LE CHEMIN DE LA CORNICHE
ela s'appelle la Route de la Corniche.
Je la connais, cette route-là, suspendue entre ciel et terre, côtoyant des précipices et surplomblant des abîmes.
Elle commence à Nice, pour finir à Gênes, et l'on peut dire qu'elle voit défiler, sur cette côte enchanté?, toutes les élégances, toutes les grâces et toutes les beautés des deux mondes. Que de fois, dans nos courseJ de marcheur enragé, nous y .sommes-nous croisé avec des calèches superbes, emportant, aux rapides allures des chevaux de pur-sang, de joyeuses
FEYEN-PERRIM
compagnies de femmes élégantes et de beaux cavaliers, allant visiter les sites fameux de Monte-Carlo, de la Turbide, de San-Remo et de la Bordighera!
Il me semble pourtant que je l'aimerais mieux aujourd'hui, où je n'y rencontre que cette modeste simple fille des champs, chevauchant au pas sur son âne.
Il est vrai qu'elle est jeune, naïve et charmante, et qu'elle a pour père M. Feyen-Perrin. Or il n'en est guère, parmi nos artistes, qui sachent mieux que celui-ci rendre les filles du peuple aimables et vraiment attrayantes, tout en les laissant elles-mêmes, sans jamais en faire des bourgeoises ou des parvenues, sans les enlever à la condition dans laquelle le ciel les a fait naître ; mais en les parant des attraits irrésistibles que donnent la candeur et l'honnêteté. Les pêcheuses des côtes de Bretagne, que l'artiste nous a montrées tant de fois, et sous tant d'aspects divers, peuvent être regardées comme des modèles du genre. Avec la jolie paysanne de la Corniche, M. Feyen-Perrin leur donne une sœur aujourd'hui. Je demande à fournir les dragées du baptême. Au besoin, je sonnerai les cloches.