DE L EDITEUR. XV
dates certaines. Ce poëine satirique, plein de traits audacieux qui n'épargnaient ni le gouvernement, ni la religion, ni le roi, ni ses ministres , ni Dieu, ni diable, selon l'expression du poëte, présentait un caractère dangereux de rébellion contre tout ce qui devait être respecté à lépoque où il fut composé : on comprend que l'autorité civile et religieuse se soit émue de la publication d'un pareil pamphlet, qu'on avait laissé courir manuscrit, sans essayer de l'arrêter. Mais aujourd hui le Paris ridicule n'est plus pour nous qu'une pièce historique, très-précieuse et très-originale, qui reproduit avec beaucoup de vérité (en faisant la part de l'hyperbole) la physionomie physique et morale de Paris avant 1660. Il y a dans ce poëme, entaché de négligences et d'incorrections, une verve, une énergie, une couleur, qu'on ne trouve que chez les poètes de l'école de Saint-Amant. C'est Saint-Amant que Claude Le Petit a voulu imiter , en opposant son Paris ridicule à la Rome ridicule de son maître : même ton semi-sérieux et semi-comique, mêmerhythme dans les strophes de huit vers chacune, môme style ferme et pittoresque, mêmes intentions hostiles à l'égard de tous les dépositaires du pouvoir civil ou ecclésiastique. Mais Claude Le Petit est allé bien plus loin que Saint-Amant , et l'on doit même supposer que les passages les plus hardis de son ouvrage furent supprimés ou adoucis dans les impressions qui ont été faites depuis sa mort.
Ce poëme, vraiment remarquable et célèbre à tant de titres, fut imprimé pour la première fois en 1668, ù Amsterdam, par Daniel Elzevier, qui était en relation journalière de correspondance littéraire avec les écrivains français. Cette édition, dont les exemplaires sont fort rares, a pour titre : la Chronique scandaleuse, ou Paris ridicule, de C. Le Petit. Cologne, P. de la Place, 1668, petit in-12 de 47 pages. On doit présumer que bien peu d'exemplaires de ce petit livre pénéirèrent