EUG. REY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Boulevard des Italiens, 8 « o
0 0 0 lia été tiré de cette édition o o o 5o exempt, numérotés sur papier du Japon
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Les dessins contenus dans ce volume sont extraits du Journal Amusant, du Journal Le Rire.
A Eug. BEJOT
Cb. Ti.
Ptéface
Comme Flaubert, Charles Huard est né natif de Normandie. Je dis comme Flaubert, car il ni apparaît réellement que quelque cousinage éloigné l'apparente au grand misanthrope de Croisset. La même horreur du bourgeois le domine et d'ailleurs l'incite à ne portraiturer que la bourgeoisie exclusivement. Comme Flaubert, il a haï d'abord sa natale normande, ses habitants, ensuite cette haine colorée s'est étendue jusqu'aux Parisiens. Haine fertile entre toutes ! elle condîiit ceux qui en sont possédés à décrire les motifs exécrés avec un soin dont l'amour le plus endurci ne serait pas capable. Elle nous a vahi Homais sous la plume lyrique d'un homme destiné à de plus vastes peintures ; elle nous vaut aujourd'hui les silhouettes que voici, et que Flaubert eût aimées... Ce n'est pas, croyez-le, par pur hasard ou simple rapprochement que ce nom me revient obstinément aux lèvres aujourd'hui. Il y a des symptômes patronymiques
chez les Normands. Voyez Guy de Maupassant. Vombre de celià-là s'évoque aussi avec la même hantise^ four feu que Von feuillette les contes dessinés de M. Huard. Même mordant, même simflicité de ligote, même chamf d'observation, mêmes histoires... Cette filiation de terroir, le jeune feintre Va f eut-être invinciblement sentie, lui aussi, fuisqiCil frit flaisir à illustrer dernièrement Bouvard et Pécuchet. Ce fut là une heureuse collaboration, et il en naquit un de ces trof rares ouvrages qtii tranchent sur la monstruosité de la librairie contemforaine. Les artistes qui, au cours de leur carrière, ont le bonheur de fouvoir illustrer le livre qu'ils aiment entre tous, nous donnent farfois, grandis far Vâfre désir de la réîcssite et de V identification, d' émouvants commentaires. Le cas vient de se froduire, Van dernier, four M. Jeanniot, avec le cher o Adolphe ».
TJamour ou la haine, disais-je, tout à Vheure, égales et immortelles nourricières ! Pour bien feindre le feu fie, il faut V adorer ou le haïr : haïr est mieux encore ; le ferment semble flus fuissant. M. Huard aura bien détesté sa frovince, à en juger far le talent qu'il défense chaque jour à la feindre !
Qui de nous n'a fas en mémoire des faysages analogues à ceux qu'il s'amuse à faire défiler dans ces magazines, ces illustrés dont chaque semaine voit accroître le nombre ?
Ce n'est foint tonte la province; ce sont les tyfes exceftionnels des fetites villes, ce sont les excetitriques fonc^ tionnaires, ces étranges toqués ou maniaques que Von regarde traverser le cours ou s'accouder le soir aux tables d'hôte balzaciennes du fetit hôtel du Commerce. Ce sont ces maniaques mystérieux dont regorgent toutes les sousfréfectures de France, ceux qui ont tenu, leur vie durant.
à suffoquer leur -patelin -par Véclat glorieux d'un certain port de barbe, dun certain complet à carreaux^ dun fumecigarette à équivoque graveleuse... C'est l'agent-voyer, c'est le capitaine de gendarmerie le long des berges du canal, c'est le juge suppléant solitaire, composant une ballade sur V immortel Vespetro...
M. Huard sait et nous prouve que l'homme le plus banal de Castelnaudary ou de Mas-en-Puelle en arrive de la sorte à se présenter aux yeux du touriste abasourdi avec la tête d'Ibsen, de M. Thiers ou du général Cambacéres.
