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AVERTISSEMENT

lecteurs la fleur môme du Salon, n'ont point épuisé une matière aussi riche et aussi belle. En face de lacunes involontaires, mais profondément regrettables, nous avons compris que nous devions une réparation à ceux de nos peintres qui n'ont pu jusqu'ici trouver place dans notre publication.

C'est à eux que nous consacrerons le second volume de notre Paris-Salon, auquel nous apportons en ce moment tous nos soins, et dont l'apparition ne se fera pas attendre.

Nous n'aurons jamais eu tant de plaisir à payer nos dettes.

Louis ENAULT.

Paris, 1" niai 1882.

A faveur avec laquelle le public a bien voulu accueillir, l'an passé, notre volume intitulé Paris-Salon, 1881, nous engage à poursuivre cette rapide histoire des expositions parisiennes. C'est une série commencée, et qui ne sera plus interrompue désormais. Nous espérons qu'elle tiendra un jour sa place dans les annales de la peinture au xixe siècle. Ces annales ne laisseront point que d'être un jour assez curieuses, car aucune époque n'aima la peinture plus que la nôtre. Jamais encore la production

n'avait été plus nombreuse et plus ardente, et cependant elle a peine à suffire à la demande. Paris, et, avec lui, le monde entier, est emporté dans un mouvement artistique fougueux.

Ce mouvement a pris tout à coup, en ces derniers temps, des proportions qu'il eût été vraiment impossible de prévoir, il y a quelques années seulement. Le goût de la peinture s'est développé chez nous au delà de ce qu'auraient pu espérer ceux qui font d'elle l'occupation, je dirais volontiers le but de leur vie. Ce sont les peintres qui tiennent maintenant le haut du pavé; ils y font la roue, parés de plumes qu'ils n'ont pas volées; ils accaparent pour eux seuls toutes les trompettes de la Renommée, qui se lasse à les suivre, et qui n'aura bientôt plus de souffle que pour jeter leurs noms aux quatre vents du ciel.

Si cette faveur surprenante est aussi quelque peu inattendue, il faut du moins reconnaître que ceux qui l'obtiennent en profitent avec une singulière ardeur. Ils sont trop versés dans la mythologie pour ne pas connaître l'ingénieux apologue qui nous présente l'Occasion, cette déesse de l'Opportunisme, comme une personne aimable mais chauvi'.

qu'il faut saisir au passage par son unique cheveu : ils n'ont garde d'y manquer, et si cette capricieuse n'arrive pas d'elle-même, ils l'appellent et la font venir. Tout concourt, d'ailleurs, pour leur faire atteindre ce but.

Paris est devenu la Pinacothèque de l'univers. Ce ne sont plus seulement les Français qui exposent chez lui, ce sont tous les peuples qui viennent tour à tour lui demander un peu de la gloire dont il dispose, et qui veulent profiter du retentissement de sa parole. Ils savent bien qu'elle porte haut, et qu'elle est entendue partout. A l'heure où nous écrivons, les Russes et les Scandinaves, accourus de leurs pays lointains, ont organisé chez nous de curieuses expositions des œuvres de leurs plus illustres peintres.

Ils préfèrent Paris àPétersbourg et Stockholm, — on quoi j'estime qu'ils n'ont pas tort.

La plupart de nos cercles, depuis le mois de décembre jusqu'au mois d'avril, ouvrent leurs galeries, pour des expositions partielles, non pas seulement à leurs membres, mais aux peintres en renom et aux femmes de quelque talent. Ce sont là

comme autant de petits Salons, qui nous donnent un avant-goût du grand Salon officiel.

Quant à celui-ci, son ouverture impatiemment attendue est toujours le fait le plus important de notre année artistique. Il n'attire pas à lui seulement les sculpteurs et les peintres; mais les gens du monde se montrent aussi ses infatigables visiteurs; pour le voir, on accourt de la province et l'on vient de l'étranger. Beaucoup de gens, maîtres de leur temps et pouvant disposer comme ils l'entendent de leurs loisirs, font coïncider avec le Salon leur voyage annuel à Paris. Notre Paris- Salon a donc sa raison d'être ; il n'est que la constatation d'un fait social qui se prolonge et se perpétue, et c'est uniquement parce qu'il répond à un besoin qu'il a obtenu quelque succès.

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