LE TOUR DE LA VILLE DE PARIS
Pour scavoir le long de Paris.
Tar où j'ay maintes fois esté, Je vous en diray mon avis, Pendant que je suis en santé ; Je l'ay fait par joyeuseté, Tar manière de passetemps, Comme après sera recité, Au vrai, ainsi que je l'entens.
1 Cette pièce de vers et la suivante sont des réimpressions modernisées et altérées, d'après l'opuscule gothique publié vers 1300 sous le titre des Rues do Paris, etc. Nous les donnons telles qu'elles se trouvent dans l'édition de Troyes, en corrigeant seulement quelques mots et quelques rimes, mais sans les accompagner de notes.
les cm S DE PARIS. 423
Je partis un jour après Tasqucs, En esté, qu'il estoit matin, Dessous la porte Sainct- Jacques, Après que j'eus bu un rantin ' :
Jusques à la porte Sainct-Martin, Ay par moy conté, en un tas, Quatre mille cinq cens pour fin, Avec douze de me? pas.
Puis m'en allay à Saint-Germain, Où est assise la Tour de Nesle, Où rencontray en mon chemin, Une très belle Damoiselle :
Je crois bien qu'elle estoit pucelle, J'avois de la voir grand plaisir.
Et là trouvay, pas ne le celc, Quatre mille neuf cens, sans faillir.
Ce jour devant j'ay devisé
Plus jusqu'à la Tour Sainct-Bernard :
Quand j'eus bien autour avisé,
Le lendemain pris l'autre part,
Où je courus sus tost ou tard, '
Seulement puis la Tour du bois,
Tirant à la Tour de liilly,
Où je trouvay pour une fois
Six mille neuf cens, point ne failly.
Le lendemain en voye me mis, Et m'en allay faire le tour Du bois de "Vincennes, et puis, Je rais bien la moitié d'un jour,
1 Nous proposons de lire : un tatin, c'cst-ù-dire : un pou, quoique le vieux mot ralin, qui signifiait fougère, puisse être synonyme de verre.
Car courus là, sans nul séjour, Les pas huit mille neuf cens; L'on eut tandis bien fait un four, Témoins ceux qui estoient presens.
Tuis m'en allay certainement Au Donjon prendre l'Epitaphe1 :
Nonobstant que la fausse vrayement, J'en escrivis cette épitapbe.