INCENDIE DANS LES CAVES
du pavillon n* 12.
Mort da nommé Hartmano.
SEPT iiLi:>st;s.
L'an mil huit cent soixante-huit,
C.n,e.cé à » h. 4#^Tern.ioé à î fc. i/t, jg Jj,^ jy^gj^ ^ (lix hcUFCS ffiOinS cUiq Dégits et Pertes : 6u0,000 fr. du SOir,
Nous, Louis-Alexandre Tenaille, commissaire de police de la ville de Paris, plus spécialement chargé des quartiers des Halles, officier de police judiciaire, auxiliaire de M. le procureur im^ pcrial,
Inrormé par le sieur Rouget Louis-Achille, gardien du pavillon des Halles n° ii, alîectc à la volaille, que le feu s'était déclaré, depuis ({uel(|ues instants, dans le pavillon n? 12, affecté à la vente au détail des beurres , des œufs, des viandes cuites, des graines et de la faïence,
Nous nous y sommes aussitôt transporté.
Ce pavillon est borné au nord par le pavillon à la volaille, dont il est séparé par une voie de 14 mètres, à Touest parle pavillon de la vente en gros des benrres, dont il est également séparé par une voie également de 14 mètres, au sud par la rue Berger et à Tebt par la rue Pierre Lescot.
456 PIÊGFS JtlSTlFIGÀTITES.
A noire arrivée, nous avons reconnu que tout le 50us-sol de ce pavillon, où sont les resserres renfermant les marchandises des lilulaircs, était en feu.
Ce feu, paraît-il, s*élait communiqué à tout le sous-sol avec une rapidité effroyable, ce qui s'explique par la nature des marchandises et autres objets qui se trouvaient dans les resserres, et qui iont : dos paniers en Irès-grande quantité, beaucoup contenant de la paille et des planches en sapin pour supporter les marchandises.
Ces resserres sont au nombre de deux cent quarante.
Sont arrivées en môme temps que nous deux pompes que nous pensons être des |X)stes de la mairie et de la direclion générale des postes, rue Jean^acques-Rousseau.
L'une d'elles s'est clablie rue Pierre-Lescot, et l'autre » sur notre demande, a été établie dans le pavillon à la volaille.
Nous avons pensé que le meilleur était de combattre le feu par les caves des pavillons à la volaille et à la vente en gros des lieurres, où des pompes peuvent facilement être amenées.
Pendant ([ue nous nous trouvions dans les caves de la vente en gros des beurres, est arrivé le sieur Chauveau Louis, demeurant rue Saint-Denis, n<* 138, spécialement chargé de la direction matérielle du gaz sous les pavillons. Il arrivait pour fermer les compteurs, mais, par une fatalité bien malheureuse, tous le$ ustensiles se irowfaicni justement renfermée dans lepavillon en feu, et, par une fatalité plus grande encore, comme il a\'ait employé des ustensiles non appropriés aux appareils, il avait tordu la tige du . .mpteur placé dans un regard extérieur au pavillon 12, sur lu me Pierre-Lescot , sans pouvoir fermer le compteur, si liien qu'à chaque instant on craignait que la chaleur ne vint à détruire ce compteur et à mettre le feu dans les grosseï conduites qui ne mesurent pas moins de 10 centimètres de ditmètre, ce qui aurait amené des malheurs incalculables.
En fort peu de temps sont arrivées plusieurs pompes, puis des chefs de service, entre autres H. le chef de la police municipale
a^ec l'officier de paix Saint-Gair, des brigades centrales, chois, sans doute parce qu*il a commandé la brigade spéciale des Halles et qui a rendu les plus grands services par son activité, son intelligence personnelle et sa connaissance spéciale des localités.
M. le chef de la police municipale a fait demander, aussitôt son arrivée, les employés de la ville pour le gaz et pour les eaux.
De minute en minute arrivaient de nouvelles pompes, et Ton a pu en établir treize, tant au rez-de-chaussée que dans les soussols.
