‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 24 sur 159 · LE LOUVRE · texte numérisé non relu

LE LOUVRE

Vois, Muse, comme il nous découvre.

Pensant nous éblouir les yeux,

' L'abbé de MaroUes, dans sa Description de Paris en quatrains, n'a pas oublié le Louvre, et, par extraordinaire, il en a fait une peinture qui mérite d'être mise en présence de celle du Paris ridicule, ne serait-ce que comme contraste.

Le Lou^Te, dans Paris, est une ville entière : C'est un grand bastiment pour le logis du Roy, Qui demeure imparfait, je ne sçay pas pourquoy. Car le Roy peut tout faire en diverse manière.

Cet auguste Palais a son architecture D'ordre corinthien du bas jusques en haut ; n seroit mal aisé d'en dire aucun défaut. Sans sçavoir le dessein d'une telle structure.

Par un long Promenoir, il joint les Tuileries, Autre palais pompeux qui n'est pas achevé, Sinon dans la façade où regnoit un pavé Devant ce grand chasteau le long des écuries.

Aujourd'huy tout est pris avec le grand espace Qui fait avec le reste un jardin spacieux, Où l'on voit des jets d'eau qui sont prodigieux, Des parterres de fleurs contre mainte terrace.

Une autre Galerie égale à la première.

D'une longueur extrême, enfermera partout Plusieurs cours et chasteaux, de Tun à l'autre bout. Sans le Jardin royal dans son idée entière.

ou PARIS RIDICULE. 35

Ce grand bastiment neuf et vieux, Qu'on appelle aujourd'liuy le Louvre ^?

Vois-en les murs si mal rangez, Par Tantiquité tous rongez^? "^

Ces chambres, cette Galerie 3 ?

C'est là que dame Volupté Fait une infâme fripperie Des juppes de grand' qualité *.

Vois sur cette aisle-cy l'ardoise ^

• Lorsque Claude Lo Petit composa son Paris ridicule, lo Louvre présentait un pôle-mèle confus de bâtiments de toutes les époques; on y voyait une grosse tour de Pliilippe Auguste et plusieurs vieilles tours du manoir do Charles V, à côté du palais magnifique commencé, sous François i<"" et Henri II, d'après les plans de Pierre Lescot; continué par Androuet Du Cerceau et par Dupérac, architectes de Charles IX et de Henri IV, et augmenté par Jacques Le Mercier pendant le règne de Louis Xllf. Mais aucun travail d'ensemble n'avait été fait encore, quoique projeté plusieurs fois, pour mettre d'accord entre elles toutes les parties du Louvre qui devaient èire conservées. C'est dans les dessins d'Israël Silvestrc qu'il faut voir l'aspect du Louvre en l66o. Mais nous ne pouvons mieux faire que do renvoyer le lecteur au Catalogue raisonné de toutes les cslampes qui forment l'œuvre d'Israël Silvestre, par M. L. K. Faucheux (Paris, 1857, in-8).

- On voit, en elTet, dans les estampes gravées par Perelle d'après les dessins do Silvestrc, d'anciennes murailles couvertes de mousse et do lierre.

^ Foy. l'estampe d'Israël Silvestre intitulée : a Veue et perspective de la Galerie du Louvre, dans laquelle sont les Porlraus (^sic) des Roys, des Reynes et des plus illustres du Royaume. » M. Faucheux dit, en décrivant cette pièce dans son Catalogue : « Cette vue a été prise avant que la Galerie fût brûlée, ce qui arriva en 1661 ; elle fut rebâtie depuis sous lo nom do Galerie d'Apollon. »

* Les six strophes précédentes manquent dans la réimpression de 1713.

^ Dans la réimpression de 1713, celte strophe est un peu différente :

Et sur cette autre-là le plomb* ;

Regarde un peu ce pavillon

Plus court que Tautrc d'une toise 2;

Admire ces compartimens,

Ces reliefs, ces soubassemens,

Cette façade et ces corniches:

Rien n'y manque, hormis d'y graver

Au-dessous de toutes les niches :

Maisons à loiier pour l'hyver^.

Page 1