‹ Paris-Salon (volume 3)Chapitre 4 sur 59 · ALLONGE · texte numérisé non relu

ALLONGE

civilisation, de ses pompes mensongères et de ses œuvres si vides trop souvent. C'est vraiment une page de la création primitive que nous avons ici devant les yeux, et que nous contemplons dans sa simplicité grandiose et saisissante. Mais la nature aussi est une grande artiste, et il serait difficile d'imaginer un ensemble plus habilement disposé d'eaux endormies dans leurs lits de roseaux et de joncs .'marins, de rochers jetés les uns sur les autres dans un désordre qui rappelle le pêle-mêle du chaos, quand Dieu n'avait pas encore imposé le rythme et l'harmonie à ce monde tombé de ses mains. Les études d'arbres, frênes, peupliers et bouleaux, amis des rives humides, sont d'une distinction de facture que rehausse encore le bonheur d'arrangement qui préside à la formation de leurs groupes. Ceux qui occupent la gauche du tableau nous offrent une silhouette vraiment poétique, et c'est une note délicieuse qu'ils donnent à cette composition^ destinée à prendre place parmi les meilleurs morceaux signés du nom sympathique de M. Allongé.

APPTAN

LISIÈRE DE BOIS (en Dauphiné)

ppian s'est fait depuis longtemps une belle et large place parmi les paysagistes de l'école contemporaine. Il s'est senti tout d'abord attiré par le charme et la beauté des plages méridionales. Il nous a donné de bien agréables peintures des rives méditerranéennes; son pinceau souple et facile se jouait avec l'écume des vagues ensoleillées, et la suspendait comme des franges d'argent au flanc noir des rochers. Il a promené sa fantaisie sur tous ces bords enchantés, depuis Marseille jusqu'à Gênes. Aujour-

d'hui, M. Appian change quelque peu sa manière, et, bien qu'il y ait encore beaucoup d'eau clans le paysage qu'il nous offre aujourd'hui, c'est dans l'intérieur du continent qu'il nous transporte. Cette belle page, très poétique, réunit à nos yeux de bien exquises qualités. Les terrains qui occupent toute la partie droite du tableau sont d'une grande vérité, et d'une réelle vigueur de touche. Les arbres dépouillés par la dure saison d'hiver tordent avec des mouvements d'une allure grandiose, comme des bras désespérés, leurs rameaux dépouillés et tristes. L'eau dormante sur laquelle s'ébat un vol de canards, au plumage changeant, est rendue avec beaucoup de justesse, et les larges feuilles des nénuphars flottants, mêlés à toutes sortes de plantes aquatiques, poussant çà et là avec une luxuriante abondance, donnent à ce joli morceau une note des plus aimables.

C'est parmi les meilleures œuvres de M. Appian qu'il faut ranger ce joli tableau.

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