‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 91 sur 161 · LES VENDEUSES DE POIS · texte numérisé non relu

LES VENDEUSES DE POIS

« Ça, ne prenez-vous rien du nostre?

Dit une autre marchande de Ris.

Venez voir : j'ay de beaux pois gris, J'en ay de verts pour le Caresme,

Qui sont aussi doux que la cresme;

Si tous en voulez au cû noir,

J'ay les plus beaux qu'on puisse voir.

Prenez-en, soyez asseurée,

Qu'ils font d'excellente purée :

Ils cuisent de la première eau.

C'est bien quelque chose de beau;

Ils sont venus de La Rochelle.

Àcheptez-en, Dame Michelle ?

Sur mon ame ! ils sont merveilleux.

Choisissez-en de tous les deux :

Voyez cette fève marine,

Regardez qu'elle a bonne mine ?

Encore a-t-elle meilleur jeu.

Ne la faut que monstrer au feu,

Vous la verrez toute en boûllie.

Entrez un peu, peur de la pluye,

Vous mouillez vostre cotillon.

Là, prenez un eschantillon

De cette belle marchandise :

Demandez à Dame Denise,

La servante du gros Flamant,

S'ils ne cuisent pas promptement ?

— Hé bien, çà donc, Dame Christine, Allongez un peu vostre eschine, Et me faites voir ces beaux pois ?

Il m'en faudra de tous les trois; Aussi, de petite fevrolle :

Il faut qu'elle soit un peu molle, Car, l'autre jour, le Médecin, En regardant dans le bassin Du petit qui fut à la selle,

Reconnut bien que la mamelle De la nourrice n'alloit pas; 11 ordonna qu'à ses repas On en feroit de la purée, Disant comme chose avérée, Que la fevrolle asseurement Fait yenir le lait doublement.

C'est pourtant chose bien certaine Que la purée en est vilaine, Mais n'importe ! Çà, çà, donnez, Allons donc, despeschez, venez, Parce qu'il faut que je m'en aille; Prenez contre cette muraille, Et puis descendez promptement, Car faut que je sois vistement Au logis, où Monsieur le Maistre Est desja devant moy peut-estre :

Il revient tous les Samedis, Avant quatre heures, au logis.

— Vertu chou ! Madame Michelle, Me faut monter sur une eschelle; Je n'y vay pas si rudement :

Faut aller un peu doucement.

Si je tombois à la renverse !...

Voulez-vous que je me boulverse, Et que je me rompe le coû, Gomme un navet, ou comme un chou?

— Ho, ho, vraiment, Dame Christine, Vous estes un peu bien mutine :

Si vous traitez le monde ainsi, Je pense bien que (Dieu mercy !)

Vous pouvez fermer la boutique.

Quoy ! la moindre chose tous pique !

Tout autre part, on ne voit point De marchande prompte à ce poinct.

Ha, ha, pour une revendeuse, Vous faites trop la dédaigneuse?

Adieu, adieu, gardez vos pois, Vos fèves et toutes vos noix!

Je ne veux pas qu'on me harguine, Ny qu'une femme me rechine :

Alors que je viens achepter, Vous ne faites que marmoter.

— Tredame, Madame Michelle, Vous faites bien la Damoiselle !

Hé, là, là, je vous connoissons, IL ne faut point tant de façons.

11 semble à voir, à vous entendre, Que vous vouliez icy m'apprendre Comme il faut faire mon mestier ?

Allez-vous-en au Savetier Faire des contes de la sorte; Allons, sortez, gaignez la porte !

Autrement, je vous chasseray, Peut-estre je vous frotteray.

— Toy, me frotter, Dame Christine?

Par ma foy, t'en as bien la mine !

Tu me battras ? Peste ! la gueuse !

Voyez cette double cagneuse,

Cette marchande de trois pois, Avec son escueile de bois, Comme elle fait de l'entendue !

Semble qu'on ne l'ait jamais veuë !

Helas, que Ton te connoist bien !

Je sçay beaucoup et ne dy rien.

— Tu ne dis rien ? Hé, boute, boute !

Voila le monde qui t'escoute :

Ne feins point, parle seulement ?

Allons donc, bonté hardiment, Degoise, chante ton ramage, Gomme un perroquet dans sa cage!

Tu sçais beacoup? Hé, que sçais-tu, Michelle avec ton nez pointu?

Parle-donc, dis, que veux-tu dire?

Quoy! tu viens icy pour médire De moy, jusques à mon logis ?

Qu'est-ce que j'ay fait ? Parle ? dis ?

Suis-je garce ? suis-je carongne ?

Ay-je la taigne ? ay-je la rongne ?

Ay-je la galle, ou le farcin?

Suis-je macquerelie ou putain?

Ou, si je suis quelque autre chose, Allons, dis-le donc, si tu l'ose?

— Si je l'ose ! Oûy, je l'ose bien ; T'es une qui ne valut rien, Estant fille comme estant femme.

— Mercy-guieu ! Hé, belle Madame, Je ne vaux rien ! T'en as menty !

Jeanne, appelle-moi l'Apprenty, Qu'il frotte un peu cette carongne ?

Jarny ! qu'il fatut que je te congne !

Quoy, jusques dedans ma maison,

Tu veux faire comparaison ?

Dans ma boutique tu m'harcelle !

Tu me viens faire une querelle, Cuisinière de trois deniers !

Compagne de palfreniers, Torchon de pot, frotte-marmitte, Tu faisois tant la chatte-mitte, Et le Diable ne dit jamais Les injures comme tu fais.

— Oûy da, j'en dis, si j'en yeux dire.

Quoy ? tu me penses contredire ?

Encor que tu sois sur ton ban,

Je querellerois tout un an,

Toy, ta Mère, et toute ta race;

Mais, si j'estois dedans la place,

Je parlerois bien autrement :

Je chanterois tout hautement

De ta vie une Kyrielle,

Si tu n'estois point sur ta selle,

Et que tu fusses là dehors,

Je te frotterois bien le corps ;

Mais je m'en vais!... Un jour, j'espère,

Et peut-estre avant qu'il soit guère,

Par ma foy, tu le payeras,

Hé, bien, bien, là, là, tu verras !

— Je verray? Quoy! que veux-tu dire?

Helas ! j'en on bien veu de pire,

Qui ne me font pas mal au cœur, Et si je n'en avons pas peur.

Vraman, vraman, j'en on dans l'aisle, J'avons peur de dame Michelle !

Au guieble-zo si j'en aurons !

Et bien, bien, là, là, je varrons, Je ne craignons pas les servantes, J'en on bien veu de pu méchantes. »

Hé bien ! as-tu pris du plaisir De les entendre discourir ?' Les servantes de ton village Ont-elles un si beau langage?

Allons-nous-en, il se fait tart, Je te veux mener autre part...

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