‹ Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitie du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 8 sur 70 · II. — LBS HAIBSAHGES · texte numérisé non relu

II. — LBS HAIBSAHGES

Dénombrement de 1328. — Documents irrécusables de la statistiqne moderne. — Recensement de iSTi. — Célibataires et gens mariés. — Diminution des naissances. — Surprise douloureuse. — Notre population diminue dans des proportions inquiétantes. — Vice et péril social. — S'accroître ou périr. — Natalité à Paris. — Enfants légilimes, enfants naturels. — inconduite et misère. — Les mois féconds. — Influence des événements sur la natalité. — 1870, 1H71. — Formalités prescrites par la lui. — Constatations à domicile. — Mode de procéder. — Inconvénients. — Orthographe des noms. — Négligence d'autrefois. — Jugements en rectification. — Reconnaissances d'enfants naturels. — Les enfants abandonnés. — Age approximatif. — L'Assistance publique.

Un document de 1328 dit que les villes de Paris et de Saint- Marcel renferment 35 paroisses et 61,091 feux; à cinq personnes par feu, la population de la capitale de la France était alors de 305,455 habitants. Cette méthode vicieuse de compter par paroisses et par feux fut longtemps usitée ; la statistique est une science très-

' L'Arc de Triomphe contient au niveau de Timposte du grand arc deux salles de 10 métrés sur 8",79 chacune; au-dessus de celles-ci, deux salles de même dimension; entre ces deux salles, une autre, faisant le dessus du grand arc, de 19',84 sur 8*,79; sous la plate-torme, une salle de 40* ,08 sur 9",54. Placer là le double registre des paroisses, ne serait constituer une sorte de réserve in extrémité à laquelle on n'aurait recours que si les autres dépôts étaient encore détruits.

moderne ; tous les calculs sur lesquels on basait autrefois les chiffres de dénombrement étaient approximatifs et très-souvent conventionnels ; il n'en est plus ainsi aujourd'hui, et depuis le recensement de 1817, qui nous apprend que Paris comptait alors 713,966 âmes, on marche à coup sûr, appuyé sur des documents d'une exactitude irréprochable. C'est d'abord la Statistique générale de la France^ publiée par le ministère de l'agriculture et du commerce, et c'est surtout le Bulletin de statistique municipale, publié par les ordres du préfet de la Seine. Ce dernier recueil, qui parait tous les mois et donne à la fin de chaque année un tableau récapitulatif, est une œuvre consciencieuse, très-bien conçue, claire, et qui fournit des renseignements du plus haut intérêt. L'ensemble de ces cahiers formera plus tard des archives spéciales, détaillées, quotidiennes, où les historiens de l'avenir trouveront sans peine les éléments qui leur permettront de reconstituer notre vie actuelle; l'économie politique, la philosophie, la science abstraite, y découvriront des renseignements dont elles profiteront au grand bénéfîce des populations futures, et que malheureusement le passé ne nous a pas légués.

Le dernier recensement date de 1872 ; nous avons donc des chiffres, pour ainsi dire contemporains, qui nous permettent de parler avec précision du nombre d'habitants répandus dans notre ville. Elle est représentée par un groupe de 1,851,792 individus, parmi lesquels il faut compter la garnison, qui s'élève à 54,454 hommes. C'est là la population de Paris, mais ce n'est point là la population parisienne ; celle-ci n'est en réalité que de 642,718 personnes, qui sont comme noyées au milieu de 1,031,865 provinciaux et de 177,209 étrangers établis à demeure parmi nous. Ces chiffres sont trèsimportants, il est bon de les retenir ; ils contiennent

des révélations que nous aurons h^ faire valoir lorsque nous nous occuperons spécialement du Parisien, être peu connu et trop souvent calomnié par ceux qui en parlent sans Tavoir étudié.

Comme dans beaucoup d'autres grandes villes, le nombre des hommes dépasse légèrement celui des femmes * ; si à Paris chacun cherchait et trouvait « sa compagne », 2,656 resteraient dépourvus. Ceci n'est pas à craindre, car la population semble se diviser en deux parties à peu près égales, 948,877 célibataires des deux sexes, et 902,915 mariés ou veufs. Il n'y a donc que là plus faible moitié du groupe parisien qui concourt légitimement à Taccroissement de la population ; aussi les naissances ne sont point en rapport avec la totalité des habitants ; c'est là un danger grave qui peut compromettre l'avenir et qui n'existe pas seulement pour Paris, car il est commun à toute la France. Les économistes se sont souvent préoccupés de cette question, et ils ont poussé plusieurs fois des cris d'alarme qui n'ont point été entendus. L'intérêt personnel domine et fait oublier l'intérêt général. On sait que l'Angleterre double sa population en cinquante-deux ans, la Prusse en cinquante-quatre, et que pour obtenir les mômes résultats la France emploie cent quatre-vingt-dix-huit ans. Â propos du dernier dénombrement, M. le docteur Lagncau a lu à l'Académie de médecine un mémoire qui est fait pour effrayer, et devrait donner à réfléchir ; le recensement quinquennal précédent^ clos en 1866, avait établi que dans une période de cinq ans la population de la France avait augmenté de 38 habitants pour 10,000, ce qui est une proportion très-faible ; mais le recensement de 1 872 nous réservait une surprise singu-

