, celle des journées de 1832, dites de Saint-Merri, est restée célèbre dans l’arrondissement), Louis-Philippe dut abandonner le pouvoir, et ce fut encore à l’Hôtel de Ville que s’installa le gouvernement provisoire. C’est là aussi que siégea le gouvernement de la Défense nationale en 1870; là encore que, le 18 mars 1871, s’installa la Commune de Paris qui, deux mois après, ne laissait debout derrière elle que des ruines roussies par l’incendie.

Depuis, l’édifice a été reconstruit. Le conseil municipal y tient ses séances et donne chaque année dans ses*salons, magnifiquement décorés, deux grandes fêtes dont les invitations sont très recherchées.

Non moins que les arrondissements que nous avons visités précédemment, celui-ci est curieux en monuments et aussi en institutions. Limité à l’ouest par le

boulevard de Sébastopol, au nord parles rues Itarabuteau, des Francs-Bourgeois et des Vosges, a l*e-t parles boulevards Beaumarchais et Bourdon, au midi par les quais ; traversé de la place de la Bastille au pont Sully par le boulevard Henri IV, coupé au centre par la rue de llivoli que la rue Saint-Antoine continue, il a, malgré les quelques vieilles voies qu’il renferme et que l'amateur de pittoresque serait fâché de voir disparaître, sa large part d’air, de soleil, d’arbres et d'eau.

Quant à ce que nous y verrous, est-il utile d’en faire une énumération, et n'est-il pas un des plus riches de Paris, cet arrondissement qui renferme Notre-Dame, rilôtel de Ville, Saint-Merri, la tour Saint Jacques, l’hôtel Sully, l’hôtel de Sens, l’hôtel Lambert et des institutions qui s’appellent le lycée Charlemagne et la bibliothèque de l’Arsenal.

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