‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 82 sur 161 · LE PONT AU CHANGE · texte numérisé non relu

LE PONT AU CHANGE

Sortons d'icy, je t'en conjure, Car quelque meschante avanture,

1 Nous voyons ici que les gazettes se vendaient dans les rues, comme les journaux sont vendus de nos jours. Il n'y avait alors que la Gazette, créée par Théophraste Renaudot en 1631, laquelle paraissait tous les cinq jours par huit pages in-4, la Gazette burlesque, en vers, de Loret, formant toutes les semaines quatre ou huit pages in-folio, et la Gazette burlesque de Scarron.

* « L'hostel de la Coquille, proche Saint-Landry, qui estoit anciennement l'Hostel de Ville. » Fr. Colletet, la Ville de Paru.

Nous pourrait peut-estre arriver.

Passons, quand nous devrions crever;

Gaignons tout droit le Pont au Change.

Pousse-moy ce marchand d'orange?

Allons donc, saute vistement;

Mordy ! tu vas trop lentement !

C'est s'amuser à la moutarde.

Vertu-bleu! tu ne prens pas garde

Que tu te laisse embarasser,

Et tu ne pourras plus passer;

Puis, après, ce sera le diable ;

Tu seras pillé comme sable,

Et peut-estre tu ne pourras

Te tirer de cet embaras.

Tien, pousse cette chambrière ;

Gagne droit à cette fruitière,

Et de là saute hardiment

Chez ce vendeur de passement 4 .

Sauve-toy, le long des boutiques,

Chez ce marchand qui vend des piques,

Et demeure là depié quoy.

Jusqu'à ce que je sois àtoy.

Moy, je passe dans l'autre rue,

Car j'entends qu'on dit : Tue, tue !

Je voy là bas grande rumeur. . .

Je me sauve, peur du malheur.

Adieu ! va-t-en, ou que je meure,

Je suis à toy dans un quart d'heure.

Hé bien, me voilà de retour ! .

Par ma foy, j'ay fait un beau tour!

1 Passementerie. On appelait passement la dentelle, la cannetille, le galon, la broderie d'or ou d'argent, dont la mode chargeait les habits des hommes et des femmes.

Bien m'a valu de sçavoir courre !

On m'a voulu frotter la bourre.

Un petit gentilhommereau, Me prenoit pour un maquereau, Et disoit, me nommant infâme, Que j'avois suborné sa femme.

Il crioit comme un enragé, Et faisoit si fort l'outragé, Qu'en chantant un si beau ramage Il sousleva le voisinage.

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