‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 18 sur 161 · LE LOUVRE · texte numérisé non relu

LE LOUVRE

Vois, Muse, comme il nous découvre, Pensant nous éblouir les yeux,

1 L'abbé de Marolles, dans sa Description de Paris en quatrains, n'a pas oublié le Louvre, et, par extraordinaire, il en a fait une peinture qui mérite d'être mise en présence de celte du Pari* ridicule, ne serait-ce que comme contraste.

Le Louvre, dans Paris, est une ville entière : C'est un grand bastiment pour le logis du Roy, Qui demeure imparfait, je ne sçay pas pourquoy, Car le Roy peut tout faire en diverse manière.

Cet auguste Palais a son architecture D'ordre corinthien du bas jusques en haut ; Il seroit mal aisé d'en dire aucun défaut, Sans sçavoir le dessein d'une telle structure.

Par un long Promenoir, il joint les Tuileries, Autre palais pompeux qui n'est pas achevé, Sinon dans la façade où regnoit un pavé Devant ce grand chasteau le long des écuries.

Aujourd'huy tout est pris avec le grand espace Qui fait avec le reste un jardin spacieux, Où l'on voit des jets d'eau qui sont prodigieux, Des parterres de fleurs contre mainte terrace.

Une autre Galerie égale à la première, D'une longueur extrême, enfermera partout Plusieurs cours et chasteaux, de l'un à l'autre bout, Sans le Jardin royal dans son idée entière.

Ce grand bastiment neuf, et vieux, Qu'on appelle aujourd'huy le Louvre 1 ?

Vois-en les murs si mal rangez, Par l'antiquité tous rongez 2 ?

Ges chambres, cette Galerie 3 ?

G 1 est là que dameJMnpté Fait une in fâme fripp erie >Des juppes de grand' qualité 4 .

Vois sur cette aisle-cy l'ardoise 5

1 Lorsque Claude Le Petit composa son Paris ridicule, le Louvre présentait un pôle-môle confus de bâtiments de toutes les époques ; on y voyait une grosse tour de Philippe Auguste et plusieurs vieilles tours du manoir de Charles V, à côté du palais magnifique commencé, sous François I er et Henri II, d'après les plans de Pierre Lescot ; continué par Androuet Du Cerceau et par Dupérac, architectes de Charles IX et de Henri IV, et augmenté par Jacques Le Mercier pendant le règne de Louis XII r. Mais aucun travail d'ensemble n'avait été fait encore, quoique projeté plusieurs fois, pour mettre d'accord entre elles toutes les parties du Louvre qui devaient être conservées. C'est dans les dessins d'Israël Silvestre qu'il faut voir l'aspect du Louvre en 166U. Mais nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur au Catalogue raisonné de toutes les estampes qui forment l'œuvre d'Israël Silvestre, par M. L. E. Faucheux (Paris, 1857, in-8).

2 On voit, en effet, dans les estampes gravées par Perelle d'après les dessins de Silvestre, d'anciennes murailles couvertes de mousse et de lierre.

3 Foy. l'estampe d'Israël Silvestre intitulée : a Veue et perspective de . la Galerie du Louvre, dans laquelle sont les Portraus (sic) des Roys, des Reynes et des plus illustres du Royaume. » M. Faucheux dit, en décrivant cette pièce dans son Catalogue : « Cette vue a été prise avant que la Galerie fût brûlée, ce qui arriva en 1661 ; elle fut rebâtie depuis sous le nom de Galerie d'Apollon. »

4 Les six strophes précédentes manquent dans la réimpression de 1713.

5 Dans la réimpression de 1713, cette strophe est un peu différente :

Et sur cette autre-là le plomb 1 ; Regarde un peu ce pavillon Plus court que l'autre d'une toise 2 ; Admire ces compartimens, Ces reliefs, ces soubassemens, Cette façade et ces corniches:

Rien n'y manque, hormis d'y graver Au-dessous de toutes les niches :

Maisons à louer pour Phyver 3 .

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