Leur historiographe, — c'est le mot, — n'hésite pas à nous les montrer, ces héros anonymes, par troupe les jours de marché, en groupe à l'heure des vêpres, aussi bien qu'à l'heure trouble où les épouses sont couchées, quand ils se dirigent vers la petite maison derrière le greffe ou la caserne, la petite maison à l'abri de laquelle bn'tle en veilleuse, en les attendant, l'âme mélancolique de M}""^ Carmen. Il ne faut pas rire. Ces toqués à marottes, ces mornes excentriques que le peintre fait défiler devant nous ne sont pas drôles. Les plus bossus, les plus hilares, sous le pinceau de Huard prennent des expressions de spleen, de faconde rageuse que rien ne peut plus détourner de Leurs idées fixes, rien, ni le voisinage de la mer, ni la douceur des pipes quotidiennes. Ils sont tristes comme le bruit des récréations
derrière le mur du pensionnat. Jamais avant ce dessinateur réaliste de la province, on n'avait dit le romanesque d'un pantalon, la protestation d'un gilet, les revendications désespérées d'une manche. Les fils de M. Homais accourent un à un se ranger sur le papier. Nous devinons des âmes contraintes, des juges de paix géniaux, des poètes méconnus, des amoureux sans Jidiette, des épaves aussi avec leurs souvenirs graves et sincères. Et, véritablem,ent, quand nous les voyons se diriger comme des écoliers en vacance, amèrement, vers la maison où les attend l'âme en veilleuse de M"^ Carmen, nous n'avons pas envie de rire ; nous sentons bien qu'ils vont se prendre à mâchonner, en frappant à la porte, la phrase épouvantable du héros de /'Education sentimentale : « C'est peut-être ce que nous avons eu de meilleur ! »
Mais laissons la province à son banc, à ses réverbères, à ses agapes et à ses joies électorales. Feuilletez le livre que voici et vous allez trouver aussi le bon et réchauffant Paris, le Paris de la Bourse, des camelots, des pioupious de banlieue. Voyez comme on sait vous camper avec le même trait, la face de ce voyou, à côté de ce candide paysan normand de tout à l'heure ; comme on s'entend à faire jaillir l'antithèse qu'il y a entre la prunelle desséchée de ce marin et le louche pachydermisme de ce commerçant du Marais ! ...
« Paris, départements, étranger », dit l'enseigne qui ne ment pas. Car M. Huard ne jîous a pas si longtemps conduit le long des routes départementales, d'octroi en octroi, pour s'arrêter au bord de la grève où finit le doux pays de France. Il a passé l'au-delà de sa petite Normandie et il nous rapporte quelques récits londoniens. Que voidez-vous que soit l'étranger pour un Normand? Ce n'est pas l'ita-
lien, ce n'est point le Russe, V Espagnol ou le gai Portugais, c'est toujours, incontestablement, Vennemi héréditaire, celui qui traversait jadis a ma Normandie » avec ses favoris roux, son complet à carreaux, et son ombrelle verte, tel que l'imaginent encore tante Anaïs ou Evelina, ces chères femmes dont l'agressive curiosité ne se reporte plus guère maintenant que sur l'automobile péristaltique, l'ennemi nouveau de la province, en passe de devenir l'ennemi héréditaire à son tour, pour les populations de Landerneau.
Huard est le peintre de la médiocrité, du commun : en dehors des approbations que lui vaut intrinsèquement son talent au métier si sûr et si abondant, il restera parmi les notateurs les plus intéressants de notre époque; et il est, lui aussi, un poète de la chose moderne. Son œuvre personnelle fait songer à un Coppée plus ironiste, un Coppée qui aurait écrit les vers de Laforgue... 0 chantre des calicots, peintre du « trois quatre-vingt-quinze », comme facilement on vous croirait, à en à juger par ces croquis terribles, une morgue façonnée à leur amertume, alors que vous n'êtes qu^un grand garçon, très doux, aux yeux d'eau, emplis
d'une grande nostalgie marine, et qui fasse, furtif et dolent, dans une civilisation où votre âme de campagnardné récalcitre et se sent tnal à Vaise, éprise dun rêve plus serein, dun idéal meilleur... Vous avez Vair de crayonner ces choses, sur votre manchette, en attendant... Et, en attendant toujo^irs, vous fixez, en ces œiivrettes journalières, une personnalité à laquelle vous ne pourrez plus jamais vous dérober. C'est parfait. Votre satirisme vient du désœuvrement contre lequel lutte une main experte en Vart des lignes ; il fiaîl libre, sans contrainte d'aucune sorte, d'une observation éternellement en voyage, chez un passager solitaire et rancuneux... Paris, Province et Etranger.
