L'ÉTANG AUX CARPES
ous n'iivoiis ])lus à faire l'Iii.stoii'C — ou l'éloge (c'est tout un)— d'Am-iAX, le brillant paysagiste du Midi; le peintre des plages ensoleillées, du ciel d'azur et de cobalt, et des vagues étincelantes et lumineuses. Il est bien connu du jiuljlic — })lus encore de ceux (jui nous font riionneur de nous lire. Il a été notre compagnon aux b(>aux jours du l'^nsni)], et, depuis Tajiparition première de notre Paius-Salon, nous n'avons jamais manijui' de reproduire (juel- (jues-iuies de ses pages, toujours poiMiiiues, mouvcmeutécs et vivantes.
La critique, en ces dernières années^ a pu signaler chez Appian une évolution très marquée. Sa manière est devenue plus intime; sa note s'est attendrie. Je trouve dans ses œuvres les plus récentes, une grâce mélancolique, et je ne sais quelle tendresse rêveuse que ne connurent point ses œuvres de jeunesse. Je sais aujourd'hui telle de ses compositions que les poètes lakistes de la brumeuse Angleterre adopteraient avec enthousiasme comme illustrations de leurs élégies les plus sentimentales.
Je n'en voudrais d'autres preuves que la jolie composition reproduite aujourd'hui par notre Paris-Sa.lon.
Cela s'appelle VÉtanfj aux Carpes.
La tonalité rousse de l'œuvre tout entière nous reporte à l'automne ; la lumière, doucement tamisée, déjà rare, mais pure, indique le soir d'un beau jour.
Nous sommes sur la rive de l'étang qui sert de motif à la composition. De grands arbres à l'écorce lisse, qui poussent à droite et à gauche, un peu irrégulièrement, sur les premiers plans, font fair l'ensemble de cette œuvre aimable et déhcate, et
l'œil s'enfonce sans tatig'ue et sans déception, dans le libre espace, pour se perdre avec les derniers horizons .
Cependant, tout près de nous, sur la rive, un jeune garçon, dont la silhouette fort élégante est vivement enlevée, jette avec confiance l'hameçon perfide au poisson qui ne mord i)as.
Tel est le beau fusain d'Appian, quelque chose de nouveau et de fort réussi dans l'œuvre du maître.
e>»^^De^-oc- X- K Dc oc c- dc o