* Le contraire a lieu pour Londres, Vienne, Bruxelles, Naples, Lyon, Bordeaux, etc. Pour Lyon, le recensement de 1872 donne 156,700 hommes et 166,717 femmes.

lièrement douloureuse : notre population a diminué de 16 pour 10,000 ^

Quant à la cause de cette natalité inférieure, M. Lagneau n'hésite pas à l'attribuer au sentiment de prévoyance égoïste des parents. Dieu bénit les familles nombreuses, dit un vieux proverbe, et le vieux proverbe a raison. C'est l'accroissement de la population, c'est la confiance dans la destinée, qui ont grandi la fortune de l'Angleterre et lui ont permis de coloniser le monde ; ce sont les mêmes causes qui ont établi la puissance de l'Allemagne et qui, sans l'appauvrir, lui laissent peupler l'Amérique, où plus tard elle trouvera peut-être des alliés redoutables pour l'Europe. Ce vice — au point de vue social, il n'en est pas de plus coupable — paraît être essentiellement catholique et ]atin : les protestants y échappent plus que nous, les Juifs le condamnaient dès la Genèse, les musulmans l'ignorent. 11 a toujours régné chez nous, il a été dans bien des cas l'auxiliaire des grandes fortunes, et dans les lettres de madame de Sévigné on peut voir avec quelle insistance on le préconise. Hais les résultats qu'il a produits sont de nature à nous éclairer. Nous lui devons notre incapacité coloniale et la stérilité, sinon la perte, de nos possessions d'outre-mer. Nous serabions prendre à tâche de nous amoindrir chaque jour en présence de la fécondité imposante et normale de la race saxonne. L'existence matérielle est très-onéreuse en France, on peut en convenir, mais notre vanité l'est encore plus, et le besoin de . vivre ou, pour mieux dire, de paraître vivre dans un luxe supérieur à la situation réelle, a amené une ré-

* La statistique officielle fournit des cliiffi'es bien plus inquiétants; d'après les documents qu'elle publie, la diminution totale de la population occupant le territoire actuel de la France est de 491,905 âmes, ce qui donne TénonuR proportion de li9 pour 10,000. La diminution absolue est de 2,08!),143 âmes ; c'est-à-dire que la conquête de l'Alsace-Lortaine nous a enlevé 1,591,238 compatriotes.

serve telle dans les naissances qu'il y a péril en la de* meure.

Les théories néfastes de Malthus sont devenues une sorte de doctrine secrète qui a pour adhérents tous ceux qui redoutent l'avenir et veulent laisser à leur enfant une propriété non morcelée; d'autre part, la population doit être on rapport avec l'étendue et surtout avec la fécondité du sol qu'elle habite ; défrichez, et vous peuplerez ; il n'y a que trop de landes, que trop de marécages en France ; les groupes qui en sont voisins augmenteraient au lieu de diminuer le jour où Ton y mettrait sérieusement la main. Vauban a dit : « C'est par le nombre de leurs sujets que la grandeur des rois se mesure ; » soit, c'est par le nombre des habitants que les nations affirment leur richesse et leur puissance. En matière de population, on ne peut rester stationnaire : il faut s'accroître ou périr.

Les calculs établis par le docteur Ély *, d'après les tables de recensement de la période 1863-1869, prouvent que la natalité moyenne à Paris a été de 59,295 enfants par année, y compris 4,408 mort-nés, ce qui donne le chiffre minimum de 324 naissances par 10,000 habitants. Les bulletins statistiques de 1872 accusent une nouvelle diminution : le total des naissances a été de 56,894, ce qui réduit la proportion à 316 pour 10,000. — 41,478 enfants légitimes et 15,416 enfants naturels ont été inscrits sur les registres de l'état civil. Un détail prouvera que l'inconduite et la misère s'engendrent mutuellement; 5,805 naissances ont été constatées hors du domicile, c'est-à-dire dans les prisons, les hôpitaux et les hospices; 1,172 de ces pauvres petits, nés sur les grabats hospitaliers ou pénitentiaires, étaient issus d'unions régulières, 4,633 étaient le fruit de la débauche;

* Paris, étude démographique et médicale^ 1872.

parmi ceux-ci, combien ont été reconnus et ont pu porter le nom de leur père? Quatre.

