‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 56 sur 120 · LA VENDEUSE DE POIS · texte numérisé non relu

LA VENDEUSE DE POIS

« Ç;i, ne prenez-vous rien du nostie?

Dit une autre marcliamle de Ris.

Venez voir : j'ay de beaux pois gris, J'en ay de verts pour le Caresme, Qui sont aussi doux que la cresnie; Si vous en voulez au cù noir, J'ay les plus beaux qu'on puisse voir.

Prenez-en, soyez asseurée, Qu'ils font d'excellente purée :

Ils cuisent de la première eau.

C'est bien quelque chose de beau; Ils sont venus de la Rochelle.

Acheptez-en, Dame Michelle? Sur mon ame! ils sont merveilleux.

Choisissez-en de tous les deux :

Vovez cette fève marine.

Regardez qu'elle abonne mine?

Encore a-t-elle meilleur jeu.

IN'e la fiiut que monstrer au feu, Vous la verrez toute en boullie.

Entrez un peu, peur de la pluye :

Vous mouillez vostre cotillon.

L'a, prenez un eschantillon De cette belle marchandise :

Demandez à Dame Denise, La servante du gros Flamant, S'ils ne cuisent pas promptement-?

— Hé bien, çà donc, Dame Christine, Allongez un peu vostre eschine, Et me faites voir ces beaux pois?

Il m'en faudra de tous les trois; Aussi, de petite fevrolle :

IGO PARIS BUr.LESQUE.

Il faut qu'elle soit un peu molle, Car, l'autre jour, le Médecin, En regardant dans le bassin Du petit qui fut à la selle, Reconnut bien que la mamelle De la nourrice n'alloit pas; Jl ordonna qu'à ses repas On en feroit de la purée, Disant comme cbose avérée Que la fevrolle asseurenient Fait venir le lait doublement.

C'est pourtant chose bien certaine Que la purée en est vilaine, Mais n'importe I Çà, çà, donnez, Allons donc, despeschez, venez.

Parce qu'il faut que je m'en aille; Prenez contre cette muraille, Et puis descendez promptement, Car faut que je sois vistement Au logis, où Monsieur le Maistre Est desja devant moy peut-estre: Il revient tous les Samedis, Avant quatre heures, au logis.

— Vertu chou! Madame Michelle, Me faut monter sur une eschelle ; Je n'y vay pas si rudement :

Faut aller un peu doucement.

Si je tombois h la renverse !...

Voulez -vous que je me boulverse, Et que je me rompe le coù, Comme un navet, ou comme un clou?

— IIo, ho, vrament, Dame Christine, Vous estes un peu bien mutine :

Si vous traitiez le monde ainsi,

Je pense bien que (Dieu mercy!) Vous pouvez fermer la boutique.

<Juoy ! la moindre chose vous pique I Tout autre part, on ne voit point De marchande prompte à ce poiuct.

Ha, ha, pour une revendeuse, Vous faites trop la dédaigneuse?

Adieu, adii'U, gardez vos pois, Vos fèves, et toutes vos noix!

Je ne veux pas qu'on me barguine, ^'y qu'une femme me rechine :

Alors que je viens achopter, Vous ne faites que marmoter.

— Trcdamc, M;idame MicheUe, Vous faites bien la Damoiselle !

Hé, là, là, je vous connoissons.

Il ne faut point tant de façons.

Il semble à soir, à vous entendre.

Que vous vouliez icy ra'apprendre Comme il faut faire mon mestier ?

Allez-vous-en au Savetier Fau'e des contes de la sorte ; Allons, sortez, gaignez la porte ! Autrement, je vous chasseray, Peut-estre je vous frotteray.

— Toy, me frotter, Dame Christine?

Par ma foy, t'en as bien la minel Tu me battras"^ Peste ! la gueuse !

Voyez cette double cagneuse.

Cette marchande de trois pois, Avec son escuclle de bois, Comme elle ftiit de l'entendue I Semlj'.e qu'on ne Tait jamais veuëî

Ilelas, que Ton te tonnoist bien !

Je sçay beaucoup et ne dy rien.

— Tu ne dis rien? lié, boute, boute!

Voila le monde qui t'escoute :

]\e feins point, parle seulement?

Allons donc, boute hardiment, Degoise, chante ton ramage.

Comme un perroquet dans sa cage !

Tu sçais beaucoup? Hé, que sçais-tu, Miclielle, avec ton nez pointu ?

Parle donc, dis, que veux-tu dire?

(Juoy 1 tu viens icy pour médire Demoy, jusques à mon logis?

Qu'est-ce que j'ay lait? Parle? dis?

Suis-je garce? suis-je carongne?

Ay-je la taigne? ay-je la rongne?

Ay-je la galle, ou le farcin?

Suis-je macquerelle ou putain?

Ou, si je suis quelque autre chose.

Allons, dis-le donc, si tu l'ose?

— Si je l'ose! Oïiy, je l'ose bien ; T'es une qui ne valut rien.

Estant fille comme estant femme.

— Mercy-guieu! Ile, ])elle Madame, Je ne vaux rien? T'en as menty ! Jeanne, appelle-moy TApprenty, Qu'il frotte un peu cette carongne?

Jarny ! qu'il faut que je te congne ! Q)uoy, jusques dedans ma maison, Tu veux faire comparaison ?

Dans ma boutique tu m'harcelle!

Tu me viens faire une querelle, Cuisinière de trois deniers I

Compagne de palfreniers, Torchon de pot, frotte-marmitte, Tu faisois tant la cliatte-mitte, Et le Diable ne dit j;imais I^os injures comme lu fais.

— Oiiy da, j'en dis, si j'en veux dire. Quoy! lu me penses contredire?

Encorque lu sois sur ton ban,

Je querellerois tout un an,

Toy, ta Mère, et toute ta race ;

Mais, si j'eslois dedans la place,

Je parlerois lùen autrement :

Je cbanlerois tout hautement

De ta vie une Kyrielle,

Si tu n'estois point sur ta selle,

Et que tu fusses là dehors,

Je te frotterois bien le corps ;

Mais je m'en vais!... Vn jour, j'espère,

El peut-estre avant qu'il soit iruere.

Par ma foy, tu le payeras,

Hé, bien, bien, là, là, lu verras!

— Je verray? Quoy ! que veux-tu dire?

Helas ! j'en on bien veu de pire.

Qui ne me font pas mal au cœur, Et si je n'en avons pas peur.

Vraman, vraman, j'en on dans Taisle, J'avons peur de dame Michelle !

Au guieble-zo si j'en aurons!

Et bien, bien, là, là, je varrons.

Je ne craignons pas les servantes.

J'en on bien veu de pu méchantes. »

Hé bien ! as-tu pris du plaisir De les entendre discourir?

16 i PARIS BURLESQUE.

Les servantes de ton village Ont-elles un si beau langage?

Allons-nous-en, il se fiuttart, Je te veux mener autre part...

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