‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissementsChapitre 18 sur 40 · OPÉRA · texte numérisé non relu

OPÉRA

DEUXIEME EDITION

PARIS

A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

Droits de reproduction et de traduction réservés.

INDEX ALPHABETIQUE

Pages.

Boulevard des Italiens I

— de la Madeleine 1

Cabaret du Chat noir 3

Chapelle Taitbout 15

Château du Coq 16

Chemin de fer de Lyon (Administration du, 49

— — d’Orléans (Administration du) 49

Cirque Fernando 3

Collège Rollin 3

Compagnie du Gaz 49

Comptoir d’Escompte 5

Conservatoire de musique et de déclamation 6

École commerciale 4

— primaire supérieure de jeunes filles 3

Église Notre-Dame de Lorette 12

Saint-Eugène 7

— de la Trinité 20

Folies-Bergère 5

Galerie Sedelmeyer 49

Hôtel du Grand Orient de France 5

— du journal le Figaro H

— du Petit Journal 5

— Thiers 49

— des Ventes 12

Institution des Dames de la Trinité 2

Mairie du neuvième arrondissement 11

Maison Barhedienne 9

— du Pont-de-Fer 9

— ■ rue Rochechouart 4

Passage du Havre 50

Porcherons {les) 16

INDEX ALPHABÉTIQUE

Pages.

Quartier de la Chaussée d’Antin 2

— du faubourg Montmartre 2

— Rochechouart 2

— Saint-Georges 2

Révision (Hôtel des Ventes} 15

Rue Caumartin 46

— de Laval 2

— Victor-Massé 2

Salle Beethoven 49

— Herz 19

— Pleyel 4

Square d’Anvers 4

— Montholon 5

— de la Trinité 20

— Vintimille 2

Statue de Berlioz 2

— de Diderot 4

— de la Paix armée 4

— de Sedaine 4

Temple consistorial israélite, rue de Buffault 5

— rue de la Victoire 18

— de la Rédemption. 15 ■

Théâtre d’Application .. 18

— des Nouveautés ... 48

— de l’Opéra.. 22 î

— Robert-Houdin 48 j

— du Vaudeville 21

INTRODUCTION

Au douzième siècle* à l’endroit où nous voyons aujourd’hui la mairie du neuvième arrondissement, l’hôtel des Ventes, celui du Figaro, on rencontrait au milieu des champs et des marais, un peu au delà du ruisseau de Ménilmontant, une construction assez importante que l’on désignait sous les noms de Grange batailleuse, Grange de la Bataille, Grange bataillère . Auprès d’elle, et c’est à ce voisinage qu’elle devait ces dénominations diverses, se trouvait un champ des joutes, jeux militaires fort en usage à cette époque.

Les luttes étaient-elles toujours courtoises? Nous ne prendrions pas sur nous de l’affirmer ; il est probable que plus d une querelle particulière venait se vider là, et que le champ des joutes fut le théâtre de plus d’un combat sérieux et de quelques jugements de Dieu .

Quoi qu’il en soit, la Grange bataillère formait, avec ses dépendances, un fief important dont Guy, comte de Laval, était propriétaire au treizième siècle, les blancsmanteaux au quinzième, et qui, en 1743, était devenu l’un des apanages de Jean de Bourbon, comte de Vendôme ; enfin, au dix-huitième siècle, il appartenait au président Pinon, dont l’hôtel avait remplacé la grange antique.

Il serait sans intérêt de chercher à reconstituer la

INTRODUCTION

campagne de ce temps-là ; nous la trouverions telle que nous avons eu l’occasion de la décrire plusieurs fois déjà: toute en culture, parsemée de modestes habitations de travailleurs, sillonnée de chemins abrupts, égayée çà et là par le tournoiement des ailes de quelques moulins. Pourtant ce vaste espace aéré, verdoyant, se dirigeant en pente douce vers les hauteurs de Montmartre, ne manquait pas d’un certain charme attirant, et, dès le commencement du quatorzième siècle, en 1310, nous voyons une famille Coq s’y faire construire une luxueuse habitation, qui subsista longtemps et fut connue sous le nom de château du Coq ou des Porcherons .

