‹ Paris-salon (volume 2)Chapitre 6 sur 33 · FIRMIN GIRARD · texte numérisé non relu

FIRMIN GIRARD

La Châtelaine

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Nirmin Girard est un exécutant de haute marque possédant à merveille les sujets qu'il traite, et à qui ne manquent ni la finesse ni la force. Il a pour lui la justesse du mouvement, et la vigueur du modelé, qui détache ses figures tout entières par un relief d'une puissance rare. Elles sont dans l'air, et il semble que, si le cadre était un peu plus grand, on en ferait aisément le tour.

C'est une scène de la vie heureuse que le peintre a voulu reproduire dans un tableau souriant et bien venu.

Nous sommes dans un beau parc. On dirait un coin de la vallée de Tempe, tant les lignes gracieuses du paysage ondulent mollement sous nos yeux. On croit sentir la bonne odeur du foin coupé que retournent, là-bas, les faneuses aux

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bras nus. Les eaux frissonnent dans les grands bassins formant des miroirs, comme on disait au xviii* siècle. D'adorables bébés s'ébattent dans les grandes herbes ; des femmes mélancoliques, à demi-couchées sur les gazons, ferment le livre interrompu pour continuer le rêve commencé; d'élégantes silhouettes passent à travers les massifs, et la Châtelaine, l'ombrelle à la main, se promène lentement à travers ce monde aimable et charmant, pleine d'indolence et de grâce, regardant vaguement les choses, tranquille en son royaume, n'ayant pas d'idées bien arrêtées sur la journée de huit heures, et trouvant que c'est assez de s'être donné la peine de naître pour avoir le bonheur de vivre... Elle n'est ni socialiste, ni anarchiste, ni possibiliste, cette aimable femme, elle est châtelaine... et cela lui suffit ! cela suffirait à bien d'autres !

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