H. Radigon, architecte de la ville de Paris, spécialement chargé des Halles, manifestait la crainte que les tuyaux alimentant le compteur à gaz ne prissent feu, puisque ce compteur n'avait pu être fermé, la tige ayant été tordue par Chauveau ; aussi fit-il exécuter, dans la rue Pierre-Lescot, une tranchée qui lui permit, après avoir pris toutes les précautions si grandes en pareilles circonslances, de faire briser la conduite principale et de faire refermer aussitôt la partie alimentant le compteur avec les matériaux apportés h cet effet.
Nous avons entendu plusieurs employés du gaz qui blâmaient ce travail comme présentant de très-grands dangers ; cependant il fallut bien reconnaître qu'une fois ce travail terminé, tout danger d'explosion avait disparu.
Le feu, dans les caves, avait une telle intensité, qu'il était impossible de se tenir près des grilles, et c'est sans doute cette cir* constance qui a empêché les pompiers d'établir leurs garnitures sur des pasde-vis montés exprès aux conduites d'eau au peurtour du pavillon.
Avant onze heures, M. le préfet de police, avec M. le secrétaire général et tout l'état-major des pompiers, étaient présents sur le lieu du sinistre.
Vers onze heures et demie, la voûte, au centre du pavillon, s'écroulait avec un fracas épouvantable et formait un tron béant de plus de \ 00 mètres superficiels.
Malheureusement le caporal des pompiers Hartmann se trou-
vait sur cette voûte avec une lauce de pompe pour projeter de l'eau par une ouverture existant dans cette voûte, et il fut entraîné, avec les matériaux, dans cette affreuse fournaise.
Au bruit occasionné parce nouveau sinistre, nous nous sommes rendus sur les lieux et nous avons aperçu là un pompier qui, après avoir saisi un cordage et avoir été ramené jusqu'au sommet de h voûte, était retombé dans le feu.
Une échelle de fer, aussitôt mise dans cette fournaise, a permis à ce malheureux militaire d'èlre retiré dans un très-bref délai.
Nous pensions que ce pompier n'était autre que le caporal Hartmann, qui avait été porté aussitôt chex le sieur Baratte, restaurateur, rue Berger, n^ 8, où nous lui avons fait donner des secours par le docteur Chnmmartin, demeurant rue Bertin-Poirée, n** 14, qui n*a pas quitté de la nuit le lieu du sinistre, non plus ({ue son confrère, H. Marchand, demeurant rue de TAiguillerie, n® 3.
Le docteur Chammartin avait reconnu que Hartmann avait tout le corps brûlé au troisième degré et qu'il ne pourrait vivre que quelques heures.
Nous l'avons fait porter de suite à l'hôpital des pompiers, rue du Faubourg-Saint-Martin.
Nous avons appris, un peu plus tard, par un oflBcier des pompiers, qu'au moment où la voûte s'était ouverte et où Hartmann avait été englouti, il était resté comme mort, et que c'était le sergent Boulard (caserne du Gliâteau-d*Eau), qui s'était précipité dans la fournaise, avait attaché avec une promptitude incroyable son canmrade, que l'on avait remonté aussitôt, et que c'était le sergent Doulard que nous avions vu retirer au moyen de l'échelle de fer.
Ce brave sergent n'avait eu qu'une blessure l^ère à la main.
A deux heures et demie du matin, ou était complètement maî« U*e du feu.
Les blessés sont au nombre de sept, savoir :
Le sergent Boulard, le^ pompiers Lai^aer (contosionné);
Hedieu, qui a été asphyxié et qu'on a dû saigner sur la place pour le rappeler à la vie ; le gendarme François Ântonini, et les sieurs Lefebvre (Marie), courtier en bijoux, demeurant boulevard de Hontrouge, n° 55 (blessé à la main droite); Bataille (Pierre) cordonnier, 38 ans, demeiH*ant rue Aubry-le-Boucher, n^ 20, (épaule démise) ; Ghéron (Antoine-Eugène), 43 ans, porteur aux Halles, demeurant rue des Poiriers, n^ 10, qui a eu la plante des pieds brûlée.
Toutes ces blessures seront sans suites fâcheuses.