Nous parlerons des Porcherons tout à l’heure; entretenons-nous pendant un instant du château. Il était situé rue Saint-Lazare, à 68 toises environ du chemin qui devint plus tard la rue de l’Hôtel-Dieu, puis celle de la Chaussée-d’Antin ; il faisait face à la rue du Coq ou chemin de Clichy (aujourd’hui rue de Clichy) ; c’était un bâtiment rectangulaire, flanqué de tours rondes et carrées à toits pointus, entouré de hautes murailles, renfermant une chapelle, et dont la porte principale portait cette inscription, qui fut ajoutée au dix-huitième siècle : « Hôtel du Coq , 1310. » Il avait environ 50 toises de façade sur 40 toises en profondeur ; la porte dont nous venons de parler s’ouvrait exactement au lieu où se trouve maintenant l’avenue du Coq. Dans ce château, au dire d’une ancienne tradition, Louis XI, au retour de son sacre, en 1461, aurait passé une nuit avant d’entrer dans sa bonne ville de Paris, par le faubourg Saint-Denis.

LE CHATEAU DU COQ (XVIIe SIÈCLE). LES PORCHERONS EN 1840.

DESSIN DE F. HOFFBAUER.

INTRODUCTION

C’est clans le voisinage de cette demeure que se forma le petit village des Porcherons, longtemps ignoré, puis devenu célèbre au dix-huitième siècle. Ce village, sans délimitation précise, s'étendait à peu près depuis le faubourg Montmartre, où se trouvait sa chapelle déjà dédiée à Notre-Dame de Lorette, jusqu’un peu au delà du château du Coq, dans la rue Saint-Lazare. Sur la hauteur qui faisait face à cette ligne prise pour base, il disséminait ses maisons et ses cultures ; la rue Blanche, sous le nom de rue de la Croix- Blanche, était déjà tracée, et dans la rue de la Tour-des -Dames, faisant crochet alors et retombant rue Saint-Lazare, on voyait un petit monument qui appartenait à l’abbaye de Montmartre, qu’on nommait tour des Dames et qui fut converti en moulin plus tard.

Au dix-huitième siècle, de nombreux cabarets s’étaient établis aux Porcherons; on y vendait de ce vin ginguet, c’est à-dire passablement vert, qui faisait ginguer ou sauter ceux qui le buvaient ; de là le nom de guinguettes donné aux établissements où on le débitait.

L’une de ces maisons les plus célèbres alors était la Grande Pinte ; elle était située à l’angle que forment actuellement les rues Saint-Lazare et de Clichy, et était tenue par un nommé Magny qui, en 1767, la céda au fameux Ramponeaux (1), fondateur du Tambour royal de la Courtille. La vogue que le cabaretier avait su con-

(1) Nous rétablissons ici la véritable orthographe du nom de Ramponeaux, orthographe parfaitement établie, avec pièces à l’appui, dans un intéressant travail de M. Ernest Causin, paru en 1884 dans V Almanach du vieux Pains, publié par la Société des Éclectiques .

INTRODUCTION

quérir à la Courtille le suivit aux Porcherons, et sa clientèle, originairement composée de soldats et de gens du peuple, s’augmenta considérablement alors. La mode était venue, pour les gens du meilleur monde, d’aller assister, dans les cabarets, aux distractions du peuple. Chevaliers, marquis, abbés, grands seigneurs, nobles dames déguisées en grisettes — disons-le puisque nous écrivons de l’histoire — trouvaient la plus savoureuse distraction en ces excursions dans un monde qui n’était point le leur. C’était avec cette grâce exquise qui leur fit pardonner tant de folles actions, qu’elles allaient gaiement s'encanailler aux Porcherons.

