SONNBT DE PETIT SUR LA MORT DE CHAUSSON
Amis, on a brûlé le malheureux Chausson, Ce coquin si fameux, à la tête frisée ; Sa vertu par sa mort s'est immortalisée : Jamais on n'expira de plus noble façon .
' La vérité est, en effet, que le pauvre Petit ne vivoit que de livrets et d'éloges d'auteurs, à la douzaine, propres à être rais en
DE l'Éditeur. ix
Il chanta d'un air gai la lugubre chanson, Et vêtit sans pâlir la chemise empesée, Et du bûcher ardent de la paille embrasée. Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.
En vain son confesseur lui prôchoît dans la flamme, Le cracifix en main, de songer à son âme : Couché sous le poteau , quand le feu l'eut vaincu,
L'infâme vers le ciel tourna sa croupe immonde ; Et, pour mourir enfin comme il avoit vécu. Il montra, le vilain, sou cul à tout le monde.
« Je viens présentement au dernier période de la vie du malheureux Petit. Un mois ne se passa pas, depuis cet avis trop tardif qu'il m'éloit venu demander, qu'une brouillerie survenue entre le libraire avec qui il avoit traité et limprimeur qui devoit travailler à l'ouvrage, porta ce dernier à déceler tout le dessein de cette édition, alléguant en justice que cette pièce éloit pleine d'impiété. Aussitôt on se saisit de la personne du libraire, qui, interrogé touchant lauteur, ne put se défendre de nommer Le Petit. Il est en même temps mis en prison et tous ses papiers enlevés. On trouva là dedans des choses abominables, et il fut bientôt condamné au feu, dans lequel il périt, mais en affectant la prétendue constance qu'il avoit si mal à propos admirée dans le supplice de cet autre misérable qui lavoit précédé. J'appris cela au bout de huit jours dans la province où j'étois allé faire voyage, comme j'ai dit, pour le mariage de ma sœur, et je ne pus m'empêcher de déplorer le sort de ce misérable. S'il eût été appuyé de la moindre recommandation, il auroit pu être sauvé, parce que plusieurs de ses juges, et principalement les jeunes, lesquels ont d'ordinaire assez de penchant à l'indulgence quand il s'agit d'ouvrages où il paroit de l'esprit, représentoient en sa
forme de sonnet ou d'épigromme et madrigal, à la tête de leurs ouvrages tant bons que mauvais. (Note de Jean Rou.)