UN PRISONNIER QUE L'ON A SALVE
J'apperçois une troupe armée,
Et de fureur bien animée ;
Vois-tu le peuple qui s'enfuit ? '
C'est un Archer qui le poursuit,
Et qui tient en main une espée,
De boue et non de sang trempée:
0 Dieu ! combien de pousse-cus2,
De Sergens qui n'en peuvent plus,
D'Archers du grand Prévost de l'Isle3,
Qui font un effort inutile
Chez le Bourgeois, pour y trouver
L'homme qu'il a fait esquiver,
Et qu'ils voulaient, à ce qu'on crie,
Mener à la Conciergerie,
1 Cette prison est, je crois, la grosse tour, encore debout uu coin des rues Saint-Martin et du Vertbois, tour à deux étages, flanquée vers l'est d'une tour plus étroite, qui contient un escalier a vis. Cette tour d'encoignure était jadis la Prison de l'abbaye ; elle servait, sous Louis XIV, à renfermer les prisonniers pour dettes, comme l'indique la suite du récit. (A. B.j
2 Recors, agents subalternes de la justice consulaire.
3 Le prévôt général de l'Ile-de-France était un des ofiieiers supérieurs du Châtelel de Paris. 11 avait sous ses ordres une compagnie d'archers chargés de l'exécution des ordonnances du lieutenant ch il.
LE TRACAS b£ PARIS. 239
Ou bien plustost à Sainct-Martin, Comme un lieu propre et plus voisin.
Ils sont à plaindre, je te jure, D'avoir escbappé leur capture:
Mais, comme il n'est point criminel, Qu'aucun n'a point de coup mortel, Et n'est poursuivy que pour dette, C'est assez qu'il ait la venette, Et je le tiens un homme heureux De s'estre ainsi eschappé d'eux; Car s'il estoit près de ces drosles, Il luy cousteroit des pistoles, Et n'en seroit pas quitte encor, Pour de bons coups, avec son or.
Mais, puisque l'émeute est passée, Suivons la route commencée.
UN HOMME YVRE Qui REVIENT DE LA FOIRE.
Quelle procession de gens, Qui retourne de Saine t-Laurens!
Regarde cette populace Qui nous précède et qui s'amasse Autour d'un homme, asseurement Plus plein de vin qu'un Allemand Sans sa femme qui le caresse, Qui le soustient et qui le presse De retourner au nom de Dieu, 11 pourroit coucher au milieu De cette espaisse et sale crotte ; C'est à ce coup qu'il y barbotte, Car, parbleu, la beste est à bas ;
On le tire à force de bras :
Avec son manteau de parade,
11 est fait comme un mascarade1.
Cependant ce pauvre garçon
Croit estre plus fort qu'un Samson.
Voilà ce que produit la Foire ;
Le peuple s'y crevé de boire,
Et parfois dans le vin se bat,
S'arrache cheveux et rabat;
Et, comme amateur de carnage,
Se casse le nez du visage,
Et se brise souvent le cou;
Car il frappe sans sçavoir où.
C'est alors que les Commissaires
En dressent de bonnes affaires :
Tout y va, la paille et le blé '-.
Le battu, de son sort troublé,
Qui dans le procès ne voit goûte,
Eu veut raison quoy qu'il en cousle.
On fait dos informations,
Et puis des confrontations ;
On cotte toutes les injures ;
En quatre jours, les procédures,
Par un chicaneur micque-mac 3,
A peine tiennent dans un sac.
On se saisit de la personne,
lie par le Roy Ton l'emprisonne,
Et paye une provision
i fivnonvme de masque.
lc empruntée à la meunerie, qu,
veutdRrlàquetoul p o à 1. i », la fanne comme
'Vc'est-à-dire : un i sureur qui excelle dans l'intrigue, le
micmac.
LE TRACAS DE PARIS. Jil
Sur une simple vision, Ou sur un rapport fait en l'orme, Et zeste, attendez-moy sous l'orme, Puisque tel qu'on croit échigné N'est pas souvent égratigné :
Tour le refrain de la balade, Suffit qu'il fasse le malade.
Et qu'il s'enveloppe le chef, Qui ne reçeut aucun méchef, Qu'il montre quelque meurtrisseure, Qu'il fera passer pour blessure, Et cela, dis-je, bien souvent, Autant en emporte le vent.
Te voilà surpris de m'entend tu :
Mais le moyen de s'en défendre'.' 11 faut bien, pour t'apprendre tout, l'instruire de bout en bout ; C'est un bon secret dans la vie, De peur que le cbemin n'ennuyé, Tour réveiller son souvenir, D'avoir de quoy s'entretenir.