Cette promenade, il faut le dire, avait bien son charme, et le spectacle, pour ces aristocratiques visiteurs, ne manquait ni d’imprévu ni de pittoresque. L’immense cuisine, que l’on traversait en entrant, était meublée de grands bahuts chargés de vaisselle ; un des côtés du rectangle était occupé par une gigantesque cheminée au manteau rejoignant le plafond rayé de solives. Le foyer rempli de bûches flambantes — fournaise dorant de couleurs appétissantes nous ne savons combien de quartiers de bœuf, de mouton, de gigots et de langues de veau — reflétait ses fulgurances sur les panses des pots d’étain, sur les assiettes peintes, sur les murailles aux poutres entre-croisées garnies d’images aux couleurs violentes. Dans le grand salon, où six cents consommateurs tenaient à Taise, on voyait un encadrement de tables entourées de buveurs et chargées de victuailles ; au centre se trémoussaient les danseurs, interrompant de temps à autre leurs exercices quand une querelle naissait et dégénérait en ba-

INTRODUCTION

taille pour se terminer lorsque le guet, faisant irruption, calmait les belligérants à coups de crosse et emmenait les plus bruyants au poste. Sous les tonnelles devisaient en buvant tous les rimeurs du temps, et Vadé prenait des notes pour la rédaction de son Catéchisme poissard.

A cette époque, quelques maisons de campagne et quelques fermes s’élevaient seules en ces parages, mais ce fut vers 1772 et pendant les années suivantes, que de notables changements s’y accomplirent. Les rues d’Artois (aujourd’hui rue Laffitte) et de Provence furent percées, cette dernière sur une partie du grand égout enfin recouvert; la ruellette aux Marais-des- Porcherons devint les rues Ghantereine et des Postes, empruntant ce dernier nom aux postes de commis établis là par la Ferme générale ; successivement s’ouvrirent les voies que nous connaissons sous les noms de rues du Helder, Taitbout, de la Ferme-des-Mathurins (aujourd’hui rue Yignon), Neuve-des-Mathurins, Joubert,deCaumartin,Chauchat,etc.; enfin, et ceci peut être considéré comme le signal de la création du quartier, la rue de fHôtel-Dieu, déjà redressée depuis une cinquantaine d’années, étant devenue la chaussée d’Antin, on vit s’élever, à l’angle du boulevard (où fut depuis le café de Poy), une caserne pour les gardes françaises ; sur cette voie nouvelle, le financier Necker fit construire un hôtel par l’architecte Gherpitel ; Mlle Guimard, danseuse de l’Opéra, en fit bâtir un autre par Ledoux ; quelques bourgeois et riches propriétaires imitèrent ces exemples, et la rue ne tarda pas à se border de bâtiments élégants. Vers le même temps, Boutin, trésorier

INTRODUCTION

de la marine, créa rue Saint-Lazare, vis-à-vis le château du Coq, un jardin mi-français, mi-anglais, qui devint plus tard un lieu de réjouissances publiques, bien connu sous le nom de Tivoli . Concurremment, les hauteurs du quartier commençaient à se peupler; peu à peu les guinguettes, dont la grande vogue était passée, disparaissaient pour faire place à des habitations bourgeoises et à des maisons de plaisance, et des Percherons il ne resta bientôt qu’un souvenir qui disparut sous le dernier empire.

C’était rue Saint-Lazare, en face des maisons qui séparent la rue de La Rochefoucauld de la place de la Trinité, une construction basse percée d’une grande porte cintrée, et à son extrémité d’une autre porte à fronton triangulaire de style renaissance, depuis longtemps condamnée, et qui portait la date de 1525. Ferme ou maison de plaisance au temps ancien, cette maison, avant sa démolition, était habitée par un marchand de vin et un marchand de curiosités.

C’est sous Louis XV aussi que la partie méridionale de l’arrondissement fut réunie à la capitale; le haut du quartier resta la campagne encore jusqu’à la construction du mur d’enceinte de Louis XVI, et sous le règne de ce dernier, l’Opéra fit pour la première fois son apparition dans l’arrondissement auquel il devait donner son nom.

Cette installation ne fut qu’accidentelle et provisoire; ainsi qu’on le verra au cours de notre promenade, elle eut lieu en 1781, à la suite de l’incendie de la seconde salle du Palais- Royal ; les représentations furent données dans la salle de spectacle de l'hôtel des Menus-

INTRODUCTION

Plaisirs du roi* ancienne demeure du comte de Charolais, arrière-petit-fils du grand Gondé. L’hôtel des Menus (ainsi qu’on le nommait communément) était une sorte de garde-meuble ; on y emmagasinait le matériel des fêtes de la cour et l’on y répétait les pièces que l’on devait jouer à Versailles. Il est devenu le Conservatoire de musique et de déclamation.

