‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 76 sur 120 · INFORMATIONS · texte numérisé non relu

INFORMATIONS

Déjà des gens à bonnes testes

Escrivent et font des enquestes ;

Ils dressent un procès- verbal :

Cependant le Maistre est bien mal.

Voicy venir le Commissaire.

Icy Ton ne se peut pas taire,

11 faut en deux mots, sans jaser,

Contre ces coquins déposer.

On nous va tenir ce langage :

« Dites-moy vostre nom, vostre âge,

Vostre quartier et qualité?

Jurez de dire vérité :

Qu'avez-vous vu de la bagare?

Quel est l'auteur du tintamarre?

— Je vay dire, sans avoir beu,

Ce que tous deux nous avons veu.

Monsieur, vuidant une chopine.

Sur cette table de cuisine.

Et lorsque nous n y songions pas,

Nous avons ouy ces Soldats,

Que vos Arcbers ont d'une corde

Garolté sans miséricorde,

Et tiré de cette maison

Atin de les mettre en prison.

Qui juroient Dieu contre le Maistre,

Et qui vouloient par la fenestre

Jetter les verres et les pots,

Au lieu de payer leurs écols.

Ce Maistre, battu d'importance.

Ne se pouvant mettre en defence,

Car contre six il estoit seul,

Plus pasle et plus blanc qu'un linceul,

A reçu d'eux un coup de balle,

Blessure asseurément fatale, Car le sang qui couloit dehors Couloit dessus son juste-au-corps.

Voilà tout ce que je dépose, Et je n'ay vu rien autre chose, A cause que Monsieur et moy, Egalement saisis d'effroy.

Ne pouvant trouver d'avenue Pour se sauver dedans la rue, Nous avons porté nostre vin Dedans cette salle ou jardin, Pour n'estre point dans la bataille Meslez parmy cette canaille, Et j'affirme ce que j"ay dit, De mon sang signant cet esciit. »

Voilà nostre interrogatoire.

Achevons vistement de boire,

Et, sans faire tant de façon.

Payons nostre écot au Garçon.

Il me tarde que je ne sorte,

Et que je ne gagne la porte

De ce cabaret de malheur.

Où je suis presque mort de peur.

Grâce à Dieu, j'ay bien de la joye

De nous voir libres dans la voye!

Décampons sur nos deux genoux,

Sans regarder derrière nous.

Car je crains trop d'avoir en croupe

Un Commissaire avec sa troupe.

Pour nous ester ce souvenir,

Je vois déjà de loin venir

Un carosse ou plustost un coche,

Où pendent pistolets de poche:

DEï^CRIPTION d'un COCIIE QUI PART DE l'ARlS*.

Où grands fusils sont attachez, Estuis de chapeaux accrochez, Panniers et mannes qui brandillent, Chables et cordes qui pendillent.

Passe avec moy le ruisseau.

De peur que dessus ton manteau Cette crotte ne rejaillisse, Et ton rabat blanc ne salisse?

Ainsi, tous deux, hors d'embarras.

Pour rire., tu remarqueras

La diversité des visages, Les qu alitez des personnages

Qui là-dedans sont entassez,

Dont la moitié montrent le nez

Par la fenestre des portières

Qui sont de cuir et de lanières.

Vois-tu déjà trois Allemans,

Qui jargonnent entre leurs dents.

Trois Religieux et deux Prostrés

Emmitoufliez de bonnes guestres,

De bons habits, de grands chapeaux.

l'e bonnes robes et manteaux.

Quatre femmes, fines matoises.

Ou Damoiselles ou Bourgeoises,

Car on n'en peut rien deviner,

A cause qu'allant promener

Nous les voyons toujours masquées-.

Et de grands dominos flanquées,

Qui font qu'on ne sçauroit sçavoir

* Dans les Adresses de la ville de Paris, par Abraham du Pra- (lel, astrologue lyonnais (1091), on trouve, p. ;J6, l'indication des différents coches, par terre et par eau, avec leurs jours de départ.

- Les femmes à la mode portaient des demi-masque? ou loups.

A les épier, à les voir, Ou si ce sont femmes honnestes, Ou si ce sont de bonnes besles *; Mais, soit enfin ce que ce soit, Ce sont (les femmes que Ton voit, Que l'on distinguera bien viste, A la couchée, au premier giste.

Item, voilà deux gros Marchands Qui témoignent d'estre méchans; Un Gentilhomme de campagne Habillé d'un bon drap d'Espagne; Item, quatre autres à cheval.

Montez tellement bien que mal.

Qui font escorte à cette troupe, Qui porte vingt panniers en croupe, Quatre malles, quatre ballots, Trois coffres, tant petits que gros.

Et de l'estoffe et de la toile, Marquée avec quelque estoile, Et quelques chiffres enlacez.

Avec Tencre dessus tracez.

Bon Dieu ! quel bruit espouventable Ce monde fait, sans estre à table, Dans cette grande chambre d'osier -, Qu'on voit par le milieu plier, Et qui par les deux bouts balance Si fort, qu'il semble qu'elle danse !

Quel plaisir de voir ce Cocher Yvre et rustique, trébucher,

* Femmes de bonne voloalé.

- On voit un lie tes coclios leprcseiilé sur un immense et peU exact profil de la ville de Paris, en quatre feuilles, gravé vers I60O, par N. Cochin, et un autre du môme genre, sur une petile eau-forte, exécutée vers 1750, par A'. Ozanne (n" 5 d'un recueil . A droite est l'entrée du jardin des Tuileries; sur le premier plan, à gauche, stationne un grand coche d'osier, attelé, comme celui de l'estampe de N. Cochin, de quatre chevaux. (A. B.)

-ilG LE TRACAS DE PARIS.

Culebiiter, eu dessus teste, En voulant monter sur sa Iteste, Et s'estre cassé le museau Au beau milieu de ce ruisseau !

Je croy qu'il tarde à ces personnes, Surtout a ces porte-couronnes *, Que le cocher, de vin épris, Déjà ne soit hors de Paris, Car c'est un embarras eslrange Qu'un si grand coche dans la lange ; C'ee-.t presque un village roulant, Qui n'avance que d'un pas lent, Et qui trouve dedans les rués Toujours quelques coques-cigruës, Des carosses et des charrois, Qui l'arrestent autant de fois, Brisent essieu, disloquent roué, Et couvrent les passans de boue.

Mais avançons deux ou trois pas.

Je viens de découvrir là bas...

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