‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 36 sur 159 · LA HALLE · texte numérisé non relu

LA HALLE

Nous ne sçaurions nous en desdire, Il faut passer par ce marché, Et, bien on mal enharnaché, Dire en passant le mot pour rire ; Je suis dans la plus belle bumeur Qu'aye jamai^ esté Rimeur, De berner cette Foire immonde 2 :

Mais, quand j'en dirois haut ou bas Les plus belles choses du monde, Personne ne m'enlendroit pas.

XXYI

Fut-il jamais clameurs pareilles 3?

Si le ciel n'a pitié de moy, Je deviendray sourd, par ma foy, V.u. despit de mes deux oreilles :

' Le prix d'ciitiéc au i)ailerre de l'Hôtel de Bourgogne était alors de quinze sols, comme on l'apprend de ces vers de Boileau (satire ix), composés en 1667 :

Un clerc, pour quinze sols, sans craindre le hola, » Peut aller au parterre attaquer Attila.

• Variante de la réimpression de 1713 :

Où l'on ait jamais vu riiiieur, De louer cette Foire immonde.

3 Vieux chapeaux à vendre ! Les vendeuses de ce quartier sont a.ssez connues sous le nom de Harangères des Halles. iDE El.) — Voy. ci-apr^s, à la fin de ce volume, dans les Crii (le Paris, ceux qu'on entendait aux Halles.

ou PARIS RIDICULE. 51

Chacun parle et nul ne répond.

Chacun se mesle et se confond % Tout marche, tout tourne, tout vire :

Apres cela, Père Eternel !

Qui ne croira, dans cet Empire, Le mouvement perpétuel ?

Tous ces petits thrones de toille Où pendent tant de panonceaux, N'expriment pas mal sur les eaux, La flotte d'Espagne à la voille ; Que de cercles et de pacquets !

Que de laques - et de baquets !

Et que de barques à dos d'arche !

Un camp ne fut mieux retranché , Et tant plus dans ce lieu je marche, Moins je le prends pour un marché !

C'en est un pourtant, je me trompe ; Je le connois bien maintenant; Car j'y vois tromper le manant Avec magnilicence et pompe ; Je vois vendre, à l'enlour de moy.

Sans police, et sans bonne foy, A faux poids et fausse mesure ; Je vois maquignoner chacun;

' Varianle delà réimpression do 1713 :

L'on n'entend rien, ron se confond.

2 U faut sans doule lire : bacques ou bûches^ baquets, auges, vaisseaux en boi'^.

Je suis à my jambe en Tordure ; Je n'eu doute plus, c'en est un^ !

A la bonne heure pour la France, A la bonne heure aussi pour nous; Pourveu que Messieurs les Filous Ne nous lanternent point la gance -.

Ça, rions-en tout nostre soûl. . .

Mais non, ne faisons point le fou, Retirons-nous, et, sans satire.

Faisons place à qui veut rester : On ne vient pas ici pour rire.

On n'y vient que pour achetter.

LE l'ILL OllY.

Deschargeons icy nostre llegme Dessus ce chilindre pourry^:

Ce Gibet nommé Pillory, Mérite bien un apophtegme :

Quoy qu'il soit en estât piteux.

Il fait voir à ce Siècle honteux.

Qu'on faisoit autrefois justice ; Et conclud enfin contre luv,

' Cette strophe et la précédente ne se trouvent pas dans la réimpression de 17-13.

^ Ce quartier étoit autrefois fort fréquenté par les Filoux qui y coupoient bien des bourses. (De Bl.)

3 Variante de la réimpression de i7l3 :

Sur ce vieux cjlindre {jourri.

ou PARIS RIDICULE. 53

L'ayant privé de son office, Qu'on ne la fait plus aujourd'liuy ^.

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