L'ÉPAVE DU « VENGEUR
L'amiral Villnret- Joyeuse Sortait un soir du port de Brest.
La mer était im peu houleuse Le veut soufflait daus le sud-est.
Les miriijs de la République Montaient le vaisseau le Venr/eur.
ETTi; sorte de mélopée, véritable romance de geste, dont le refrain a bercé notre enfance, laconte en vers de huit pieds, dont la simplicité ne manque point de grandeur, la lin héroïque d'un équi- ])ag'e tout entier, — celui du Vcnr/ciw, — accablé par le nombre, mais luttant avec une intrépidité vraiment indomptable sur un navire désemparé, sans mâts, sans agrès, sans cordages;
EUGENE TniRION
mais préférant se faire couler à pie, que d'amener son pavillon.
Ce n'est point le combat qu'a voulu peindre M. Eugène Thirion, un peintre de race, mais au tempérament réservé, ami des choses délicates, et porté vers les créations élégantes et distinguées, beaucoup plus que vers les scènes violentes et les mêlées orageuses et tumultueuses. Ce sont plutôt les suites du combat. Plus de trace de lutte sur la face apaisée des tiots. Pas l'ombre d'une voile sur la mer immense. Mais, échoué au rivage, étendu sur le sable d'or, comme une épave du naufrage volontaire, le jeune matelot qui s'était enveloppé dans les plis du drapeau, — pour le sauver, et pour y mourir.
La vague déferlante l'a rendu au rivage de la patrie, et les trois couleurs, détrempées et pâhes, lui font un linceul glorieux. Émotion sobre et contenue, dessin juste et pur, plein de grâce dans sa correction, colorations harmonieuses et fines, ce sont là les ordinaires qualités de M. Eugène Thirion, et nous les retrouvons ici à un degré éminent.
rUVIS DE CHAVANNES