S’il n’avait l’Opéra, le Conservatoire suffirait à la gloire du neuvième arrondissement; on nous pardonnera d’anticiper un peu sur l’ordre des temps, pour dire quelques mots de cette institution.

C’est par un arrêt du conseil du 3 janvier 1784, motivé par uné proposition du baron de Breteuil, que cette grande institution fut créée sous le nom & École royale de chant et de déclamation . Elle ouvrit le 1er avril de la même année sous la direction de Gossec. On y enseignait alors le chant, la musique instrumentale, l’harmonie, la composition musicale et la danse. C’était, on le voit, une pépinière exclusivement destinée à fournir des artistes à l’Opéra. En 1786, sur le rapport du duc de Duras, une école de déclamation lui fut annexée et les premiers artistes du temps, Molé, Dugazon, Fleury, en furent les professeurs.

La Révolution faillit faire péricliter l’institution naissante; mais Sarrette la releva dès 1792, et l’installa d’abord rue Saint-Pierre-Montmartre, puis rue Saint- Joseph; elle prit alors le nom d’institut national et Napoléon Ier lui donna un local digne de lui en le transférant aux Menus-Plaisirs.

Tandis que l’Opéra s’installait aux Menus-Plaisirs, Brongniart bâtissait pour les capucins de la rue

1NTH0DUCTI0N.

Saint-Jacques un grand couvent dans la rue de la Croix. C’est aujourd’hui le lycée Condorcet et l’église Saint- Louis d’Antin.

Ne quittons pas le dix-huitième siècle sans rappeler ce jardin de Tivoli fondé par Ruggieri, en 1796, dans cette propriété que nous avons vu tout à l’heure construire par Boutin. Là, pendant vingt ans environ, se donnèrent des fêtes très suivies ; là les montagnes russes conquirent une popularité qui leur revient maintenant après les avoir quittées longtemps ; là on tirait des feux d’artifice, on donnait des bals, on enlevait des aérostats. La malheureuse Almo Blanchard y fit, le 6 juillet 1819, sa dernière et mortelle ascension.

Plusieurs maisons de l’arrondissement ont été, en ce temps, les témoins de faits historiques. Rappelons-en deux seulement. Devant celle qui porte aujourd’hui le numéro 42 de la rue de la Chaussée-d’Antin, la foule se pressait un matin d’avril autour du cercueil de Mirabeau, dont les restes allaient être transportés au Panthéon. Du haut du perron d’un petit hôtel de la rue Chantereine (tout nouvellement alors rue de la Victoire) le général Bonaparte donnait un signal aux officiers qu’il avait réussi à grouper autour de lui et partait pour Saint-Cloud; quarante heures après le Directoire avait vécu, le coup d’État du 18 brumaire était un fait accompli ; Bonaparte, premier consul, regardait l’avenir et déjà voyait en ses rêves la couronne impériale qu’il devait ceindre plus tard (1).

(1) La maison de la rue Chantereine avait été habitée par Talnia avant d’appartenir à Bonaparte; elle fut donnée par l’impératrice Joséphine à Mmc Lefebvre

-Desnouettes et le général

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L’Empire, on le voit, sortit du neuvième arrondissement; pourtant il ne fit que peu de choses pour lui. A peine lui doit-on la création de l’abattoir aujourd’hui disparu et remplacé en partie par le square d’Anvers. Néanmoins la finance et l’aristocratie guerrière du temps se portèrent vers ces quartiers neufs et y multiplièrent les hôtels. En même temps naissait la splendeur du boulevard des Italiens, splendeur qui devait s’accroître encore sous la Restauration quand, sous le nom de boulevard de Gand , il devint le rendez-vous de toutes les élégances.

Sous Louis XVIII et Charles X, les divers quartiers de l’arrondissement s’enrichirent de nombreuses voies; à son centre la rue d’Artois fut prolongée jusque devant l’église Notre-Dame-de-Lorette, nouvellement construite, et les rues FléchieretBourdaloue furent ouvertes; de cette époque date aussi la création du passage de l’Opéra, le percement des rues Gaudot-de-Mauroy, de Sèze, Tronchet, d’Amsterdam, de Londres, d’Athènes, de La Bruyère, l’ouverture de la place Saint-Georges, celle des rues Chaptal, Cretet, du Delta, Bochardde-Saron et enfin, car bien qu’incomplète, il faut terminer cette nomenclature, la formation de la cité Bergère.

