‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 113 sur 161 · UN SINGE SUR UNE FENESTRE · texte numérisé non relu

UN SINGE SUR UNE FENESTRE

Et des laquais et des enfans, De cinq, de dix et de quinze ans, Qui quittent service de maistre, Pour voir, dessus cette fenestre, Quelque singe en page vestu, Qui saute et leur montre son eu 2 :

1 C'est-à-dire : qui ne se lassent pas d'attendre, comme des grues immobiles qu'on voit de loin se poser tantôt sur un pied et tantôt sur l'autre.

2 Les singes domestiques étaient alors très-nombreux à Paris. C'est un de ces animaux qui fut cause de la triste fin

siècle plaisant où nous sommes !

Voilà des femmes et des hommes !

Est-il, après cç que tu vois, Gens plus badaux que les François?

L'un jette à cette fine beste Un morceau de pomme à la teste; L'autre, une noix; l'autre, du pain, Que subtile elle sert soudain, Demeurant dans cette posture, Tant que le reste du jour dure.

Ah! si le singe estoit à moy, Je te proteste, sur ma foy, Que, sur ce Monde qui regarde, Et qui si longtemps se retarde, Je renverserois tout à plat Mon pot de chambre de pissat, Dust-il se trouver des belistres Qui voulussent casser mes vitres; Car souvent ces amusemens Causent de petits mouvemens :

Les laquais sont battus des maistres; Là se trouvent parfois des traistres, Qui, miel os 1 , gardent le tacet 2 , Et vous fouillent dans le gousset; L'escholier, qui frippe sa classe 3 ,

de l'auteur de Paris ridicule, en jetant par la fenêtre quelques feuilles de papier sur lesquelles le poète avait écrit des vers impies. Voy. le Commentaire sur les œuvres de Boileau, par Lefèvre de Saint-Marc, édit. de 1747.

1 II eût fallu écrire : miqueîots. On appelait ainsi les gens qui affectaient une mine hypocrite, comme les gueux, qui, sous prétexte d'aller en pèlerinage à Saint-Michel-sur-Mer, mendiaient sur les grands chemins.

2 Silence : c'est le mot latin ; du verbe tacere.

3 C'est-à-dire: qui fait l'école buissonnière.

Est sanglé de fort bonne grâce; La servante est mise dehors, Dont elle a beaucoup de remors; Le mary, qui peste en son ame, Du retardement de sa femme, La querelle avecque raison, Quand elle Tient à la maison :

Dont s'ensuit dans une famille, Qu'on a toujours quelque vétille, Un mary croyant tous les jours Qu'elle s'amusera toujours.

Voilà comme des niaiseries Engendrent mille brotiilleries.

Nous-mesmes laissons donc cela, Et tirons nos chausses de là :

Ces frippons à grandes oreilles, Qui semblent bayer aux corneilles, Lorgnent un beau clavier 1 d'argent, Dont seroit riche un indigent, Que cette sotte créature Porte pendant à sa ceinture; Et déjà je suis bien trompé Si ces maraux ne Pont coupé...

La chose est vraye, ou que je meure!

Amy, la voilà pas qui pleure?

Et ne l'avois-je pas bien dit?

Elle a beau crever de dépit, Et s'essuyer les yeux d'un linge, Elle se souviendra d'un singe, Et m'assure, pour le surplus,

1 Pendant ou chaîne avec agrafe, pour porter des dés, des ciseaux et autres menus objets ou bijoux.

Qu'elle n'en regardera plus :

Elle jure d'estre plus sage...

Il est temps de fermer la cage, Quand les oyseaux sont envolez.

Ne la regardons plus au nez, Continuons nos promenades; N'écoutons plus les gasconnades De ces deux ou trois fanfarons, Qui du clavier sont les larrons, Et qui font les touchez dans l'ame Du vol qu'on a fait à la femme; Avançons encor trente pas :

Ce chemin, que tu ne sçais pas Et qui t'offusque un peu la veuë, Traverse dedans une rue.

Tu crois avec juste raison Qu'on entre dans quelque maison 1 ?.

11 en est, dans Paris, 'de mesme Qui sauvent une peine extrême ; Tous les voleurs le sçavent bien, Car les voleurs n'ignorent rien.

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