LE DÉBARQUEMENT DU POISSON
lERRE Beyle est le peintre des travailleurs, de ceux qui ne plaig-uent poiut leur peine, et qui gag'nent leur pain àla sueur de leur front, ainsi qu'il a été ordonné à tous les fils d'Adam, depuis que leur mère a mangé la pomme avant le moment du dessert.
Nous avons vu de lui, dans les expositions de Lyon, de Nice et de Paris, vingt tableaux destinés à l'illustration des scènes quotidiennes de la vie populaire, où l'homme et la nature sont pris sur le fait, par un artiste qui sait voir et qui sait également reproduire ce qu'il a vu.
Mais, depuis quelques années, ce sont surtout les gens de mer, dont le rude et périlleux métier
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a le privilège d'exciter la verve de M. Beylc. Il leur a consacré un pinceau fidèle et dévoué, familier avec leur dure vie et leur labeur incessant, liabile à nous rendre Torig-inalité de leurs mœurs, le pittoresque de leurs costumes et l'énergie de leurs types, ennoblis par cette lutte sans fin avec le danger, et cuirassés par l'habitude et la nécessité qui les rejette chaque jour au plus fort de la mêlée dans la bataille pour la vie .
Je n'ai pas oublié la jeune Pêcheuse de crabes du Salon de 1882, immobile, penchée sur le gouffre, et sondant au loin l'abîme profond des mers. Elle était vraiment saisissante.
Aujourd'hui, sous ce titre : Déharquemenl du poisson, M. Beyle nous montre une action j lus complexe, et il a fait véritablement ce qui s'appelle un tableau. Un des navires est à une encablure du rivage, ses voiles carguéjs, et la voiture des mareyeurs va chercher sa charge précieuse. Un autre est tout près et se laisse aborder parles porteurs robustes, qui reviennent ies mannes pleines comme après une pèche miraculeuse. Tout cela est plein d'animation, de mouvement, de vie et de vérité.