Les deux mois qui produisent le plus de naissances sont mars (5,065)> qui correspond aux longs jours d^été, aux sollicitations de la nature, aux longues promenades du dimanche dans les bois voisins de Paris, et juillet (5,259), qui, se rapportant à novembre, rappelle qu'à ce moment tous les gens qui ont passé Tété à la campagne, maîtres et domestiques, rentrent ordinairement à la ville. Le X*' et le XI* arrondissement sont les plus féconds, et fournissent l'un 5,694, l'autre 5,596 naissances ; le plus stérile est le XYl*, qui n'en compte que

La natalité urbaine est bien peu élevée, comme on vient de le voir, mais elle tombe au-dessous de toute moyenne lorsque des causes extérieures lui font obstacle et troublent la vie organique de Paris. En 1871, les naissances ont diminué dans des proportions doublement douloureuses, car pendant que la mort frappait sur la cité, les lois de l'existence y semblaient suspendues : 57,410 pour l'année tout entière. Là Finlluence des événements se dénonce par des chiffres et se passe de tout commentaire. Le mois de mai 1870 trouve le pays calme et en prospérité : janvier 1871 nous apporte 5,578 nouveau-nés ; au mois de juillet, un vent de folie passe sur toutes les têtes ; à propos d'un incident grave, mais dont les conséquences pouvaient être conjurées, on saisit la passion publique avant même d'essayer des ressources multiples de la diplomatie. La guerre éclate, les esprits s'inquiètent, tous les cœurs sont écrasés par l'angoisse d'une telle aventure: mars 1871 ne nous donne déjà plus qu'un contingent de 5,606 naissances. Nos premières rencontres avec TAllemagne né laissent aucun doute sur le sort misérable qui nous attend, c'est l'invasion qui

entre en France ; le désespoir du mois d'août se lit dans les tables d'avril 1871, qui descendent à 5,299 ; au milieu de septembre, la ville est fermée, la vie devient diliicile ; à mesure que les jours passeront, les forces de la population iront s'afTaiblissant ; on dirait que les pauvres petits êtres se refusent à venir dans ce monde fait de perturbation et de violence ; octobre fournit 2,965 à juin 1871 ; novembre va jusqu'à 3,00i, qu'on inscrit à juillet. Décembre, qui fut le mois des grands froids et des durs combats, s'arrête pour août à 2,429 ; janvier 1871, où l'on souffrit tant, où tout manqua, le pain et l'espérance, tombe au misérable chiffre de 1,729, qui s'inscrit au mois de septembre ; octobre est bien bas encore, on n'y compte que 1,875 naissances ; novembre et décembre se relèvent un peu ; pour trouver un chiffre régulier, il faut attendre janvier 1872, qui déclare 4,238 enfants correspondant au mois de mai, pendant lequel disparut la Commune. Malgré l'absence de police dans Paris, malgré une liberté dégénérée en licence, la proportion des enfants naturels ne dépasse guère la moyenne ordinaire, car sur les 37,410 naissances on n'en trouve que 9,715 qui soient illégitimes.

Tout enfant doit être déclaré à la mairie de l'arrondissement sur lequel il est né ; la loi accorde un délai de trois jours pour remplir les formalités prescrites. Si on le laisse écouler, un jugement du tribunal de première instance peut seul constituer un état civil régulier pour le petit retardataire ; ce cas se produit assez rarement, grâce aux employés qui talonnent l'insouciance des parents. Autrefois l'enfant était apporté à la mairie, escorté de deux témoins qui certifiaient son origine ; on a prétendu que cette sorte de promenade était préjudiciable aux nouveau-nés, et maintenant les constatations se font à domicile par un

médecin relevant de radminisfration municipale. Je crois que Ton a dépassé le but et que les promoteurs de cette mesure pleine d'humanité ne se sont pas rendu compte des inconvénients qu'elle comporte, que l'expérience a démontrés et que l'on peut remarquer en étudiant le mode adopté pour la constatation des naissances.