Mais l’événement capital de l’époque est l’établissement de l’Opéra dans l’arrondissement.

C’est dans l’ancien et magnifique hôtel des ducs de Choiseulqu’à titre provisoire fut construite, en 1820,1a salle de l’Opéra. On se souvient que le 13 février de cette

Bertrand y demeura après son retour de Sainte-Hélène. Devenue la propriété de M. Gontier, elle a été démolie en 1855.

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année-là le duc de Berry avait été mortellement atteint par le poignard de Louvel au seuil du théâtre de la rue de Richelieu. Louis XVIII, après cet assassinat, ordonna la démolition de la salle qui en avait été témoin. Nous nous étendrons longuement surl’histoire de l'Opéra et des treize salles qu’il a occupées en accomplissant notre promenade; bornons-nous à rappeler ici que la salle de la rue Le Peletier fut ouverte le 16 août 1821 par une assez pâle représentation des Bayadères et du Retour de Zépkire , et qu’elle fut complètement incendiée le 28 octobre i873.

On l’a vu, le coup d’État de brumaire est parti du neuvième arrondissement. La Révolution de 1830 devait en quelque sorte y naître aussi. Laffitte, qui fut un de ses plus ardents promoteurs, avait son hôtel rue d’Artois ; c'est chez lui que les députés et les journalistes de l’opposition venaient prendre le mot d’ordre.

Le règne de Louis-Philippe fut fécond en percement de rues nouvelles dans ces quartiers. Au bas s’ouvrirent les rues Geoffroy-Marie, Rougemont et de Trévise, les passages Verdeau et Jouffroy ; au centre la rue Notre-Dame de Lorette., vers le haut, d’un côté la rue Rodier, de l’autre la rue de Navarin, les rues de Boulogne (aujourd’hui rue Ballu), Clauzel, de Douai, de Calais, de Vintimille, Mansart, Moncey et la plupart des rues de la partie est du quartier de l’Europe. En ce temps-là se construisit encore, rue de la Tour-d'Auvergne, cette petite salle de spectacle connue dans le quartier et dans i tout Paris sous le nom d 'École lyrique. Ainsi que sa " dénomination l’indique, ce ne fut originairement qu’une I sorte de classe de chant, mais elle ne tarda pas à être j

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XYII

louée par le fameux Achille Ricourt et devint la scène où se montèrent d’inénarrables représentations d’amateurs et où se produisirent aussi, pour la première fois, devant le public — c’est pour cela que nous en parlons — quelques artistes qui devaient briller plus tard sur de grandes scènes. Là ont passé, ceux qui vivent encore se le rappellent-ils? Dieudonné, Paul Deshayes, Orner, Gibeau, Mmes Périga, cette pauvre Desclée, morte si jeune, Agar, que l’on enterrait il y a quelques mois, Jouassain, la duègue non remplacée encore à la Comédie française, et bien d’autres encore dont l’énumération serait trop longue. L’École lyrique n’est plus qu’un souvenir, elle a été démolie en 1888.

On a pu le remarquer, bien que deux révolutions soient parties de son sein, le neuvième arrondissement prit rarement part aux commotions populaires et en souffrit peu. Aux jours d’émeute, il ferme ses boutiques, clôt ses volets, garde le mieux qu’il peut ses établissements financiers et attend le résultat de la lutte engagée. Il eut ses journées douloureuses pourtant. C'est sur sa lisière, sur le boulevard des Capucines qu’éclata cette fusillade du 23 février 1848, après laquelle toute réconciliation entre Louis-Philippe et le peuple devint impossible; c’est sur le boulevard Montmartre que fut faite cette charge du 4 décembre qui assura le succès du coup d’État de 1852.

