‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 109 sur 159 · DESCRIPTION D UN COCHE QUI PART DE PARIS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION D UN COCHE QUI PART DE PARIS

Où grands fusils sont attachez, Estuis de chapeaux accrochez, Panniers et mannes qui brandillent, Cliablcs et cordes qui pendillent.

Passe avecque moy le ruisseau, De peur que dessus ton manteau Cette crotte ne rejaillisse.

Et ton rabat blanc ne salisse?

Ainsi, tout deux, hors d'embarras.

Pour rire, tu remarqueras La diversité des visages, Les qualitez des personnages Qui là-dedans sont entassez.

Dont la moitié montrent le nez Par la fenestre des portières Qui sont de cuir et de lanières.

Vois-tu déjà trois Âllemans, Qui jargonnent entre leurs dents, Trois Religieux et deux Prostrés Emmitoufliez de bonnes guestres, De bons habits, de grands chapeaux.

De bonnes robes et manteaux, Quatre femmes, fines matoises, Ou Damoiselles ou Bourgeoises, Car on n'en peut rien deviner,

' Dans les Adresses de la ville de Paris, par Abraham du Pradel , astrologue lyonnais (-iesi), on trouve, p. 56, l'indication des différents coches, par terre et par eau, avec leurs jours de départ.

A cause qu'allant promener

Nous les voyons toujours masquées ^,

Et de grands dominos flanquées,

Qui font qu'on ne sçauroit sçavoir

A les épier, à les voir,

Ou si ce sont femmes honnestes,

Ou si ce sont de bonnes bestes 2;

Mais, soit enfin ce que ce soit.

Ce sont des femmes que l'on voit,

Que l'on distinguera bien viste,

A la couchée, au premier giste.

Item, voilà deux gros Marchands Qui témoignent d'estre méchans;

Un Gentilhomme de campagne Habillé d'un bon drap d'Espagne; Item, quatre autres à cheval, Montez tellement bien que mal, Qui font escorte à cette troupe, Qui porte vingt panniers en croupe, Quatre malles, quatre ballots, Trois coffres, tant petits que gros, Et de l'estoffe et de la toile, Marquée avecque quelque estoile.

Et quelques chiffres enlacez.

Avec l'encre dessus tracez.

Bon Dieu ! quel bruit ospouvantable Ce monde fait, sans estre à table.

Dans cette grand'chambre d'osier ^,

• Les femmes à la mode portaient des demi-masques ou loups.

2 Femmes de bonne volonté.

^ On voit un de ces coches représenté sur un immense et peu exact profil de la ville de Paris, en quatre feuilles, gravô

Qu'on voit par le milieu plier, Et qui par les deux bouts balance Si fort, qu'il semble qu'elle danse !

Quel plaisir de voir ce Cocher Yvre et rustique, trébucher, Culebuter, eu dessus teste, En voulant monter sur sa beste, Et s'estre cassé le museau Au beau milieu de ce ruisseau î Je croy qu'il tarde à ces personnes, Surtout à ces porte-couronne*, Que le cocher, de vin épris, Déjà ne soit hors de Paris, Car c'est un embarras estrange Qu'un si grand coclie dans la fange ; C'est presque un village roulant, Qui n'avance que d'un pas lent, Et qui trouve dedans les rues Toujours quelques coques-cigruës, Des carosses et des charrois.

Qui l'arrestent autant de fois, Brisent essieu, disloquent roue, .^ Et couvrent les passans de boue.

Mais avançons deux ou trois pas, Je viens de découvrir là bas...

vers 1650, par N. Cochin, et un autre du môme genre, sur une petite eau-forte, exécutée vers 1750, par N. Ozanne (no 5 d'un recueil). A droite est l'entrée du jardin des Tuileries ; sur le premier plan, à gauche, stationne un grand coche d'osier, attelé, comme celui de l'estampe de N. Cochin, de quatre chevaux. (A. B.) » Moines, prêtres ; à cause de leur tonsure.

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