M. Huard est aimé de la foide, rare aubaine. C'est qu'il a su mêler de l'humour à son talent. Ceci fait passer cela ; car, — il n'y a pas à se le dissimuler, — le talent, l'observation, la philosophie, la vérité, la foule ne vous pardonne tout cela que si elle ne s'aperçoit pas que vous lui servez un aliment supérieur. Il y a des lustres, ce fut le cas de Daumier. Plus elle croira votre œuvre vidgaire oit conçue d'abord, avant toute chose, en vue d'agréer à sa souveraineté, plus elle mettra de bonne grâce à vous trouver, par surcroît, du talent, de l'observation, de la philosophie et de la vérité... A cause de son humour naturel et sans qu'il dût s'y efforcer, M. Huard a conquis d'emblée les faveurs de
Monsieur T out-le-Monde ; il n^avait -pas à s^ abaisser four cela ; c'était sa forme naturelle d'inspiration d'être comique, de violenter ainsi ses souvenirs sur du fafier... Cette facilité apparente l'a sauvé et lui a permis l'accès de la popularité. En effet, M. Huard passe pour un Caricaturiste. Mot absurde, mais bienfaisant, qui tempère aux yeux des bonnes gens toutes les qualités excessives d'un tempérament et d'une personnalité ! Laissons-lui cette étiquette de caricaturiste • — mais, à part nous, saluons l'artiste probe, chercheur, mélancolique, si subtilement anarchique, dont les dessins nous semblent parfois des parcelles de nitroglycérine déposées au bas des pages d'utt journal, — oui, laissons-lui cette étiquette sauveiise, puisqu'en France, l'art, pour réussir, a besoin d'un pareil truchement et puis qu'aussi bien, — les événements nous Vont appris, — les bombes qui ont le loisir de produire le plus d'effet sont celles que les passants ont prises pour des boîtes à sardines.
Henry BATAILLE.
Choses de Paris
— D'abord nous, on est une industrie de luxe, et on serait les premiers à souffrir d"une sociale.
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— Décidément ça n'est pas dans les livres que j'apprendrai pourquoi ma femme m'a tant trompé.
— Le journalisme ne m"a pas réussi, mais ce n'est pas à cause de mon style.
Ma petite/dites vous bien ça : les maîtres sont tels que les font les domestiques.
Moi, c'qui m'dégoûterait, c'est la livrée
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— Vous mettez ça sur une blouse ou sur un bourgeron, tous v'Iàtout de suite habillé; je vends la chaîne de montre et ses accessoires lo centimes.
— Le Tzar, Loubet, le Pape, sont des hommes comme toi et moi, seulement ils marquent moins mal
Vieilles Dames
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Ne lui parlez pas des robes tailleur!
— Qui vous a fait votre délicieux chapeau ;
— Mon pauvre cœur n'est plus qu'une source tarie!
— Vous qui êtes toujours si élégante, mademoiselle Nappe...
— Ma petite, si vous croyez que Moche, mon mari, ne m'en a pas fait voir!
— Ce que vous me dites delà Sous-Préfète ne m'étonne pas. Voilà où nous ont amené trente ans de République ; ah ! ce n'est pas sous l'Empire qu'une femme de fonctionnaire aurait osé sortir sans corset!
La Politique
— J'ai mis en vers votre dernier discours sur le déplacement du magasin de pompes; ma fille va faire de la musique là-dessus. Nous arrangerons ça en cantate. Ce sera charmant, monsieur le Maire.
— Voyez-vous, peut être notre avenir a-t-il été gâté par les fiches?
Les témoins.
— Moi, je jetterais la Hollande en pâture à l'Allemagne et je m'emparerais de l'Espagne pour voir la tête que ferait l'Angleterre !
>lque.
— Je ne vous poserai pas de questions indiscrètes, mais qu'entendez-vous par l'extinction du paupérisme?
— Est-ce que vous croyez encore ce que racontent les journaux:
— 11 nous faut la tête du sous-préfet. Nous l'aurons. Jurons-lcl
hs^ribution de prix. — ...Jeunes élèves, toutes les autorités de cette ville ont tenu ; VIS apporter l'encouragement de leurs présences; que la vue de ces nobles visages soi. pir vous un exemple fécond !...
- Ce portrait est destiné à notre salle du Conseil; exagérez, si c'est possible, mon r intelligent, vous ferez plaisir à ces messieurs.
— Je crois bien que vous êtes aussi de mon avis, monsieur le Comte : s'il n'y avait pas le buffet, le Préfet ne nous verrait pas souvent à ses soirées.
Sentimentaux
- Il vous faudrait pour me comprendre, Florimond, plus de poésie et plus d'élévation dans les sentiments, qu'on en a d'ordinaire dans les Contributions indirectes!
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