DEL EDITEUR. XXI
Nous n'avons pas eu de peine à donner un texte plus correct que celui de ces nombreuses éditions de Troyes, en recourant à la première édition, qui peut passer pour avoir été revue par l'auteur , ou du moins sur son manuscrit. Nos annotations et celles de M. Bonnardot se rapportent à l'histoire physique et morale de Paris à cette époque ; car c'est là seulement ce qn'on peut aller chercher dans la poésie burlesque du père Berthod.
La Foire de Saint-Germain, par Scarron , dont la première édition, dédiée à Monsieur, est anonyme (Paris, Jonas Breguigny, 1G43, in-4° de 19 pages), ne pouvait pas être séparée de la Ville de Paris, de Berthod, qu'elle accompagne presque toujours dans les premières éditions de format in-12, et dont elle se distingue par l'esprit, la gaieté et la malice qu'on rencontre invariablement dans les vers de Scarron.
Le Tracas de Paris, par François Colletet, est une suite encore plus naturelle de la Ville de Paris, de Berthod; car Colletet avait rimé son poëme burlesque avec l'intention préméditée de continuer l'ouvrage de son devancier, qu'il s'efforçait d'imiter et qu'il surpassa quelquefois en niaiserie et en balourdise : peu de poètes, il est vrai, surpassèrent François Colletet sous ce rapport. Son Tracas de Paris n'en est pas moins une pièce très-curieuse pour l'hitoire des mœurs delà capitale, a Comme recherches, comme échos de mœurs, dit Viollet-Le-Duc dans sa Jiibliothèque poétique, ces sortes d'ouvrages ont un intérêt de curiosité, mais encore une l'ois ce n'est pas là do la poésie. » Ce n'est pas même du style français, mais cest un précieux monument d'archéologie pittoresque, c'est un tableau de Paris au xvii» siècle, plus naïf et aussi vrai que le Tableau de Paris, de Mercier, au xvni*.
La première édition, intitulée : le Tracas de Paris ^ ou la seconde partie de la Ville de Paris, parut à la suite du poëme de Berthod, dans la plupart des réim-
XXII AVERTISSBMENT
pressions de ce poëme ; mais la continuation de Colletet forme toujours une partie séparée, avec titre particulier. Cette première édition du Tracas de Paris est un volume petit in-12 de 6 feuilles préliminaires et 84 pages, Paris, Antoine Haffîé, 1666. Le privilège accordé à François CoUeiet, en date du 16 avril 1658, pour l'impression de ses Muses illustres, nous apprend que le Tracas de Paris devait faire partie de ce recueil des Muses illustres, dont Colletet n'a fait paraître qu'un seul volume [Paris, Louis Chamhoiidry, 1658, in-12), composé de diverses poésies par différents auteurs. Antoine Rafïlé réimprima plusieurs fois le Tracas de Paris jusqu'en 1689, et le rendit tellement populaire par ses éditions successives, que 1 éditeur de la bibliothèque Bleue, Oudot, libraire-imprimeur à Troyes, n'hésita pas à le faire entrer dans cette collection avec la Ville de Paris, de Berthod. Les deux poèmes burlesques se réimprimèrent aussi souvent et aussi incorrectement l'un que l'autre. Nous avons eu sous les yeux une édition de 1699, une autre de 1705^ une autre de 1714, sans date, à Troyes et se vendant à Paris, chez la veuve Nicolas Oudot, rue de la Vieille- Bouderie (in-12 de 4 feuilles à 87 pages, avec une approbation signée Passart), etc.
Le continuateur du poëme burlesque de Berthod, François Colletet, n'est guère plus connu que Claude Le Petit ; les biographes nous fournissent peu de détails sur sa vie. Il a composé pourtant un grand nombre d'ouvrages en tous genres ; mais ces ouvrages, dont aucun ne s'élève au-dessus du médiocre et du trivial, ne lavaient même pas fait connaître de ses contemporains, puisque Baillet l'a confondu avec son père Guillaume, en parlant d'un seul Colletet dans les Jufjements des savants. Furetière avait fait la même confusion dans un article de son Dictionnaire. C'est à regret que les éditeurs de Moreri ont accordé quelques lignes à François Colletet ; et l'abbé Goujet lui a consacré une
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courte notice dans le tome XVI de la. Bibliothèque françoise. Voici eu quels termes Viollet-Le-Duc a résume ce qu'on sait de la vie de ce CoUetet, dans un article de sa Bibliothèque poétique: « François Colletet, fils de Guillaume, né à Paris en 1628, fut élève de son père, mauvais poète, mais bon littérateur, qui composa pour François [ilusieurs traités compris dans son Art poétique.^ » François fit sans doute peu d'honneur à son père, mais il fut reconnaissant. Laissons parler Tallemant des Réaux, dans son historiette de Guillaume CoUetet: « Pour son fils, il l'a toujours pris pour quelque chose de merveilleux, et, dans l'élégie sur la naissance de M. le Dauphin, il l'offre à ce prince; ce fils pourtant n'est qu'un dadais. Un jour, je ne sais en quelle compagnie, il lui dit : Saluez ces dames. 11 les salua toutes, et puis il dit: Mon père, j'ai fait, etc.» François paraît avoir été mihtaire, car, fait prisonnier par les Espagnols en 1651, et conduit en Espagne, il y subit trois ans de captivité. Il vécut et mourut fort pauvre en J672. Certes, dans la prodigieuse quanlilc de vers composés par François CoUetet, il était bien facile de trouver matière à satire, et l'on regrette que Boileau ne se soit attaché quàla misère de ce maUieureux. »
C'est dans sa première satire que Boileau a représenté la misère de CoUetet, qui est restée proverbiale, grâce à ces deux vers :
Tandis que CoUetet, crotté jusqu'à l'échiné, S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine.
<c II y avoit ainsi dans la première édition, dit une note de BrossetLc relative à ce passage ; mais depuis, à la prière de 31. Ogier, ami de CoUetet, on mit Pelletier pour CoUetet. « Jamais personne ne fut moins ic parasite, dit Richelet [Traité delà versification fran^ a çaise, page l'46), que le bonhomme Du Pelletier,