‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 107 sur 159 · BATTERIE DANS UN CABARET · texte numérisé non relu

BATTERIE DANS UN CABARET

Mais d'où vient que ces gens éclattent?

Malle-peste ! comme ils se battent !

J'ay, pour le Maistre, du soucy !

Retirons nos pintes d'icy,

Fourons-nous dans cette autre salle ?

Ces coquins font une cabale;

Leur querelle est assurément

Une querelle d'Allemant,

Et cette sorte de canaille,

Pour la priser, n'est rien qui vaille.

Vois-tu bien ces quatre soldats,

Qui font icy les lîers-à-bras,

Avec leur brette degaisnée,

Jurant comme une ame damnée

Le Sacré Nom de nostre Dieu?

S'ils estoient sortis de ce lieu.

Et qu'on leur tirast quelques bottes.

Jamais tu ne vis tels pagnottes * ;

Mais ils se tiennent icy forts.

Car aucun ne vient du dehors,

Et nous deux, qui n'avons point d'armes.

Ne pouvons rien dans ces alarmes.

Le Maistre neantmoins l'entend :

Luy seul, contre eux, il se défend;

11 veut de l'argent, et ces drosles

Ne le payent que de paroles.

Quelle issue aura ce combat ?

Ma foy 1 le cœur pour lui me bat,

Lâches, poltrons.

Et je voudrois Lien sans échelle

Avoir enfilé la venelle.

Tous ces yvrognes sans raison

Vont investir cette maison.

Tcste-Llcu ! quelle grande foule !

Le moyen de sauver le moule * !

Pas un deux ne s'offre à conter,

Et le Maistre a beau contester,

Si un s'échauffe, aussi fait l'autre :

Icy l'un fait le bon apostre ;

L'autre, avec ses vilains cheveux,

Se fait déjà tenir à deux.

Mon Dieu 1 quel bruit espouvantable I

Ils s'en vont renverser la table :

Adieu les verres et les pots,

Les plats, les serviettes, les brots !

Ils font tout voler à la teste.

Et ne faut pas estre si beste

De s'en aller frotter le nez,

Car nous serions échignez :

Ils ont des pistolets de poche,

Dont ils tirent, dès qu'on approche.

Ah 1 mon cher amy, quel malheur !

Le Maistre change de couleur:

Il a reçu quelque blessure?

Elle est bien grande, je m'assure :

C'est une balle dans le corps,

Qui luy perce son juste-au-corps;

Au meurtre ! au meurtre ! A l'ayde ! à Tayde !

Secours ! Un Prestre et du remède î

Courez, quelqu'un, sans tant crier,

' Le moule du bonnet, c'est la tête ; le }noule du pourpoint, c'est le corps, et, par extension, l'estomac.

Au Capitaine du quartier, Au Sergent de la compagnie !

0 quelle estrange vilenie!

Peut-on souffrir à cette fois Qu'on assassine le Bourgeois ?

Les voisins se peuvent-ils taire?

Que l'on se plaigne au Commissaire !

Voicy déjà le grand Prévost.

Nous allons voir beau jeu tantost.

Ceux qui faisoieut tant les bravaches.

Et qui relevoient leurs moustaches, A la manière des Filoux, Font les sages et filent doux.

Pas un maintenant ne dégaine :

Ils sont plus mois que de la laine, Et surtout j'en remarque deux, Aussi pasles que des foireux :

Et ce sont ces deux-là sans doute, Qui sont cause de la déroute ; Ces deux ont le Maistre blessé.

Et, comme ils Font fort offensé, Ils méritent que la Justice Rigoureusement les punisse.

C'est à ce coup ; les voilà pris !

Ces meurtriers sont estourdis.

On les conduit sous seure garde:

Mon ame s'émeut! Il me tarde Que je ne sçache asseurement, Quel en sera Févénement.

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