M. le général Soumain est resté une heure environ sur le lieu du sinistre.
On prétend que H. le général Schramm est venu également, mais nous ne Tavont point vu.
M. Doller, inspecteur général de l'approvisionnement de la ville de Paris, est arrivé un des premiers sur le lieu du sinistre, et son personnel des forls, encouragé par sa présence, a contribué pour une large part à l'extinclion de Tincendie.
Quand on a été maître du feu, M. Tinspecteur général, secondé par nous, a pris les mesures nécessaires pour que Tapprovisionnement de la capitale ne souffrit pas de févénement que nous constatons.
A ciiK) heures du matin, il ne restait plus que deux pompes laissées par mesure de sûrelé, vingt hommes du 9* de ligne et des sergents de ville en quanlilé suffisante pour nous permettre de faire garder le pavillon incendié de façon à ce que personne ne pût y pénétrer.
11 n'eût pas été prudent avant le refroidissement complet des voûtes de les surcharger inconsidérément.
Des gardes de Paris, des soldats envoyés de la caserne du Louvre et d'autres casernes, s'étaient retirés avec leurs officiers, ainsi que l'inspecteur divisionnaire Vassal, qui accompagnait M. le chef de la police municipale; puis trois officiers de paix de rarioiidisscnieiit. M. Baruel est resté avec nous jusqu'à cinq heures du matin.
460 PIÈCES JUSTIFICATIYES.
M. Le Clerc, notre collègue du quartier Bonne-NouTelle, est arrivé à onze heures et demie et n*a quitté le lieu du sinistre qu'à trois heures du matin.
Les dégâts à supporter par la ville de Paris sont considérables.
Ils ne s'élèveront pas, paraît-il, à moins de cinq cent mille francs.
Les colonnes en fer placées au milieu de la voûte, où le foyer de rincendie s'était trouvé concentré, ont été tordues par le feu d'une si terrible façon, que si celles qui supportaient les colonnes supérieures de la toiture avaient été atteintes de la même façon, tout le pavillon se serait écroulé, au moins d'après l'avis d'un homme spécial, M. Radigon, architecte de la ville.
liOs titulaires des deux cent quarante places sont an nombre de cent soixante-trois; et les pertes éprouvées par ces industriels peuvent être approximativement fixées à cent vingt mille francs.
Nous avons aussitôt et sur les lieux mêmes ouvert une enquête dans laquelle nous avons vu qu'il était utile d'entendre les sieurs :
1° Hertz, gardien de service cette nuit au pavillon incendié;
2"" Angeli, garde de Paris, l'* compagnie, "2* bataillon, éga« lement de service de nuit dans le pavillon aa moment où le feu s'est déclaré ;
3<^ Rouget, ganliendu pavillon n* 11, qui un des premiers s'est aperçu que le feu existait dans les caves du pavillon n* 12;
4'' Barbachou, garçon de café, rue de la Gossonnerie, 14 ;
5° Violette, marchand des quatre saisons , demeurant rue Pierre- Lescot, 2;
G*" Chatelard, marchand d'ustensiles de ménage, rue Piorrel^scot, 2.
Les déclarations de ces témoins ont été reçues dans des procès* verbaux sépares du présent et qui lui feront suite.
De ce qui précède, nous avons fait et rédigé le présent pfocèsvcrbal, que nous avons signé.
Le commissaire de pdiiea»
TF.NAILLR.
HUMÉRO e
ilfré0 pw 1* ttoBoidtt à 1
dM FoMw, 1848-1868
A4mlBiirtffMllo8 iténénim
CAtioOBIU.
ROMiai.
▼ALKUa.
CATicoaus.
KOHBBI.
TALIOB.
20 cent. .
1 franc. .
Totaux. .
10 cent. .
1 franc. .
Totaux. .
10 cent. .
1 franc. .
Totaux. .
10 cent .
Totaux. .
10 cent. .
1 franc. .
Totaux. .
5 cent. .
Totaux. .
5 cent. .
iO. . . .
Totaux. .
5 cent. .
Totaux. .
29,406.ri00
PIÈGES JDSTIFICiTITES.
CATitOMBS.