PUVIS DE CIIA.VANNES
time et pénétrante, ou quelque composition allégorique, d'un symbolisme élevé, et dans laquelle il ne manque jamais de faire une large part à l'idéal.
Aussi nos expositions, dont personne n'a moins besoin que lui, ne comptent-elles guère, cependant, d'adeptes plus fidèles. Il aime cette communication incessante avec le ])ublic, auquel il offre les prémices de sa pensée.
Le tableau du Salon de 1883, que M. Puvis de Chavannes a bien voulu nous permettre de reproduire ici, est intitulé le Rèvc, et, comme tout ce qui sort des mains de son auteur, il respire cette sérénité qui est la marque indélébile des âmes supérieures.
Un homme endormi dans un paysage élyséen voit passer devant ses yeux clos trois femmes, emportées à travers l'espace, et qui s^-mbolisent pour lui le.s trois désirs de la jeunesse, les trois regrets de Tage mûr : l'amour, la gloire et la richesse. Dors longtemps, mon ami, si ton beau songe possède ces trois enchanteresses : le réveil t'apporterait peut-être une déception que ne connaîtront point ceux qui se contentent de regarder le tableau de M. Puvis de Chavannes.
LEPIND
LA DINDONNIERE
'est une simple ganlcuse de dindom ; mais n'en riez pas. Cette occupation no laisse point que d'avoir sa poésie, quand on sait l'en dégag-er ; mais une fille qui sait conduire un troupeau de dindons ne sera point embarrassée plus tard de conduire un t/oiipeau d'hommes. Les uns comme les autres doivent se mener à l'œil et à la baguette.
C'est avec ces naïfs enfants du Gange et de l'Himalaya que plus d'une grande coquette a fait ses débuts. Plus d'une grue de notre connaissance a gardé les dindons. C'est une compagnie qui forme l'esprit et le cœur.
LEPIND
La belle d'Aubigné, celle qui fut la femme de Louis XIV, après avoir été la veuve de Scarron, avait débuté dans la métairie d'un de ses oncles par cet emploi modeste. Il est vrai qu'elle mettait, coquette avant l'âge, doubles coiffes et triples gants pour préserver la fleur de son teint, et la blancheur de ses incomparables mains.
Je ne promets pas la couronne de France (elle est maintenant chez le bijoutier en faux !) à l'héroïne de M. Lepind, mais je ne crains pas de dire qu'elle ira loin. . . si on ne l'arrête pas. Elle est mal mise encore et ne sait pas faire valoir ses avantages. Mais elle a de la désinvolture et du galbe. Confiez-la au soin d'un petit crevé et d'une grande couturière, et ce ne sera plus M. Lepind, ce sera Carolus en personne qui fera son portrait à l'Exposition de 1884. Paris-Salon le reproduira.