Le 14 janvier 1858 a, lui aussi, laissé un ineffaçable et douloureux souvenir dans l’arrondissement. Ce sctrlà, à l’Opéra brillamment illuminé, on donnait une représentation de gala à laquelle devaient assister l’empereur et l’impératrice; à l’arrivée du cortège, trois

formidables explosions éclatèrent en moins d’une demiminute ; elles projetèrent en tous sens des nuées de projectiles; les vitres des maisons voisines volèrent en éclats ; cent cinquante personnes furent tuées ou blessées et, comme presque toujours en ces monstrueux attentats, ceux que les assassins visaient ne furent pas atteints.

Sous la Commune, en 1871, l’arrondissement vit piller la maison de M. Thiers; enfin, Je 27 mars 1892, une maison de la rue de Clichy fut à peu près détruite par une explosion de dynamite.

Reprenons maintenant l’histoire où nous l’avons laissée. Nous sommes arrivé à l’Empire; les transformations vont être rapides, les embellissements impossibles à énumérer. La mairie, dès 1849, a été installée dans le bel hôtel qu’elle occupe. En 1853, le baron Haussmann est nommé préfet de la Seine et les grands travaux de Paris commencent. Ici, et nous ne sortons pas de l’arrondissement, on achève l’hôtel des Ventes, commencé en 1851, on bâtit les églises Saint- Eugène et de la Trinité, on commence la construction du temple consistorial israélite de la rue de la Victoire, on démolit la prison de la rue de Clichy où, depuis 1826, on détenait, aux frais de leurs créanciers, les débiteurs insolvables ; on rebâtit le Vaudeville exproprié de la place de la Bourse, on crée l’École commerciale de l’avenue Trudaine ; le boulevard Haussmann, la rue Lafayette et la rue de Châteaudun ouvrent leurs larges percées; le square Montholon égaye tout un quartier de sa verdure ; enfin, au mois d’août 1861 , on pose la première pierre du nouvel Opéra et les rues

INTRODUCTION

Auber, Gluck, Halévy, Meyerbeer sont tracées dans son voisinage.

Nous voici maintenant aux temps modernes, les embellissements commencés sous l’Empire se sont continués sous la République ; le square Vintimille s’est orné de la statue de Berlioz, la place d’Anvers est transformée en promenade, le collège Rollin quitte la rive gauche et s’établit dans les spacieux bâtiments de l’avenue Trudaine, de nombreuses écoles communales et maternelles s'élèvent sur tous les points de l’arrondissement : au nord rue des Martyrs (École primaire supérieure), à l’ouest rue Chaptal, au midi rue Blanche. Enfin, on voit successivement s’ouvrir le Cirque Fernando, l’Eden-Théâtre, le Théâtre d’application, le Skating de la rue de Clichy remplacé maintenant par le Casino de Paris et le Nouveau-Théâtre; le Théâtre des Nouveautés, la galerie Georges Petit, la galerie Sedelmeyer. N’oublions pas les beaux hôtels : l’hôtel Scribe, le Grand-Hôtel, les riches constructions où sont installées les administrations des chemins de fer de l’État, de Lyon, d’Orléans et du Midi, les Magasins du Printemps, relevés plus brillants que jamais de la ruine dont les frappa l’incendie du 9 mars 1881, et, pour en finir par un établissement qui rappelle, d’une façon lointaine, le Tivoli de Ruggieri dont nous avons parlé, lesmontagnes russes du boulevard des Capucines. Tout, on le voit, est riche et luxueux en ce magnifique arrondissement ; la haute vie semble y avoir établi son quartier général ; l’art et le plaisir s’y présentent sous leurs aspects les plus séducteurs. La misère y paraît inconnue; vous n’y rencontrerez ni un hôpital ni un hospice;

INTRODUCTION

pourtant on y songe à ceux qui souffrent, et c’est intelligemment et de confortable façon qu’on leur vient en aide.

Là s’est créée, grâce à l’initiative du docteur Nachtel, l’œuvre des Ambulances urbaines, dont le siège social est rue Scribe.

Cette œuvre, qui fonctionne depuis le 1er juin 1888, a pour but de porter un secours immédiat aux personnes qu’un accident atteint sur la voie publique ; elle met à leur disposition une voiture pour les transporter soit à l’hôpital, soit chez elles, et un interne pour leur donner les premiers soins.

11 nous reste à définir les physionomies diverses des quatre quartiers de l’arrondissement; c’est ce que nous ferons au début de notre promenade.

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