‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 32 sur 120 · LA BASTILLE · texte numérisé non relu

LA BASTILLE

Que voy-je, dans ce marescage,

Digne de curiosité,

Se tenir sur sa gravité

En citadelle de village ?

A quoy sert ce vieux mur dans Teau ?

Est-ce un aqueduc, un caveau?

Est-ce un réservoir degrenoiiilles?

Si Ton ne me dit ce que c'est,

Je m'en vais tant chanter de pouilles,

Que Ton m'en payera Tinterest-.

C'est la Bastille^, ce me semble; C'est elle-même, par ma foy !

Ventre-bleu, voilà bien de quoy Faire que tout le monde tremble !

Qu'a donc de si particulier Ce massonnage irreguiier?

* Voy. la Bastille, dans les estampes d'Israël Silveslrc; Catalogue raisonné de son œuvre, p. 72, 91, 9'2, 100 et 159. - Varianle de la réimpression de 1715:

Je m'en vais chanter tant de pouilles, Que l'Echo m'en payera linlérêt.

•'• Vieux Château près de la porte S. \ntoine. Il sert de prison aux criminels d'Etat et de qualité. Pour les autres, c'est le Cliàlelel ou la Conciergerie. Le Roi entretient et paie dans la Bastille un Gouverneur, avec soixante hommes commandés par un Capitaine et un Lieutenant. (De Bl.)

ou PARIS RIDICULE. 65

Est-ce une tour? En est-ce quatre* ?

Et qui seroit le Ciel foireux -, Qui n eust la force de Tabatre D'une pétarade ou de deux?

'' Mais, ma Muse, admirons l'adresse De ce chasteau sans garnison ; Il tasche à servir de prison, S'il ne sert pas de forteresse :

Sous ce règne et dedans ce jour, Pour se mettre bien a la cour, Faut joiier bien son personnage ; N'en parlons donc plus d'aujourdliuy : S'il est sot, ceux qu'il tient en cage Sont encore plus sots que luy '.

Nous n'avons plus qu'un pas à faire.

Pour voir le mur et le fossé*.

* Paris, es-tu si mal chaussé

Que m'a conté le bruit vulgaire?

J'ay toujours crû que tes habits Estoient tout au moins de rubis, De diamans et de topases;

* 11 y en a bien huit, à compter les petites qui >ont entre di'ux. Db Bl.)

^ Variante de la réimpression de 4715 :

Est-ce une tour? En sont-ce quatre?

Et qui seroit le cul foireux....

' Cette strophe manque dans la réimpression de 1715.

* L'enceinte de f.harles V était encore presque entière. (Voy. le savant et curieux ouvrage* de M. Bonnardot, intitulé : Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris, 1855, in-4», f.g.)

fil LA CHRONIQUE SCANDALEUSE

Je viens, pour m'en desabuser, Mettre icy quatre belles phrases, Pour les bien immortaliser*.

Çà, voyons donc, Cité de merde.

Si la renommée a menti, Et si c'est Fadverse parti Qui veut que sa langue te perde ? Mais que diantre voir en ce lieu?

Es-lu faite en despil de Dieu, Et pour faire enrager la guerre, Ville sans porte et sans portier.

Avec tes Boulevards de verre, Et tes murs de terre à potier - ?

Oui, dans tes murs de crotte seiche '\

* Variante de la réimpression de 1715

Et j'ai quatre ou cinq belles phrases Pour te bien immortaliser.

' Cette strophe manque dans la réimpression de 1715.

' Les Murailles de Paris sont fort peu de chose. Se> l'ortes sont faites en Arcs de Triomphe: elles ne se ferment point, et l'on y peut presque entrer partout jour et nuit; aussi, n'v a-t-il point garnison pour \e> garder. Le Cuet de deux cents hommes, que la Ville entretient, n'est que pour faire la patrouille, et poiu" empêcher qu'il n'arrive point de désordre. (De Kl — L'auteur fait >ans doute allusion aux bastions non achevés de la quatrième enceinte de la rive droite, commencée sous Charles IX, tels que le ha-tion de la Villeneuve-sur-Gravois, celui dit le lîonlevert Saint-Martin, et plusieurs autres qui ne furent jamais que des huttes ou voiries, façonnés en hastions à deux faces, mais non revêtus, comme le témoigne le plan de Gomboust. Ou'entend-il par ■> la meilleure de tes tours? » Peut-être veul-il désigner celle dite de Bois, adossée ài galerie du Louvre et dominant la porte Neuve. (\. B.)

ou PARIS RIDICULE. 65

Qui ne me vont pas au nombril, Je voudrois, d'un coup de fuzil, Faire quinze thoises de bresche :

Déjà d'eux-mesmes les créneaux*, Dedans les fossez, en monceaux, Sont croulez de vieillesse pure ; Et la meilleure de tes tours N'attend, pour choir en pourriture, Qu'une chamade de tambours^.

Dans cet estât, tu te fais craindre ;

Chacun parle en tremblant d'effroy!...

Pauvre Paris, en bonne foy,

N'es-tu pas un bel homme à peindre?

N'es-tu pas, comme on dit icy :

Un petit monde en racourcy?

Ouy, par les droits de représailles,

Tu mérites ce titre-là ;

Le monde n'a point de murailles :

Tu luy ressembles en cela ^.

l'arsenal *.

. N'oublions pas, dans ce Registre,

* Variante de la réimpression de 1745 :

Déjà de tes murs les créneaux, Dedans tes fossez, à monceaux, Sont roulés de vieillesse pure.

* L'Auteur fait allusion aux murailles: et tours de Jéricho, qui tombèrent à la vue de l'Arche et au son des trompettes des i>raëlites. ;De Br. )

^ Celte strophe manque dans la réimpression de 17 là

* 11 y a deux estampe^ d'Israël Silvestr,-, représentant l'Ar■^en;^l à celte époque ; on lit au bas de l'une d'elles :

Dans ce grand Arsenal se forgele Tonnerre,

Cr, LA CHRONIQUE SCANDALEUSE

Ce vaste et grand Lo.uis bourgeois;

Icy le Jupiter François *

Fait fourbir son foudre sinistre.

Pourquoy nomme-t-on Arsenal,

Muse, ce Jardin infernal

Qui fait la figue a tous nos marbres?

Le sujet quadre-t-il au nom?

On y compte plus de mil arbres,

Et Ton n'y voit pas un canon.

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