‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 95 sur 159 · UN HOMME QUON PREND PRISONNIER POUR UN AUTRE · texte numérisé non relu

UN HOMME QUON PREND PRISONNIER POUR UN AUTRE

Ha, mon Dieu ! voila du vacarme.

Je voy tout le monde en al larme.

Morbleu ! nous sommes attrapez ! Où diable sommes-nous campez ?

C'est un prisonnier que l'on meine.

Jarny î nous voicy bien en peine !

lia ! teste bleu, où sommes-nous?

Taschons à gaigner là-dessous :

iMais quel moyen '? Voicy la presse !

Nous n'aurons, ma foy, pas l'adresse De nous tirer jamais d'icy.

La malle bosse î Le voicy !

Regarde comme ou le saboule.

Au beau milieu de cette foule '?

Diable 1 c'est un homme bien fait.

Demande un peu ce qu'il a fait?

Toutefois, non; j'y vay moy mesme, Et j'useray de slratagesme, Pour en sçavoir la vérité.

Car je voy le monde irrité.

Il est vray que cette canaille

' C'était le vieux nom do la rue de la Vannerie.

Ne fist jamais chose qui vaille :

Deux hommes en amassent six, Et les six en font venir dix ; A dix on en voit venir trente, A ces trente il en vient quarante.

Enfin l'on voit en un moment Qu'il se fait un soulèvement.

Sans que personne puisse dire Ce qu'il veut, ny ce qu'il désire.

11 fjiut que je sçache, pourtant, Pourquoy c'est qu'on le presque tant.

(t Monsieur, un mot, je vous en prie : Y a-t-il quelque batterie ?

Où meine-t-on ce prisonnier?

— Je ne sray, mais un Cordonnier, Qu'on nomme maistre Dominique, L'a veu passer, de sa boutique.

Et s'est mis à courre après luy ; Lors cet homme-là s'en est fuy.

Le Cordonnier dit qu'on le prenne, Que l'on l'arreste et qu'on luy meine ; Au mesme temps, des crocheteurs El grand nombre de serviteurs.

Sont tous sortis de chez leur maistre, Aussi-tost qu'ils ont veu paroistre Celuy-là que l'on poursuivoit, Et qui fuyoit tant qu'il pouvoit.

Mais, près de la rue Tirechape^

' Cette rue, qui n'avait pas changé de nom depuis le douzième siècle, commençait rue Bethisi et finissait rue Saint-Honoré. Elle était occupée par des fripiers et des tapissiers.

208 PAiiis lîLULESQri:.

Un Fripier a dit : « .le te iiape ! » Et l'a saisi par le colet, Liiy présentant un pistolet.

Alors l'on a veu la mannaillc Se mesler panny la canaille, Qui tient ce pauvre prisonnier, Et le traite en vray saffrannicr K Cependant le Cordonnier drille -, Et va regagner sa famille:

Il confesse qu'il a grand tort, Qu'il s'est mespris un peu trop fort, Et s'enfuit dedans l'autre riië.

En reconnoissant sa beveiië; Car il avoue ingenuëment Qu'il s'est trompé très-lourdement; Et qu'il prenoit ce pauvre diable Pour un qu'il estimoit coupable D'avoir débauché son valet.

Un jour, en joiiant au palet :

Cependant cet homme se trouve.

Dans une troupe, qui controuve Cent mille maux qu'il n'a pas fait. «

Regarde bien : vis-tu jamais De plus grande badauderie ?

On voit tout le monde qui crie.

Et qui court sans sçavoir pourquoy 1 Allons, laissons cela, suy-moy; Despeschons, on ne voit plus goutte; 11 nous faut prendre une autre route.

1 Banqueroutier.

2 Court, s'éloigne en courant.

PARIS R l R L E S Q U E . :20V»

Ha ! teste-bleu ! je suis perdu !

Faut-il avoir tant attendu, Pour astre traiclé de la sorte?

Jarny bleu ! le diable l'emporte !

Ce fils de piitaiu de brutal, Que tu vois là sur ce cheval, A remply mon habit de boue ; Malle-peste ! je te Tavouë, Je suis touché sensiblement; Voila tout mon habillement Perdu sans aucune ressource.

Adieu, je m'en vay, d'une course, A mou logis, pour me changer.

Va-t'en 1 Tu n'as plus de danger.

Mordy ! mes canons, mes manchettes, Mes galans, et mes esguillettes !

Je suis gasté jusqu'au colet!

Le fils de putain de valet !

Ce coquin-là, dans une rue.

Piquer une beste qui rue !

C'est bien pure méchanceté.

Jarny-goy ! que de sallelé î

Ho, bien, adieu, car je te quitte :

Dans un autre jour je t'invite A voir le reste de Paris.

Cependant chante, dance, et ris.

LA

EN VERS BURLESQUES

PAR

Page 1