Un enfant naît : son père vient, accompagné d'un voisin ou d'un ami, en faire la déclaration à la mairie ; on prend son nom et son adresse ; on le prévient que le médecin délégué ira s'assurer de la réalité du fait et lui remettra un certificat qu'il devra rapporter à l'employé de l'état civil, en ayant soin, cette fois, d'amener deux témoins avec lui. Le médecin est avisé par une note ; il sait que la loi lui accorde un délai de trois jours ; il ira donc au domicile du nouveau-né selon l'itinéraire de ses courses, le jour môme peutêtre, le lendemain sans doute, quelquefois seulement le surlendemain. Sur une formule imprimée, dont il n'a plus à remplir que les blancs et sur laquelle un employé a déjà relaté la date de la naissance, la profession et la demeure du père, il certifie le sexe de l'enfant, écrit le nom de la mère et signe. Ce certificat, qui tient lieu de Tancienne présentation, est laissé entre les mains du père ; celui-ci le rapportera à l'employé de l'état civil, qui alors rédigera l'acte de naissance. Donc actuellement trois opérations au lieu d'une ; la présentation était plus rapide, plus simple, et évitait deux sortes de complications qui se présentent aujourd'hui.

Four beaucoup de parents pauvres ou seulement d'une aisance restreinte, et c'est le cas presque général, la présence de l'enfant à la maison esl un embarras considérable : on a déjà fait prix avec une nourrice qui, si elle est venue chercher son nourrisson, est une cause

de gêne excessive dans un domicile trop étroit ; mais il faut bien qu'elle y reste jusqu'à ce que le médecin ait fait la constatation légale, un jour au moins, trois au plus. Si au contraire on doit envoyer l'enfant à la nourrice par une amie complaisante ou par une femme que l'on paye en conséquence, la mère fort dolente, qui ne veut ou ne peut nourrir, reste en tête-à-tête, seule, avec un nourrisson qui crie, souffre et se démène ; le père est au travail ; il n'y a pas de domestique, la portière monte de temps en temps, mais n'est pas d'un grand secours, il faut toujours attendre le médecin, et tout le monde en pâtit. En outre, bien souvent, lorsque le certificat est remis au père, qui peut très-bien être un illettré et n'avoir jamais entendu parler des articles 55 et 56 du Code ci\il et 546 du Gode pénal, le pauvre homme s'imagine que tout est bien, que cette paperasse est l'acte de naissance même de son enfant et qu'il n'y a plus aucune formalité à remplir. Les trois jours s'écoulent ; on est passible d'une amende, d'un emprisonnement même, et il faut aller devant le tribunal faire régulariser une situation que l'on croyait régulière. La constatation à domicile, qui a été imaginée pour plaire aux gens pauvres qui n'ont point de voiture pour transporter leur enfant à la mairie, leur est au contraire préjudiciable, et ce serait peut-être leur rendre service que de rétablir la présentation directe, telle qu'elle était pratiquée avant 1869 *.

* Un critique des plus autorisés, M. Alexandre Sorel, a fait à l'opinion que je viens d'émettre une objection sérieuse que je dois reproduire, car eUe indique le moyen de remédier Pacilemenl aux inconvénients que j'ai constatés: «M. Du Camp, dit-il, sis^nale, à propos de la constatation des naissances, telle qu'elle s'exécute aujourd'hui au moyen de la visite d'un médecin envoyé par la mairie, certains inconvénients qui lui font désirer le retour à l'ancien état de choses, où l'enfant devait être présenté à l'ofûcier de Tétat civil lui-même. Mais que l'auteur me permette de le lui dire, les inconvénients qu'il indique tiennent plutôt à un certain laisser-aller de Tadministration et à la faculté donnée au médecin de prendre son temps et son heure pour aller visiter le nou-

Yi. ' tt

Les registres sont tenus en double : remployé principal dicte l'acte en même temps qu'il l'écrit, et un employé subalterne transcrit les paroles qu'il entend ; l'un de ces registres reste à la mairie jusqu'à ce qu'il soit transmis aux archives de l'Hôtel de Ville, l'autre est destiné au greffe du tribunal de première instance. On fait la plus scrupuleuse attention pour donner aux noms une orthographe régulière, car une lettre de plus ou de moins peut amener des complications nombreuses et faire naître des doutes sur l'identité d'un individu. Autrefois il n'en était pas ainsi, on se préoccupait fort peu d'exactitude en si importantes matières, et les noms patronymiques étaient des vocables qui variaient suivant la fantaisie des scribes ; Sevigny ou Sévignéj c'est tout un pour les écrivains du dît-septième siècle, Kemevenoy se dissimule sous Carnavalet, et dans Piguelin on doit savoir reconnaître ce cadet de Gascogne, Puyguilhefn, qui devint duc de Lauzun et faillit épouser Mademoiselle. 11 ne faut rien moins aujourd'hui qu'un jugement solennel pour rectifier un nom dont l'orlhogKaphe n'est pas irréprochable ; chaque jour les tribu-

