‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 74 sur 120 · U.N NOUVEAU MAI'.IE QUI ME.NE SA FEMME A LA UOII'.E · texte numérisé non relu

U.N NOUVEAU MAI'.IE QUI ME.NE SA FEMME A LA UOII'.E

Mais range-toy vers la muraille :

Laisse passer cette marmaille.

Je gaj^e et j'ay ])ien parié

Que voicy quelque Marié,

Et sa nouvelle Mariée,

Avecque sa troupe priée : •

Ils vont, pour leur ménagement',

Faire une empiète asseurement.

Ne ris-tu point du tintamarre

Qu'ils font ensemble, en disant gare ?

On les croiroit fort affairez,

A voir tous leurs yeux égarez.

Le Marchand, qui se rompt les hanches

A les tirailler par les manches,

En vérité, me satisfait,

En disant : « Voicy vostre fait ! »

Je voy déjà la Ménagère

Qui choisit une crémaillère ;

Puis une paire de chenets,

Item, deux petits martinets -,

Une broche, une lèchefrite.

Une platine, une marmite,

Une cuillère, un chandelier,

Un réchaut de fer, un tripier'',

Un chauderon, une escumoire;

11 ne faut plus qu'une lardoire,

Et le soufflet, meuble important,

Et chacun d'eux sera content.

' C'esl-à-ilire : pour se raettie en ménaf^e. - Chandeliers plais à long manche.

^- Pour : trépied.

-206 LE THACAS DE l'AUlS.

Cependant ce ménage couste :

Us ont du bon argent sans doute,

Us comptent de beaux escus blancs, Pendant que ces autres marchans Crèvent de rage en leur chemise De n'avoir pas leur chalandise*. - « Hé bien, Monseu, leur disent-ils, Vous voilà bien garny d'outils ? »

Ou bien d'un air beaucoup plus rogue; « Vous avez là de bonne drogue ; Dieu doint bonne vie aux trompez ! »

3Iais les autres sont décampez.

Et, chargez de leur batterie,

Ils se moquent de leur furie,

Et n'en ont point leur cœur touché.

Estant contens de leur marclié.

C'est ainsi que l'on les attrape •

Sans trebuchet et chausse-trappe,

Ces gens qui font, pauvres bourrus.

Tant les renchéris que rien plus ;

Suivons-les, si tu m'en veux croire,

C'est assez contempler la Foire.

Rien n^égale, pour le certain,

Icy celle de Sainct-Germain '^ :

* Clientèle, achalandage.

- La foire Saint-Germain, dont parle CoUetet, était un double bâtiment immense, reconstruit en 1511. 11 fut depuis restauré plusieurs fois et incendié dans la nuit du 16 au 17 mars 1762. Il existe une estampe médiocre du commencement du dix-huitième siècle, qui la représente, sans sa toiture, comme une sorte de petite ville dont les rues se croisent à angles droits, (in y indique les places où se tiennent « les oyseliers, parcheminiers, chirurgiens, marchands d'affiquets, les marionnettes, » etc. CeUe estampe, signée Jo/km exe, a été gravée, je crois, par N. Guérard. Le 10 mars 1858, on a adjugé, pOur deux mille sept cent cinquante francs (vente Daugny, n" "204 du Catal.i, une tabatière d'écaillc, ornée d'une miniature ovale d'une admirable lines&e, exécutée en

Elle est beaucoup plus précieuse,

Elle est beaucoup plus spacieuse :

Et chaque boutique ou maison

Est couverte en toute saison.

Celle-CY pourtant a sa grâce :

Elle est dans une belle place.

Et ses bastimens biena^angez

Sont également partagez.

Le temps, qui nous Ta destinée,

Est le plus beau temps de Tannée ;

Dedans le plein cœur de TEsté;

Temps de joye et de volupté.

Où Ton aime à faire gambade, ,0ù l'on cherche la promenade

Aux champs, à la ville, partout,

A cause que c'est le mois d'aoust;

Enfin, l'on peut avec escorte

S'y divertir de bonne sorte.

Amy, sortons-en neantmoins,

Mettons a boire tous nos soins.

Depuis longtemps, de rue en rue.

Nous avons fait le pied de grue:

Depuis longtemps nous cajolons ', , De chose et d'autres nous parlons;

J'en ay la pauvre gorge sèche,

Plus que n'est la poudre et la mèche.

Et j'ay besoin de m'humecter.

Pour tout encor te raconter :

Entrons dans ce Temple de gloire?

Je croy que c'est la Teste Noire-,

1763 par V. Blarenberghe. Elle représente une galerie intérieure de la foire Saint-Germain, d'après un dessin antérieur à l'incendie de 17»>2. (A. B.'

* Le verbe cajoler s'employait alors quelquefois dans le sens de havarrier.

- La plupart de- poëte^ do res fenip^-là connaissaient bien le:

Le vin y doit estre fort bon :

« Çà, le Maistre, ou bien le Garçon,

Tire-nous une bonne pinte,

Que nous ne faissions point de plainte?

Une couple de cervelas

Valent mieux que tous les repas,

Un plat de cerneaux, du fromage,

Et n'apportez rien davantage, »

Nous voilà bien, tenons-nous-y.

lié bien, n'ay-je pas bien choisy?

Mon nez ne fait-il pas merveille

Pour sentir le bon jus de treille?

Beuvons-en, puisqu'il est si bon?

De tout mon cœur, à toy, gtu'çon ! ^

Vivent sur la terre les liommes

Qui sont amis comme nous sommes !

Encore n'est-il que nous deux,

Car, en dépit des envieux,

Après nostre amitié fidèle,

Je croy qu'il f tut tirer Téclielle.

La, la... Je ne sçaurois cbanter;

Il vaut, ma foi, bien mieux pinter :

Il fait icy (que l'on me tonde!)

Meilleur qu'en pas un lieu du monde. ,

Vive le bruit du cabaret,

Vive le blanc ei le clairet,

Et le doux cliquetis du verre ;

C'est la plus agréable guerre.

Que nostre Roy, plus fort que Mars, Aille porter ses estendars Dans les Pays-bas et la Flandre, Que Pennemy luy laisse prendre * :

laverncs et les cabarets de Paris et des faubourgs; François Collelet, à l'exemple de son père Guillaume, était un buveur émérite. * Ces vers nous apprennent que CoUetct travaillait déjà au Tra-

t, E TiïACAS DK FA FUS. "209

.I\»ynie mieux ce jus que voilà, Que de m'aller chamailler là.

Un coup de mousquet dans la teste Vous fait mourir comme une beste ; Mais dans le timbre * un coup de vin Vous rend presque l'esprit divin.

Vous cajolez de toute chose, Vous parlez de vers et de prose, Et, plus généreux qu'un César, Vous ne craignez aucun hasard.

Page 1