veau-né. Pourquoi ne procède-t-on pas en cas de naissance comme en cas de décès ? 11 ne naît pas dans vingt-quatre heures plus d'enfants dans un arrondissenoient qu'il ne meurt de personnes. Or, comme l'in* humation se fait habituellement le lendemain du décès, il faut bien que dans les vingt-quatre heures le médecin des morts, c'est ainsi qu'on l'appelle, aille visiter les corps. Eh bien, pourquoi n'exigerait-on pas qu'il en fût ainsi pour les nouveau-nés, et que le médecin chargé de constater les naissances fit cette consialation dans les vingt-quatre heures au plus de la déclaration? La mesure qui a été prescrite, il y a quelques années, fut inspirée pai* Thumanilé : il y avait quelque chose de cruel à soumettre aux rigueurs de la saison un pauvre petit être ayant fait la veille son entrée dans le monde, et l'on a constaté que plus d'un enfant avait payé de sa vie cette première épreuve au grand air. Qu'on fasse donc une obligation impérieuse à la famille du nouveau-né de prévenir les employés de la mairie aussitôt l'accouchement de la mère et qu'on oblige également le médecin des enfants à se rendre dans les vingt-quatre heures au lieu où se trouve le nouveau-né. De cette façon, on évitera les retards dont se plaint à juste titre M. Ma- 'me du Camp, et on ne sacrifiera pas la santé des pauvres enfants. »

naux ont à se prononcer sur des réclamations de cette nature ; dans certains cas les irrégularités sont presque inévitables : trois enfants nés du même père s*appellent De La Palme ; les actes d*état civil donnent trois noms différents : de Lapalme, de la Palme, Delapalme. La justice seule peut déterminer Torthographe qui doit être irrévocablement adoptée. La rectification est alors transcrite en marge des actes de naissance.

Il en est de même do toute pièce légale qui modifie la condition civile d*un enfant. Lorsqu'un enfant naturel, quel que soit son âge, est reconnu par ses pa* rents,' père ou mère, l'acte de reconnaissance est écrit sur le registre en regard de l'acte de naissance, à la marge blanche qui est toujours ménagée intentionnellement à côté du libellé ; parfois le jugement ne peut être reproduit par extrait, il faut, pour que toute valeur lui soit assurée, qu'il soit transcrit en entier : j'en ai vu qui ne tenaient pas moins de cinquante pages ; une note indique alors à quelle date, à quel nom, à quel registre, à quel feuillet il se rapporte. Chaque feuille est numérotée et signée ; toute intercalation est interdite ; nul acte, nulle rectification ne peut trouver place sur une feuille volante ; l'article 192 du Code pénal a prévu le cas : il s'agit d'un mois à trois mois d'emprisonnement, sans compter une amende de 16 à 300 francs.

Les reconnaissances d'enfants sont assez nombreuses sur les registres de l'état civil, mais il est de pauvres petits êtres qui jamais ne jouiront de ce triste et tardif bénéfice : ce sont ceux que Ton trouve au coin des bornes, sur l'escalier des maisons, sous le bénitier des églises ; on les porte au commissaire de police, qui fait d'autorité les déclarations nécessaires. 11 c*st le parrain du misérable abandonné ; avec une intelligence prévoyante, parmi le nombre des prénoms il en choisit up

qui ressemble à un nom patronymic[ue, Lazare, Martin^ Denys ; sur l'acte on indique l'endroit précis où le nouveau-né a été découvert ; on n'omet pas les signes d'identité que les langes peuvent contenir; mais la date reste inconnue, l'âge est approximatif: a un enfant qui nous a paru être âgé de quinze jours, de trois semaines. » Ces malheureux sont rarement plus jeunes : il faut que la mère ait pu se lever, sortir, faire une course assez longue pour dépister les recherches possibles, et ce n'est pas le lendemain du jour où l'enfant est venu au monde qu'elle est en état d'affronter tant de fatigues. La police, qui fait aujourd'hui œuvre de saint Vin* cent de Paul et qui recueille les enfants abandonnés, les remet à la mère adoptive de tous ces êtres anonynies, à la ville de Paris ; comment l'Assistance publique les reçoit, les nourrit, les élève, leur apprend un métier, nous l'avons dit autrefois ^

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